
Cache-cache, 1873
Berthe Morisot
1841 - 1895
musée d’Orsay
jusqu’au 22 septembre 2019
L’exposition a déjà été présentée
Musée national des beaux-arts du Québec, Québec, du 21 juin au 23 septembre 2018
Fondation Barnes, Philadelphie, du 20 octobre 2018 au 14 janvier 2019
Dallas Museum of Art, Dallas, du 24 février au 26 mai 2019
Gilles Castelnau
19 juin 2019
73 tableaux et deux pastels en un éblouissement de couleur, de lumière et... de bonheur
En pleine explosion du mouvement impressionniste, voici qu’à la surprise générale, une femme se révèle au premier rang de la nouvelle peinture.
On n’avait jamais vu de femme peintre. On se plait à citer la malheureuse phrase qu’Édouard Manet écrit à Fantin-Latour :
« Les demoiselles Morisot sont charmantes, c'est fâcheux qu'elles ne soient pas des hommes. Cependant, elles pourraient, comme femmes, servir la cause de la peinture en épousant chacune un académicien et en mettant la discorde dans le camp de ces gâteux. »
Les impressionnistes se détournaient de la peinture académique traditionnelle qui représentait de façon officielle des scènes allégoriques ou religieuses et des femmes prenant la pose. Ils sortent leurs chevalets dans la campagne ou la forêt et s’efforcent de saisir l’« impression » fugitives que provoque un rayon de lumière, les vaguelettes de l’eau ou un geste d’intimité souriante.
Leurs œuvres étaient, on le sait, systématiquement refusées par le jury réglementant l’accès au fameux Salon. Napoléon III avait bien fait organiser à titre exceptionnel en 1863 le Salon des Refusés mais ce fut une initiative sans lendemain.
Berthe Morisot était au premier rang d’un groupe d’amis - Monet, Renoir, Pissarro, Sisley, Cézanne, Berthe Morisot et Edgar Degas – qui se constituent en avril 1874 en Société anonyme des artistes peintres, sculpteurs et graveurs et exposent leurs œuvres à leur gré.
Les impressionnistes se contentaient le plus souvent de peindre la nature. Est-ce justement parce qu’elle était une femme que, seule, Berthe Morisot a placé des femmes au milieu des scènes de la nature et se plaisait à représenter ainsi des moments souriants et intimes ?
Le tableau de Cache-cache placé ci-dessus en exergue montre ainsi une jeune femme emmenant son enfant dans la nature et s’efforçant de l’intéresser à un petit arbre.
Plus que les autres impressionnistes qui se bornaient à représenter – merveilleusement - la campagne, Berthe Morisot montre que l’on peut s’y impliquer et l’aimer.
Elle a présenté ce tableau à la fameuse exposition de 1874.

Sur l’herbe, dit aussi Sur la pelouse ou Dans le parc, vers 1874
La femme est élégante et son chapeau aurait certainement convenu à la princesse Kate d’Angleterre, mais elle ne craint pas de salir sa belle robe en s’asseyant dans l’herbe et encourage son joli chien noir à partir gambader librement.
Ses deux enfants sont empruntés et s’ennuient : n’étaient-ils donc pas habitués à sortir jouer hors de leur appartement parisien ? Voyez pourtant comme on est bien dans la nature !

Eugène Manet et sa fille, 1883
Berthe était amie et collègue d’Édouard Manet. Elle a épousé son frère. Elle s’est plue à cette scène familiale, tranquille et heureuse.

La Barrière à Bougival, 1884
Les roses trémières sont immenses, des liserons montent sur les buissons, la luxuriance de la nature envahit tout le tableau, la femme y est presque noyée.
Les Parisiens n’étaient pas préparés à ouvrir les yeux sur leur environnement. Berthe Morizot leur apprend à ouvrir les yeux sur la beauté du monde de la nature et leur montre que l’on peut s’y sentir à l’aise.

Jeune Femme au divan, 1885
On s’interrogera au sujet de cette jeune femme. Elle est peinte en coleurs aigres-douces, ses sourcils relevés et l’étgrange moue de sa petite bouche suggèrent qu’elle prend une distance peut-être ironique avec son entourage. Est-elle sympathique ? Est-elle souriante ? Est-elle sarcastique ?

La Jatte de lait, 1890
Cette jeune paysane est charmante. Loin des outils agricoles et des bâtiements de ferme, elle est intégrée à la nature, transcendée par elle.
On se sent infiniment plus proche d’elle que de la femme au divan.

Devant la psyché, 1890
Occupée à sa toilette, cette femme montre un sein. On est bien loin des vénus nues à la peau si blanche et aux gestes sophistiqués. Celle-ci n’est pas perdue dans les contemplations narcissiques de tant d’autres. Berthe Morisot est pudique et respecte les femmes.

Paule Gobillard en robe de bal, 1887
Berthe Morisot a peint sa nièce
Retour vers
spiritualité des images
Vos
commentaires et réaction