
Mariann Budde évêque de Washington
lors d’une conférence de presse sur l’immigration,
22 janvier 2026, Minneapolis (RNS photo/Jack Jenkins
La nouvelle archevêque de Cantorbéry
Ce 28 janvier, l’Église anglicane d’Angleterre accueillera sa nouvelle archevêque de Cantorbéry. C’est un événement pour la vieille Angleterre que son Église nationale, fondée au 16e siècle par le roi Henry VIII en opposition à la papauté ait choisit, pour la première fois, comme sa plus haute responsable religieuse et cheffe spirituelle des anglicans dans le monde, d’élire une femme à sa tête comme 106e archevêque de Cantorbéry.
Que la hiérarchie ait imposé Sarah Mullally en dit long sur les rapports de force au sein de l’Église anglicane ; il est évident que le pouvoir croit que l’avenir de l’Église passe plutôt du côté des progressistes […] De quels atouts dispose Sarah Mullally ? D’abord ses origines : issue d’une famille de la petite bourgeoisie modeste, éduquée dans des écoles d’État, elle devient infirmière et ensuite cadre d’hôpital. Le contraste avec son prédécesseur immédiat Justin Welby issu d’une famille riche ayant des liens avec la noblesse (sans parler de tous les autres archevêques de Cantorbéry) est frappant. Justin Welby est scolarisé dans le collège des élites anglaises, Eton, avant de faire son droit à Cambridge. Il travaille ensuite comme cadre dans l’industrie pétrolière, puis trouve sa vocation. Sarah Mullally, elle, travaille assidûment, tout en étudiant la théologie et investissant la vie associative. Consacrée prêtre, elle s’élève rapidement dans la hiérarchie anglicane. Sa carrière comporte donc une réelle expérience de la vie au travail, ainsi que des talents de gestionnaire et une excellente connaissance des structures bureaucratiques. Avec une volonté de réussir à la clé […] À mesure qu’elle avance, elle siège dans de nombreuses commissions officielles, tout en engrangeant honneurs universitaires et civiques. Première femme à accéder au poste d’archevêque de Cantorbéry, cette épouse de 62 ans, mère de deux enfants, prend la direction d’une Église dont les tensions internes reflètent bien celles de la société britannique.
L’Église d’Angleterre, reste bien une Église d’État. Sarah Mullally, dont la nomination doit être approuvée par le Premier ministre, est membre de droit de la Chambre des Lords, avec 25 de ses collègues évêques. Mais au-delà de ce rôle largement symbolique, elle sera surtout attendue sur deux fronts […] Elle aura d’abord à gérer les contradictions internes de son Église en même temps qu’elle parlera au nom de celle-ci à la société britannique. Car sans que l’Église anglicane fasse partie du pouvoir, elle incarne quand même la voix de l’establishment, ces élites historiques que l’on écoute toujours malgré les avancées de la sécularisation. Sarah Mullally appartient clairement à l’aile de l’Église dite progressiste.
Se décrivant comme féministe, elle a pris position en faveur de la féminisation de la prêtrise, du mariage pour tous et du libre choix vis-à-vis de l’avortement. Ce qui la met en opposition avec l’aile traditionaliste des anglicans, qui regroupe les fidèles plus âgés et plus provinciaux. Ceux-ci se sont toujours opposés à l’idée même d’un clergé féminin en se tenant à une interprétation masculiniste de la Bible. Ils ont des relais puissants en Afrique et Asie, où l’anglicanisme prospère. Ils sont plutôt nationalistes : une des surprises du référendum de 2016 a été la corrélation entre une forte identification anglicane et un vote pour le Brexit !
De l’autre côté, on trouve les progressistes qui partagent les idées de Sarah Mullally et ont davantage tendance à se trouver dans les milieux jeunes et urbains. Que la hiérarchie ait imposé Sarah Mullally en dit long sur les rapports de force au sein de l’Église anglicane, il est évident que le pouvoir pense que l’avenir de l’Église passe plutôt du côté des progressistes. Sans pour autant ignorer ou chasser les traditionalistes. Sa tâche sera donc de ménager comme elle le pourra ces derniers. Jusqu’ici elle a trouvé des paroles lénifiantes à leur égard, évoquant l’esprit de tolérance et de respect mutuel. On peut faire confiance à ses compétences diplomatiques pour s’acquitter de cette mission d’équilibriste.
Plus complexe est sans doute l’autre aspect de son mandat, à savoir son discours en direction de la société. Ses prédécesseurs sont intervenus de plus en plus souvent sur les grands thèmes du jour. On attendra donc sa parole sur le climat, l’immigration, la fin de vie, les questions de genre, les relations internationales et – peut-être surtout – sur la question sociale, dont elle a peu parlé.
Son prédécesseur Justin Welby a notamment critiqué les politiques d’austérité des gouvernements conservateurs, ainsi que l’amoralité du monde financier (où il avait travaillé avant de rejoindre le clergé) ; sa voix persistante lui avait fait des ennemis, qui étaient sans doute heureux de le voir obligé de démissionner (pour sa mauvaise gestion des cas d’abus au sein de l’Église.) Il faudra se positionner avec précaution sur ces dossiers ; il y a toujours des voix pour dénoncer une influence excessive de l’Église, une parole illégitime. Ou, de l’autre côté, un silence coupable… Sarah Mullally doit donc avancer avec prudence dans ses rapports avec son Église et avec la société. Première femme à occuper la charge d’archevêque de Cantorbéry, elle va prendre ses fonctions le 28 janvier. Elle est attendue sur deux fronts : gérer son Église et parler à la société britannique […] On lui souhaite bon vent !
*L’article original est paru dans l’hebdomadaire protestant Réforme. Son auteur, David Hanley, est professeur émérite de sciences politiques à l’université de Cardiff, capitale du Pays de Galles.
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Manifestations de religieux à Minneapolis

Le pasteur DeWayne Davis,
22 janvier 2026 à Minneapolis
(RNS photo/Jack Jenkins
Religion News Service, un site d’information chrétienne américain a consacré un long article le 22 janvier aux manifestations à Minneapolis, de plus de 200 pasteurs, prêtres et rabbins, venus documenter les actions de ICE (la police fédérale) dans la ville et en rendre compte à leurs communautés. Deux jours après la manifestation, dans un Minnesota déjà endeuillé par la mort le 7 janvier de Renee Good, abattue au volant de sa voiture par un policier d’ICE un homme a été tué par ICE des agents de la police aux frontières. Il s’appelait Alex Pretti, il avait 37 ans, était infirmier en service de réanimation. Samedi, des centaines de membres du clergé représentant diverses traditions religieuses se sont déployés dans les quartiers à forte population immigrée de la ville de Minneapolis pour observer et rapporter les actions des agents d’ICE, particulièrement nombreux dans leur chasse au faciès des illégaux mais aussi de citoyens américains d’origine somalienne ou hispanique ou même d’Africains-Américains, parfaitement en règle. Une manière, pour ces religieux d’apporter une présence visible pour contrer la campagne d’expulsions massives lancée par le président Trump.
Un pasteur baptiste disait : « Je vois notre pays devenir de plus en plus fasciste sous mes yeux. Demander des papiers ! Je n’aurais jamais cru vivre dans un pays pareil ! » Comme d’autres pasteurs, des catholiques libéraux, une femme rabbin venue de l’Indiana qui évoquait l’Holocauste. Cela lui rappelait, disait-elle, le « véritable génocide dont sont capables les gouvernements autoritaires. Qu’avons-nous appris de l’Holocauste ? Nous devons agir et nous devons résister […] Si je n’agis pas et ne résiste pas, je ne pourrais pas dire que je suis une rabbine et je ne serais pas fière d’être juive ».
Tous ces religieux se sont donné pour tâche de rapporter, à leurs communautés respectives, ce qu’ils ont vu. Ainsi un pasteur venu de l’Oklahoma, expliquait ainsi sa présence : « On ne peut pas prêcher contre l’ICE indéfiniment sans que Dieu nous appelle à quitter la chaire et à descendre dans la rue. »
Cette initiative s’inscrivait dans un mouvement plus large d’organisations religieuses visant à s’opposer au programme d’expulsions massives du président Trump. Les actions menées par les communautés religieuses pour soutenir les immigrants et contrer l’administration se sont multipliées dans les villes américaines Après leur retour de patrouille, ce samedi, plusieurs chefs religieux de renom ont tenu une conférence de presse dans une église pour dénoncer l’ICE en termes théologiques. L’évêque épiscopalienne de Washington Mariann Budde, qui avait interpellé Trump lors de son sermon, l’implorant d’avoir pitié des immigrants a pris la parole en premier : « Rejoignez-nous pour faire savoir à tous nos élus qu’aucune agence ne devrait être autorisée à arrêter et à détenir arbitrairement des personnes sans procédure régulière […] C’est un moment décisif pour notre pays et nos valeurs. Dans nos traditions religieuses diverses et unies, l’amour du prochain n’est pas une option. »
Et un pasteur luthérien, membre du conseil d’administration d’un séminaire théologique a soutenu dans son témoignage que « le gouvernement fédéral aurait dû s’attendre à la forte résistance citoyenne qui s’est manifestée dans la ville, y compris de la part des responsables religieux locaux » alors que le meurtre de George Floyd par un policier, à Minneapolis, en 2020 est encore vif dans les mémoires. S’adressant au président Trump, ce pasteur a dit : « Vous avez fait une erreur. Vous n’avez pas compris ce que nous avons vécu. Nous n’agissons pas ainsi [en manifestant] parce que nous sommes des héros et des sauveurs. Nous l’avons fait parce que nous comprenons le sens de notre foi : que nous sommes tous liés. Nous nous unissons. Nous faisons partie d’un peuple, d’une humanité créée à l’image d’un Dieu d’amour et de beauté qui souhaite la liberté pour tous ses enfants. »
Ce week-end, on a encore manifesté à Minneapolis.
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Les patriarches orthodoxes

Le patriarche Kirill
service de Pâques à l’église Christ-Sauveur
Un responsable de l’Église orthodoxe ukrainienne (UOC), a condamné la « compassion sélective » du patriarche Kirill de Moscou envers les victimes russes de la guerre. Lors d’une attaque à Kherson, une ville ukrainienne sur le fleuve Dniepr libérée par les forces ukrainiennes et où étaient encore stationnés des militaires russes, l’attaque d’un café a fait des morts et la douleur était palpable relève le journaliste. « Pourtant, le patriarche russe refuse obstinément de reconnaître la souffrance des chrétiens en Ukraine, persistant dans son opinion impie selon laquelle le commandement divin ‘Tu ne tueras point’ ne s’applique pas aux soldats russes qui tuent des Ukrainiens. »
A plusieurs autres occasions, le patriarche russe Kirill n’avait manifesté aucun remords pour les centaines de milliers de civils ukrainiens, dont des centaines d’enfants, tués ou mutilés depuis l’invasion russe de 2022. Ce responsable de l’Église orthodoxe ukrainienne n’hésite pas à critiquer le Patriarche russe. Récemment, il a accusé Kirill de « trahir clairement son ancienne Église ukrainienne » pour plaire au Président Poutine. Enfin la rupture est consommée entre l’Église orthodoxe ukrainienne, l’une des Églises orthodoxes du pays, désormais reconnue comme indépendante de Moscou par le patriarche Bartholomée de Constantinople : sa décision d’accorder l’indépendance à cette Église en 2019, est « ferme et irrévocable » à l’heure où se joue « l’avenir de la paix en Ukraine » a réaffirmé Bartholomée. A la fureur certaine de Kirill…
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