L’évangéliste Matthieu écrit :
Alors s’accomplit ce qui avait été annoncé par Jérémie, le prophète : ‘Ils ont pris les trente pièces d’argent, la valeur de celui qui a été estimé, qu’on a estimé de la part des enfants d’Israël et ils les ont données pour le champ du potier, comme le Seigneur me l’avait ordonné’ (Mt. 27.9-10)
Mais Jérémie n’a écrit cela nulle part dans son livre.
Il a, certes, parlé une fois d’un potier : (Jér. 18.3-4)
Je descendis dans la maison du potier. Et voici, il travaillait sur un tour.
Le vase qu’il faisait ne réussit pas et il refit un autre vase.
Mais ce n’est pas le passage indiqué par Matthieu.
C’est donc que Matthieu ne disposait pas d’exemplaire de la Bible hébraïque, notre Ancien Testament. Il est vrai que les rouleaux de papyrus étaient très chers et rapidement détériorés. Quant aux éditions sur parchemin, plus résistantes, elles étaient extrêmement chères : il fallait un troupeau entier de chèvres pour réaliser un seul exemplaire de la Bible !
Matthieu utilisait selon toutes vraisemblances un recueil de citations de l’Ancien Testament utiles pour les lecteurs chrétiens.
Matthieu a donc reproduit une erreur qui devait déjà se trouver dans ce recueil. A moins que celle-ci n’ait pas précisé l’origine de la citation dans le livre de Jérémie et que ce soit Matthieu lui-même qui ait commis personnellement l’erreur.
Les scribes copistes de l’Évangile de Matthieu ont pratiquement tous recopié l’erreur sans sourciller.
Un scribe copiant, au VIIe siècle, une traduction latine de cet Évangile (it1) crut « corriger » l’erreur de Matthieu en remplaçant Jérémie par Ésaïe. Ce prophète utilise effectivement à plusieurs reprises l’image du potier, mais jamais selon la citation de l’évangéliste.
Pourtant deux scribes copiant, au VIIe siècle, une traduction de cet Évangile, l’un en syriaque (syrhmg) et l’autre en araméen (armmss) ont trouvé dans le livre de Zacharie la véritable citation mentionnée par Matthieu :
L’Éternel me dit : Jette-le au potier, ce prix magnifique auquel ils m’ont estimé !
Et je pris les trente sicles d’argent,
et je les jetai dans la maison de l’Éternel, pour le potier. (Za 11.13)
et ils ont ainsi corrigé le texte de Matthieu.
Il est donc clair que Matthieu ne disposait pas d’une bible hébraïque complète.
Il en était de même pour Marc. Il écrit, en effet (1.2-3) :
Selon ce qui est écrit dans Esaïe, le prophète :
Voici, j’envoie devant toi mon messager,
Qui préparera ton chemin.
C’est la voix de celui qui crie dans le désert :
Préparez le chemin du Seigneur,
Aplanissez ses sentiers.
La première partie de cette citation est de Malachie 3.1 et la seconde de Ésaïe 40.3.
Il utilise sans doute, comme Matthieu, un recueil de citations de prophètes de l’Ancien Testament dans lequel le texte d’Ésaïe suit celui de Malachie sans mention d’origine. Marc non plus ne disposait pas d’une bible hébraïque complète.
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