Le religieux dans la presse

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Paneeraq Siegstad Munk évêque du Groenland

L’évêque Paneeraq Siegstad Munk et ses collègues évêques visitent les bureaux du Conseil œcuménique des Églises à Genève en février 2026. Photo Grégoire de Fombelle/COE

Elle est d’origine inuit, le peuple autochtone de l’Arctique. Née à Attu, un village sur la côte ouest du Groenland, au nord du cercle arctique. Elle est aussi évêque de l’Église luthérienne du Groenland et le site du Conseil œcuménique des Églises a publié un portrait d’elle. Elle y raconte qu’elle n’aspirait pas particulièrement à voir son nom faire les gros titres ni enchaîner les interviews dans de grands médias internationaux. Mais quand les craintes d’un conflit armé avec les États-Unis se sont amplifiées au Groenland, elle a estimé de son devoir de prendre publiquement la parole. « Lorsque les droits humains sont piétinés, il est de notre devoir de chrétiens et de chrétiennes de nous faire entendre » explique tout simplement Paneeraq Siegstadt Munk. Se « faire entendre », c’était pour elle prendre clairement position contre une intervention étrangère, exhorter les Américains à soutenir les Groenlandais dans la défense de leur droit à décider eux-mêmes de leur avenir. « Je ne pouvais pas rester silencieuse. L’Évangile nous donne de la force, et nous devons garder espoir et ne jamais perdre la foi. Lorsque les droits humains sont piétinés, il est de notre devoir de chrétiens et de chrétiennes de nous faire entendre. Il s’agit d’une puissante manifestation de paix, de justice et de dignité. » 

Se faire entendre, les Inuit ont eu de la peine au cours des années et l’évêque Munk s’est elle-même engagée activement en faveur du respect des droits des peuples autochtone auxquels elle se rattache et a porté des années durant un regard critique sur le christianisme et son rôle dans la colonisation du Groenland. « J’ai toujours puisé l’inspiration dans la culture inuite et notre proximité avec la nature. Lorsque j’étais plus jeune, je me suis beaucoup interrogée sur la compatibilité entre mon identité inuite et ma foi chrétienne. Après de longues réflexions et une profonde introspection, j’ai trouvé la paix et puisé de la force à la fois dans ma culture et dans ma foi », explique l’évêque Munk. 

Comme sa mère, ordonnée cinq ans avant elle après avoir été catéchiste durant plusieurs années, Paneeraq Siegstad Munk est devenue pasteure dans une paroisse au sud du Groenland. Et en 2020, elle a été élue évêque. Elle était connue en tant que pasteure au Groenland, elle est connue maintenant en tant qu’évêque dans le monde entier comme une femme de conviction humble et courageuse, luttant pour une cause juste à un moment capital pour ce Groenland qu’elle chérit.

Un Groenland, la plus grande île du monde à l’histoire mouvementée, colonisée par les Vikings, les Norvégiens, puis un missionnaire danois qui convertira les Inuits présents sur l’île à défaut de Norvégiens. Le Groenland, colonie danoise, est encore peuplé à 89 % d’Inuits dont la culture, la langue et une organisation sociale radicalement différente des Scandinaves. Depuis 1953, le Groenland est un comté danois comme les autres mais accompagné de bouleversements sociaux qui ont donné lieu à une hausse spectaculaire de la criminalité et de l’alcoolisme et un taux de suicide très élevé. 

      

Les réserves indiennes des États-Unis

On parlait de suicide fréquent dans les réserves indiennes. L’identifier et le prévenir était le thème d’une rencontre des prêtres épiscopaliens chargés de mission auprès des autochtones de l’Église épiscopale aux États-Unis la semaine passée. « Le suicide est si fréquent dans les réserves indiennes qu’il n’est pas aussi stigmatisé qu’ailleurs. Ainsi, en tant que prêtre épiscopalienne célébrant des funérailles, les familles me permettent de dire ‘Cette personne s’est suicidée’, alors que généralement, les familles préfèrent ne pas aborder le sujet », racontait la révérende Shanesqua Brokenleg. qui a elle-même vécu dans une réserve indienne. 

Elle est chargée, dans l’Église épiscopale américaine, de la mission de « réconciliation raciale » auprès des autochtones de la nation indienne des Lakota,  une tribu du groupe ethnique sioux vivant dans le Dakota du Nord et le Dakota du Sud des États-Unis et au Canada. Aux États-Unis, le taux de suicide est plus élevé chez les autochtones que dans tout autre groupe racial ou ethnique, selon les Centres américains de contrôle et de prévention des maladies (CDC). Le suicide est la deuxième cause de mortalité chez les jeunes autochtones de 8 à 24 ans.  Les raisons de ces suicides sont reconnues : le racisme et les injustices sociales subies, les tentatives du gouvernement américain et des grandes entreprises de s’emparer des terres sacrées autochtones pour l’extraction des ressources naturelles comme le pétrole, le traumatisme causé par les pensionnats autochtones – on enlevait par la force les enfants de ces familles autochtones pour les couper, souvent de manière violente et raciste, de leurs racines, de leur langue, ainsi que le taux élevé de disparitions et de meurtres d’autochtones, en particulier de femmes et de filles, des facteurs reconnus comme des actes de génocide, au propre ou au figuré, dont le souvenir est  transmis de génération en génération et qui expliquent le taux de suicides élevés dans ces communautés. Pour lutter contre ces suicides et les prévenir, l’Église épiscopale a mis en place des ateliers de prévention du suicide pour son clergé et les communautés, spécialement les Églises noires et hispaniques. On y apprend à repérer les personnes suicidaires, à les accompagner ainsi que l’entourage qui a perdu un proche ou qui s’inquiète pour lui.

« En tant que communauté, nous avons la responsabilité d’apprendre à reconnaître ces signes afin de prendre les mesures nécessaires pour sauver des vies et redonner espoir », explique le co-responsable épiscopalien de ce programme destiné aux communautés autochtones et représentant plusieurs tribus amérindiennes. Mais il y a aussi tout ce passé douloureux qui affleure sans cesse et dont l’Église épiscopale reconnaît qu’elle y a participé en gérant des pensionnats pour autochtones : elle recueille des témoignages de survivants et s’engage dans des actions de réconciliation.

« Nous ne cherchons pas seulement à enseigner des compétences pour sauver des vies, mais aussi à créer des communautés bienveillantes où chacun peut exprimer son désespoir, en parler ouvertement et trouver une aide. Je crois que le cœur de la théologie autochtone est la relation. Comment sommes-nous liés à toute la création, les uns aux autres, au Créateur ? Si nous parvenions à l’équilibre, à des relations justes, alors peut-être que le désespoir suicidaire serait moins répandu dans les communautés autochtones, car nous aurions un environnement, une Église et une communauté solidaires, concrète, du réconfort et un sentiment d’appartenance » explique la révérende Shanesqua Brokenleg.

Deux infirmières pakistanaises chrétiennes 

Les deux pakistanaises : Mariam Lal et Newosh

Depuis avril 2021, deux infirmières pakistanaises chrétiennes étaient poursuivies par la justice, accusées par un médecin de l’hôpital public de Faisalabad où elles travaillaient, d’avoir profané un autocollant portant une inscription islamique. Pendant plus de 4 ans, ces deux chrétiennes Mariam Lal et Newosh Arooj ont vécu dans la clandestinité à Islamabad, évitant toute apparition publique, sans travail et craignant pour leur sécurité. Enfin, en février un tribunal pakistanais les a finalement acquittées des accusations de blasphème contre l’islam. 

L’hebdomadaire anglican Church Times qui relate l’affaire remarque que cet acquittement est rare, de telles accusations aboutissant plus souvent à de longues peines de prison. L’accusation de blasphème récurrente et mensongère avait provoqué la colère dans le personnel de l’hôpital où elles étaient infirmières, elles avaient été arrêtées et ont passé cinq mois en prison. C’est la commission catholique Justice et Paix qui avait alors assuré leur défense devant le tribunal. En novembre dernier, le tribunal a rejeté les accusations contre les deux femmes pour faute de preuves de la part de l’accusation, une exception car habituellement, la justice pakistanaise renvoie le plus souvent les affaires de blasphème à une juridiction supérieure en raison de fortes pressions d’extrémistes religieux sur les juges. 

Les deux femmes ont été libérées mais restent vulnérables ainsi que les familles et n’ont pas été réhabilitées. Conclusion de Church Times : « Les défenseurs des droits humains affirment que cette affaire met en lumière à la fois les dangers des lois pakistanaises sur le blasphème et le courage nécessaire pour les contester. »

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Enfin, un long article sur le site Vatican News parle  « des fausses accusations de blasphème qui se multiplient contre les chrétiens.au Pakistan. » Au point que la Haute Cour d’Islamabad a demandé au gouvernement de mettre en place une commission pour enquêter sur ce phénomène. « Les citoyens pakistanais de foi chrétienne continuent de souffrir des effets de la loi dite sur le blasphème », remarque un avocat catholique. On se souvient du cas d’un catholique aujourd’hui âgé de 71 ans, qui, arrêté sur la base d’accusations fausses, a été acquitté de l’accusation de blasphème après avoir passé 23 ans en prison. Un Pakistanais de 42 ans de confession chrétienne, est lui toujours derrière les barreaux emprisonné depuis 12 ans pour le même chef d’accusation, il a été condamné à mort en 2020.  
« Les citoyens pakistanais de confession chrétienne continuent de souffrir  de la soi-disant loi sur le blasphème », note un avocat catholique qui a obtenu l’acquittement de nombreuses victimes innocentes devant les tribunaux, pakistanais […] « Les accusés innocents passent souvent de nombreuses années en prison, perdant de précieuses années de leur vie et mettant leur famille en grande difficulté ; mais il n’y a pas de réparation, pas de punition pour ceux qui lancent de fausses accusations, observe l’avocat. Malgré les garanties constitutionnelles, le système judiciaire pakistanais continue de faire souffrir les citoyens les plus pauvres, qui sont confrontés à des retards de plusieurs années, à des frais de justice insoutenables et à une discrimination systémique, note-t-il. En fait, le système refuse la justice aux citoyens marginalisés, indigents et non musulmans » 

Un rapport récent de l’ONG Human Rights Watch (HRW) a confirmé que « la loi pakistanaise sur le blasphème est discriminatoire, refuse l’égalité devant la loi aux non-musulmans et facilite la violence à l’encontre de toute personne accusée de ce crime. [Cette loi] a longtemps été utilisée pour mener à bien des vendettas personnelles et poursuivre des membres de communautés religieuses minoritairesUne simple accusation de blasphème peut entraîner une condamnation à mort : au cours de la dernière décennie, des dizaines de personnes ont été tuées dans des violences de masse à la suite d’accusations de blasphème », relève HRW. 

Les accusations masquent souvent des motifs économiques, tels que l’acquisition de terres appartenant à d’autres personnes. Et les victimes, en raison de leur statut socio-économique, ne sont pas en mesure de bénéficier d’une bonne défense juridique. Un phénomène inquiétant est apparu ces derniers mois : un groupe criminel organise un racket pour faire accuser des innocents de faux blasphème au Pakistan. L’organisation – selon des avocats chrétiens et musulmans – utilise la loi sur le blasphème comme un piège et comme un moyen d’extorsion et a déjà ciblé 450 victimes innocentes. L’escroquerie a dévasté de nombreuses familles qui réclament aujourd’hui justice. […] Ces derniers jours, la Haute Cour d’Islamabad, enregistrant les nombreuses plaintes des familles concernées, a demandé au gouvernement de mettre en place une commission spéciale chargée d’enquêter sur le phénomène et d’intervenir.

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