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Spiritualité des images

 




Franz-Xaver Messerschmidt

(1736-1783)

 

 

musée du Louvre

jusqu’au 25 avril 2011


.

 

Gilles Castelnau

 

 

2 février 2011

Franz Xaver Messerschmidt est un artiste bien étrange. La tête ci-dessus révèle, certes, un portraitiste brillant dans l’art de modeler le visage humain, mais la crispation intérieure de cette physionomie ne correspond en rien à l’élégance et à la distinction des cercles aristocratiques de la capitale autrichienne dont leur auteur, professeur-adjoint à l’Académie royale, était un portraitiste renommé, en plein milieu d’un 18e siècle charmant et très conservateur. Que l’on pense au raffinement que manifestait Marie-Antoinette venue justement de Vienne pour épouser le futur roi Louis XVI.

On ne sait trop ce qui est arrivé à Messerschmidt, toujours est-il que sa noble clientèle s’est effilochée, que sa nomination définitive à l’Académie royale n’a pas été finalement confirmée à cause de son comportement « déviant » et que, seul dans son atelier, sans en parler à personne, il a sculpté les 49 « têtes de caractère », grimaçantes, dont le Louvre expose aujourd'hui 17, à côté de 13 bustes plus normaux.

Il n’en a donné aucun commentaire et ces têtes n’ont été découvertes chez lui qu’après sa mort. Les titres qu’elles ont reçues ensuite : « homme de mauvaise humeur », « renfrogné », « scélérat », « hypocrite » ou « constipé » n’ont aucune authenticité.

C’est au visiteur lui-même à se laisser interroger par l’extravagant réalisme de ces représentations révélant un travail minutieux et une recherche poussée à l’extrême de toutes les possibilités d’un visage humaine de manifester les mouvements de l’âme. Les têtes sont nues, elles ne sont même pas pourvues du buste dont les vêtements auraient indiqué une profession ou un milieu social.

 

 

Aucun élément extérieur ne suggère les raisons qui ont amené le modèle à ce rire aigu qui est peut-être plus un cri de douleur ou un refus incoercible de la vie qui se présente à lui qu’un véritable d’amusement.

 


 

Quant à cet homme sans regard, son attitude est très ambigüe : sa grimace exprime-t-elle une surprise gourmande ? une moquerie bienveillante ou peut-être malveillante ? en tous cas une manière de prendre ses distances, comme dans les exemples précédents avec une société qu’il juge et méprise sans doute.

Quelle image avait donc Messerschmidt du monde qui l’entourait et tendait à l’exclure après l’avoir adulé ? La frivolité, la prétention, l’inconscience de la noblesse viennoise du 18e siècle ne méritait peut-être pas mieux que l’image qu’il en donne.

On a dit de Messerschmidt qu’il était déviant. Le visiteur de l’exposition ne pourra manquer d’y penser : l’était-il vraiment ? La ville de Vienne l’avait-elle rendu fou ? ou était-on témoin à Vienne de comportements que l’on ne saurait voir sans fermer les yeux ?

Un conte africain dit ceci :

Tout le village a mangé l’herbe qui rend fou.
Sauf le sage.
Et tout le village a dit
que le sage était fou.


 

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