Protestants dans la Ville

Page d'accueil    Liens    

 

Gilles Castelnau

Images et spiritualité

Libres opinions

Spiritualité

Dialogue interreligieux

Hébreu biblique

Généalogie

 

Claudine Castelnau

Nouvelles

Articles

Émissions de radio

Généalogie

 

Libéralisme théologique

Des pasteurs

Des laïcs

 

Roger Parmentier

Articles

La Bible « actualisée »

 

Réseau libéral anglophone

Renseignements

John S. Spong

 

JULIAN MELLADO

Textos en español

Textes en français

 

Giacomo Tessaro

Testi italiani

Textes en français

Dialogue inter religieux

 

 

Le corps est modifié

de manière irréparable

par la circoncision


 

Jean-Paul Morley

pasteur de l'Église réformée de Paris Pentemont-Luxembourg

 

paru dans l'hebdomadaire protestant Réforme du 26 juillet

 

2 août 2012

La décision du tribunal de Cologne, on pouvait s'y attendre, fait...un certain bruit. Pourtant, ses arguments ne peuvent-ils s'entendre ? Ne peut-on admettre par exemple qu'il n'a pas tort de rappeler que « le corps de l'enfant est modifié durablement et de manière irréparable par la circoncision » ? Et que juridiquement « cette modification est contraire à l'intérêt de l'enfant qui doit décider plus tard par lui-même de son appartenance religieuse » ?

On comprend que les autorités religieuses juives et musulmanes soient indignées et que plusieurs autorités chrétiennes prennent la parole pour défendre la liberté de conscience et de religion ; mais ces libertés sont-elles fondamentalement contredites ? Imposer la circoncision à un enfant de huit jours ne les contredit-elles pas davantage pour l'enfant ainsi marqué ?

Examinons toutefois les arguments des autorités juives et musulmanes :

- « La Thora prescrit l'ablation du prépuce à huit jours. »  Exact. Mais ne prescrit-elle pas aussi de lapider les personnes adultères ? Et les blasphémateurs ? N'autorise-t-elle pas l'esclavage ? N'ordonne-t-elle pas la remise de toutes les dettes et la restitution de tous les biens immobiliers tous les 50 ans ? Autant de prescriptions qui ne sont plus appliquées sans que la religion juive n'en perde son sens et sa force.

- « C'est un signe d'alliance avec Dieu qui marque dans la chair notre appartenance au peuple juif. » N'est-ce pas précisément ce « dans la chair » qui pose problème, parce qu'il remplace la décision de foi et de conscience par une intervention physique imposée et définitive ?

- Un imam parle d' « acte d'hygiène et de propreté », mais, s'il en a jamais eu, cet argument a-t-il encore un sens aujourd'hui, en particulier dans nos sociétés hautement médicalisées ?

- Le « droit et la liberté [des parents] de transmettre leur religion à leurs enfants » est évidemment absolu, mais marquer la chair en est-il vraiment le moyen ? La religion ne se transmet-elle pas essentiellement par l'enseignement, la pratique et surtout l'exemple de foi des parents et de l’entourage ?

- Enfin, si on ne peut que rejoindre Hans Ulrich Anke (de l’Église évangélique d’Allemagne) sur « l’éducation religieuse [comme] droit fondamental des parents », doit-on pour autant considérer la circoncision comme faisant partie de l'éducation d'un enfant ? Et si c'était le cas de façon indispensable... qu'en serait-il des filles ? Exclues de cette éducation ? L'absence de circoncision les empêcherait-elles d'appartenir au peuple juif ? En réalité, la circoncision fait-elle le juif ou le musulman ou fait-elle surtout le mâle ?

 

Pour poursuivre la réflexion, cette décision de Cologne est prise sur la même base que l'interdiction légale de l'excision (intégrité physique et liberté du choix de l'enfant), même si les conséquences de ces deux gestes sont à l'évidence sans commune mesure.

Juridiquement, cette décision pose le problème du conflit entre deux droits légitimes. Le droit au respect et à la sauvegarde de chaque culture particulière, face aux droits considérés comme universels et reconnus par la communauté internationale, tels que les droits de la personne, et ceux de l'enfant, à son intégrité physique et à sa liberté d'appartenance et de convictions. On pourrait aussi invoquer le conflit entre la liberté de conscience des parents et celle de leur enfant mineur. Une des grandes avancées du XXe siècle est d'avoir fait naître cette question éthique et un des grands espoirs du XXIe siècle est que les droits de la personne finissent par prévaloir partout sur les coutumes et les traditions culturelles.

Serait-il alors totalement inconcevable que les communautés juives et musulmanes puissent envisager des cérémonies de circoncision présentant toute la solennité, le rituel et la foi qu'elles ont aujourd'hui, mais en effectuant une circoncision purement symbolique ? Un peu comme le baptême chrétien.

Ce baptême chrétien, geste purement symbolique mais plein de foi, qui préserve l'absolue liberté de choix du futur adulte, nous a-t-il empêchés de transmettre notre religion, sa pratique et son héritage spirituel, d'ailleurs en si grande partie reçu du judaïsme ? Cette liberté de conscience, qui n'a pas besoin de marque physique, et qui est pourtant au cœur même de la conviction protestante, nous a-t-elle empêchés de nous identifier dans « notre filiation d'une génération à l'autre » ?

La décision de ce tribunal allemand sera peut-être invalidée. Mais peut-être aura-t-elle permis d'ouvrir une réflexion devenue aujourd'hui légitime ?

 

Voir aussi

Jean-Paul Morley

Dieu n'est pas tout-puissant

Antisionisme et antisémitisme

 

 

Retour
Vos commentaires et réactions

 

haut de la page

 

 

Les internautes qui souhaitent être directement informés des nouveautés publiées sur ce site
peuvent envoyer un e-mail à l'adresse que voici : Gilles Castelnau
Ils recevront alors, deux fois par mois, le lien « nouveautés »
Ce service est gratuit. Les adresses e-mail ne seront jamais communiquées à quiconque.