Jésus-Christ, pourquoi lui ?

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Pourquoi Jésus-Christ peut-il répondre aux préoccupations fondamentales que nous portons en nous ?

D’abord parce qu’il nous entraîne au-delà des mille petites préoccupations qui répondent au coup par coup et de façon mécanique aux menus problèmes quotidiens et urgents : manger, travailler, dormir ; nos modestes plaisirs, nos petites peurs, nos rêves…
Il nous entraîne au-delà de notre société trop matérialiste. Il nous fait émerger de la tentation de n’être que des consommateurs ou des travailleurs dont la réussite de la vie est évaluée au montant du bulletin de salaire.
Le matérialisme est déshumanisant : on s’imagine dévalorisé lorsque le pouvoir d’achat ne suit pas la courbe méritée. Ce sont des préoccupations secondaires que le matérialisme éveille en nous, non les fondements de notre vie. La retraite met, en effet, un point final à la préoccupation financière qui, hier encore, nous modelait, faisait de nous un bon producteur, un exemple de réussite apparente. Et que reste-t-il alors de la préoccupation d’une vie ?

D’autre part, Jésus-Christ nous empêche d’être trop uniquement spiritualistes. Plus que les religions orientales ou même que le New Age moderne, le Christ tourne nos regards vers la lutte quotidienne pour un monde meilleur, plus fraternel. Notre besoin de fraternité humaine ne se satisferait pas d’une préoccupation trop purement religieuse ni d’une introspection trop nombriliste. Le professeur Laurent Gagnebin a raison de dire qu’on ne peut joindre les mains en se croisant les bras !

Jésus-Christ nous donne à la fois la réponse à notre préoccupation ultime et l’Esprit qui la réoriente.
D’une part, il éveille en nos cœurs le sentiment de la transcendance : nous devinons qu’en nous, comme nous le discernons en lui, demeure la présence invisible de Dieu. Nous y reconnaissons le fondement essentiel de notre être.
D’autre part, il nous empêche de nous évaporer dans le pur spiritualisme.

Sans être matérialiste comme les économistes du libéralisme moderne, il a pourtant le souci d’une vie concrète dans le quotidien : il fut un lutteur, un combattant pour le mieux de l’humanité. C’est ce combat qui l’a conduit au martyre : Ponce Pilate n’aurait rien trouvé à lui reprocher s’il ne s’était occupé que du ciel.

Sans être spiritualiste comme Krishna ou le Bouddha, il a en commun avec eux le souci d’une vie enracinée dans le sacré.

La Présence invisible de Dieu était visible en Jésus
Jésus fut la manifestation visible de Dieu

Ainsi dans le machal « Noces de Cana », signe inaugurant son ministère selon l’évangéliste Jean (Jn 2) on voit par sa préoccupation d’entrer dans le souci concret du manque de vin que son attitude n’était pas uniquement spiritualiste, tournée exclusivement vers l’au-delà. Un gourou oriental aurait sans doute montré aux convives qu’il est bon de se passer de boissons fortes ; peut-être même n’aurait-il pas participé à une fête profane.
D’autre part, en disant « ses disciples crurent en lui » et « il manifesta ainsi sa gloire », le texte indique clairement la portée profonde de cet enseignement en actes.
Le geste de Cana ne peut donc être qualifié ni de purement matérialiste, réduisant l’individu à sa dimension humaine, économique. Ni seulement spiritualiste, le réduisant à une abstraction religieuse.
C’est bien à l’homme dans sa totalité que le Christ s’adresse pour répondre à sa préoccupation la plus ultime.

Prenons aussi l’exemple du paralysé pardonné et guéri de Luc 5. L’aspect spirituel de l’action du Christ apparaît dans le fait qu’il n’a pas guéri tous les paralysés de son temps comme un banal guérisseur. La louange finale adressée par l’homme et par la foule à Dieu, manifeste bien qu’ils ont saisi la présence divine dans cet acte, symbole des êtres Nouveaux qu’elle suscite toujours.

L’aspect matériel apparaît dans le concret de l’intervention de Jésus qui ne se bornait pas à enseigner la présence de Dieu dans la prière et le recueillement, comme un opium du peuple promettant un monde meilleur dans l’au-delà au malheureux d’ici-bas : c’est bien un être Nouveau réel que Dieu suscite par l’intermédiaire de Jésus.

On pourra enfin comparer le récit du Bon Samaritain (Luc 10) à celui de Marthe et Marie qui suit immédiatement : le premier appelle à une fraternité concrète envers nos prochains, le second, où Marie écoute la parole de Jésus, valorise la dimension spirituelle de l’écoute plutôt que l’action pourtant bien fraternelle de Marthe !

Cette double préoccupation se trouvait naturellement déjà dans l’Ancien Testament, la Bible juive : le combat du petit David contre le géant Goliath a un aspect concret de libération militaire ; quant à la transcendance du futur roi d’Israël (et sans doute de tout le peuple), elle est indiquée par la mention que ce n’est pas avec des armes de guerre mais avec l’aide de Dieu qu’il marchait à ce combat (1 Samuel 17).

Jésus-Christ répond bien à notre double attente, à laquelle il donne même sa pleine dimension, d’une réelle fraternité humaine liée à un véritable approfondissement spirituel.

Le Christ nous rend plus humains
en nous ouvrant à la divinité

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