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Dialogue interreligieux



Repenser Dieu

dans un monde sécularisé

 

 

Jacques Musset


Ed. Karthala

Collection Sens et conscience

252 pages


10 décembre 2015

Ce livre est fondamentalement intéressant pour tous ceux dont l’exigence de spiritualité les empêche de passer vraiment dans le goulot de la bouteille d’une institution religieuse. Il est intelligent et manifeste la grande culture théologique et humaine de son auteur.
Il est aussi extrêmement agréable et facile à lire. Quand on l’a ouvert on ne le referme pas avant de l’avoir terminé, sans en sauter aucun passage !
Tout ce que dit Jacques Musset est vrai et sonne juste. Le lecteur se sent compris dans la profondeur de ses sentiments et de ses questions sur Dieu.

En voici des passages
On remarquera que Jacques Musset écrit toujours le nom de « Dieu » entre guillemets. Ce nom, pense-t-il, a été et demeure tellement galvaudé que toute recherche doit être consciente de sa relativité.


.

 

page 14

Avant-propos

« Pour comprendre les causes principales de la crise religieuse actuelle et pouvoir ainsi y porter remède efficacement il est nécessaire, écrit Légaut, de se reporter aux graves difficultés qu'a connu l'Eglise en Occident, et particulièrement en France au cours des controverses modernistes de la fin du XIXe siècle et du début du XXe. C'est à cette époque que le malaise a commencé à se manifester d'une façon plus visible, sous des formes d'ailleurs très différentes principalement philosophiques et exégétiques...

La crise moderniste fut le premier symptôme de celle qui sévit maintenant avec des dimensions d'une tout autre ampleur… La manière même dont l’Église a réagi devant les critiques que lui faisaient quelques uns de ses membres les plus religieux ne l'a pas préparée à surmonter cette crise par des moyens proprement intellectuels et spirituels. L’Église n'a su réagir alors que par voie d'autorité. Elle prépara ainsi les extrêmes difficultés du présent. À quelques exceptions près, l'Église répondit par des anathèmes aux objections philosophiques et historiques que la science moderne opposait à l'enseignement ecclésiastique sur les origines du christianisme et de sa doctrine ; elle se contenta de mener une répression rigoureuse et une épuration minutieuse dans le corps professoral des séminaires »

 

 

page 30

Histoire de ma foi en « Dieu »

Itinéraire d’une déportation

La rencontre décisive de Marcel Légaut

Sur ces entrefaites, je fis la rencontre de Marcel Légaut, qui fut l'une des plus décisives de ma vie. Ce grand spirituel du
XXe siècle quasi inconnu jusque-là venait de publier fin 1970 son premier grand livre après trente ans de silence : Introduction à l'intelligence du passé et de l'avenir du christianisme. En le découvrant par hasard, j'eus immédiatement à sa lecture le sentiment d'avoir trouvé un trésor.

 

 

page 94

Pourquoi la foi en « Dieu » doit-elle être réinterprétée dans la modernité ?

Le discours officiel de l’Église catholique sur « Dieu »
manque de crédibilité pour des chrétiens

D'une part, le mot « Dieu » n'a pas toujours existé ; c'est une création de l'homme.

Il a émergé très progressivement à la conscience des humains pour désigner, dans leur quête de sens, la cause de phénomènes qui leur échappaient : la foudre, la sécheresse, la pluie, les inondations, les épidémies, les infirmités, la souffrance, la gestation des animaux et des humains, etc... « Dieu » ou les « dieux » étaient, croyait-on, à l'origine de ces réalités sur lesquelles on n'avait pas prise. On y voyait une récompense ou une punition.
Peu à peu, avec les progrès des sciences, de la réflexion philosophique et de l'affinement du sens religieux, certaines représentations de « Dieu » sont devenues caduques. Beaucoup de choses dans le monde et le fonctionnement humain se sont ainsi expliquées sans qu'on ait recours à une cause divine extérieure. Les représentations de « Dieu » se sont petit à petit décantées, purifié, approfondies, spiritualisées. Mais le langage officiel de l'Église reste empêtré dans des représentations d'antan.
[...]
Le dernier avatar en est le très épais Catéchisme de l'Eglise catholique de 1992, comptant 835 pages et présenté par le pape Jean-Paul II comme « une norme sûre pour l'enseignement de la foi ». L’ambition de ce livre est de fournir une synthèse de la foi catholique qui se prétend la véritable foi en « Dieu », reçue de « Dieu » lui-même. Aucune question n'est laissée sans réponse. On présente, empilées les unes sur les autres, les doctrines qui se sont ajoutées au cours des siècles, adossées aux précédentes et marquées par les cultures des temps. En le parcourant, on a l'impression de visiter un musée où est rangé soigneusement, dans de multiples salles, le « dépôt » du passé. On visite mais on ne se nourrit pas intérieurement. Comme on est loin du souffle qui émane de la Bible et des évangiles, invitant à oser vivre personnellement communautairement et socialement dans l'authenticité, la justice et la fraternité !

C'est pourquoi s'interroger sur l'héritage reçu et remettre sur le métier l'approche de « Dieu » dans le contexte de notre temps non seulement n'est pas impertinent ni iconoclaste, mais essentiel.

 

 

page 142

L’approche de « Dieu » à la suite de Jésus

Conditions d’une fidélité actuelle

Fidélité et recréation aujourd’hui

Comment conjuguer au XXIe siècle fidélité et recréation dans notre foi au « Dieu » de Jésus ?

D'abord il nous faut clarifier ce qu'est notre fidélité à Jésus dans son rapport à « Dieu ». Elle consiste essentiellement à nous laisser inspirer par l'esprit qui l'animait dans sa manière de vivre. J'entends le mot « esprit » au sens de la motivation et de l'attitude qui ont orienté et déterminé son existence. Celle-ci fut un combat de libération des hommes dans toutes les dimensions de leur être et une présence à son « Dieu », source intime de son engagement. Etre fidèle à sa démarche est donc avant tout de nous efforcer de vivre du mouvement intérieur qui était le sien et comme lui, de l'incarner mais à notre façon et dans une pratique (paroles et actes ) qui nous soit propres.

Cependant, il ne faut pas confondre le mouvement intime de la foi de Jésus en son « Dieu » avec son langage, et donc les représentations qu'il avait de Lui. Si Jésus se référait à « Dieu » comme à la Source des exigences intimes qui émanait de ses profondeurs, il s'exprimait à travers des représentations de « Dieu » qui étaient celles de la foi juive de son temps. Pour nous, il importe de ne pas confondre les représentations sur « Dieu » avec le mouvement de sa foi en son « Dieu », fait de confiance, de disponibilité, de fidélité.

 

 

 

page 154

La Révélation

Comment des chrétiens peuvent-ils aujourd'hui parler de révélation ?

Les chrétiens, pour ne parler que d'eux, sont beaucoup trop bavards et prétentieux. Ils parlent de « Dieu » et Le font parler légèrement comme s'ils vivaient un face à face avec Lui. Ils oublient que leurs dogmes ne sont que des formulations humaines, invérifiables et donc relatives. N'est-il pas présomptueux, par exemple, d'affirmer comme Vérité révélée par « Dieu » qu'il existe trois personnes en Lui, le Père, le Fils et le Saint-Esprit ?

N'est-ce pas faire preuve d’une particulière audace que de prétendre qu'il a un dessein sur le monde et les humains, qu'il a pris l'initiative à un moment donné de se révéler à un peuple particulier, puis au monde entier par l'intermédiaire de son Fils unique, que ce Fils est descendu du ciel et s'est incarné dans le sein d'une vierge sans l'intervention d'un homme, que l'Église chrétienne et notamment la branche catholique est la dépositaire de la totalité de la vérité révélée, que cette vérité révélée est close depuis la mort du dernier apôtre ?
N'est-ce pas outrageant pour les non catholiques de dire que, si « Dieu » s'est révélé en dehors de la sphère chrétienne, c'est par bribes dispersées ?
Ne frise-t-on pas le totalitarisme en affirmant que les destinataires de ces messages incomplets n'en trouveront l'intégralité que dans l'Eglise catholique ?

S'il est possible de parler aujourd'hui de révélation de « Dieu », c'est donc avec discrétion et humilité, en reconnaissant par ailleurs que personne n'en est propriétaire et que chaque tradition religieuse et spirituelle l'exprime à sa manière, dans sa culture et à travers mille langages, notamment la parole poétique, car c'est sans doute elle qui suggère le mieux les réalités invisibles.

 

 

 

page 186

Dieu et le destin de chaque être humain et du monde

L’humaine condition à partager
et l’histoire à inventer avec tous les hommes

Rien dans la vie des chrétiens ne les distingue des autres hommes : ils ne sont ni épargnés par l'épreuve ni plus intelligents pour faire face aux situations. Ils professent seulement - sans pouvoir le démontrer - que dans le plus humain de l'humain dont ils sont acteurs, bénéficiaires ou témoins, se trouve une Source invisible inspiratrice de l'homme lorsqu'il est vraiment humain, à travers l'art, le souci exigeant du vrai, l'attention à autrui et spécialement à l'homme démuni et blessé. Sans faire bande à part ils participent avec leurs contemporains, agnostiques, athées ou se réclamant d'autres voies religieuses, à écrire l'histoire, inspirés par des valeurs communes qui leur paraissent les plus humanisantes et qui ne sont la propriété ni le monopole d'aucune tradition spirituelle, car elles appartiennent à l'essence de l'homme. C'est ce qui fait sa grandeur et sa responsabilité. Il n'existe donc pas de plan divin qui serait la matrice d'une histoire idéale. L'histoire concrète des hommes s'élabore au fil des siècles, avec ses grandes heures qui font honneur à l'espèce humaine, mais aussi avec ses heures noires, ses horreurs, ses stagnations, ses régressions.
[…]

Chaque périple humain est un itinéraire inédit, improbable, mais jamais bouclé tant qu’on est vivant. Chacun doit l'assumer et se l'approprier à sa manière originale et singulière, sans imiter qui que ce soit. Inutile de chercher à lire, dans les boules de cristal ou dans les lignes de ses mains, ce qu'on doit être et faire. Ce faisant on
régresserait en se mettant dans une attitude de dépendance passive. Il en est de même des croyants qui supplient Dieu sans cesse de leur dire franchement le chemin à suivre. Ils attendront longtemps une réponse, à moins qu'ils ne se parlent à eux- mêmes dans le fond de leur être.

 

 

 

page 199

Doctrine traditionnelle sur le péché et culture moderne

Une réappropriation à nouveaux frais

Que devient le péché originel ?

Le péché originel tel qu'on l'a enseigné dans la doctrine catholique est venu bien après. Son principal auteur est saint Augustin (354-430 de notre ère). Certes, l'évêque d’Hippone s'est inspiré de la Genèse, mais il a échafaudé la doctrine suivante autrement plus précise et effrayante : le péché d’Adam a été transmis à ses descendants par voie de génération chamelle ( ! ), en sorte que tous les humains naissent pécheurs, coupés de « Dieu », car endossant la faute d'Adam. Seul, le baptême est en mesure d'effacer la faute originelle qui souille l’âme des enfants. On chantait encore à tue-tête il y a quelques dizaines d'années le soir  de Noël le fameux Minuit chrétien tout imprégné de la pensée augustinienne, sans que personne ne s'étonne ni ne proteste :

Minuit chrétien, c'est l'heure solennelle,
Où l'homme-Dieu descendit jusqu'à nous
Pour effacer la faute originelle
Et de son Père apaiser le courroux ...

Ainsi, la doctrine de saint Augustin a-t-elle marqué pendant seize siècles les consciences chrétiennes et elles ne sont pas encore toutes délivrées de ce surmoi accablant.

 

 

page 240

En guise d’épilogue

Tenter de parler pour ne pas se taire
par Gérard Bessière

[…]

Reste à accepter en paix l'ignorance, à vivre généreusement nos existences quotidiennes, à œuvrer à notre mesure à la montée humaine, à souffrir des drames, des violences que subissent tant d'hommes et même d'enfants, à nous émerveiller de l'amour, de la beauté, de la bonté, des progrès de la connaissance, à ouvrir enfin les mains dans l'attente de l'Ultime. Et à tenter de parler pour ne pas se taire ?

(L’éternité affleure, 2014, La Grave, 46140 - Luzech)

 


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