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Christ par Jésus de Nazareth



 Michel Leconte

 


2 novembre 2022

 

Le fait de constater que de Pâques dépend le regard que nous portons sur Jésus peut nous conduire à nous focaliser sur son titre de Messie ou Christ. C’est la position de théologiens luthériens comme Bultmann ou Tillich ou, plus proche de nous, d’André Gounelle. La doctrine catholique qui fait de Jésus la deuxième personne de la Trinité me paraît aller dans le même sens : son humanité historique disparaît de par sa condition divine.

 

Ainsi le poids de cette fonction ou de son caractère divin me semble contribuer à voiler le visage du Galiléen. Il serait, pense-t-on, sans intérêt de nous arrêter à son attitude et à sa prédication terrestre qui nous échaperait. La confession de foi n’a pas à se préoccuper de ce que fut effectivement l’homme Jésus, seul ce qu’il est pour nous est important. Son histoire ne nous importe pas car ce serait, paraît-il, vouloir le rencontrer hors de la foi. D’ailleurs le Credo ne mentionne-t-il pas uniquement sa mort et sa résurrection ? Pâques a rejeté dans l’anecdotique le parcours historique de Jésus. C’est Paul — qui ne veut rien connaître du Christ selon la chair (2 Co 5, 16) — qui me semble responsable de cet état de fait. Ainsi, la connaissance actuelle du Christ peut se bâtir sans s’interroger sur ce que fut effectivement Jésus dans sa vie terrestre. Cette position tient sans réelle importance que Jésus fut condamné à la suite d’un procès issu de conflits qui allèrent s’amplifiant au cours de sa vie publique : sans égard pour les puissants de son temps, Jésus a continué d’annoncer la venue du Règne et le pardon de Dieu et il a été rejeté de ce monde. Cela n’a-t-il aucune importance pour notre image de Dieu ?

 

Je ne partage pas cette position ; je pense avec Hans Küng, Christian Duquoc ou Joseph Moingt, coté catholique, ou avec Wolfhart Pannenberg, coté protestant, qu’une juste compréhension du Christ s’éclaire par la vie de Jésus de Nazareth et notamment par sa prédication révolutionnaire du Règne de Dieu. Pour Pannenberg, la force du kérygme provient de l’action et de la parole de Jésus. Il me semble pourtant que l’histoire du parcours terrestre de Jésus permet aux croyants de donner un contenu précis et concret à l’incarnation. Quand on affirme que les évangiles ne sont pas historiques, on ne parle de l’histoire qu’au sens de la science historique avec ses exigences épistémologiques. Là, je suis d’accord pour dire que les évangiles ne sont pas des biographies exactes. Mais je pense qu’ils reflètent globalement ce qui s’est passé, surtout dans la manière de Jésus de se soucier des pauvres et des laissés pour compte. Personne avant lui en Israël ne semble avoir agi ainsi. Enfin, son conflit et son procès final avec les autorités sacerdotales et politiques.

 

La concentration exclusive sur son titre de christ risque de nous immuniser contre les exigences révolutionnaires de la parole et des actes du Jésus historique. L’insistance dans la prédication sur le seul aspect de « l’amour » fait disparaître l’image transmise par les premiers témoins : chez l’homme de Nazareth, l’amour se conjugue avec la justice et la libération de tout ce qui défigure l’humain. Il me semble que la prise en compte de ce que fut son parcours prophétique peut nous libérer de l’idolâtrie de ce qui fut toujours dit à son sujet : le Fils éternel de Dieu venu sur terre pour expier nos péchés afin que Dieu puisse nous pardonner.

 

                             


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