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La Passion de Jésus
le Messie de Dieu



 Michel Leconte

 


21 juin 2023

 

La mort de Jésus est la conséquence logique d’une opposition croissante à son égard de la part des spécialistes de la loi et des prêtres du Temple. Son comportement messianique annonçant l’irruption du Règne de Dieu dont les guérisons étaient le signe avant-coureur dû éveiller dans le peuple la folle espérance que le temps était accompli : le Messie enfin allait entrer en scène pour délivrer Israël — en ce temps d’occupation romaine, c’était ce que le peuple attendait surtout du Messie. Pierre et ses disciples furent prisonnier de l’opinion dominante qui semble avoir persisté même après la résurrection (cf. Lc 24, 21 ; Ac 1, 6).

 

Jésus s’efforça de les libérer de ce désir illusoire. Quand Jacques et Jean lui demandèrent d’être assis l’un à sa droite, l’autre à sa gauche lors de son règne définitif, Jésus leur répondit : « Le Fils de l’homme est venu non pour être servi, mais pour servir… » (Mc 10, 45) — ce qui correspond à la réponse cinglante qu’il fit à Pierre (Mc 8, 33).

 

Le messianisme de Jésus ne fut pas un messianisme de puissance comme les hommes l’attendent de Dieu, mais un messianisme de service (Jn 13, 1-11). Jésus ne fit rien pour écarter l’hostilité à son égard, il n’utilisa pas le peuple qui l’avait triomphalement accueilli à Jérusalem et qui, un temps, voulait le faire roi. Durant son parcours terrestre, Jésus a écarté la tentation du pouvoir (Lc 4, 5-8). Le Dieu de Jésus reste discret comme l’est la « voix de fin silence » entendue par Elie dans la grotte du mont Horeb (1 Roi 19, 9-13).

 

La passion de Jésus n’est pas un destin imposé, fût-ce par Dieu, elle aurait été inévitable ; elle est la conséquence de l’incapacité des hommes à percevoir l’action de Dieu autrement que sous la forme de la domination et de la toute-puissance, fût-elle, par certains de ses effets, libératrice.

 

En renonçant à cette voie, Jésus accepte l’échec provoqué par son action. Ce désastre est sa façon d’entrer dans une condition humaine fascinée par le mal. Il espère que cette remise non violente aux fantasmes mortifères des hommes le justifiera devant Dieu et ouvrira une voie inédite à l’action du Dieu d’Israël. Sa plainte de l’abandon divin témoigne de son incertitude sur l’effet de sa mort (Mc 15, 34). Son choix fut risqué, mais Dieu a justifié son serviteur « car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes…» (1 Co 1, 25).

 

                             


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