Le religieux dans la presse

Libération de Liam 

AFP/Getty Images

The Washington Post raconte :  Il s’appelle Liam Conejo Ramos. Une photo le montre avec un drôle de bonnet bleu avec des oreilles de lapin, enfoncé jusqu’aux yeux,  qui fait sourire. Mais il n’a que 5 ans et la vie commençait de manière rude et effrayante pour lui et son père Adrian Alexander Conejo Arias, tous deux arrêtés au Minnesota et détenus au Texas par les services d’immigration fédéraux. Leur arrestation avait suscité l’indignation à travers l’Amérique et des manifestions devant le centre de détention au Texas où ils étaient détenus. Et puis un juge fédéral a ordonné leur libération. « Dans une déclaration sans équivoque, écrit le Washington Post le 31 janvier, le juge de district (on pourrait dire juge de première instance en France) Fred Biery a affirmé que les mandats administratifs délivrés par le pouvoir exécutif à ses propres agents de l’immigration ne reposent sur aucun fondement raisonnable. C’est comme confier la garde du poulailler au renard », a-t-il écrit.  Et ce juge a rappelé que « la Constitution exige un magistrat indépendant » et il a ordonné la libération de Liam et de son père « dès que possible » et au plus tard mardi. Le juge a aussi relevé que Liam et son père pourraient être contraints de retourner dans leur pays, mais dans ce cas « ce devrait être obtenu grâce à une politique plus ordonnée et plus humaine que celle actuellement en vigueur. » Le Washington Postrelève que « la détention d’enfants a suscité une vive indignation ces dernières semaines : manifestations au Minnesota et au Texas, critiques de la part d’élus et, fait inhabituel, une réaction très personnelle de la part du juge. » 

En effet, en ordonnant la libération de Liam et de son père, le juge Biery a cité, de façon « non conventionnelle » relève le Washington Post deux versets bibliques pris dans le Nouveau Testament. L’un dans Matthieu 19.14 dit : « Laissez les petits enfants, et ne les empêchez pas de venir à moi ; car le royaume des cieux est pour ceux qui leur ressemblent. » et l’autre, Jean 11.35, ne contient que deux mots : « Jésus pleura ».

°°°°°°°°°°°°°°°°

Avant de clore, provisoirement hélas, cette page, je voudrais mentionner la « protest song » de Bruce Springsteen. Les événements de Minneapolis, la mort de Renée Good et Alex Pretti, deux citoyens américains tués par la police fédérale ICE et la chasse aux immigrants dans la ville, comme sur le territoire américain l’ont inspiré, avec un sentiment d’urgence. Springsteen, compositeur, interprète et guitariste est appelé aussi « la légende du rock » On peut écouter sa chanson, sur internet « Streets of Minneapolis » [dans les rues de Minneapolis], écrite dans l’urgence, a-t-il raconté.  Il l’a interprétée le 30 janvier à Minneapolis, devant une salle comble et l’on sait que Donald Trump a été très mécontent de cet hymne anti-ICE : « Une chanson hasardeuse, des informations inexactes », a déclaré la Maison Blanche qui s’est insurgée contre la chanson de Bruce Springsteen qui pointait du doigt les actions de la police de l’immigration. Bruce Springsteen avait déjà accusé Trump de faire régner une « terreur d’État sur la ville de Minneapolis » et avait en janvier, dédié une chanson, The Promised Land [la Terre promise] aux victimes d’ICE. Et voilà ce que raconte la protest song de Springsteen :
« À travers la glace et le froid de l’hiver
Le long de l’avenue NicolletUne ville en flammes luttait contre le feu et la glaceSous les bottes d’un occupant,L’armée privée du roi Trump, du DHS [le département de la Sécurité intérieure américain]Des armes à la ceinture,Venue à Minneapolis pour faire régner la loi,Du moins, c’est ce qu’ils racontent.Contre la fumée et les balles en caoutchouc,Dans la lueur de l’aube,

Des citoyens se sont levés pour la justice,

Leurs voix résonnant dans la nuit.

Et il y avait des traces de sang,

Là où la miséricorde aurait dû régner.

Et deux morts, laissés pour morts dans les rues enneigées,

Alex Pretti et Renee Good

Ô Minneapolis, j’entends ta voix,

Chantant à travers le brouillard sanglant,

Nous défendrons cette terre,

Et l’étranger parmi nous […]

Ici, chez nous, ils ont tué 

Durant l’hiver 26,

Nous nous souviendrons des noms de… ceux qui sont morts

Dans les rues de Minneapolis

Les sbires fédéraux de Trump l’ont tabassé

Au visage et à la poitrine

Puis on a entendu les coups de feu

Et Alex Pretti gisait mort dans la neige

Ils ont prétendu avoir agi en légitime défense, monsieur

N’en croyez pas vos yeux

C’est notre sang et nos os […]

Ô Minneapolis, j’entends ta voix

Pleurer à travers le brouillard sanglant

Nous nous souviendrons des noms de ceux qui sont morts

Dans les rues de Minneapolis

Maintenant, ils (ICE) disent être là pour faire respecter la loi

Mais ils piétinent nos droits

Si votre peau est noire ou brune, mon ami

Vous pouvez être interrogé ou expulsé à vue

Dans nos chants « ICE dehors ! »

Le cœur et l’âme de notre ville persistent

À travers les bris de verre et les larmes de sang

Dans les rues de Minneapolis 

°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°

Résistance à ICE

« Nous vivons des temps effrayants », déclare l’évêque président Sean Rowe de l’Église épiscopalienne des États-Unis. La résistance à l’ICE met l’Église à l’épreuve, prévient-il dans une lettre pastorale publiée le 29 janvier. 

« Aux États-Unis, les chrétiens qui vivent leur foi par l’action sociale sont désormais en danger »écrit-il dans sa lettre pastorale. Il s’attend à ce que la pression s’accentue à mesure que l’Église se mobilise pour les migrants et les plus vulnérables […]

« Aux États-Unis, l’époque où nous pouvions pratiquer notre foi sans risque est révolue et nous sommes confrontés à ce que les communautés de foi vulnérables subissent depuis des générations. Notre droit de pratiquer librement notre foi en tant qu’Église unie, attachée à la dignité de chaque être humain, est restreint par la peur que ressentent trop de chrétiens immigrés lorsqu’ils quittent leur foyer.  Les manifestations pacifiques, un droit inscrit depuis longtemps dans la Constitution, sont désormais considérées comme mortelles. Accomplir les commandements simples de Jésus – nourrir les affamés, soigner les malades, visiter les prisonniers, œuvrer pour la paix – comporte désormais des risques pour l’Église et un grave danger pour ceux que nous servons. […] On s’attendait à ce que notre Église continue d’être mise à l’épreuve de toutes les manières possibles, tandis que nous affirmons que la mort et le désespoir n’ont pas le dernier mot, et que nous restons solidaires des immigrants et des plus vulnérables d’entre nous, qui demeurent au cœur du cœur de Dieu. » […] 

Ancienne prêtre épiscopalienne du Minnesota, Mariann Budde, l’actuelle évêque épiscopale de la cathédrale de Washington a déclaré : « Nous voyons des enfants détenus ; nous avons vu un enfant utilisé comme appât pour attirer ses parents à l’extérieur ; nous avons vu des personnes extraites de force de leurs maisons et de leurs voitures ; nous avons vu des manifestants pacifiques extraits de force de leur voiture simplement parce qu’ils filmaient ce qu’ils voyaient ; et, à deux reprises, nous avons vu deux Américains abattus. »

Elle a évoqué ceux qui réagissaient avec paix, amour et bienveillance envers leurs voisins, et a exhorté la population à soutenir ses communautés locales, à user de son influence politique et à soutenir les médias qui rapportaient fidèlement les événements survenus dans les rues. « C’est un moment crucial pour nous tous, à travers le pays. Nous pouvons tous agir, à notre échelle. Nous pouvons prendre soin les uns des autres. C’est le moment de définir qui nous sommes en tant qu’Américains. Le Minnesota nous montre la voie et nous pouvons suivre son exemple. »

L’indignation a été vive après la révélation que de jeunes enfants, dont des tout-petits, figuraient parmi les personnes arrêtées par les agents d’ICE dans le cadre de la répression menée au Minnesota […] Dans le cas du petit Liam, ICE avait déclaré qu’il avait été abandonné par son père alors que l’enfant a été utilisé comme appât pour attirer ses parents hors de la maison. Depuis on a appris qu’un juge avait bloqué son expulsion. Trois autres enfants et adolescents ont été placés en détention par ICE dont une fillette de deux ans, interpellée avec son père et transférés au Texas malgré une décision de justice interdisant qu’ils soient déplacés hors du Minnesota. Depuis la fillette a retrouvé sa mère au Minnesota mais le père n’a pas été libéré. Et puis, un petit rayon de soleil, au milieu des manifestations contre les raids d’ICE : deux sœurs iraniennes chrétiennes membres d’une paroisse en Virginie ont été libérées dans l’attente de l’examen de leur dossier d’immigration.

L’administration Trump intensifie ses opérations de contrôle de l’immigration dans les villes, dans le cadre de sa lutte contre l’immigration clandestine. L’Église tout entière a été invitée à « pleurer, déplorer et se souvenir de ceux qui sont morts à cause des contrôles d’immigration », a déclaré l’évêque épiscopal du Minnesota, Mgr Craig Loya qui avait déjà manifesté lors de la mort de Georg Floyd puis de Renee Good. Il a écrit : « Cette semaine a été douloureuse au Minnesota, et nous vivons un moment critique dans l’histoire de notre nation. » Il a aussi relevé que « les agents agissaient avec un préjugé racial étroit et une cruauté choquante. »  

Il raconté que son diocèse du Minnesota compte de nombreuses paroisses avec une importante population immigrée, et que ces dernières semaines ont été dévastatrices pour ces communautés : « Nombreuses sont les personnes, y compris les immigrants en situation régulière et les citoyens américains, qui ne peuvent quitter leur domicile par crainte pour leur sécurité et celle de leurs familles. Nos paroisses s’engagent dans un travail d’entraide, restent en contact avec ces familles et nous avons commencé à organiser des initiatives pour livrer des produits alimentaires et d’autres articles de première nécessité aux familles qui ont peur de sortir. En tant que peuple de Dieu, nous puisons sagesse et réconfort auprès de nos ancêtres qui ont traversé des périodes difficiles sous des régimes autoritaires, et nous nous efforçons de répondre à l’appel constant des Écritures à ne pas avoir peur. » 

Religion News Service a rapporté que les groupes religieux mobilisés lors des manifestations qui ont suivi le meurtre de George Floyd par un policier à Minneapolis en 2020 se sont regroupés et ont repris leur rôle dans la résistance aux agents de l’ICE dans les rues de la ville. Lors d’une manifestation le week-end dernier qui aurait rassemblé des dizaines de milliers de personnes, des chrétiens, des musulmans et de représentants des communautés autochtones ont coordonné la résistance.

La vice-présidente du Mouvement autochtone a déclaré aux manifestants que les agents de l’ICE avaient « envahi la ville et profané cette terre. Nous avons versé notre sang sur ce territoire sacré du Dakota. Nous avons un message, en tant que communauté autochtone : l’ICE doit partir immédiatement. »  Enfin, l’Église épiscopale très présente dans la résistance, entre autres au Minnesota, a publié un livret pour encourager les chrétiens à protester paisiblement en s’appuyant sur leur foi dans les manifestations auxquelles ils participent.  « En tant que peuple de Dieu, nous puisons sagesse et réconfort auprès de nos ancêtres qui ont traversé des périodes difficiles sous des régimes autoritaires, et nous nous efforçons de répondre à l’appel constant des Écritures à ne pas avoir peur. »

°°°°°°°°°°°°°°°°°°°

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *