Dialogue
interreligieux
La foi juive
Rabbin Haï
Bellahsen
Quatre interviews d'une
demi-heure
avec Gilles Castelnau
sur la radio Fréquence
protestante
Transcription
Christophe
Avellaneda
2
Les fêtes, les
rites,
la cachrout, la circoncision
10 janvier 2003
Pour le judaïsme il n'y a pas de
séparation entre le spirituel
et le matériel. Le règne minéral,
végétal, animal, humain, le monde matériel,
rationnel possède une dimension spirituelle. Chaque chose
créée renferme une potentialité spirituelle. Par
exemple le sabbat donne un avant goût de l'autre monde.
L'individu vivant en ce monde est en mesure de vivre une dimension
spirituelle, de percevoir objectivement une certaine lumière
spirituelle appartenant à d'autres dimensions.
Ainsi également des trois grandes
fêtes de pèlerinage : Soukoth qui est la
fête des Cabanes, Pessah, la
Pâque où l'on mange du pain azyme, et où l'on
raconte la Sortie d'Egypte. Chavouot,
appelée la fête des Semaines car elle est
célébrée le cinquantième jour, sept
semaines après la Pâque. Chavouot est la Pentecôte
qui commémore le don de la Tora, de la Loi.
Le judaïsme est attentif au fait
que le corps humain est contenant
d'âmes. D'abord une âme divine, d'un très haut
niveau spirituel. Ensuite une âme animale, une
potentialité certes mais néanmoins attirée par
les négativités. Le combat entre elles détermine
le libre arbitre de l'individu. Ceci est une question difficile et
profonde qui veut rendre compte de la présence du mal dans le
monde.
Trois niveaux coexistent en l'homme, qui
sont la parole, la pensée et
l'action. Le niveau le plus élevé est la
pensée la plus abstraite ; elle s'incarne dans la parole avec
un certain voile et puis dans l'action, avec un voile encore plus
important puisque entre l'idée de départ et l'action
réalisée il y a souvent des nuances qui ont
été beaucoup atténuées. Et chacune des
fêtes dont nous parlons vise un de ces niveaux de l'âme.
- La fête de Soukoth
(Pentecôte, les Cabanes) est
célébrée par une action, celle de construire une
cabane, action qui à libère, qui dévoile une
certaine spiritualité. La cabane représente plus qu'un
symbolique, dans la mesure où il y a une certaine
sainteté dans l'action et dans l'obéissance au
commandement. L'action elle-même de construction de la cabane
et de s'y installer est sainte, car chaque dimension du
matériel renferme une potentialité spirituelle.
- La fête de Pessah (Pâque). La famille est réunie autour
de la table et pose un certain nombre de gestes significatifs. On y
raconte la sortie d'Égypte, la
« Haggadah ». Ce récit nous situe au
niveau de l'habit de l'âme qui est la parole.
- La fête de
Shavouot (Pentecôte)
célèbre le don de la Tora, sept semaine, donc cinquante
jours, après Pessah. On est alors au niveau de la
pensée dans la mesure où, le sens de la loi correspond
au niveau le plus élevé dans l'abstraction.
Mais le chabbat est plus
important encore que les trois moments que sont la parole (Pessah) , la
pensée (Shavouot) et l'action (Soukoth)
est le samedi,.
.
Les 613 commandements que le
judaïsme lit dans la Tora ne
sont pas des actes purement symboliques de fidélité.
Chacun d'eux offre à l'individu une possibilité de se
sanctifier, à tel point d'ailleurs qu'il y a un rapport entre
les 613 commandements et le nombre de membres et de nerfs du corps
humain. De la même façon qu'il y a un rapport entre
chaque commandement et un certaine potentialité de
l'âme.
Le commandement maintient l'équilibre entre les dimensions du
corps et de l'âme, il est la garantie que nous gardions les
pieds sur terre. L'homme a besoin pour s'épanouir d'incarner
sa spiritualité dans le monde matériel. La
spiritualité ne doit demeurer abstraite.
Le patriarche Jacob rêva d'une échelle qui était
posée à terre et dont le sommet allait jusqu'au cieux ;
des anges de Dieu y montaient et descendaient. Bien entendu ce
rêve est prophétique ; on peut l'interpréter de
différentes manières. Il illustre notre
réflexion dans la mesure où il montre que l'important
pour l'individu est d'avoir à la fois les pieds sur la terre
et la tête en relation avec les autres dimensions. Etre
enraciné dans le monde matériel sans négliger la
transcendance du monde spirituel.
.
Le chabbat. C'est le jour le plus saint : ce jour
là l'homme peut percevoir de manière plus intense la
lumière de Dieu. Le chabbat comporte des moments de
prière, des moments d'étude, qui sont
fondamentaux ; il y aussi les repas. On s'habille
particulièrement bien le jour du chabbat. On y soigne la
qualité des repas ; les repas sont, bien entendu,
bercés de chants et de commentaires sur la tradition orale,
sur le Talmud. Les deux dimensions matérielle et spirituelle
s'enchevêtrent.
La cachrout. Le judaïsme considère qu'un certain
nombre de mets sont spécialement marquée par le faute
du premier homme ; le fait de les consommer peut nous
éloigner de la spiritualité. Cela disparaîtra
à l'époque messianique : un midrash très
connu, annonce qu'à l'époque messianique certains
produits, certains animaux non cacher, en particulier le cochon,
seront cacher. On pourra manger du porc quand le messie viendra car
alors les dévoilements seront plus importants et une nouvelle
possibilité apparaîtra de restaurer toutes choses.
C 'est méticuleusement que nous
respectons les 613 commandements dans leur détail.
L'image que nous rendent nos sens de ce qui existe autour de nous
n'est qu'une image tronquée La matière est faite de
vide avant tout. On ne perçoit qu'une petite partie des objets
du monde matériel. Leur dimension spirituelle nous demeure
étrangère.
Les commandements du judaïsme s'inscrivent dans le monde
rationnel mais tiennent compte de tout l'invisible. En fin de compte
tout est objet de sanctification, c'est pourquoi il y a effectivement
une nécessité d'être absolument
méticuleux.
La circoncision. Elle a lieu le huitième jour de la naissance
si l'enfant est en bonne santé. Le chiffre huit a une
signification mystique. Le septième jour de la semaine
étant le chabbat, le huitième est la sortie du chabbat.
C'est le jour où dans chaque famille juive on appelle le
prophète Elie. On attend la rédemption, le messie. Le
huitième jour est celui de l'harmonie parfaite entre la
dimension matérielle et la dimension spirituelle. Le monde du
huit est celui où toute opposition, tout conflit seront
dépassés et où Dieu sera la
réalité la plus évidente.
Le huitième jour symbole de
plénitude, on circoncit l'enfant, on lui enlève le
prépuce. Lorsque l'individu naît au monde, il n'est pas
parfait, il faut lui retirer quelque chose. La lumière
spirituelle n'est pas directement disponible, il convient de la
rechercher. Si la lumière était d'accès facile,
elle serait également facile à profaner.
Le Talmud rapporte que jadis le nom de Dieu, son véritable nom
qui compte soixante et douze lettres, était invoqué
à haute et intelligible voix, de sorte qu'il était
capté par des individus sans scrupule qui pensaient l'utiliser
à leur propre profit. C'est pourquoi il fut
décidé de ne plus le prononcer qu'à voix basse.
C'est ainsi que la lumière spirituelle ne doit pas être
disponible pour n'importe qui et trop facilement. Mais atteinte avec
quelque difficulté, elle aidera l'homme à
s'édifier.
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