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Jésus, un aigle à deux têtes



 



 Michel Leconte

 


23 septembre 2023

 

Jésus, un aigle à deux têtes ?


La double nature du Christ définie au concile de Chalcédoine en 451, est un dogme bien difficile à comprendre. Le 
Symbole de Chalcédoine, affirme un seul Christ reconnu en deux natures, sans confusion, sans changement, sans division et sans séparation. Quoi qu’on dise, la nature ou substance divine efface en pratique l’humanité de Jésus. Merleau-Ponty disait « l’homme meurt au contact de l’absolu ». Il me semble plus simple de dire que l’esprit de Dieu était en l’homme Jésus avec une intensité d’exception de par sa relation étroite et filiale avec son Dieu et sa façon nouvelle de comprendre les Écritures et particulièrement les prophètes. C’est l’esprit de Dieu qui fait de Jésus un être nouveau.

 

Mythologie et supranaturalisme

 

Le dogme catholique est fondamentalement supranaturaliste puisqu’il conçoit le Christ comme si sa nature divine était descendue du ciel d’auprès de Dieu - sa nature humaine étant reçue de Marie sa mère selon Matthieu et Luc - et qu’il y serait ensuite retourné après sa mort et sa résurrection. Au 21e siècle, on ne peut plus penser de cette façon mythologique. Par ailleurs, on concevait Dieu comme un être et une substance séparée de nous dans ce ciel d’un monde conçu à trois étages : le ciel, la terre et l’enfer. Dès lors, l’homme Jésus devait nécessairement comporter la substance de Dieu, substance (ousia) que le Fils éternel recevait de Dieu le Père de toute éternité.

 

Des notions archaïques

 

Dans les définitions conciliaires, c’est le mot grec persona ou hypostase qui est utilisé. Ce terme n’est pas synonyme de personne au sens actuel du mot qui signifie un individu défini par la conscience qu'il a d'exister, comme être autonome biologique, moral et social. Le mot persona utilisé dans le dogme trinitaire signifie masque d’acteur ou rôle. Le dogme emploie le terme d’hypostase pour désigner le Père, le Fils (à ne pas confondre avec Jésus qui est son incarnation) et l’Esprit.

Chalcédoine veut préciser la notion d’hypostase et affirme le dyophysisme, c'est-à-dire les deux natures du Christ, vrai Dieu et vrai homme, parfait dans sa divinité comme dans son humanité. Il fait cela pour lutter contre un docétisme monophysite qui niait l’humanité de Jésus.

 

Cette définition est étroitement liée à celle de salut, car seul un Dieu-Fils pouvait sauver les hommes. Le sauveur devait donc être Dieu. Cependant, le problème est de savoir comment dans l’être de Jésus, les natures divine et humaine coexistent. Diverses réponses ont été données à cette question : procession, communication des idiomes…

 

Un mystère ?

 

La coexistence, en Jésus Christ, des deux natures divine et humaine, signifie substantiellement la logique hypostatique des processions en Dieu. La vérité de l’altérité humaine, assumée sans effacement de l’identité divine du Logos, traduit l’engendrement du Fils en lequel le Père pose l’autre de lui-même (qui n’est pas autre que lui-même). Le dogme de Chalcédoine affirme donc un seul Christ reconnu en deux natures, sans confusion, sans changement, sans division et sans séparation. Mais on doit se demander si ces affirmations ne sont pas des affirmations de principe sans cohérence logique. Dire qu’il s’agit d’une énigme est une défaite de la pensée contraire à l’esprit des conciles eux-mêmes qui cherchaient à expliquer les choses dans la culture philosophique qui était la leur, mais qui n’est plus la nôtre aujourd’hui.

 

Critique de Paul Tillich

 

Au sujet du concile de Chalcédoine, Paul Tillich parle d’un « changement semi-monophysite » (Théologie systématique III, L’existence et le Christ, p. 222). D’après lui, deux dangers menacent la christologie : on risque de nier soit le côté Christ soit le côté Jésus de Jésus le Christ. « La christologie doit toujours chercher la voie sur la ligne de crête entre ces deux abîmes. » Peut-elle y arriver ? Tillich pense qu’on ne réussira jamais complètement parce qu’on touche là au mystère divin. Chalcédoine pose la bonne question, mais utilise de mauvais termes conceptuels, en particulier celui de nature (οὐσία) appliquée à Dieu. Malgré ses contradictions et ses absurdités inévitables dues à l’emploi du terme de nature, Chalcédoine a réussi à préserver aussi bien le côté Jésus (l’homme) que le côté Christ de l’événement Jésus le Christ. En Jésus le Christ, l’unité éternelle de Dieu et de l’homme est devenue une réalité historique.

 

Conclusion

 

Un être nouveau est apparu dans le monde qui fut humain comme nous, mais il le fut pleinement et c’est pour cela que nous disons qu’il est divin. L’humanité n’est jamais « seulement humaine », elle est le lieu où Dieu peut se communiquer. Jésus est divin en tant que réalisation de cette relation. En Jésus, Dieu et l’homme sont en communion exceptionnelle, ce qui ne veut pas dire qu’il s’identifie avec Dieu, mais qu’en lui la relation avec Dieu se réalise totalement. Que Dieu se soit fait homme ne doit pas être compris au sens mythique d’une divinité habitant le ciel et d’une nature distincte de la nôtre qui serait entré dans notre monde et revêtue notre nature humaine, mais au sens où la caractéristique relationnelle et communicative de Dieu se serait réalisée pleinement dans l’histoire, dans une existence pleinement humaine. Il n’y a nulle concurrence entre Dieu et l’être humain.

 

 

 

 

                             


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