
Marie-Thérèse, 1937
Picasso
donner à voir
25 octobre 1881 - 8 avril 1973
Musée Fabre de Montpellier
jusqu’au 23 septembre 2018
Gilles Castelnau
24 août 2018
C’est une très grande et magnifique exposition que nous offre le musée Fabre. Un très grand nombre de tableaux, répartis en plusieurs salles du musée, dont beaucoup figurent les plus connus.
C’est toute la carrière du peintre qui est ainsi présentée, depuis ses premières toiles jusqu’au dernières. Les commissaires les ont réparties en 14 périodes pour lesquelles de grandes explcations sont affichées sur les murs. Les cartels de la plupart des tableaux sont également détaillés et instructifs (s’ils étaient, comme d’ailleurs ceux des autres expositions, écrits plus gros et moins bas, ils seraient plus faciles à lire !)
Évidemment les œuves de ces périodes sont incroyablement différentes les unes des autres. D'ue diversité étonnante, sans aucun rapport entre elles. On dirait qu’elles ont été peintes par des artistes différents. Picasso avait une imagination débridée et il était animé d’un fantastique élan vital qui s’incarnaient dans ses œuvres et celles-ci laissent toujours le visiteur enchanté et sidéré. Il peignait, dessinait, gravait à toute vitesse. Sa production est prodigieuse. Ne dit-on pas que dans les 4 dernières années de sa vie il a réalisé plus de 700 œuvres !
Il aimait beaucoup les femmes, il les regardait et les aimait à la folie - de manière souvent fort discutable, on le sait - et l'on pourra s’interroger à la vue de ces nombreux portraits…
Mais quelle joie de vivre, quel élan, quel dynamisme créateur il nous transmet. Les très nombreux visiteurs de cette exposition – y compris les enfants dont certains se montrent étonnamment intéressés – révèlent l’attrait de cette force de vivre dont nous contemporains ont, semble-t-il, particulièrement besoin.
Nous reproduiisons intégralement ci-dessous les remarquables textes des cartels, très pédagogiques et intéressants :

Femme repassant, Paris [décembre] 1901
Entre la fin de l’été et le début de l’automne 1901, Picasso visite la prison pour femmes de Sant-Lazare, à Paris, qui lui permet d’observer au plus près la misère humaine. La prison tenue par des religeuses est un microcosme où vivent et survivent un millier de femmes et enfants en bas âge, chacune ayant un rôle dans la communauté, la repasseuse qu’il peint est peut-être l’une d’entre elles. Picasso réalise de nombreux croquis qu’il reprend à l’atelier. Comme Daumier et Degas avant lui, il portraiture ici une repasseuse, échine courbée sur sa planche, joues creusées et yeux caves et clos. Ce tableau monochrome fait partie des premières expériences que l’on rattahe à la « période bleue » marquée par l’influence du Gréco. Il est dédicacé à Jaime Sabartès, un ami de Barcelone qui rejoint Picasso à Paris à l’automne 1901.

Femme au peigne, [Été-automne] 1906

Trois femmes à la fontain, . Fontainebleau, été 1921
Au cours d’un séjour à Fontainebleau à l’été 1921, Picasso observe de près les fontaines richement ornées du parc ; les stèles funéraires d’influence grecque qui s’y trouvent lui servent de modèle. L’art maniériste du Primatice et ses suiveurs qu’il peut aussi voir sur place nourrissent son œuvre. Ici, trois femmes aux formes puissantes – leurs corps comme des colonnes cannelées – portent des tuniques à l’antique. On retrouve également l’influence de la sculpture grecque et de la peinture hellénistique et pompéienne. Telles des divinités fluviales, elles viennent chercher de l’eau et évoquent symboliquement la vie et par extension, la fécondité. Pour la construction rigoureuse, Picasso s’inspire aussi de l’art de Poussin (Éliézer et Rebecca). Le tableau est un exemple magistral du néoclassicisme du peintre qui poursuit parallèlement ses recherches cubistes.

La Flûte de Pan, Antibes, été 1923
Picasso réalise ici la synthèse de trois influences : l’idéal clasique, la peinture de Cézanne et le maniérisme de l’École de Fontainebleau. Les figures masculines, tels des pêcheurs contemporains d’Ulysse ou des bergers jouent de la flûte de Pan dans une Arcadie rêvée. Campés dans un espace géométrisé évoquant l’architecture contemporaine ou bien la scène et les coulisses du théâtre antique, ils sont massifs et immobiles à la manière des figures de Cézanne. L’un se concentre sur la musique de son instrument, l’autre, ou contrapposto subtil regarde vers l’horizon avec une certaine mélancolie dans une atmosphère ponctuée de quelques couleurs. Les dessins préparatoires et les radiographies de l’œuvre nous indiquent qu’il existait un personnage féminin dans la compositin initiale. Cette œuvre représente à la fois l’apogée du classicisme méditerranéen de Picasso et un adieu à cette peinture.

Arlequin musicien, 1924
Une année avant la réalisation de ce tableau, Cocteau donne en cadeau à Picasso un costume d’Arlequin comme un clin d’œil à sa période rose. Tout au long de sa vie l’artiste a peint ce motif. Fréquemment, Picasso lui a prêté les traits de son propre visage. « Arlequin est la diversité personnifiée. Comme le diable il est pluriel. Son costume prismatique, marqueur initial de sa pauvreté, est une somme de fragments ; un tel patchwork sied parfaitement à ce parangon de fantaisie aux mœurs si changeantes » écrit Yves-Alain Blois. Au-delà de la déconstruction du visage et de la multiplicité des plans colorés, une liberté décorative se dégage de la toile avec ce personnage de la Commedia dell’Arte transformé en guitarrista espagnol
Portrait de Marie-Thérèse » 6 janvier 1937 ci-dessus en exergue
Marie-Thérèse, le bras plié, l’index posé délicatement près de son visage, prend la pose méditative de Madame Moitessier immortalisée par Ingres en 1856. L’influence du maître se ressent également dans le jeu des couleurs et l’évocation subtile du drapé. Le rouge et le jaune du chapeau de paille évoquent symboliquement la présence du peintre dans le tableau comme le motif arlequin du dossier, lui aussi rouge et jaune. La souveraineté de cette reine de carte à jouer trônant sur son fauteuil est menacée par les distorsions de l’espage – plafond bas, obliques des murs et plan incliné du sol – qui dérangent le calme apparent de la scène. Picasso passe d’une surface délibérément plane et épurée – comme ici l’architecture – à un modelé du corps plus vigoureux associé à la luxuriance chromatique. Le visage déconstruit en facettes rappelle les expériences cubistes.

• « nu assis » : Nu assis, décembre 1964

Le jeune peintre, Mougins, 14 avril 1972
Retour vers Picasso
Retour vers
spiritualité des images
Vos
commentaires et réaction