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Bible, Coran et autres
3e partie
pasteur Jean
Dumas
20 octobre 2014
LA MAUVAISE MÉMOIRE
Un exemple : une Eglise passe de l’évangile à l’apartheid
Comment la mauvaise lecture d’une Eglise aboutit à l’hérésie de l’apartheid.
De nombreux exemples historiques montrent qu’au cours de leur histoire les Eglises ont pu
complètement défigurer le message évangélique au point qu’on pouvait le croire
définitivement enterré. Et pourtant, ces mêmes Eglises ont à chaque fois, après un temps plus
ou moins long, laissé ressusciter la pleine saveur de l’Evangile. Devenues fontaine pétrifiante
un jour, elles ont pu devenir source jaillissante par la suite.
Je pourrais trouver nombre d’ exemples où une Eglise a pu travestir son message de telle
façon qu’il a produit des fruits véreux et mortifères à des niveaux mondiaux inégalés.
Pourtant, à chaque fois, la lumière évangélique a percé les nuits enténébrant le siècle pour faire
éclater la vie plus forte que la mort.
Je retiens l’un de ces exemples. Il est apte à saisir de façon évidente comment s’opère le
processus de pétrification.
Tout a commencé au dix septième siècle finissant, dans le royaume de France. Les protestants
établis depuis un siècle avaient dressé leurs Eglises sur l’ensemble du territoire, reconnues
officiellement par l’Edit de Nantes, avec le roi Henri Quatre. Mais le nouveau roi très
catholique Louis Quatorze avait peu à peu démantelé les accords de l’Edit pour les rendre
caduques. Pour en finir avec les protestants, il a décidé la Révocation de l’Edit de Nantes en
1685, obligeant les protestants à l’abdication et leurs pasteurs à l’exil.
Quelques protestants se révoltèrent contre la loi du roi. Bien que l’exil volontaire leur était
refusé par la Révocation, beaucoup fuirent dans les pays voisins où on les acceptait, à Genève
en Suisse, en Allemagne et en Hollande. On les appelait les Huguenots. Leur départ étant
strictement interdit, sous peine de galères, alors ils partirent par des chemins détournés,
voyageant de préférence la nuit. Une des filière d’exil suivait les sentiers des montagnes
alpines, et les Huguenots de Provence les empruntèrent pour franchir la frontière et, pour
plusieurs, se fixer dans le nord de l’Allemagne. Là, des métiers d’artisans leur furent proposés.
D’autres poursuivirent jusqu’à la Hollande des Pays-Bas, où le prince Guillaume d’Orange,
adhérent à la Réforme calviniste, leur offrait l’asile politique.
De nombreux récits de cette épopée nous sont restés. D’autres nous décrivent les tortures et les
lourdes peines qu’ont eu à subir les femmes protestantes arrêtées et refusant la conversion, ou
les hommes condamnées à ramer sur les galères de la flotte royale. Nous ne pouvons qu’être
impressionnés par la foi de ces martyrs chantant des psaumes pendant leurs tortures.
Ce fut, pour ces huguenots, la résistance opiniâtre soutenue par la foi la plus vive qui les
soutenait. Parmi ces Huguenots qui avaient choisi, en Provence, la périlleuse aventure de l’exil, s’était
glissé un jeune pasteur drômois, natif de la petite ville de Nyons. En poste à Embrun, il avait
desservi auparavant la paroisse de Montjoux. C’est là que j’ai découvert son existence, car je
vis une retraite pastorale paisible depuis quelques années dans cette même commune de
Montjoux.
Après quelques recherches menées à l’aide d’amis férus d’histoire locale, voici ce que j’appris
sur ce pasteur.
Lors de la promulgation de la Révocation de l’Edit de Nantes, Pierre SIMOND – c’est son
nom - était pasteur à Embrun. Le temple de sa paroisse ayant été démoli par ordre du roi, il
quitta la ville dans les quinze jours pour se trouver en Hollande où il s’installa pasteur à
Zerikzee en 1686. Un an plus tard, l’Eglise hollandaise lui demanda de s’engager pour passer
au service de la puissante Compagnie des Indes Orientales. Il devait accompagner des
compatriotes huguenots jusqu’en Afrique du Sud, où l’Eglise hollandaise leur proposait des
terres à cultiver et un bon pécule de départ. 600 d’entre eux s’y refusèrent, mais 191 s’y
décidèrent. Ils avaient choisi le risque en quittant leur Provence, et voulaient atteindre à une
totale liberté pour vivre leur foi, fut-ce au bout du monde.
Il s’agissait de fortifier la petite colonie hollandaise établie là-bas, pour l’épauler dans son
travail d’agriculture. Quelques uns des exilés avaient emporté dans leurs bagages des pieds de
vigne et d’autres plants qui se révélèrent précieux une fois arrivés. L’aventure de l’exil se
prolongeait d’une façon totalement inattendue. D’autant plus que le voyage prévu se révélait
largement plus dangereux que ce qu’ils avaient vécu jusqu’alors. A la même date précisément,
une autre jeune fille de Provence, Blanche Gammond, de Saint-Paul-Trois-Chateaux, se risqua
à l’exil par le même chemin, mais fut arrêtée près de Grenoble et commença une longue vie de
torture dans l’hôpital de Valence. Elle ne fut libérée que beaucoup plus tard et put enfin gagner
Genève où elle eut la joie de vivre son premier culte dans la cathédrale de Saint Pierre. Elle a
raconté son martyre dans un récit poignant.
De leur côté, les 191 provençaux réfugiés en Hollande embarquèrent sur sept voiliers de troismâts.
Ils quittèrent la Hollande entre le 31 décembre 1687 et le 8 janvier 1689. Le périple
durait de 3 à 7 mois, selon les aléas du voyage. Tempêtes, échouements et pirates pouvaient
faire stopper tout espoir d’atteindre le port du Cap. Chaque navire embarquait quelques
300 marins et soldats, auxquels s’ajoutait une cinquantaine de passagers. Pierre Simond et sa
jeune femme embarquèrent sur le Zuid Beverland, et arrivèrent au Cap 5 mois plus tard, tirés
sains et saufs du naufrage ultime de la chaloupe qui les conduisait au port.
Pour l’instant, l’aventure n’avait rien d’un échec. Bien au contraire, les 151 provençaux
(certains périrent en mer) débarqués en Afrique du Sud avaient réussi à vaincre toutes les
difficultés. Les semaines de déambulation pénible dans les Alpes, suivies d’un long trajet
jusqu’au Pays-Bas, n’avaient pas atteint leur moral ni leur foi. Encore jeunes, ils avaient risqué
leur nouvelle vie en affrontant les périls d’un dur trajet maritime, mal logés dans une coque de
noix bourrée de soldats et de marins ne parlant pas leur langue. Quelques uns d’entre eux
moururent avant l’arrivée au Cap, malades de scorbut ou d’autres maux. L’épouse de l’un
d’eux n’en survécut pas. Ils avaient l’âme chevillée au corps si bien que le veuf se remaria
pendant le trajet, sans doute pour assurer les soins d’une mère à ses enfants devenus orphelins
de mère. Nul doute que la présence du pasteur SIMOND ne fut pas étrangère à leur ténacité.
Ils vécurent ce que vivra quelques années plus tard leur compatriote cévenole Marie
DURAND enfermée dans la Tour de Constance. Elle avait pris comme devise : « Résistez ».
Comme nous savons l’intérêt très passionné de leur pasteur pour les psaumes et leur chant,
nous pouvons imaginer sans peine qu’ils chantaient ensemble des cantiques et des psaumes
pendant ces trop longs mois d’exils, conduits par leur pasteur. Le psaume 117, par exemple,
évoquait à la fois les terreurs maritimes des juifs d’autrefois et les leurs :
“ Certains s’égarèrent dans les solitudes.
Par un chemin désert, affamés, assoiffés, la vie les abandonnait.
Ils crièrent vers le Seigneur dans leur détresse, et il les a délivrés de leurs angoisses.
Qu’ils célèbrent le Seigneur pour sa fidélité et pour ses miracles en faveur des humains.
Ceux qui partent en mer sur des navires et exercent leur métier sur les grandes eaux, ceux-là
virent les oeuvres du Seigneur et ses miracles en haute mer.
A sa parole se leva un vent de tempête qui soulevait des vagues, ils roulent et tanguent comme
l’ivrogne
Ils crièrent au Seigneur dans leur détresse, et il les a tirés de leurs angoisses. Et Dieu les a
guidés au port désiré.” (Psaume 117)
Le pasteur Simond avait pris plaisir à leur traduire ce psaume, et bientôt il se lança dans la
traduction de l’ensemble du psautier. Il y passa ses nuits, et, la traduction terminée, il l’intitula
« les veilles africaines ».
La nouvelle colonie d’exilés provençaux s’identifiait aux hébreux en marche vers la terre
promise après avoir été délivrés de l’esclavage égyptien. Les huguenots du Cap devenaient le
peuple élu, choisi par Dieu. Une fois arrivés sur cette « terre promise », ils construisirent leurs
maisons en leurs donnant des noms leur rappelant leur Provence lointaine, et ces noms se
retrouvent encore aujourd’hui dans cette vallée appelée « la vallée des français ». Ce sont les
fermes « La Provence », « Lourmarin », « La Motte », « Cabrière », « La Roque », et d’autres.
On peut visiter maintenant le Musée Huguenot du Cap, qui évoque cette grande épopée
huguenote.
Le pasteur fut d’une grande aide pour les exilés. Il s’efforça de maintenir la langue française
pour cette petite colonie de français mêlée aux boers hollandais déjà installés. Cultes,
cantiques, catéchismes, et même l’école des enfants, il fit tout pour refuser l’intégration en se
consacrant exclusivement au développement des propriétés si chèrement acquises. Très vite,
d’ailleurs, la terre produisit ses fruits et les premières vignes leurs raisins, encore célèbres
aujourd’hui. N’oublions pas que les vins d’Afrique du sud sont d’origine provençale !
La foi continuait d’armer les familles provençales d’une farouche énergie.
Les mois, les années se succédaient, apportant à la vie quotidienne les difficultés inéluctables
de l’usure du temps. L’opiniâtreté du pasteur rencontra l’opposition et, peut-être, la jalousie
d’un des nouveaux colons. Leurs enfants côtoyaient chaque jour les enfants boers, qui les
voulaient comme compagnons à l’école hollandaise. Vint le moment où Pierre SIMOND dut
envisager son retour dans les Pays Bas. Sa présence à la tête de la petite colonie devenait
insupportable autant à lui qu’aux exilés devenus colons.
La Compagnie des Indes et l’Eglise hollandaise l’autorisèrent à venir présenter ses « Veilles
africaines » au synode wallon, et il prit la route du retour accompagné de son épouse et de ses
cinq enfants nés au Cap. Il était resté 15 années intenses dans la province du Cap.
L’histoire de la suite est terne et dure : Le psautier de Simond ne fut pas accepté par le synode
wallon, qui utilisait déjà les psaumes de Marot et de Bèze. Le pasteur traversa de grandes
difficultés financières. Il fut finalement nommé pasteur en second à LILLE, en 1709, qui était
alors ville hollandaise. Bientôt éprouvé dans sa santé, il mourut sur la côte belge.
Les provençaux du Cap, de leur côté, poursuivaient leur vie de colons avec grand succès. Ils
s’unirent aux boers, apprirent leur langue, l’africaans, et se considéraient bientôt non plus
comme européens mais comme afrikaners. Ce qui les unissait tous était leur religion
commune, le calvinisme venu des Pays Bas.
Un bref coup d’oeil sur les péripéties de l’histoire de l’Afrique du Sud est utile pour suivre
l’évolution du calvinisme afrikaner qui s’ensuivit. Politiquement, la colonie du Cap était régie
directement par l’Etat de Hollande. Mais les évènements européens du 18ème siècle
bousculèrent l‘ordre des choses en faisant intervenir la puissance anglaise. Celle-ci se dressa
contre les forces des Pays-Bas, puis bientôt la chute de l’empire napoléonien établit par
contrecoup la suprématie anglaise sur la Province du Cap qui devint définitivement une
colonie britannique en 1814.
Les boers, ce nouveau peuple africain, durent traverser l’effroyable guerre des boers, qui les
opposa pendant tout le 19ème siècle aux anglais. Battus, les boers devinrent citoyens
britanniques. Mais ils devinrent ensuite l’élite dirigeante du pays, bien que minoritaires. De
colons, ils étaient devenus notables, se soumettant la population noire des khoïsans pour en
faire des esclaves.
Religieusement, les boers restèrent rattachés à l’Eglise hollandaise encore pétrie d’un
calvinisme strict au moment de leur départ. Les années ont passé, et, pour eux, le
protestantisme hollandais d’Europe se trouvait en voie de perversion. Il s’agissait de contrer le
mouvement moderniste influencé par la philosophie des Lumières. Le rationalisme cartésien
pris en compte par une marge importante de l’Eglise hollandaise fut jugé négativement. La
vraie religion des afrikaners se réduisit alors à un système aride de doctrines et de rites à suivre
à la lettre. Furent mis en avant les textes calvinistes anciens qui faisaient autorité, le
catéchisme de Heidelberg et la Confession de foi hollandaise. Il fallait poursuivre le respect du
sabbat et suivre à la lettre les Ecritures bibliques. Ainsi se figea peu à peu une Eglise
hollandaise traditionnelle et conservatrice.
En Afrique du Sud, la petite colonie française des Huguenots qui s’est assimilée aux colons
afrikaner s’opposa donc au mouvement progressiste se faisant jour en Hollande. Le calvinisme
hollandais de la province du Cap devint de plus en plus conservateur. L’Eglise entra en voie de
pétrification.
Dans le même temps, à la fin du 19ème siècle, l’anglicanisme avait commencé son
implantation sur les terres africaines. Cependant, il n’essaya pas de se développer de façon
massive. Très vite, par contre, l’opposition entre les afrikaners et les anglais se durcit au sujet
de l’esclavage.
Le gouvernement britannique prit des mesures accordant aux Noirs les mêmes droits qu’aux
Blancs et décida la langue anglaise comme langue officielle. Les Afrikaners calvinistes s’y
opposèrent en affirmant qu’ils étaient, eux, le peuple élu de Dieu. Certains d’entre eux
refusèrent les lois britanniques et quittèrent la colonie du Cap pour occuper les « verts
pâturages » du nord par un vaste mouvement d’exode nommé « le grand Trek ». Ces nouveaux
migrants eurent à affronter les tribus noires des territoires conquis, et la forte victoire des
afrikaners sur les zoulous se solda par une bataille décisive : le massacre de 3000 zoulous, tout
en ne comptant que 3 blessés dans les rangs afrikaners. Le chef charismatique des Afrikaners –
il faut le garder en mémoire – avait placé sa bataille sous le signe de la grâce de Dieu et avait
promis qu’en cas de victoire il construirait un temple sur le lieu du combat. La victoire du 11
février 1838 dans la province du Natal devint si célèbre qu’elle deviendra la date de la fête
nationale de l’Afrique du Sud pour longtemps encore, jusqu’à une date toute récente.
Peu à peu, la ségrégation raciale décida de tenir des cultes séparés entre Blancs et Noirs. La
première faculté protestante de théologie s’installa à Stellenbosch, où Pierre Simond avait été
pasteur.
Opposant deux républiques boers et deux colonies britanniques, l’histoire politique de
l’Afrique du Sud se poursuivit de façon particulièrement mouvementée, et les Anglais
élargirent progressivement leur territoire à toute l’Afrique du Sud. Sans s’immiscer dans la
pratique religieuse des afrikaners, les anglais mirent la main sur le pays, s’appropriant
l’exploitation des mines d’or du Transvaal. De colons, les afrikaners devinrent colonisés. Mais
ils maintinrent leur pouvoir sur leurs terres et sur les noirs, zoulous et autres tribus. C’est ainsi
qu’ils figèrent leur religion dans l’observance absolue des règles sociales colonialistes
établissant les lois séparatistes entre Blancs et Noirs comme voulues par Dieu lui-même,
séparant propriétaires et ouvriers agricoles, colons africains et colons anglais d’implantation
récente. Parmi ces afrikaners se trouvaient plusieurs des descendants des huguenots de
Provence reconnaissables à leurs patronymes français. Ils fondèrent un parti exclusivement
boer au début du 20e siècle.
C’est l’un d’entre eux, Daniel MALAN, pasteur, qui définit l’apartheid (séparation, en langue
africaan), pour en faire son thème de campagne fondant sa politique gouvernementale durant
les élections de 1948. Il les gagna. Dès lors, l’apartheid devint la loi de l’ensemble de
l’Afrique du Sud. La population fut divisée en trois groupes : les Blancs, les Noirs, et les
Métis. Les lieux de résidence de chacun de ces groupes furent fixés par la loi, ainsi que les
professions et le système d’éducation selon les catégories. Certains lieux furent interdits aux
Noirs (transport, plages, écoles, etc.) Seuls les Blancs pouvaient accéder au gouvernement.
L’ensemble des lois apartheids se fonda sur l’observance des enseignements de la Bible,
exclusivement lue selon la lettre de son texte. MALAN refusa qu’une nouvelle tour de Babel
s’installât dans le pays, car Dieu s’y était refusé autrefois en diversifiant les langues et les
peuples. MALAN est alors appelé le Moïse des Afrikaners, dirigeant son peuple selon, penset-
il, la loi divine. Il n’oublie pas qu’il est pasteur lui-même, avant d’être homme politique, et
veut diriger le pays avec la Bible sous son bras. Un voyage en Europe lui permet de visiter la
terre de ses ancêtres, le village provençal de Mérindol, et comme eux qui traversèrent la mer
deux siècles plus tôt, il se fixe un temps à Stellenbosch. La boucle est bouclée, et les
convictions d’appartenir au peuple élu de la Bible ont toujours cours depuis le 17ème siècle.
MALAN, vieux et malade, se retire de la vie politique à 80 ans et son successeur veut instaurer
en Afrique du Sud une république calviniste et afrikaner en 1954, approuvant et renforçant les
lois de l’apartheid. Il s’en est suivi des remontrances de nombreuses associations internationales d’Eglise : le Conseil OEcuménique des Eglises, l’Alliance réformée mondiale, et d’autres encore, allèrent jusqu’à exclure de leurs membres l’Eglise afrikaner. Rien ne fit changer pourtant l’attitude des calvinistes durs de l’Afrique du Sud.
En 1954, l’Eglise Protestante hollandaise d’Afrique du sud – l’une des Eglises protestantes du
pays, non la seule, mais elle participe à l’exercice du pouvoir – met en pratique une règle de
vie sociale et politique totalement contraire aux préceptes évangéliques. Sous prétexte d’obéir
à Dieu plutôt qu’aux hommes, elle se mêle à la politique répressive de l’apartheid qui
massacre, ici, des populations noires révoltées, qui emprisonne et torture, là, des leaders de
l’opposition, qui couvre d’une amnistie totale les auteurs blancs d’assassinats de noirs
récalcitrants.
Où est l’Evangile ? Où, la parole du Christ ? S’appuyant sur une lecture des textes bibliques
identifiant les situations victorieuses du peuple hébreu à la situation actuelle, l’Eglise
hollandaise encore récente pétrifie le message d’amour et de pardon d’un Jésus de Nazareth
qu’ils ont habillé à la mode calviniste, col blanc et complet noir. L’élan de foi des huguenots
persécutés s’est éteint.
L’Eglise afrikaner d’Afrique du sud s’est complètement sclérosée, tout est figé, des préceptes
évangéliques aux confessions de foi hollandaises toujours enseignées, de l’enseignement de la
Bible aux règles de vie sociale. La foi des origines s’est cristallisée dans des règles et des
pratiques sociales et religieuses contraires à l’Evangile.
Aujourd’hui, les lois de l’apartheid sont abolies. Depuis, DE KLERC, dont les racines sont
huguenotes, a succédé à BOTHA à la tête du gouvernement, et a mis fin à l’apartheid. Il a
libéré Nelson MANDELA après 27 ans d’emprisonnement. L’Eglise hollandaise a
publiquement reconnu ses torts et demandé pardon au peuple africain, l’Evangile est redevenu
source jaillissante pour l’Afrique du Sud.
Comment la vigueur évangélique a-t-elle pu briser les murailles pétrifiées de l’Eglise
calviniste dirigeante ? Une nouvelle histoire commence.
La source jaillissante d’un Evangile retrouvé a deux origines. La première se situe dans le pays
noir du Transkei, avec la naissance le 18 juillet 1918 d’un petit garçon dans la famille d’un
chef coutumier. Il est de sang royal. A la suite d’un conflit, son père fut destitué de ses terres
et de son titre, et le petit garçon vécut ensuite avec sa mère une vie campagnarde dans un petit
village, qui, dira ce garçon devenu grand, « ne comptait pas plus d’une centaine de personnes
qui vivaient dans des huttes aux murs de torchis et en forme de ruche. »
Celui qui deviendra plus tard Nelson MANDELA raconte ainsi sa formation enfantine :
« Très jeune, j’ai passé l’essentiel de mon temps dans le veld à jouer et à me battre contre les
autres garçons du village…Nous façonnions des animaux et des oiseaux en argile. Avec des
branches, nous construisions des traîneaux que tiraient des boeufs. La nature était notre terrain
de jeu…J’ai appris à monter sur des veaux sevrés ; quand on a été jeté à terre plusieurs fois, on
prend le coup. Un jour, un âne récalcitrant m’a donné une leçon. Nous montions sur son dos
l’un après l’autre et, quand mon tour est arrivé, il a foncé dans un buisson d’épines. Il a baissé
la tête pour me faire tomber, ce qui est arrivé, mais seulement après que les épines m’eurent
griffé et écorché le visage, en m’humiliant devant mes camarades. J’avais perdu la face devant
mes amis. Ce n’était qu’un âne qui m’avait fait tomber mais j’ai appris qu’humilier quelqu’un, c’est le faire souffrir inutilement. Même quand j’étais enfant, j’ai appris à vaincre mes adversaires sans les déshonorer. »
Ce jeune garçon a reçu un enseignement chrétien donné, non par l’Eglise calviniste, mais par
l’Eglise de WESLAY venue d’Angleterre. Devenu adolescent, une association méthodiste a
pris en charge sa formation. Il en dira plus tard : « Je ne suis pas particulièrement religieux.
Disons que je m’intéresse à toutes les tentatives qui sont faites pour découvrir le sens de la vie.
La religion relève de cet exercice. » Et, une fois libéré, il pourra dire : « Je n’ai jamais
abandonné mes croyances chrétiennes. » Il regarde le travail de l’Eglise en Afrique du Sud
avec un oeil favorable : « Tout ce qu’avaient accompli les Africains semblait s’être réalisé
grâce au travail missionnaire de l’Eglise. Les écoles de mission formaient les fonctionnaires,
les interprètes et les policiers qui, à l’époque, représentaient les plus hautes aspirations des
Africains. » L’Eglise dont il parle est méthodiste ou anglicane, pas afrikaner.
Nelson MANDELA manque-t-il de lucidité en décrivant à plusieurs reprises les bienfaits
apportés par l’Eglise ? Certainement pas, mais il s’interdit tout esprit de jugement, privilégiant
le positif des Eglises non afrikaners et gardant le silence sur les Eglises calvinistes. Une fois,
cependant, sa plume garde son mordant sur ce sujet : « Les organisations religieuses ont aussi
joué un rôle fondamental pour montrer ce qu’était réellement l’apartheid : une imposture et
une hérésie ».
Il décrit de manière forte cette « Eglise » de l’apartheid : « Etre Africain en Afrique du Sud
signifie qu’on est politisé à l’instant de sa naissance, qu’on le sache ou non. Un enfant africain
naît dans un hôpital réservé aux Africains, il rentre chez lui dans un bus réservé aux Africains,
il vit dans un quartier réservé aux Africains, et il va dans une école réservée aux Africains, si
toutefois il va à l’école. Quand il grandit, il ne peut occuper qu’un emploi réservé aux
Africains, louer une maison dans une township réservé aux Africains, voyager dans des trains
réservés aux Africains, et on peut l’arrêter à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit pour
lui donner l’ordre de présenter un « pass », et s’il ne peut pas, on le jette en prison. Sa vie est
circonscrite par les lois et les règlement racistes qui mutilent son développement, affaiblissent
ses possibilités et étouffent sa vie. »
MANDELA devient avocat d’un cabinet composé de noirs, puis dans un autre avec des
avocats blancs. Il s’active dans la défense des droits des noirs et, parallèlement, il prend parti
pour l’engagement politique de l’Organisation de l’ANC (Congrès National Africain) où, très
vite, il joue un rôle de leader. Sa notoriété et son talent le conduisent à des contacts
internationaux où son militantisme pour la libération des noirs rencontre un vif intérêt. Ses
positions politiques l’amènent à devenir un suspect numéro un pour la police de l’Afrique du
Sud et l’obligent peu à peu à la clandestinité. Vient le jour, en 1962, à 44 ans, où il est arrêté et
condamné à l’emprisonnement à vie. Il sera successivement incarcéré dans la prison de
Robben Island, une île au large du Cap, puis dans une prison de haute sécurité à Prétoria. Il y
restera 27 années. Ces très longues années permirent à MANDELA de réfléchir au sens de ses
engagements, et à la façon juste de les vivre dans son comportement à l’égard des hommes, de
tous les hommes, Noirs comme Blancs.
« En prison, ma colère contre les Blancs s’était apaisée, mais ma haine envers le système
s’était accrue » écrira-t-il. « C’est au cours de ces longues années solitaires que la faim de
liberté pour mon peuple est devenue faim de liberté pour tous, Blancs et Noirs. Je savais
parfaitement que l’oppresseur doit être libéré tout comme l’oppressé. » Il s’intéresse à la
vision pacifique et non violente d’un GANDHI et d’un Martin Luther KING. Elu président
noir de l’Afrique du Sud, il témoigne d’une droiture pleinement évangélique, alors qu’il ne
l’explicite jamais. Ainsi, d’un côté, les afrikaners brandissent leur foi fondamentaliste liée,
selon eux, à l’observance de la foi biblique, et de l’autre celui qui dirigera bientôt le pays
revendique un comportement parfaitement chrétien. La source jaillissante de l’évangile
abreuve à nouveau la terre africaine brisant les forteresses pétrifiées d’un évangile transformé
en hérésie.
C’est ainsi qu’il rejoint le combat d’un pasteur qui jouera plus tard un grand rôle dans sa vie
de premier Président noir de l’Afrique du Sud. C’est la deuxième source redonnant vie à la
vérité évangélique en Afrique du Sud, avec l’évêque anglican Desmond TUTU. 13 ans plus
jeune que MANDELA, TUTU est un noir du Transval, de confession anglicane, devenu le
premier évêque noir en Afrique du Sud, et prix Nobel de la Paix en 1984, 9 ans avant
MANDELA. Il s’est très vite engagé dans une lutte pacifique mais déterminée contre
l’apartheid, qu’il déclare être une « hérésie », terme fort que MANDELA a aussitôt emprunté.
L’évêque écrira dans un ouvrage collectif (en 1983) : « L’apartheid soutient que les êtres
humains, les créatures mêmes de Dieu, ne peuvent fondamentalement pas être réconciliés.
C’est une contradiction flagrante avec la révélation sans ambiguïté dans l’Ecriture que, dans le
Christ, Dieu s’est réconcilié le monde. On peut dire que la réconciliation résume bien la
mission et l’oeuvre du Seigneur. Dire le contraire, ce n’est pas éliminer un aspect secondaire et
sans grande portée de la vérité chrétienne, car c’est le coeur du message chrétien. Par
conséquent, l’apartheid est une hérésie. »
Desmond TUTU prêche et enseigne en tant qu’évêque, en même temps qu’il écrit de
nombreux textes et prononce plusieurs conférences affirmant son engagement dans le
mouvement de la théologie de la libération. Alors qu’il a été amené à présider le service
funèbre de Steve BIKO, l’un des leaders Noir mort en détention, avec un sermon qui
impressionna fortement la foule immense des participants, il précise en ces termes ce qu’est
pour lui la théologie qui sous-tend ses engagements : « Dieu est toujours du côté des
persécutés : voilà la parole biblique que les peuples opprimés doivent redécouvrir…. En fin de
compte, Dieu libère les opprimés par amour de leurs oppresseurs….Notre théologie vise à la
libération des oppresseurs autant qu’à la libération des opprimés… Jimmy KRUGER ministre
sud-africain de la Justice et de la Police, a pu dire à la mort de Steve BIKO « Cela me laisse
froid ». Qu’est-il donc arrivé à l’humanité de cet homme pour qu’il parle avec une telle
insensibilité d’un frère humain ? Oui, Dieu pleure avec nous et il a souffert en JÉSUS la
douleur de la mort. »
Il ajoute : « Ceux qui voudraient ridiculiser la théologie de la libération disent que ses
partisans sont de grands naïfs, s’imaginant qu’une amélioration politique et économique
conduirait tout droit à l’âge d’or. Or, l’expérience montre qu’il n’en est rien ; les théologiens
de la libération savent qu’un nouvel oppresseur remplace souvent celui qui a été éliminé et que
les victimes d’hier deviennent vite les dictateurs d’aujourd’hui. »
Libéré, le nouveau président MANDELA est nommé en 1994. L’année suivante, il crée la
Commission Vérité et Réconciliation afin d’éviter la flambée de violences que tous
attendaient. Il voulait mettre en place une formule juridique permettant la réconciliation entre
Noirs et Blancs, entre oppresseurs et opprimés d’hier. Le statut juridique de la Commission
accordait l’immunité et le pardon aux auteurs de faits de violences infligés à un plaignant. Les
accusés de tels faits qui acceptaient de se soumettre aux confrontations avec leurs victimes
pouvaient bénéficier de l’amnistie définitive. Ceux qui refusaient, passaient en jugement
devant les tribunaux. Il fallait organiser dans l’ensemble du pays des centaines de sous commisions de réconciliation, ce qui fut fait. Desmond TUTU fut mandaté par son synode
pour se proposer comme membre de la Commission, et non seulement il fut accepté par le
Président MANDELA, mais nommé par lui comme le président de la Commission. C’est dire
combien le combat de libération des Noirs avait préparé les deux hommes à oeuvrer ensemble
au devenir pacifié de l’Afrique du Sud. TUTU, bien qu’espérant prendre sa retraite à ce
moment de sa vie, se sentit contraint d’accepter. Ce furent trois années de rencontres multiples
et pénibles, souvent, mais le succès fut acquis par ce travail acharné et prié, comme le raconte
l’évêque dans un livre poignant de vérité humaine incontestable. A tel point que, depuis,
certains autres pays font appel à TUTU pour les aider à mettre en place un travail semblable de
réconciliation, sans hélas grand succès pourtant.
Quoiqu’il en soit, les engagements indéfectibles de deux hommes profondément pétris de sève
religieuse ont permis de fissurer le béton d’une Eglise devenue hérétique. Cette détermination
sans faille a soulevé les montagnes d’une société apparemment verrouillée à jamais.
Deux conclusions s’imposent. Elles sont toutes deux des constatations évidentes d’un état
de fait.
La première est une vision lucide de l’Eglise et sans a priori religieux d’aucune sorte. La vie
des Eglises, dès les commencements, passe par des phases de pétrification. Celles-ci peuvent
les rendre hérétiques, comme en Afrique du Sud. D’autres figent les Eglises dans un
conformisme religieux démotivant pour ses membres, pratiquant un fondamentalisme plus ou
moins rigoureux et refusant toutes nouveautés de pensée pour maintenir un statu quo religieux.
D’autres se lancent dans un grand mouvement missionnaire fort de la supériorité chrétienne
sur toute autre forme de foi religieuse : il s’agit en fait de convertir moins à Christ qu’à soi. La
pétrification prend des formes varies, des plus extrêmes au simple refus de tout changement.
La deuxième conclusion invite à s’émerveiller que chaque période de pétrification laisse, un
jour, filtrer un jet de lumière. Cette lumière, à peine un rai, ne cesse ensuite de s’amplifier pour
illuminer tout le paysage religieux. Un témoin vibre à son appel, puis cent, puis mille, pour
gagner l’ensemble de la communauté d’Eglise, lorsqu’ il s’agit du christianisme. Mais on
pourrait décrire la même éclosion de renouveau religieux dans l’histoire de chacune des
religions. Pour un observateur impartial se devine les signes, pour l’islam, d’un tout début de
renouvellement. Ce surgissement de profonde réforme se répète au fil des siècles, de telle sorte
qu’on peut l’attendre avec grande espérance au plus sombre de la période de pétrification, et
en jouir sans réserve quand il est là.
Un rapide parcours de l’histoire des Eglises permet d’en suivre les traces. Ainsi peut-on
considérer les temps des conciles du 4ème siècle, dits conciles oecuméniques, comme ayant
emprisonné la foi des Eglises dans des formules dogmatiques devenues des règles intangibles
pour les siècles qui ont suivi. « Intouchables » affirme-t-on de ces dogmes : la trinité, la
naissance improprement appelée virginale, la résurrection de la chair, Jésus de Nazareth hissé
au niveau divin. L’Eglise constantinienne en a pâti pour longtemps, s’assimilant à l’empire et
invitant le pape à rivaliser avec l’empereur. Elle avait conquis l’occident impérial, mais à quel
prix ! Mais elle n’avait pas totalement eu raison de l’arianisme, déclarée hérétique parce que
refusant de voir en Jésus Dieu lui-même incarné. L’arianisme, bien que condamné, se répandit
en Europe orientale pour gagner à sa foi ceux qu’on appelait « les Barbares ». Une grande
partie de l’Europe non romaine devint chrétienne, parfaitement chrétienne, mais avec un Jésus
totalement humain, tout en restant Seigneur. Ces « barbares » envahirent jusqu’à la Rome
impériale et, bientôt, l’Espagne, alors conquise par l’islam. On doit, sans doute aucun,
conclure qu’en Andalousie le dialogue interreligieux avec un Averroës, musulman, un
Maïmonide, juif, et un Lulle, chrétien, fut une période d’une richesse intense pour ces trois
religions, dont malheureusement si peu subsista par la suite, sinon que l’Andalousie reste
encore un trésor où puiser à la source commune de nos dialogues actuels. Aujourd’hui,
certains des chrétiens, parmi les libéraux, revendiquent leur accord avec les intuitions ariennes.
On pourrait faire la même observation en ce qui concerne l’ époque des Croisades. Ce grand
élan qui voulait reconquérir les lieux où le Christ avait vécu s’est empêtré dans des guerres
autorisant des massacres de musulmans décrétés « barbares » et intolérables au sens fort du
terme. Ces guerres appelées « saintes » ont perduré plusieurs siècles. Il en reste encore des
traces néfastes dans les esprits contemporains d’un monde assimilé à l’occident. Bien des
occidentaux sont aujourd’hui tentés de mépriser les arabes musulmans par crainte ou par
méconnaissance et prônent l’islamophobie. Au temps des Croisades, il y eut pourtant l’élan
monacal pour réimplanter le feu évangélique dans les campagnes abandonnées. Il y eut les
ordres monastiques appelant à retrouver la pureté et l’élan de la foi. Il y eut François d’Assise
pour admonester le pape en personne en l’invitant à la pauvreté de l’évangile. François alla
jusqu’à utiliser la croisade pour dialoguer en profondeur avec le sultan Melek-el-Kâmil à
propos de l’islam et du christianisme. Y eut-il un ou plusieurs entretiens entre eux sur lesquels
nous ignorons presque tout, sinon que la tradition catholique a suspecté l’initiative de frère
François et n’en a rien gardé ? François était parti à la rencontre du sultan sur un coup de tête
inspiré. Il voulait ardemment le convertir, sans succès. Le sultan lui reprocha au contraire de
trahir la cause du Christ en laissant les armées croisées massacrer les musulmans. Ce n’était
pas là l’amour prêché par Jésus. C’est pourquoi on a pu dire de François d’Assise qu’il était
entré « en dissidence loyale » vis-à-vis de l’Eglise. D’autres dissidents loyaux sesont levés
pour retrouver la sève de l’évangile.
Plus tard, les 19e et 20e siècles ont brillé par un zèle missionnaire chrétien envahissant la
planète dans toutes ses dimensions. Le terme phare animant les Eglises, toutes les Eglises, fut
celui d’un ordre mal compris de Jésus préconisant « faites de toutes les nations mes disciples,
convertissez-les. » Malgré les réserves de quelques théologiens de haut niveau, (voir plus haut)
l’ordre fut maintenu dans sa lettre, allant jusqu’à dénombrer la quantité d’habitants de la
planète encore non atteints par la mission et qu’il faut s’efforcer de convertir. C’est très
récemment que s’impose à plusieurs missionnaires chrétiens l’urgence d’établir un dialogue
vraiment inter-religieux. Il ne s’agit plus de convertir à sa propre Eglise les croyants d’une
autre foi, mais d’entrer en dialogue avec eux. Non plus la conversion missionnaire, mais le
témoignage interpellant et écoutant l’autre dans sa différence. Il n’y a plus de supériorité d’une
religion sur une autre, mais l’harmonie d’un arc-en-ciel où chacune des couleurs conserve sa
particularité pour chanter ensemble le fondement commun à tous que nous nommons Dieu.
En ce vingt et unième siècle, comme on l’a dit déjà du siècle précédent, « les fondements sont
ébranlés ». C’est pourquoi certains croyants se sentent en perte de repères dans leur foi. Ils se
cramponnent désespérément aux critères anciens, espérant reconquérir le terrain perdu.
D’autres, à la manière d’un François d’Assise, osent risquer une « dissidence loyale » tourné
vers un avenir religieusement transfiguré.
Aujourd’hui, nos Eglises sont-elles en voie de pétrification ? On peut le craindre. Pourvu
qu’elles ne tombent pas encore dans l’hérésie des excommunications jugeantes! Ailleurs, des
exclusions s’opèrent dans l’une ou l’autre des religions du monde pour condamner les
nouvelles visions de la foi. Ici, ou là, des fatwas mortifères condamnent à mort.
Je comprends que certains ont encore besoin des soubassements anciens au risque d’y perdre
leur foi ancienne. Je me dois de les respecter, ainsi que le recommande l’apôtre PAUL. Mais à
l’exemple de François, et des autres précédemment cités, je choisis l’espérance d’une
conversion de nos Eglises. Avec beaucoup d’amis, tant catholiques que protestants (mais aussi
avec d’autres frères juifs ou musulmans, bouddhistes ou hindouistes), je me souviens que « le
sabbat a été fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat », comme l’a dit Jésus. Et j’opte
pour la naissance d’un nouveau printemps des Eglises, dépoussiérant les vieilles croyances et
vitalisant l’appel de Jésus invitant à aimer Dieu et son prochain comme soi-même. L’aimer,
c’est le respecter.
En même temps, je veux pourtant rester loyal envers mon Eglise, attendant le jour où elle
s’ouvrira à la réalité de ce monde moderne qui refuse toute attache religieuse mais reste en
défaut de spiritualité, replié sur un individualisme mondialisé et asservi au triomphe de la
cupidité. Je désire ardemment que les frères et soeurs de mon Eglise entrent à leur tour dans
cette profonde conversion, mais je veux respecter le rythme de l’évolution de chacune et de
chacun. Et avec la même détermination je me refuse à poursuivre ma route avec les anciennes
croyances et les anciens rites, comme je me refuse en même temps à juger et exclure qui ne
me suit pas sur ce chemin neuf.
J’attends que vienne l’aurore d’une conversion libérante pour toutes les religions,
particulièrement pour mon Eglise protestante unie de France. Avec des amis, croyants de
confessions religieuses différentes devenus des frères et des soeurs de plus en plus nombreux,
j’y travaille, pour moi-même, mais avec d’autres, en recherche d’une foi libre et liés chacun à
son Ecriture “sainte” réinterprêtée pour ce temps qui est le nôtre. La tâche est rude, les
mauvais coups nous bousculent, mais pourquoi craindre ? Tant de gens cheminent ensemble.
S’ils se taisent, les pierres crieront, a dit Jésus ? Mais du rocher peut surgir l’eau jaillissante
de l’unique source née de la Réalité Ultime. Elle donne naissance à plusieurs fleuves
traversant des paysages changeants et désaltérant tous les assoiffés du Souffle.
Bibliographie
l'Eglise Réformée hollandaise d'Afrique du Sud. Une histoire du calvinisme afrikaner,
1652-3002 par G. TEULIÉ, Etudes Théologiques et Religieuses 2002 n°4
Nelson MANDELA, Un long chemin vers la liberté, Livre de poche, 1994
Nelson MANDELA, Pensées pour moi-même, La Martinière 2011
Desmond TUTU, Il n'y a pas d'avenir sans pardon, Albin Michel 2000
Desmond TUTU Prisonnier de l'espérance, Le Centurion 1984
R. VIGNE, article des Etudes drômoises décembre 2003 : "De Nyons au Cap, l'itinéraire d'un
huguenot
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