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Nos frères les Pères du Désert


Daniel Bourguet

 


éd. Olivétan
184 pages – 16 €

 

recension Gilles Castelnau


20 février 2019

Le pasteur Daniel Bourguet a pris sa retraite dans un mas isolé des Cévennes, près de Saint-Jean-du-Gard. Il fait partie de la Fraternité spirituelle des Veilleurs qui rassemble des chrétiens de tous horizons désireux d’inscrire la prière dans le quotidien de leur vie.
Il mène désormais une vie paisible de prière et d’étude de la Bible et accueille des groupes de personnes en recherche spirituelle.
Il a lu et partagé avec elles la méditation des « apophtegmes », pensées des mystiques de l’Église primitive, isolés au « Désert ». Ce sont Abba Antoine, Abba Lucius, Abba Isaac le Thébain, Abba Moïse et Abba Sisoès. 47 textes qu’il commente et nous invite à méditer.

Voici le premier d’entre eux, Antoine (251-356), cité par Athanase le patriarche d’Alexandrie qui l’avait connu. (« La tentation de saint-Antoine » a inspiré de nombreux peintres.)

 

 

Apophtegme 1 : Prière et travail


Le tout premier apophtegme nous met en présence d'un Antoine profondément découragé, en pleine déprime spirituelle, en pleine « acédie », comme est appelée cette déprime chez les Pères. Athanase n'a pas osé montrer Antoine sous ce jour-là, sans doute pour ne pas ternir son image. Le recueil des Apophtegmes ose le faire, non pour détruire cette réputation, mais pour notre instruction et notre édification.
Voici ce premier apophtegme :

« Le saint Abba Antoine, assis un jour au désert, se trouva pris d'acédie et dans une grande obscurité de pensées... ! »

C'est magnifique : tout grand saint Abba qu'il est, Antoine n'en est pas moins un homme, se trouvant lui aussi « dans une grande obscurité de pensées », comme cela arrive à tous les hommes, comme à chacun de nous !

Que fait alors Antoine dans cette si mauvaise passe ? Il prie, et cela aussi est très instructif ; sa première réaction dans l'acédie est de prier.
Voici sa prière : « Seigneur, je veux être sauvé, mais les pensées ne me laissent pas ; que ferai-je dans mon affliction ? Comment serai- je sauvé ? » Il est réconfortant pour nous de voir Antoine oser dire à Dieu ce que nous n'osons pas toujours avouer dans notre prière. Antoine nous enseigne à ouvrir notre cœur à Dieu sans crainte. Il ne craint pas de déposer devant Dieu son affliction, sa peine, son mal-être. Béni soit-il pour cette leçon de vérité et d'humilité qu'il nous donne !

Je poursuis la lecture :

« Peu après, s'étant levé pour sortir, Antoine voit quelqu'un comme lui, assis et travaillant, puis se levant de son travail, et priant, assis de nouveau et tressant une corde, puis se relevant encore pour la prière. C'était un ange du Seigneur envoyé pour le diriger et le rassurer. Et il entendit l'ange lui dire : "‘Fais ainsi et tu es sauvé." Ayant entendu cela, Antoine eut beaucoup de joie et de courage. Et faisant ainsi, il fut sauvé. »

Voilà donc qu'Antoine a connu l'acédie, comme chacun de nous. En réalité, je crois que tous les grands chrétiens, les plus spirituels, sont passés par là, ce qui est encourageant pour nous. Ce qui est aussi très encourageant, c'est de voir que Dieu ne repousse pas une telle prière ; il la reçoit et l'exauce. Cela nous encourage, même si toutes nos prières ne sont pas exaucées. Et nous verrons d'ailleurs que toutes les prières d'Antoine ne l'ont pas été non plus.

Un travail manuel, voilà le remède donné par Dieu contre l'acédie ; plus exactement un travail manuel en alternance avec la prière. Antoine s'y est tenu, d'abord en remède curatif pour guérir de l'acédie, mais aussi, par la suite, en remède préventif pour ne pas retomber malade. Prière et travail manuel : tel est le remède que tous les Pères du Désert ont pris durant leur vie, pour pouvoir tenir bon. C'est encore un excellent remède pour nous, aujourd'hui.

L’apophtegme nous révèle que celui qui a enseigné à Antoine le tressage des cordes était un ange. Ce n'est pas tous les jours qu'un ange viendra nous enseigner ; certes, mais cela nous montre combien Dieu est attentif à nous quand nous sommes malades. S'il lui arrive d'envoyer un ange, c'est le signe qu'il prend les choses au sérieux. c'est un signe de son amour. Mais que ce soit par un homme ou par un ange - comme ici dans la Vie d’Antoine – le résultat est le même, et c'est cela le plus important. Dieu fait aussi des miracles à travers de simples humains.
Je crois qu'il y a aujourd'hui encore beaucoup d'anges cachés à nos propres yeux ! l’essentiel est de recevoir de Dieu le remède qui nous conviendra, quel que soit le serviteur choisi par lui pour nous le donner. C'est avec le même amour que Dieu vient à notre secours.

« Il fut sauvé » : cette conclusion est d'autant plus importante qu'elle nous rejoint aussi aujourd'hui.
[...]
Le salut final n'est certes pas à contester, mais à mettre ici au deuxième plan par rapport au vécu immédiat d'Antoine. Il est malade, il veut être sauvé, guéri ; Dieu lui prescrit un médicament qu’il prend, et le miracle se produit : il est guéri.

Aujourd'hui, la soif du salut éternel n'est pas toujours au premier plan pour beaucoup de nos contemporains qui souffrent pourtant de diverses maladies, spirituelles, physiques, mentales ou psychologiques, d'inadaptation sociale ou de crises conjugales, professionnelles ou familiales... Tous ces maux font grandir la soif de bonne santé, de bonheur, de bien-être, bref la soif d'être guéri, sauvé. La prière d'Antoine est celle de tant de nos contemporains : « Seigneur, je veux être sauvé, guéri ; je suis moi aussi dans une grande obscurité de pensées qui m'assaillent et ne me laissent pas en paix. Que ferai-je dans mon affliction ? Comment serai-je guéri ? » Que le Seigneur accueille notre prière et place sur notre route une personne semblable à nous pour nous faire cheminer très concrètement sur le chemin de la guérison, même si ce n'est pas un ange...

Note de Gilles Castelnau
On pourra comparer ce combat du « salut » recherché par la prière solitaire de saint Antoine avec le « salut » qu’Albert Schweitzer trouvait dans la créativité dynamique qu’il exerçait dans son hôpital africain :

Ouvrez bien les yeux afin de ne manquer aucune occasion de vous comporter comme un sauveur ! Ne passez pas, indifférent, devant un malheureux insecte qui est tombé dans l’eau, mais représentez-vous cette lutte désespérée contre une mort par noyade et aidez-le à se dégager en lui tendant un bout de bois. Et quand vous observerez ensuite comme il secoue ses ailes et puis s’envole, vous ressentirez un moment la satisfaction d’avoir agi dans le sens de la vie, dans le sens et comme au nom de la puissance créatrice de Dieu. « Toutes les fois que vous avez fait ces choses pour l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’aurez fait » : cette parole de Jésus vaut maintenant pour nous tous. (sermon du 2.3.1919, Strasbourg)

 

 

 

Apophtegme 17 : Savoir avouer son ignorance


Comme Antoine a dû lui-même apprendre l'humble lectio, lorsqu'il n'a pas compris l'explication que Moïse lui a donnée d'un passage du lévitique, Antoine a, par la suite, enseigné à d'autres cette humble lectio.

« Des vieillards vinrent un jour chez Abba Antoine, et Abba Joseph était avec eux. Voulant les éprouver, le vieillard leur proposa un passage de l'Écriture, et, commençant par les plus jeunes, il leur demanda ce que voulait dire ce passage. Et chacun parlait de son mieux. Mais le vieillard disait à chacun : "Tu n'as pas encore trouvé."'
Finalement, il dit à Abba Joseph : "Toi comment interprètes-tu ce passage ?" Il répondit : "Je ne sais pas". Alors Abba Antoine dit : "Vraiment, c'est Abba Joseph qui a trouvé la voie, en disant : je ne sais pas" ».

Abba Joseph a tout à fait raison, car chaque parole des Écritures est pleine du mystère de Dieu, chacune est d'une profondeur insondable, chacune est pleine d'une puissance insaisissable. Le mystère d'une parole de Dieu est si grand qu'il est bon de reconnaître humblement son ignorance. Pourtant ceux qu'Antoine interroge ne sont pas n'importe qui ; ce sont des vieillards, c'est-à-dire des Pères spirituels. Antoine les interroge en commençant par les plus jeunes, pour constater que leur prétention de savoir est déjà là, et qu'elle demeure encore chez les plus âgés. L’orgueil touche tous les âges, sauf celui à qui Dieu donne l'humilité.

La réponse d'Antoine est intéressante : « Tu n'as pas trouvé », sans spécifier le complément de ce verbe. La précision vient à la fin et retient notre attention. Antoine ne dit pas : « Abba Joseph a trouvé le sens de ce passage », mais « Abba Joseph a trouvé la voie », c'est-à dire, me semble-t-il : il a trouvé la voie d'accès à l'Écriture. Et c'est bien cela : l'humilité est le chemin qui conduit dans la profondeur du mystère des divines Écritures.


 


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