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Trinité ?


 



 Michel Leconte

 


27 août 2023

 

Dans le protestantisme, une controverse oppose les libéraux et les orthodoxes. Les premiers trouvent la Trinité absurde et non biblique ; ils voudraient l’éliminer. Les seconds la jugent fondamentale et considèrent qu’on sort de la foi chrétienne quand on s’en écarte. Néanmoins, à propos de « Moi et le Père, nous sommes un » (Jean 10, 30), Jean Calvin déclarait : « Les docteurs anciens ont grandement abusé de ce passage pour prouver que Jésus-Christ est d’une même essence que son Père. Car notre Seigneur Jésus ne dispute point ici de l’unité de la substance, mais de l’accord ou du consentement qu’il a avec son père». Mais au XVIe siècle, pour avoir nié cet article, Michel Servet a été envoyé au bûcher, dans la Genève de Jean Calvin.

 

Deux conciles majeurs se sont tenus à quelques décennies de distance: le concile de Nicée (325) qui, contre la doctrine d’Arius qui professait que le Christ était une créature subordonnée au Père, a affirmé que le Fils (non l’homme Jésus) était égal au Père de toute éternité ; et le concile de Chalcédoine (451) qui, en réponse à l’hérésie monophysite, a affiné la notion d’hypostase ou persona, dans les dogmes de l’Incarnation et de la Trinité (Jésus est une seule Persona, dotée de deux natures, humaine et divine ; la Trinité est une unique substance ou ousia en trois prosopon, Père, Fils et Saint-Esprit). À la suite de Basile de Césarée s'imposera la formule : « une seule ousia en trois hypostases ».

 

Parler de Dieu en termes de substance, du grec οὐσία ousia, nécessite que l’on sache exactement ce que les philosophes grecs désignaient par ce terme. De même pour les termes de persona, qui signifie « masque d’acteur », de procession et d’engendrement ou d’hypostase. Pourquoi les théologiens se sont-ils lancés dans de telles complications ? Parler de Dieu comme substance n’est-il pas une objectivation quelque peu idolâtre ? La doctrine trinitaire est complètement incompréhensible pour le commun des mortels en dehors de quelques théologiens dont c’est la marotte. Pour ma part, cette doctrine ne joue aucun rôle dans ma foi chrétienne. Cependant, j’en retiens des intuitions comme celle de dynamique et de relation en Dieu.

 

Je pense que c’est la notion de salut qui est à l’origine de la doctrine trinitaire puisque seul Dieu lui-même pouvait nous sauver du mal et du péché ; un simple homme ne pouvait pas nous sauver… Mais cette idée a donné lieu à des doctrines en tous points opposées à l’enseignement de Jésus. Par exemple, à propos des Galiléens qui ont été massacrés alors qu’ils célébraient un culte et d’une tour qui s’est effondrée en faisant dix-huit morts. Jésus interroge : « Croyez-vous qu’ils étaient plus coupables que tous les autres habitants de Jérusalem ? » Il répond : « Non, je vous le dis. Mais si vous ne vous repentez, vous périrez tous également. » (Luc 13,1-5). De même, dans le récit de la guérison de l’aveugle né, ses disciples lui posent cette question : « Rabbi, qui a péché, cet homme ou ses parents, pour qu'il soit né aveugle ? Jésus répondit : Ce n'est pas que lui ou ses parents aient péché ; mais c'est afin que les œuvres de Dieu soient manifestées en lui. » (Jn 9, 1-3).

 

Pour Jésus, le mal et la mort ne sont pas la conséquence d’une culpabilité humaine, par conséquent, il n’est nul besoin du sacrifice d’un Dieu-Fils envoyé par le Dieu-Père d’une trinité divine pour pardonner un péché qui en serait la cause. La doctrine de la Trinité découle de la déification de l’homme Jésus au concile de Nicée réuni à la demande de l’empereur Constantin : il fallait bien que Jésus soit Dieu pour assoir la religion nouvelle dans l’empire romain en lui donnant un fondement divin… Dieu n’est-il pas très souvent ce coefficient d’absolu disponible pour sacraliser nos idéaux, mais aussi bien pour justifier notre domination ou notre violence ? Et Jésus lui-même n’a-t-il pas été divinisé pour assoir la domination de l’Église et du pouvoir qui se réclamait de lui ? Dieu comme instrument de notre volonté de toute-puissance ?

 

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