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Libre opinion


Il y a 500 ans

le pape Léon X

excommuniait Luther



Gilles Castelnau

 

 

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Gilles Castelnau Il y a 500 ans, Luther brûlait la bulle du pape
Histoire du protestantisme

 

3 janvier 2021

Le 2 janvier 1521, il y avait exactement 500 ans hier, jour pour jour, Martin Luther était excommunié par le pape Léon X, par la bulle « Decet Romanum Pontificem ».
Il faut dire que trois semaines auparavant, il avait brûlé en public la bulle « Exsurge Domine » qui le menaçait d’excommunication s’il ne se soumettait pas à l’église et ne rétractait pas ses idées.
Parlons justement de ses idées. Professeur d’Ecriture sainte, il avait lancé une nouvelle école théologique centrée sur l’affirmation centrale du salut par la foi. Il faut dire qu’on vivait à l’époque dans un monde anxieux du Jugement dernier, des flammes du purgatoire et du salut éternel. Le Vatican faisait vendre des « indulgences » pour sécuriser les croyants.

La peur de l'enfer
Depuis le début du XIVe siècle, une série de malheurs s'étaient abattus sur l'Europe : disettes, peste noire, guerre de Cent Ans, progrès des Turcs, etc. L'Occident se sentait coupable. Et ce sentiment de culpabilité fut certainement développé par les sermons des prédicateurs, qui, dans les villes tout au moins, tels les prophètes de l'Ancien Testament, insistaient inlassablement sur les péchés des chrétiens, les châtiments qui les menaçaient, l'imminence de la fin du monde, l'urgence de la pénitence.
De multiples témoignages, notamment iconographiques - danses macabres, représentations de l'Apocalypse et du Jugement dernier -, permettent de diagnostiquer la peur panique qui étreignait l’homme d'Occident, à la veille de la Réforme, devant la perspective de la mort et la menace de l'enfer. Se sentant coupable, on craignait la colère du Dieu vengeur, et on se demandait par quels moyens échapper à l'enfer. Il est probable que cette angoisse venue des villes - car c'est là que les prédicateurs avaient surtout exercé leur ministère - gagna progressivement les campagnes.

L'insistance presque maladive, aux XVe et XVIe siècles, sur la passion du Christ, le recours à la Vierge «au grand manteau » qui protège de la maladie et de Satan, l'inflation du culte des saints, l'affolant arithmétique des indulgences si pratiquée au temps de Luther et de Calvin ne peuvent s'expliquer que par une immense peur de la damnation. Ce sentiment de culpabilité rend pareillement compte de l'antisémitisme de la Renaissance - les ghettos italiens datent du XVIe siècle - et de la recrudescence de la chasse aux sorciers et aux sorcières. On cherchait des coupables autres que soi, des boucs émissaires.

A l'angoisse du chrétien, Luther opposa la véritable « Justice de Dieu », la « justification par la foi ». Il affirma en substance : Dieu n'est pas juge, mais père. Nous sommes certes coupables, mais déjà sauvés. Il suffit de croire en celui qui sauve. Pour le croyant sincère, il n'y aura pas d'enfer, pas même de purgatoire, celui-ci n'existe pas.
Luther butait depuis longtemps, dans son enseignement, sur cette expression « Justice de Dieu ». On la trouve de façon récurrente, notamment dans l'Épître aux Romains, au chapitre 1, verset 17. Jusqu'alors, il avait toujours compris ce terme comme on le lui avait enseigné : « le Dieu de toute justice punit les pécheurs ». Se sentant pécheur en dépit de la vie monacale irréprochable qu'il menait, Luther n'était pas parvenu à trouver la paix en dépit de toute sa bonne volonté.
En étudiant davantage le Nouveau Testament, il finit par prêter attention au contexte dans lequel elle se situe :
« Dans l'Évangile, la justice de Dieu est révélée par la foi, comme il est écrit, le juste vivra par la foi. »
Il comprit alors que, dans ce sens, la justice de Dieu est celle par laquelle Dieu accepte et justifie l'homme sur sa simple foi en la mort rédemptrice de Jésus-Christ à la croix. Cette nouvelle lecture de la justice de Dieu lui est abondamment confirmée par d'autres analogies qu'il retrouve en parcourant les Écritures.
- C’était une illumination libératrice. Il écrivit : « Je me suis senti renaître et entrer au paradis même, par des portes grand ouvertes. Dès lors, l'Écriture tout entière prit à mes yeux un aspect nouveau. »
Cette libération se traduisit par la modification de son nom de famille. De Luder, son véritable nom d'origine, il passe à Luther ou Eleutherius qui signifie en grec « homme libre ».

La goutte d’eau qui fit déborder le vase fut la mission du prêtre dominicain Johann Tetzel qui vendait des « indulgences » au profit de la construction de l’église Saint-Pierre de Rome et dont le slogan traditionnel était :
« Sitôt que dans le tronc l’argent résonne, du purgatoire brûlant l’âme s’envole. »
Luther alerta en vain les responsables ecclésiastiques et les théologiens puis afficha ses fameuses « 95 thèses » sur la porte de l’église de Wittenberg.
Ces idées nouvelles provoquèrent une explosion de passions en Allemagne et dans toute l’Europe.
Une « disputatio » eut lieu à l’Université de Leipzig en 1519 entre le théologien catholique Johann Eck et Martin Luther qui était entouré de ses premiers soutiens Andreas Karlstadt et Philip Melanchthon. Les questions débattues étaient le pouvoir du pape, l’autorité de l’Eglise en matière de doctrine, les indulgences et l’attitude de l’homme face à la grâce divine.
Un débat eu lieu aussi avec le cardinal Thomas Cajetan, général des dominicains et une tentative de conciliation avec le chevalier allemand, Carl von Militz.

Et pendant ce temps, Luther écrivait des livres dont le succès considérable accroîssait son audience :
« A la noblesse chrétienne » concernant le sacerdoce universel de tous les baptisés, la clarté de l’Écriture lisible par tous les croyants et un programme de réforme de l’Eglise.
« De la captivité Babylonienne de l’Eglise » contre le mésusage des sacrements
« De la liberté chrétienne » : « Le chrétien est un libre seigneur de toutes choses et n’est soumis à personne. Le chrétien est en toutes choses un serviteur et il est soumis à tout le monde. »

Le pape Léon X qui avait menacé Luther d’excommunication en décembre 1520 et dont Luther avait brûlé la bulle en public l’excommunia alors le 2 janvier 1521, provoquant ainsi la rupture entre le protestantisme naissant et le catholicisme traditionnel. Son geste irrémédiable le dépassait complètement.
Il n’était pas du tout théologien. C’était un prince brillant de la Renaissance italienne,  fils de Laurent le Magnifique de la superbe famille des Médicis de Florence. Ses parents lui avaient fait donner sans vergogne la tonsure ecclésiastique à l’âge de 7 ans et le chapeau de cardinal à 13 ans. Il avait été élu pape en 1513 à 38 ans.

Grand amateur d’art, il avait fait venir à Rome le peintre Raphaël pour peindre son portrait, il lisait Dante et collectionnait les manuscrits précieux. Il avait débuté son règne par une série de grandes fêtes et réjouissances qui eurent pour résultat de dilapider rapidement la fortune laissée par son prédécesseur le pape Jules II et il avait trouvé commode de vendre lui aussi des indulgences, lui aussi comme Jules II. Rome lui doit quantité de chefs-d'œuvre.
On lui attribuait, sans doute à tort, mais on ne prête qu’aux riches, la phrase provocante « On sait de temps immémoriaux combien ces fables que sont les récits du Christ nous ont été profitables. »

L’excommunication du 2 janvier 1521 fut confirmée lors de la diète de Worms le 26 mai suivant.
Les écrits de Luther ont été connus en France dès 1520 et bientôt condamnés par la Sorbonne. A partir de 1523, ils ont été traduits en français, adaptés, interpolés, compilés sans relâche, et publiés pendant une bonne dizaine d'année à Paris, Alençon, Lyon et surtout hors de France, à Bâle, Anvers ou à Strasbourg.
L'attitude de la Sorbonne, des autorités ecclésiastiques et du Parlement de France a été constante dès 1521 : ces livres sont hérétiques et suppôts de l'hérésie, ces idées devaient être pourchassés et, si possible, éliminées.
Le premier martyr français fut Jean Vallières, brûlé vif le 8 août 1523 au marché aux cochons, dans le triangle formé par les rues Thérèse et Sainte-Anne avec l'avenue de l'Opéra. Jean Calvin n’avait alors que 14 ans.

 



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