Libre opinion
Petite histoire du
protestantisme
Gilles
Castelnau
.
XVIe siècle
voir aussi visite du Paris protestant
L'esprit de la
Renaissance
21 mai 2007
En Allemagne, comme en France et dans
toute l'Europe, soufflait d'Italie
un vent de liberté et de découverte qui enivrait les
esprits.
Jusque là, en effet, dans la
période dite « gothique » qui durait depuis quatre siècles, l'homme
n'avait d'existence, de raison d'être qu'en fidèle
chrétien, en fils humble et soumis de l'Église. Les
artistes ne peignaient ou ne sculptaient que les saints et les
saintes, les martyrs, parfois les donateurs du tableau dans les
attitudes, les postures convenues, respectueuses du Christ, de la
Vierge ou de Dieu, en présence de qui ils étaient
représentés, ou des scènes bibliques
traditionnelles comme la crucifixion, la nativité, l'annonce
à Marie.
Les gestes des mains, les mouvements des
bras et du corps, les agenouillements, l'expression des visages, loin
de manifester le moindre sentiment original et personnel, n'avaient
pour raison d'être que de montrer l'insertion sincère
des participants dans ce monde céleste dont l'Église
était l'incarnation évidente et
indiscutée.
Les hommes ainsi donnés en exemple,
n'avaient d'existence que dans leur participation au dessein de Dieu.
Le monde féodal, l'imagerie gothique n'envisageaient aucune
indépendance personnelle ; la pensée unique
régnait seule et les bûchers flambaient lorsque
l'Inquisition diagnostiquait la moindre déviation.
La sérénité qui
émane des représentations de cette époque
gothique, la paix qui en rayonne, proviennent
précisément de l'abandon d'eux-mêmes de ces
hommes livrés entre les mains de Dieu, parfaitement
dépendants : saints hiératiques, graves et
sereins, interchangeables, sans personnalité propre.
Les cathédrale gothiques, par leur
grande structure à l'harmonie parfaite, sans
irrégularité ni dissymétrie, symbolisaient bien
cette vision unifiée d'un univers magnifique à la
perfection indiscutable, équilibré, harmonieux,
paisible, sans contradiction possible, sans même la fantaisie
que la pensée romane aimait tant.
On avait désormais le sentiment de
vivre une époque nouvelle. Les talents artistiques trouvent le
champ libre par rapport à la pauvreté créatrice
qui régnait jusque là. Désormais peintres et
graveurs, Léonard de Vinci, Raphaël, Michel Ange et tous
les autres, s'efforcent de scruter la personnalité
individuelle de leurs modèles : les auréoles
disparaissent au profit d'une recherche de l'anatomie humaine, des
proportions, de la perspective.
Les poètes, les écrivains
recherchent librement dans l'antiquité et la mythologie une
inspiration, fort païenne souvent, indépendante de la
pensée officielle, enivrée d'humanisme.
Évidemment ni Charles Quint,
l'empereur d'Allemagne, qui appuyait son autorité sur la
hiérarchie de l'Église, ni le pape dont le prestige
provenait du soutien des princes, ne voyaient d'un bon œil cet esprit
d'émancipation qui se répandait comme une
traînée de poudre dans la noblesse de l'Empire. En
France, les souverains cultivés et très
éclairés que furent
François Ier,
Charles IX et Henri III, ouvrirent résolument le
pays aux nouvelles idées humanistes mais ne
supportèrent pas l'esprit protestant qui n'acceptait
évidemment pas leur autorité absolue naissante.
En France, les
précurseurs de la Réforme
Retour à l'Évangile de
Jésus-Christ, à la
pureté évangélique de l'Église
primitive : tel est le mot d'ordre des humanistes
chrétiens dont les plus influents en France ont
été Érasme de Rotterdam (1469-1536) et Jacques
Lefèvre d'Étaples (1460-1536). Le retour à
l'Évangile est d'abord retour aux textes originaux de
l'Écriture : les ajouts de la Tradition sont
court-circuités. Lefèvre, dès 1508 a
donné une édition scientifique des Psaumes et
Érasme en 1516 du Nouveau Testament grec. Ce retour
à l'Écriture débouche non seulement sur la
critique des abus, mais sur la mise en question de dogmes et de lois
de l'Église. En même temps, le retour à
l'Écriture s'accompagne du souci de la mettre à
disposition du peuple en la traduisant en langue vulgaire.
Érasme critiqua, conseilla, mais
resta prudent. Les idées du prestigieux « prince des
humanistes » pénétrèrent dans les milieux érudits,
chez une partie du haut clergé et aussi à la cour du
roi de France. Marguerite d'Angoulême (1492-1549), duchesse
d'Alençon, plus tard reine de Navarre, âme mystique,
ouverte aux projets de rénovation
évangélique.
La Réforme en
Allemagne

Martin Luther par Lucas Cranach le Vieux
Martin Luther, un homme inquiet et
tourmenté, avait une
très haute idée des exigences de la vie
chrétienne. Il estimait que sa propre existence, pourtant
exemplaire sur le plan moral, incarnait très mal
l'idéal évangélique. Il se sentait insuffisant
et indigne. Il pensait au jour du jugement, où il
comparaîtrait devant le tribunal de Dieu. Il vivait dans
l'angoisse de la damnation. En étudiant la Bible, en
travaillant pour ses cours le Nouveau Testament, en particulier les
épîtres de Paul, il trouva l'apaisement. Il y
découvrit l'annonce du pardon de Dieu, qui accordait son salut
non à des saints, mais à des pécheurs. Nous
sommes toujours des êtres inacceptables. Néanmoins, Dieu
nous accepte et nous fait grâce. Il est un père aimant,
comme celui de la parabole du fils prodigue, et non un juge
impitoyable qui nous accablerait sous le poids de nos manquements et
de nos fautes. Il ne nous demande pas de gagner ou de mériter
notre salut. Il nous le donne gratuitement. Cette découverte
transforma la vie de Luther, lui donna une joie et une assurance
profondes. Il mettait sa confiance non pas en sa propre valeur, mais
en Jésus-Christ.
L'angoisse que Luther ressentait avant cette
découverte, quantité de gens l'éprouvent
à cette époque. De nombreux textes et aussi des
peintures nous montrent qu'ils vivaient dans la hantise du jugement
de Dieu et des peines éternelles. A ce tourment,
l'Église essayait d'apporter une réponse et un
remède par la théorie des indulgences.
Certes, disait-elle, nous sommes tous
coupables, et nous méritons tous la mort. Mais nous pouvons
accomplir des actes, faire des gestes qui nous vaudront l'indulgence
de Dieu : ainsi des aumônes, des pèlerinages, des
dévotions diverses.
La théorie et la pratique des
indulgences dégénérèrent. Ayant besoin
d'argent, les autorités ecclésiastiques
autorisèrent leur vente. Ainsi, contre argent, on pouvait
acheter la miséricorde divine pour les défunts ;
des pauvres y dépensaient toutes leurs économies
et des riches donnaient des sommes considérables. Un moine,
Tetzel, dirigeait cette vente avec beaucoup de sens commercial, et
bien peu de sens religieux.
Le pape Léon X, était un prince de la Renaissance, élégant et raffiné, fils de Laurent le Magnifique, de la brillante famille des Médicis de Florence. Plus qu’un homme d’Église – il avait reçu le chapeau de cardinal à l’âge de 13 ans. et n’avait jamais eu aucune formation théologique - il était un grand amateur d’art, avait fait venir à Rome le peintre Raphaël, lisait Dante et collectionnait les manuscrits précieux. Il avait débuté son règne par une série de grandes fêtes et réjouissances qui eurent pour résultat de dilapider rapidement la fortune laissée par son prédecesseur le pape Jules II et il avait trouvé commode de vendre lui aussi des indulgences, comme Jules II l’avait fait pour reconstruire la Basilique Saint-Pierre. Ses honnêtes tentatives de conciliation avec Luther tenaient davantage de la politique que de la théologie et les choses se sont fort mal terminées.
En octobre 1517, Luther organise dans son université un
débat public sur les indulgences. Pour la discussion, il avait
rédigé 95 thèses, qu'il envoya aux autres
universités et aux évêques, suivant une
procédure courante à l'époque. Les
universités organisaient souvent des confrontations sur divers
sujets, et se communiquaient les unes aux autres les propositions
qu'il fallait soutenir ou combattre. Les thèses de Luther
déclaraient que l'Évangile (par quoi il entend le
message central du Nouveau Testament) proclame la gratuité du
salut et que, par conséquent, la vente d'indulgences le
contredisait. Alors que la plupart des thèses passaient
inaperçues, celles de Luther eurent un immense retentissement,
parce qu'elles apportaient une réponse à la quête
religieuse de ce temps, parce qu'elles s'opposaient à une
pratique qui choquait beaucoup de gens pieux, parce que quelques-uns
s'inquiétaient de cet argent qui quittait l'Allemagne pour
l'Italie, ce qui maintenait la pauvreté et augmentait le
sous-développement de l'Empire germanique. Pendant quelques
mois Luther pu croire qu'il avait convaincu, et que son point de vue
allait l'emporter. La réaction des autorités romaines
le déçut profondément. Certes,
déclaraient-elles, Tetzel a dépassé les bornes
et exagéré. Pourtant le principe même des
indulgences est bon ; de plus, un moine, même docteur en
théologie et professeur d'Écriture sainte, n'a pas le
droit de s'opposer aux décisions du pape, des cardinaux et des
évêques ; il leur doit obéissance.
Rome
entreprit donc un procès à la fois religieux et
politique contre Luther : la bulle du Pape « Exsurge Domine » le menaça d’excommunication. Il la brûla en public le 10 décembre 1520 sur la place de Wittenberg aux
applaudissements des étudiants et du peuple. Il fut effectivement excommunié trois semaines plus tard, le 3 janvier 1521.

Pierre-Antoine Labouchère, salon de 1857, La diète de Worms
La diète de Worms. Charles Quint, cita Luther à
comparaître en sa présence les 17-18 avril 1521 devant la diète de l'Empire à Worms. Sommé de se rétracter, Luther
déclara :
« Votre
Majesté sérénissime et Vos Seigneuries m'ont
demandé une réponse simple. La voici sans détour
et sans artifice. A moins qu'on ne me convainque de mon erreur par
des attestations de l'Écriture ou par des raisons
évidentes - car je ne crois ni au pape ni aux conciles
seuls puisqu'il est évident qu'ils se sont souvent
trompés et contredits - je suis lié par les textes
de l'Écriture que j'ai cités, et ma conscience est
captive de la Parole de Dieu ; je ne peux et ne veux rien
rétracter. Car il n'est ni sûr ni honnête d'agir contre
sa propre conscience. Me voici donc en ce jour. Je ne puis autrement.
Que Dieu me soit en aide. »
A la suite de quoi il fut mis au ban de
l'Empire.
Cette spectaculaire résistance de
Luther, affrontant à la fois le pape et l'empereur, enflamma
l'imagination de l'Europe ; il acquit une immense
popularité.

Frédérik de Saxe par Lucas Cranach le Vieux
Les municipalités de deux villes libres et
cinq princes, dont Frédéric de Saxe, son souverain, le
soutinrent. Des prêtres, des moines se rallièrent
à lui. Pour empêcher son arrestation,
Frédéric le mit en lieu sûr, dans le
château de la Wartburg où il resta caché presque
un an sous le pseudonyme de Chevalier Georges. Il y traduisit le Nouveau Testament en allemand. Il
rentra ensuite à Wittenberg où il reprit son
enseignement, et surtout publia beaucoup. Ses idées ne
cessèrent de gagner du terrain ; une partie de
l'Allemagne le suivit.
La diète de Spire. En 1529, l'empereur Charles Quint qui avait
précédemment autorisé les princes de l'Empire
à opter, s'ils le désiraient, pour la Réforme
luthérienne revint sur cette décision, provoquant
ainsi la « protestation » des princes :
« Nous protestons
devant Dieu, notre unique créateur, conservateur,
rédempteur et sauveur, et qui un jour sera notre juge, ainsi
que devant tous les hommes et toutes les créatures, que nous
ne consentons ni n'adhérons d'aucune manière pour nous
et pour les nôtres au décret proposé dans toutes
les choses qui sont contraires à Dieu, à sa sainte
parole, à notre conscience, au salut de nos âmes et au
dernier décret de Spire. »
On appela « princes
protestants » ceux qui
avaient signé ce texte.
La diète
d'Augsbourg. En 1530, Charles
Quint convoqua à Augsbourg une diète en vue d'une
réconciliation générale.

Philipp Melanchthon par Lucas Cranach le Vieux
Les positions de Luther
y furent présentées et défendues par Philipp
Melanchthon qui rédigea la Confession d'Augsbourg, aux
formules conciliantes, en espérant que les autorités
ecclésiastiques l'accepteraient, ce qui mettrait ainsi fin aux
querelles. Cet espoir fut déçu, et le rejet de ce texte
rendit la division définitive. En 1555, la paix
d'Augsbourg l'entérina : le traité reconnaît
l'existence de deux Églises en Allemagne, celle de la
Confession d'Augsbourg, et la catholique. Selon le principe « cujus regio ejus
religio » (tel prince,
telle religion), chaque prince choisit pour lui et ses sujets
les sujets que ne satisfait pas la décision de leur prince ont
le droit d'émigrer.
Le luthéranisme s'implanta surtout en
Europe du Nord (Allemagne, Danemark, Suède, Norvège,
etc.).
Voir sur ce site : André Gounelle,
La Réforme en
Suisse
Zwingli. La Réforme commença en Suisse
en 1519-1520, sous l'impulsion d'un prêtre, Huldrych
Zwingli. A près avoir été curé dans un
village, puis dans un lieu de pèlerinage (où la
religion superstitieuse qui y avait cours l'avait choqué), et
aumônier militaire (il protesta contre la pratique des
cités suisses qui louaient leurs jeunes comme mercenaires aux
armées étrangères), Zwingli fut nommé
en 1518 curé à la cathédrale de
Zurich.
Zwingli se rattache au courant de
l'humanisme. On appelle « humanistes » au XVIe siècle
ceux qui étudient les auteurs latins et grecs de
l'Antiquité, qui en commentent et expliquent les œuvres avec
des méthodes de lecture rigoureuses. Ils représentaient
la science moderne contre les scolastiques continuateurs du Moyen
Age. Zwingli se mit à l'étude du Nouveau Testament,
dans sa langue originelle, le grec, grâce à une
édition préparée et publiée par
Érasme, qu'il admire beaucoup. Petit à petit, grandit
en lui la conviction que les théologiens scolastiques, et
à leur suite les ecclésiastiques comprennent mal la
Bible, qu'ils en déforment le sens, qu'ils en trahissent les
enseignements, faute d'une science suffisante. A Zurich, il
créa et développa des cercles d'étude de la
Bible. Dans ces cercles, on prit conscience que le célibat des
prêtres, la messe, la transsubstantiation n'ont ni fondement ni
justification bibliques. Zwingli, qui supportait mal le
célibat, se maria en 1522, et écrivit un
traité en faveur du mariage des prêtres.
L'évêque de Constance, dont il dépendait, somma
alors le Conseil de la ville de Zurich de le révoquer et de
l'arrêter. Le Conseil donna raison à Zwingli et l'invita
à réformer la ville, ce qu'il fit progressivement. Se
rallièrent aux positions de Zwingli les villes de Bâle
(avec son curé Oecolampade) et de Berne. Un
français Guillaume Farel répandit ces
idées dans le canton de Vaud, à Neuchâtel, dans
le pays de Montbéliard et à Genève.
En 1531, une guerre éclata en Suisse entre les cantons
réformés et les autres. Zwingli, qui accompagne en tant
qu'aumônier les troupes de Zurich fut tué à la
bataille de Cappel, mais son élève Bullinger poursuivit
son oeuvre.
Cinq ans plus tard, en 1536, parut un
petit livre, intitulé Institution de la religion chrétienne, écrit par un jeune homme de 27 ans, peu
connu, Jean Calvin que l'humanisme avait également
marqué.
Jean Calvin (Noyon 1509 - Genève 1564). Après la
publication de l'Institution Chrétienne, Calvin décida
de se rendre à Strasbourg. Il fit étape à
Genève, qui, à la suite d'une série de
prédications de Farel, venait de se décider pour la
Réforme. Dans cette ville difficile, à la vie politique
et intellectuelle développée, Farel, prédicateur
populaire, avait conscience de ne pas être l'homme de la
situation. Il alla trouver Calvin dans sa chambre d'hôtel, et
lui demanda de devenir le pasteur de Genève. Calvin
résista ; il ne se sentait pas fait pour un travail sur
le terrain ; il voulait se consacrer à l'étude et
rédiger des livres. Farel se fâcha et hurla que si
Calvin n'acceptait pas, Dieu le maudirait. Impressionné,
Calvin resta. Il sera chassé de Genève deux ans plus
tard, les habitants de la ville ayant peine à entrer dans le
radicalisme de ses réformes ; pourtant en 1541, il
sera rappelé, et fera de la ville la citadelle des
réformés. Malgré une santé
médiocre, il eut une activité spirituelle et sociale
débordante.
Il donnait dix-sept prédications par
mois, écrivit quantité de commentaires bibliques et des
traités. Il s'occupa des Églises
réformées partout en Europe, et ne cessa de
correspondre avec elles (on connaît plus de quatre mille
lettres de sa main !). En 1549, il signa avec Bullinger un
accord le Consensus
Tigurinus, qui scellait l'entente
entre Zurich et Genève, et qui unissait zwinglianisme et
calvinisme.
Sur le plan social, il rapprochait la gloire
de Dieu du soulagement du prochain. Il s'efforça notamment de
moraliser à Genève les pratiques commerciales et
financières. Le riche, comblé des
bénédictions divines, se doit de faire profiter le
pauvre de ses biens dans toute la mesure possible. Le travail
reçut une importance extraordinaire et fut
considéré comme participation de l'homme à la
création : les employeurs furent invités à
respecter « l'équité » avec leurs employés, et Calvin promut des
contrats de travail et des tribunaux compétents pour
réglementer les relatons sociales et les activités
économiques.
La reconnaissance, pour la première
fois en Occident, du caractère productif du prêt
à intérêt déboucha sur la distinction
entre un taux d'intérêt normal et un taux qui serait
usuraire et scandaleux. C'était au pouvoir civil de
Genève, éclairé par les pasteurs, qu'il revenait
de fixer ce taux, d'interdire l'usure qui exploite la misère
et de restreindre le prêt à un rôle purement
économique. Dans l'ensemble, la pensée de Calvin sur ce
point est en rupture avec la tradition médiévale et
même humaniste : la pauvreté n'était plus
envisagée comme une conséquence du péché
originel et comme une occasion de charité : celle-ci
devait bien s'exercer à l'égard des personnes
démunies dans le cadre d'une assistance publique et
ecclésiale, mais la mendicité était interdite et
c'était le travail, technique ou intellectuel, qui
était valorisé.
On parle de réforme
réformée, et non pas calviniste, car l'action de
plusieurs hommes, Zwingli, Farel, Oecolampade, Bullinger et Calvin y
a contribué. Les réformés se sont
implantés en Suisse, en France, aux Pays-Bas, en
Hongrie.
Michel Servet. Ce théologien et médecin espagnol,
niait la divinité du Christ et la Trinité.
Condamné à Vienne (Isère) au bûcher, il
s'évada et se réfugia à Genève. Il y fut
arrêté et jugé. Son procès donna lieu
à un tel affrontement entre adversaires et partisans de la
réforme calviniste, qu'il fut difficile à Calvin
d'empêcher l'exécution de celui dont il
dénonçait la doctrine. Les dirigeants de Genève
ne voulaient pas que le protestantisme soit accusé dans toute
l'Europe de permettre le développement de doctrines
considérées unanimement comme scandaleuses. Servet fut
brûlé à Genève le
26 octobre 1553. Calvin avait insisté, sans
être entendu, pour que l'exécution de Servet n'ait pas
lieu par le feu. Le réformateur Sébastien Castellion écrivit alors à Calvin : « Tu as laissé
brûler un homme pour défendre des idées ; tu
n'as pas défendu ces idées mais tu as
brûlé cet homme ! ».
Une statue commémorative de ce vilain
acte fut dressée par les protestants genevois à
l'emplacement même du bûcher de Michel Servet ; il s'en
trouve également une à Paris devant la mairie du 14e
arrondissement.
La Réforme en
France
L'Église de
Paris
Les écrits de Luther - en latin
d'abord - ont été connus en France
dès 1520 et bientôt condamnés par la
Sorbonne. A partir de 1523, ils ont été traduits
en français, adaptés, interpolés,
compilés sans relâche, et publiés pendant une
bonne dizaine d'année à Paris, Alençon, Lyon et
surtout hors de France, à Bâle, Anvers ou à
Strasbourg.
Face à la diffusion des « idées de
Luther », l'attitude de la
Sorbonne, des autorités ecclésiastiques et du Parlement
a été constante dès 1521 : livres
hérétiques et suppôts de l'hérésie
devaient être pourchassés et, si possible,
éliminés. L'attitude du roi a flotté plus
longtemps. Mais François 1er prit
décidément parti contre les « luthériens » (qui étaient en réalité
plutôt des zwingliens) après « l'affaire des
placards »,
en 1534 : des centaines de petites affiches attaquant
violemment la messe avaient été placardées
à Paris et dans d'autres villes, y compris à Amboise,
dans les appartements royaux. Les évangéliques
apparurent alors non seulement comme des hérétiques
mais comme des perturbateurs de l'ordre public. La répression
fut exemplaire.
Le premier martyr français fut Jean Vallières, brûlé vif le
8 août 1523 au marché aux cochons, dans le
triangle formé par les rues Thérèse et
Sainte-Anne avec l'avenue de l'Opéra.
Calvin qui demeurait à Paris rue
Valette, près de l'actuel Panthéon, adhéra
à la pensée évangélique
en 1533 ; il s'enfuit en Poitou, au moment de l'affaire des
Placards ; il y présida des cultes et c'est à ces
occasions que la sainte cène fut célébrée
pour la première fois.
Le
scandale des « placards »
Un petit groupe protestant de Neuchâtel réuni autour de deux pasteurs français, Guillaume Farel et Antoine Marcourt, un pasteur suisse Pierre Viret et surtout un imprimeur français réfugié de Lyon avec son matériel d’imprimerie, publie, afit imprimer et expédie dans toute la France les fameux « placards contre la messe » qui provoqueront un scandale affreux : « Articles véritables sur les horribles, grands et importables abus de la messe papale, inventée directement contre la sainte cène de notre Seigneur, seul médiateur et seul sauveur Jésus-Christ ». Ces placards furent affichés dans la nuit du 17 au 18 octobre 1534 dans toute la France et même sur la porte de la chambre royale du roi au château d’Amboise, ce qui le mit dans une rage folle, à tel point qu’il déclencha la persécution contre les protestants.
Pour expier ce blasphème insupportable, le 21 janvier 1535, à
l'occasion d'une entrée solennelle à Paris, François 1er, fit
brûler vifs trois suspects, aux Halles et trois autres à
la Croix du Trahoir : à l'angle des rues
Saint-Honoré et de l'Arbre Sec. Puis l'habitude se prit de
mettre à mort les « hérétiques » en place de Grève, aujourd'hui place de
l'Hôtel de Ville. Longue est la liste des martyrs qui
périrent à cet endroit : entre
autres, Louis de
Berquin, ami d'Érasme, que
François 1er avait longtemps
protégé (1529) ; Anne du Bourg,
conseiller au Parlement de Paris, brûlé la veille de
Noël 1559, pour avoir courageusement pris la défense
des huguenots lors d'une séance du Parlement ; Mongomery, adversaire d'Henri II dans la tournoi qui lui
fut fatal en 1559 devant le palais des Tournelles, au lieu de
l'actuelle place des Vosges et que Catherine de Médicis, qui
ne lui avait pas pardonné cet accident, envoya à
l'échafaud en 1574.
Le premier baptême fut
célébré en 1555, dans l'Église qui
se réunissait dans la maison de la famille de La Ferrière,
à l'actuel N° 4 de la rue Visconti (à
l'époque rue des Marais), derrière l'abbaye
Saint-Germain-des-Prés, dans le quartier que l'on appelait « la Petite
Genève » en
raison du grand nombre de huguenots qui s'y
réunissaient. Ce premier baptême fut
célébré par un jeune étudiant en droit, Le Maçon, dit La
Rivière qui fut le premier
pasteur de Paris.
Dans cette même maison, auberge
à l'enseigne du Vicomte, eut lieu le premier synode national
fondateur de l'Église réformée de France, en
l'an 1559 ; synode « à la lueur des
bûchers », tant la
persécution était alors cruelle. Des
délégués de la plupart des régions de
France siégèrent durant quatre jours dans le plus grand
secret ; ils posèrent les bases de l'Église en la
dotant d'une Discipline et en adoptant officiellement la Confession
de foi dite de « La
Rochelle ».
Les martyrs de Paris
En 1557, rue Saint-Jacques, à
l'emplacement des actuels N° 52 et 54, une
assemblée réunissant de 300 à
400 personnes fut dénoncée et envahie par la
police. Les gentilshommes présents tirèrent
l'épée ; il y eut combat, 120 arrestations
furent effectuées, suivies de sept condamnations à
mort. Parmi elles, Philippe de
Luns, jeune veuve de 23 ans,
qui revêtit sa robe de mariée pour monter à
l'échafaud et fut pendue après avoir été
brûlée aux pieds et au visage.
En 1561, au bout de la rue Mouffetard,
près de l'église Saint Médard, fut construit le
premier temple de Paris, presque aussitôt détruit au
cours d'une échauffourée.
Les protestants
célèbres
voir aussi les protestants persécutés et réhabilités
Jean Goujon (1510 - environ 1566). Un macaron dans les boiseries de la chambre
du roi au Louvre indique la date de 1559, où se tint le
synode « à la lueur
des bûchers ». Cette
boiserie a été sculptée par Jean Goujon, le
grand artiste protestant, également auteur des sculptures de
la cour Carrée du Louvre en collaboration avec Pierre Lescot,
de la salle des Caryatides, de la fontaine des Innocents, et du
jubé de Saint-Germain l'Auxerrois. Ce fait est la marque de ce
que les persécutions des protestants n'étaient pas
massives et que simultanément des protestants notoires
pouvaient poursuivre leurs activités. Pierre Lescot eut
l'honneur d'être enterré à Notre-Dame, alors que
Jean Goujon s'enfuit pour sauver sa vie, sans doute à Bologne
en Italie. Néanmoins, hommage lui fut rendu lorsque sa statue
fut placée sur la façade de
l'Hôtel-de-Ville.
Bernard Palissy (1510 - 1589 ou 1590) conseiller presbytéral de sa paroisse
protestante de Saintes fut appelé à Paris par la reine
Catherine de Médicis qui souhaitait une grotte
décorée des animaux de céramique luisante dont
il avait découvert le secret. Ces oeuvres sont aujourd'hui
exposées dans les vitrines du Louvre mais il finit
lui-même ses jours dans la misère des cachots de la
Bastille, « pour cause de
religion ».
Jacques Androuet du
Cerceau fut l'architecte du pont
Neuf, inauguré en 1578 par le roi Henri III
lui-même.
Ambroise Paré, le célèbre médecin militaire
soigna le roi Henri II lors de son accident du tournoi des
Tournelles.
Et pendant que ces hommes manifestaient leur
art et leur dévouement au roi, d'autres huguenots
périssaient place Maubert, place de Grève, au
marché aux cochons !
La phase conquérante
(1555-1565)
La croissance du groupe
réformé et son aristocratisation ont changé ses
destinées en le faisant sortir de la clandestinité et
en le politisant. Avec ses nouvelles forces, la religion proscrite
aspirait au moins à une reconnaissance légale et
éventuellement à la conquête de
l'État. Les nobles réformés de haut rang,
proches de la Cour, ont cru pouvoir infléchir le jeu politique
en ce sens.
L'occasion a paru se présenter
en 1559 à la mort d'Henri II. Le trop jeune roi
François II qui lui succédait ne pouvait incarner
l'autorité monarchique : il était sous la coupe
des oncles de sa femme Marie Stuart, les Guise, de la maison de
Lorraine. Or ceux-ci menaient une politique
antiréformée implacable. Du parti réformé
naissant sortit le projet audacieux de se saisir des Guise pour
soustraire le roi à leur influence néfaste : ce
fut, en mars 1560, la conjuration d'Amboise, qui échoua et fut brutalement
réprimée.
Peu après pourtant, le vent tourna en
faveur des calvinistes - que l'on commençait aussi
à désigner par le sobriquet de « huguenots » (péjoratif jusqu'au début du
XVIIe siècle, ce mot est d'origine
controversée : rapproché de « eidgenossen », c'est-à-dire « confédérés » ; on désignait ainsi à
Genève, à partir de 1535, les adversaires de
l'évêque de Genève, les partisans de la
Réformation). Soucieuse de restaurer l'autorité de
l'État, la mère du roi, Catherine de Médicis,
mit à l'écart les Guise, avant même de devenir
régente, à la mort de François II, en
décembre 1560. Impressionnée par le progrès
des Églises réformées et conseillée par
son chancelier Michel de l'Hopital, la régente tenta une
stratégie de conciliation entre catholiques et
réformés. Elle organisa ainsi, en 1561,
le colloque de Poissy, dans l'espoir - tout politique - de
réaliser l'unité religieuse : en vain. Et
en 1562, elle signa l'édit de Janvier qui reconnaissait pour la première fois la « nouvelle
religion » accordant
aux réformés la liberté de culte hors des
villes.
Cet édit exaspéra les
catholiques. D'où deux mois plus tard, le massacre de Vassy,
qui souleva un intense émoi chez les réformés :
ce fut le point de départ des guerres de religion.
Les huit guerres de religion (1562-1598)
Pendant plus de trente ans, deux partis, l'un catholique, l'autre protestant, encadrés par des familles nobles rivales, se sont affrontés pour le contrôle de l'État et le statut de la religion réformée dans le royaume. On compte huit guerres de religion, faites d'opérations militaires et de violences populaires, achevées chacune en fonction de ses résultats par un traité de pacification.
- Les trois premières guerres de religion (1562-1563, 1567-1568, 1568-1570) ont été menées du côté huguenot par Louis de Condé (qui sera tué en 1569) et l'amiral Gaspard de Coligny ; du côté catholique par le clan des Guise et à partir de 1568 par le duc d'Anjou, frère de Charles IX. Elles ont été closes par la paix de Saint-Germain (1570) qui accordait à « ceux de la religion prétendue réformée », outre la liberté de conscience, la liberté de culte (sauf Paris) et quatre « places de sûreté » pour deux ans.
- La quatrième guerre. La tentative d'assassinat de Coligny, dont les instigateurs furent les Guise, semble avoir déclenché, le 24 août 1572, à Paris, le massacre de la Saint-Barthélemy. Avec Coligny furent assassinés quelque 200 gentilshommes de la religion, présents dans la capitale à l'occasion du mariage de Marguerite de Valois et Henri de Navarre. Puis le peuple parisien, avec la bénédiction active du clergé, se déchaîna pendant trois jours contre les « hérétiques », faisant 2 000 à 3 000 morts.
La nouvelle du massacre a provoqué en province d'autres massacres, explosions de haine anti-huguenote.
La Saint-Barthélemy a mis les réformés en état de choc. Là où les communautés étaient nombreuses, bien implantées, dans le Midi et l'Ouest, la résistance s'organisa : ainsi à La Rochelle, Montauban, Millau, Castres.
La quatrième guerre s'alluma, terminée en 1573 par un édit défavorable à la « religion prétendue réformée ».
- La cinquième guerre. Des « assemblées politiques », composées de délégués des Églises, se sont tenues en 1573 dans plusieurs villes du Midi, établissant les bases d'un État huguenot séparé du reste du royaume, avec ses lois, sa justice, son armée, ses finances. Ce sont les assemblées politiques qui - après les combats - négocièrent le statut des réformés en France : ainsi au traité de Beaulieu, qui mit fin à la cinquième guerre (1574-76), à l'avantage des huguenots.
- Durant les trois dernières guerres (1577, 1578-80, 1584-98), le chef militaire du parti réformé fut Henri de Navarre. Or, après l'assassinat d'Henri III, en 1589 par un moine ligueur, la couronne lui revenait, selon la loi du royaume. Aussitôt Paris et les villes soulevées par la Ligue catholique d'Henri de Guise, soutenues par l'armée espagnole, menèrent la vie dure au nouveau roi. Il a fallu à Henri IV dix ans de luttes - outre son abjuration en 1593 - pour reconquérir son royaume. Il proclama l'édit de Nantes en 1598, qui mit définitivement fin aux guerres de religion.
Cet acte réintégrait dans la communauté nationale un groupe très diminué. Entre 1570 et 1598, on note en effet un reflux des Églises réformées : au moins un tiers des communautés ont disparu pendant cette période. À la fin du XVIe siècle, les réformés ne sont plus que 1 million. Ce reflux a plus atteint les provinces au nord de la Loire que celles du Midi, où le tissu réformé était déjà beaucoup plus dense. Les guerres de religion et les violences exercées contre les huguenots pendant ces trente années n'expliquent pas tout. Certes, les massacres de la Saint-Barthélemy ont eu un effet direct de terreur. Ils ont provoqué un double mouvement d'abjuration et d'émigration vers Genève. En dehors des affrontements sanglants, les interdictions et les entraves à la liberté du culte ont usé la capacité de résistance de « ceux de la Religion ». Plus profondément, l'échec de la conquête du pouvoir, c'est -à-dire l'échec de la Réforme en France a pu être compris comme un désaveu divin. L'attraction de la religion dominante a pu alors jouer pleinement. D'autant plus qu'indépendamment même de l'attitude du pouvoir, il était difficile de vivre une religion différente de celle de la majorité des Français, difficile d'être un homme réformé.
La Réforme en
Italie
Par rapport à l'Europe du
Nord, la Réforme protestante
n'a connu en Italie qu'un faible impact. On en donne deux
explications contradictoires : ou bien, le peuple italien,
pénétré de l'esprit paganisant de la Renaissance
était trop indifférent aux questions religieuses pour
se passionner pour le message des réformateurs ; ou bien
l'Église catholique y jouissait d'une emprise plus forte sur
les populations, grâce à une action pastorale plus
active, à des institutions plus vivantes, et notamment
à un réseau très efficace de
confréries.
Les idées nouvelles ont touché
de nombreuses personnalités, mais elle n'ont guère
débordé les milieux d'élite. Une exception
notable est celle des communautés vaudoises.
Les Vaudois.
Le lyonnais Pierre Valdo a
suscité dès 1175 un dynamique mouvement pré
protestant qui s'est répandu dans toute l'Europe et a
été violemment persécuté par
l'Église officielle. Les vaudois fondaient leur
piété principalement sur le Sermon sur la montagne et
d'autres paroles radicales des évangiles ; ils refusaient
le serment ainsi que toute effusion de sang ; ils condamnaient
l'Église pour ses richesses et sa corruption et la
société féodale dans son ensemble comme
étant faussement chrétienne. Ils lisaient la Bible et
rejetaient les doctrines du purgatoire, des indulgences, la
vénération de Marie et des saints. Mais, jusqu'à
la Réforme, ils avaient une conception positive des « oeuvres », conservaient les sept sacrements
catholiques, la théorie de la transsubstantiation ;
leurs pasteurs, qu'ils appelaient des « barbes » (« oncles ») conservaient le célibat.
En 1526, les barbes vaudois, qui
avaient entendu parler de Luther et des réformateurs suisses,
envoyèrent deux d'entre eux pour s'informer. Le dialogue ainsi
amorcé, reprit en 1530 avec les réformateurs Oecolampade et Bucer.
Le synode de
Chanforan (12 - 18 septembre 1532)
Les Vaudois qui ont réussi à
faire souche dans les vallées alpines à l'ouest de
Turin, jusqu'à y devenir majoritaires, se réunissent en
synode à Chanforan dans le Val d'Angrogne. Guillaume Farel venu
de Genève en compagnie de deux autres représentants du
protestantisme, participent activement , à titre
d'invités, aux travaux de cette rencontre
décisive.
- Le ralliement de l'Église vaudoise à la
Réforme est décidé.
- L'importance de la bible est confirmée ;
Il est décidé de mettre en chantier une traduction en
langue française. Ce sera la Bible d'Olivétan (du nom d'un parent de Calvin). Elle sera
imprimée à Neuchatel dès 1535.
Malgré leur pauvreté, les Vaudois rassemblèrent
deux mille écus d'or comme participation à cette
édition.
- Seuls le baptême et la sainte cène sont
reconnus comme sacrements.
- Le ministère des « barbes » cesse d'être itinérant : ils sont
désormais rattachés à une paroisse
locale.
Aujourd'hui encore, l'Église
réformée italienne porte le nom d'« Église
vaudoise ».
La Réforme aux
Pays-Bas
Le mouvement de réforme qui
suivait les idées de Calvin se heurta à la farouche opposition de
l'empereur Charles Quint, qui gouvernait les Pays-Bas.
Dès 1521, Charles
Quint rétablit
l'Inquisition ; en 1529, la simple discussion de questions
touchant à la foi était passible de la peine capitale.
Son fils Philippe II continua dans la même ligne. Il déclara un jour : « je
préférerais perdre tous mes domaines et cent vies
plutôt que de régner sur des
protestants ! ». Le
féroce duc
d'Albe, chargé de la
répression, fit prononcer, dit-on 8000 condamnations
à mort en trois ans !
En 1584, sous la direction de Guillaume d'Orange le
Taciturne, (c'est lui qui dit : « il n'est pas
nécessaire d'espérer pour entreprendre, ni de
réussir pour
persévérer ») les Pays-Bas du Nord, devenus
indépendants de l'Espagne et protestants, se
constituèrent en Provinces Unies, séparées des
provinces du sud (l'actuelle Belgique) qui demeurèrent
catholiques.
Les protestants « wallons » qui se réfugièrent du sud vers les
Provinces Unies y formèrent des paroisses de langue
française ; ils furent rejoints en 1685 lors de la
Révocation de l'édit de Nantes par les
réfugiés huguenots français, beaucoup plus
nombreux qu'eux, qui agrandirent considérablement ces
Églises « wallonnes », qui existent encore aujourd'hui.
La liberté aux Pays-Bas
n'était certes pas totale au sens où nous l'entendons
aujourd'hui ; mais les lois y étaient les plus
tolérantes de l'Europe d'alors. Descartes quittait
la France pour demeurer en Hollande ; Spinoza y
développait librement sa philosophie panthéiste alors
qu'il aurait évidemment été brûlé
partout ailleurs...
La Réforme
radicale
Elle naquit en Allemagne en réaction contre Luther, en suisse en
réaction contre Zwingli.
En Allemagne Thomas
Müntzer, un ancien prêtre
devenu pasteur luthérien, jugeait Luther beaucoup trop
timoré et conservateur. Il lui reprochait de ne pas aller
jusqu'au bout de son entreprise, de s'arrêter en chemin. Luther
réformait seulement l'Église mais il faut aussi,
pensait Müntzer, réformer la société, la
rendre plus juste, abolir les privilèges des seigneurs,
répartir la richesse entre tous. Luther recommandait de se
soumettre aux autorités dans le domaine social et politique.
Müntzer prêchait, au contraire, la révolte
armée. Sa prédication rencontra un grand écho,
et les paysans, particulièrement misérables et
exploités se soulevèrent. Ils furent impitoyablement
écrasés en 1525 à la bataille de
Frankhausen où Müntzer fut fait prisonnier. Il fut
atrocement torturé, puis décapité. Luther appela
les princes à réprimer sans pitié la
révolte des paysans. Dix ans plus tard, a lieu une autre
révolte, urbaine celle-ci, en 1534-1535 à
Münster, qui se termina elle aussi par un bain de sang.
En Suisse, à
Zurich, en 1521 et 1522,
quelques Zurichois trouvaient Zwingli trop
timoré et temporisateur. Ils lui reprochaient d'opérer
une réforme progressive, à petits pas, au lieu de
trancher brutalement et d'avancer rapidement. Il attendit, par
exemple, trois ans avant d'abolir la messe. La lenteur de Zwingli
s'explique par un souci pastoral et pédagogique. Il voulait
expliquer, convaincre, et ne changer les choses qu'après y
avoir préparé les gens. Certains de ses collaborateurs,
groupés autour de Conrad
Grebel, auraient voulu au contraire
qu'on aille vite et fort, de sorte que l'on mette chacun devant des
décisions à prendre et des choix clairs.
Le baptême des enfants. Müntzer et Grebel avaient en
commun de refuser le baptême des petits enfants. Ils ne
voulaient administrer ce sacrement qu'à des adultes convertis
après une expérience spirituelle personnelle. Grebel et
ses amis estimaient nul et non avenu le baptême des
bébés, et ils décidèrent de baptiser
à nouveau des gens qui l'avaient été à
leur naissance (d'où le nom d'anabaptistes, de
re-baptiseurs qu'on leur donne). A côté de ce point
commun, il existait une différence importante entre Grebel et
Müntzer. L'Allemand incitait ses partisans à la
révolte armée, alors que le Suisse était
résolument pacifiste et affirmait qu'un chrétien
ne doit pas avoir recours à la violence. Le conseil de Zurich
a néanmoins fait arrêter les anabaptistes, et ordonna de
les faire noyer dans le lac.
Luther, Zwingli, Calvin voulaient une
Église du peuple, largement ouverte, qui ne se distinguait pas
de la cité. Ils ne voulaient pas faire le tri entre les vrais
croyants et les autres. Les anabaptistes souhaitaient, au contraire,
une Église fermée, étroite, composée de
purs.
Grebel dit à
Zwingli :
« Quel passage de
l'Écriture t'autorise à baptiser les petits
enfants ? On doit interdire tout ce que la Bible ne commande pas
expressément. »
Zwingli lui répond :
« Quel passage du
Nouveau Testament me défend de baptiser les petits
enfants ? Tu transformes le silence de la Bible en
interdiction ».
Zwingli voulait supprimer tout ce à
quoi s'oppose l'enseignement biblique (réformation), tandis
que Grebel voulait que tout soit fondé sur des textes de
l'Écriture (restitution).
La Réforme
anglicane
La réforme anglicane a quelque
chose d'indécis. Elle oscille
constamment entre le politique et le religieux, et hésite
entre le catholicisme et le protestantisme. Elle finit par tenter un
compromis que l'on a qualifié de « voie moyenne ». En fait, selon le génie de l'Angleterre,
elle procède de manière plus empirique et pragmatique
que théologique et théorique.
Elle part d'une histoire conjugale.
Le roi
Henri VIII demanda au pape
Clément VII d'annuler son premier mariage avec Catherine d'Aragon pour pouvoir épouser Anne
Boleyn. Il ne voulait pas faire de
l'Église d'Angleterre une Église « protestante », mais une Église catholique dont il serait le
chef à la place du pape.
En 1547, à la mort d'Henri VIII,
un enfant de 9 ans, Édouard VI, monta sur le trône. Le duc de Somerset qui
assurait la régence correspondit avec Calvin, et,
réformé de conviction, protestantisa l'Église
anglicane : la figure essentielle en fut Thomas Cranmer ;
plusieurs réformateurs d'autres pays d'Europe y
contribuèrent, notamment Martin Bucer de
Strasbourg.
Marie Tudor, dite la Sanglante (1516-1558), catholique
intolérante, tenta de restaurer le catholicisme ; elle
fit brûler sur le bûcher près de deux cents
évêques, savants, hommes et femmes du peuple et parmi
eux les principaux chefs du protestantisme. Sa demi-soeur,
Elizabeth 1ère (1553-1603) rétablit le protestantisme en Angleterre. Elle
remplaça progressivement les dirigeants catholiques de
l'Église par des protestants ; elle remit en vigueur les Articles de
l'Église et le
Prayer Book (livre de la liturgie officielle).
Le pape ordonna aux catholiques de ne pas se
soumettre à Elizabeth et ceux-ci furent dès lors
considérés comme des traîtres en
puissance.
Les puritains
anglais
Tout au long de son
histoire, l'anglicanisme se partage
entre deux tendances, celle de la haute Église, proche du
catholicisme, celle de la basse Église, proche du
protestantisme.
On appela puritains les protestants radicaux
qui souhaitaient que l'Église anglicane se rallie à la
Réforme selon la règle de Calvin faisait suivre
à Genève. C'est ainsi qu'ils voulaient abolir ce qu'ils
considéraient comme des survivances du catholicisme : le
signe de croix, le port du surplis, la génuflexion pour
recevoir la communion, le ministère des évêques.
Ils furent sévèrement réprimés,
persécutés, parfois expulsés du royaume en
direction des Pays-Bas.
Le puritain Oliver Cromwell dirigea la révolution anglaise (1642-1649) qui conduisit
à la décapitation du roi Charles 1er en 1649. Mais finalement la tentative d'instaurer une
république puritaine échoua et la monarchie fut
rétablie, ainsi que l'anglicanisme.
On se souviendra que ce sont des puritains
anglais, les « pères
pèlerins », qui
émigrèrent au Nouveau Monde en 1620, à bord
du « Mayflower » et y façonnèrent le paysage religieux
que l'on connaît encore aujourd'hui aux
États-Unis.
La Réforme
catholique
Le XVIe siècle
marqua aussi un tournant dans
l'histoire de l'Église romaine, qui n'eut pas le même
visage au début et à la fin de cette période.
Elle subit une profonde transformation. Elle connut une
véritable réforme, à qui on ne rend pas
pleinement justice en l'appelant « contre-réforme » ; en effet, elle ne se définit pas
seulement par rapport aux autres Réformes, mais aussi par des
positions qui conduisent à un redressement et à une
rénovation conformes à sa logique propre. Le
catholicisme classique, qui durera jusqu'au second Concile du
Vatican, naquit au XVIe siècle,
et est aussi une Église issue de la Réforme.
Le Concile de Trente a accompli une oeuvre considérable dans deux
domaines.
- D'abord dans celui de la doctrine. Elle était
auparavant sur bien des points assez vague et floue. Le concile
précisa, clarifia, définit, mais du coup augmenta les
différences et les désaccords. Les commissions de
spécialistes du Concile lisaient d'ailleurs très
attentivement les principaux écrits des
Réformateurs ; ils indiquaient et
dénonçaient ce qu'ils considéraient comme des
erreurs. Loin de rapprocher les positions comme on l'avait
espéré, le Concile les éloigna.
- Ensuite, le Concile mit de l'ordre dans
l'organisation et la vie pratique de l'Église. Il formula les
droits et les devoirs des évêques et des
prêtres ; il corrigea des anomalies, il donna des
règles pour le gouvernement de l'Église, pour les
célébrations liturgiques pour la vie chrétienne.
Il voulait une Église cohérente, sans abus, qui ne
prête pas à critique, qui soit digne de l'idéal
catholique.
Le Concile mit en route un immense effort de
redressement qui porta ses fruits au XVIIe siècle, avec des prêtres plus
instruits, conscients de leur mission, avec des spirituels et des
théologiens importants comme Bossuet,
Vincent de Paul, François de
Sales, etc. Un renforcement aussi
des doctrines mises en question par les réformateurs :
Ainsi furent affirmées les doctrines de la
transsubstantiation, de la justification par la foi et par les
oeuvres. On insista sur les sept sacrements. On proclama de nouveau
l'existence du purgatoire, le célibat du clergé et la
pratique des indulgences.
François-Xavier (1506-1552), par exemple, un grand missionnaire
catholique en Asie, s'exprimait ainsi :
« Le dimanche, je
rassemble tout le monde, hommes et femmes, jeunes gens et vieillards,
et je leur fais répéter les prières dans leur
langue. Ils aiment beaucoup faire cela, et c'est avec joie qu'ils
viennent à ces assemblées...
Je leur dis le premier commandement, et ils le
répètent ; puis nous disons tous ensemble :
"Jésus-Christ, fils de Dieu, accorde-nous la grâce pour
que nous puissions t'aimer par-dessus toute chose".
Une fois que nous avons demandé cette grâce, nous
récitons ensemble le "Pater Noster", puis nous nous
écrions tous en choeur : "Sainte Marie, Mère de
Jésus Christ, obtenez nous de votre fils la grâce de
pouvoir être fidèles au premier commandement.
Puis nous récitons un "Ave Maria", et nous procédons de
même pour chacun des neuf commandements qui restent.
Et de même que nous disons douze "Pater" et douze "Ave" en
l'honneur des douze articles du Credo, de même nous
récitons dix "Pater" en l'honneur des dix commandements,
priant Dieu de nous accorder la grâce de les
observer. »
Thérèse
d'Avila (1515-1582) se consacra
à la vie mystique dans les monastères espagnols ;
elle fonda elle-même de nombreux carmels et y enseignait
l'union avec Dieu par la contemplation et la prière en un
mariage mystique. Elle décrivit ainsi une de ses
extases : un séraphin lui apparut portant une lance dont
la pointe était brûlante ; il la plongea dans son
coeur et atteignit le plus profond de son être. Cet instant
enflamma son c�ur d'un brûlant amour pour Dieu. Cette
expérience, disait-elle, avait été à la
fois douloureuse et d'une douceur indescriptible. Elle symbolisait
l'union mystique du croyant avec Dieu.
La théorie de la
prédestination calvinienne fut élaborée, à cette époque, en
réaction contre cette insistance catholique sur l'effort
humain d'élever son âme vers Dieu ; Jean Calvin
mettait, bien au contraire, l'accent sur la venue de Dieu dans le
monde de l'homme. Il est à noter que dans les milliers de
sermons qu'il nous a laissés, aucun d'entre eux ne mentionne
cette notion étrange de la prédestination. Celle-ci ne
s'explique que comme un argument de combat contre l'ascétisme
et la théologie des méritescatholique.
En France, les guerres
de religion
(1562-1598)
Pendant plus de trente
ans, deux partis, l'un catholique,
l'autre protestant, encadrés par des familles nobles rivales,
se sont affrontés pour le contrôle de l'État et
le statut de la religion réformée dans le royaume. On
compte huit
guerres de religion, faites
d'opérations militaires et de violences populaires, conclues
chacune en fonction de ses résultats par un traité de
pacification.
- Les trois premières guerres de
religion (1562-1563, 1567-1568,
1568-1570) ont été menées du côté
huguenot par Louis de Condé
et
l'amiral Gaspard de Coligny ; du
côté catholique par le clan des Guise et à
partir de 1568 par le duc
d'Anjou, frère de Charles IX. Elles ont été closes par la paix de Saint-Germain (1570) qui accordait à « ceux de la Religion Prétendue
Réformée »,
outre la liberté de conscience, la liberté de culte
(sauf à Paris) et quatre « places de
sûreté » pour
deux ans.
- Le massacre de la
Saint-Barthélémy, le 24 août 1572, semble avoir
été déclenché par la tentative
d'assassinat de Coligny, dont les instigateurs furent les Guise. En
même temps que Coligny, furent assassinés quelque
200 gentilshommes « de
la religion », qui
étaient présents dans la capitale à l'occasion
du mariage de Marguerite de
Valois (la future « reine Margot », fille d'Henri II et de
Catherine de
Médicis, soeur du roi) avec
Henri de Navarre (le futur Henri IV). Le peuple parisien, avec
la bénédiction active du clergé, se
déchaîna pendant trois jours contre les « hérétiques », faisant 2000 à 3000 morts.

Alexandre-Évariste
Fragonard, scène du massacre de la
Saint-Barthélémy (1836) Louvre
La nouvelle du massacre a provoqué en
province d'autres massacres, explosions de haine antihuguenote. La
Saint-Barthélémy a mis les réformés en
état de choc. Là où les communautés
étaient nombreuses, bien implantées, dans le Midi et
l'Ouest, la résistance s'organisa : ainsi à la
Rochelle, Montauban, Millau, Castres. La guerre se ralluma, la
quatrième, terminée en 1573 par un édit
défavorable à la « Religion Prétendue
Réformée ».
Des « assemblées
politiques » composées de
délégués des Églises, se sont tenues
en 1573 dans plusieurs villes du Midi, établissant les
bases d'un État huguenot séparé du reste du
royaume avec ses lois, sa justice, son armée, ses finances. Ce
sont ces assemblées politiques qui - après
les combats - négocièrent le statut des
réformés en France : ainsi le traité de Beaulieu, qui mit fin à la cinquième guerre
(1574-76), à l'avantage des huguenots.
Durant les trois dernières guerres
(1577, 1578-80, 1584-98), le chef militaire du parti
réformé fut Henri de
Navarre (le futur Henri IV). Or
après l'assassinat d'Henri III par un moine ligueur
(1589), la couronne lui revenait, selon la loi du royaume.
Aussitôt Paris et les villes
soulevées par la Ligue catholique d'Henri de Guise, soutenues
par l'armée espagnole, menèrent la vie dure au nouveau
roi. Il a fallu à Henri IV dix ans de luttes - outre
son abjuration en 1593 - pour reconquérir son
royaume.
Les huguenots l'y ayant aidé, il dut
leur accorder - sous la pression de leurs assemblées
politiques un édit relativement favorable, l'édit
de Nantes en 1598.
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