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SpiritualitÉ des images


Jean Jouvenet, Le Magnificat, 1716

 

Le baroque des Lumières


chefs-d’œuvre des églises parisiennes au XVIIIe siècle

 

 

Petit Palais

jusqu’au 16 juillet 2017

 

Gilles Castelnau

 

 

28 avril 2017

Jean Jouvenet, Le Magnificat, 1716 (ci-dessus en exergue). Dans le chœur de la cathédrale Notre-Dame de Paris ce splendide tableau devait faire beaucoup d’effet. Il y déploie ses couleurs, son mouvement, la grande harmonie d’un monde où le céleste et le terrestre s’interpénètrent, où les humbles et les pauvres côtoient les anges dans une architecture majestueuse.
Ce baroque-rocaille dans toute sa gloire s’harmonise parfaitement avec la superbe élévation verticale des piliers gothiques qui prolongent vers le haut les regards humains.

La femme aux bras tendus dans son étonnant vêtement bleu rassemble par son geste tous les êtres vivants, les palais, les anges et les nuées célestes. Sa tête rayonne d’une lueur divine. Est-elle, comme le titre du tableau l’indique, la Vierge Marie exaltant sa joie et sa fierté de mettre au mode le Sauveur ou symbolise-t-elle l’Église ? Dans la spiritualité de l’époque, en effet, la foi catholique représentée par ses dorures, ses tableaux, ses monuments et ses peintures de maîtres exprimait l’unité harmonieuse d’une société chrétienne heureuse, vivante et magnifique.

La scène biblique mentionnée dans l’Évangile de Luc se situe dans la maison d’Élisabeth, la future mère de Jean-Baptiste que visite la jeune Marie nouvellement enceinte de Jésus. Et Marie, dit Luc, chante son Magnificat :

Mon âme magnifie le Seigneur,
Et mon esprit se réjouit en Dieu, mon Sauveur,
Parce qu'il a jeté les yeux sur la bassesse de sa servante.
Car voici, désormais toutes les générations me diront bienheureuse,
Parce que le Tout-Puissant a fait pour moi de grandes choses.
Son nom est saint [...]
Il a dispersé ceux qui avaient dans le cœur des pensées orgueilleuses.
Il a renversé les puissants de leurs trônes,
Et il a élevé les humbles.
Il a rassasié de biens les affamés,
Et il a renvoyé les riches à vide.
Il s'est souvenu de sa miséricorde...

On peut légitimement se demander si Jean Jouvenet connaissait le contenu de ce Magnificat de Marie. Le conducteur de l’âne à droite et, derrière lui, la femme portant le panier de linge, le vieillard à gauche appuyé sur son grand bâton ne semblent pas être « humbles » et « affamés ». Quant aux «orgueilleux » et aux « riches » qui sont « renvoyés à vide », ils ne sont pas représentés !
Le Régent Philippe d’Orléans continuait, en effet, la politique très conservatrice et antisociale de Louis XIV et ses conseillers, les grands du royaume, les autorités de l’Église prolongeaient en ce XVIIIe siècle, l’ambiance délétère qui avait régné précédemment. Le bonheur que dépeint si bien Jean Jouvenet ne régnait guère à l’époque ; la misère et la faim étaient généralisées dans les campagnes.


Nicolas de Largillière, la Nativité, vers 1730 

 

Ce n’était pas seulement la misère matérielle et l’arrogance des puissants qui pesaient sur cette première moitié du XVIIIe siècle mais aussi la mise en question de la théologie catholique officielle.

Le jansénisme était, depuis déjà le siècle précédent, une spiritualité qui promouvait, un peu à la manière des protestants, l’idée du salut par la grâce seule et critiquait le soutien de l’Église à l’absolutisme royal et à l’attitude autoritaire et centralisatrice que Louis XIV avait mise en œuvre. Les persécutions n’avaient jamais pu l’éradiquer et il perdurait plus que jamais en ce XVIIIe siècle : Le Régent avait rendu obligatoire la signature par tous les prêtres du « Formulaire » antijanséniste. De nombreux prêtres qui s’y refusaient étaient frappés par des lettres de cachet. On disait que l'évêque de Vintimille faisait interdire trois cents prêtres jansénistes dans son diocèse. Et à Paris on fermait le collège Sainte-Barbe et la maison de Sainte-Agathe.

Le protestantisme, décimé par la Révocation de l’édit de Nantes en 1685 et l’Exil des Huguenots, avait aussi connu la défaite de la Révolte des Camisards en 1704-1706. Il perdurait néanmoins dans les esprits, les cultes avaient toujours lieu la nuit dans les campagnes, les « prédicants » parcouraient le pays et... la violence des persécutions elles-mêmes donnaient à penser : on échangeait, à mots couverts des nouvelles des connaissances protestantes qui avaient tout quitté et s’étaient réfugiés en Hollande, en Angleterre, en Allemagne. Des nobles notamment, des grands bourgeois. On murmurait les noms des pasteurs que l'on connaissait et qui avaient été arrêtés, brûlés vifs, roués, les hommes envoyés aux galères, les femmes à qui on avait retiré leurs enfants et que l'on emprisonnait notament à la Tour de Constance à Aygues-Mortes. Ils avaient bien entendu tort de s’opposer ainsi à la seule vraie foi du roi et du pape, mais c’était tout de même horrible, si c’était vrai.                 

Les Lumières commençaient à découvrir une pensée ouverte et libérale : Diderot allait prochainement publier l’Encyclopédie, les « Libertins » commençaient à ne plus se cacher, Voltaire avait déjà été embastillé une fois et Rousseau ne tarderait pas à écrire. Les idées nouvelles pénétraient même la Cour.
Les autorités – très conservatrices - de l’Église s’efforçaient alors de mettre en valeur la spiritualité catholique, la grandeur de ses rites et de ses sacrements et la proximité avec le monde céleste de ses saints comme d’ailleurs des personnages bibliques.

Cette incroyable scène de la « Nativité » de Jésus montre de charmants angelots venus entourer Marie et l’enfant Jésus. Saint Joseph lève les bras au ciel avec émerveillement et les nuées célestes manifestent l’unité du monde de la terre avec l’au-delà : Une telle représentation est bien la preuve indiscutable de la vérité du christianisme officiel.
Certes, l’Évangile affirmait avec pudeur que les anges n’étaient intervenus « que » dans les champs et que la compréhension de l’origine divine de l’Enfant Jésus dépendait entièrement du témoignage oral des bergers. Mais Nicolas de Largillière qui peignait si bien les belles dames de la Cour, n’a pas craint de produire une telle « fake news » !

 

Jean Restout, La Naissance de la Vierge, 1744


Il ne faut pas s’y tromper, ce tableau ne représente pas, comme on pourrait le croire, la Vierge, Joseph et l’Enfant Jésus. Jean Restout nous fait remonter une génération plus haut : c’est la naissance de la Vierge Marie elle-même. Sa mère qui est si mignonne se nomme Anne, d’après la Légende Dorée écrite au XIIIe siècle et son père est Joachim.
L’enfant Marie ici représentée rayonne d’une auréole lumineuse, prouvant à l’évidence qu’elle a été « conçue immaculée », selon le dogme qui sera promulgué en 1854.

 

Noël-Nicolas Coypel, Saint-François de Paule avec ses compagnons traversant le détroit de Messine sur son manteau, 1723


Les angelots divins apparaissent aussi sur ce « fake news ». Saint François de Paule, frère de l’ordre mendiant des Minimes, menait une vie d’ermite dans le sud de l’Italie. Un batelier refusa de les embarquer s’ils ne payaient pas. Ils traversèrent alors le détroit sur le manteau de François.
La divine sainteté de ces moines privés de toute possession et menant une vie d’extrême frugalité qui les conduit à une extraordinaire union mystique avec Dieu est la preuve de la vérité et de la sainteté de l’Église que l’on ne saurait se permettre de critiquer.
On peut évidemment sourire de la valorisation de la pauvreté par le monde de l’Église et de la Cour qui vivait dans l’opulence.

 

Jean-François de Troy, Vincent de Paul prêchant, 1730-1733


La même nostalgie de la « sainte pauvreté » oubliée et perdue se trouve dans l’admiration pour Vincent de Paul qui venait d’être béatifié : le tableau montre combien ses prédications appelant aider les pauvres étaient écoutées au siècle précédent ! Ce tableau a été commandé par la Mission Saint-Lazare, rue du Faubourg Saint-Denis à Paris où Vincent était enterré. L’auréole fut ajoutée en 1737 lors de sa canonisation.

 

Jean Restout, Saint Pierre en prière, 1728


Même si elle était pauvre et simple, l’Église n’en demeurerait pas moins sainte et respectable. La preuve en est de saint Pierre dont la possession des clés du royaume des cieux montre l’importance incommensurable et dont le visage rayonnant dans la contemplation de l’au-delà suggère la réalité de l’expérience mystique alors qu’il ne porte ni la tiare ni les vêtements traditionnels de la papauté et que son environnement est désertique.

 

Carle Van Loo, Le Vœu de Louis XIII, 1746

Ce tableau est l’un des sept qui surplombait le maître-autel de l’église Notre-Dame-des-Victoires à Paris. Les victoires étaient celles de la prise de La Rochelle en 1628, place forte de sûreté accordée aux protestants par l’édit de Nantes et que Louis XIII venait de prendre. Le siège aura affamé les habitants dont plus de 20 000 sont morts. Les survivants ont dû accepter d’être rebaptisés catholiques.

Le tableau montre Louis XIII, accompagné du cardinal de Richelieu, vouant la France à la Vierge ce qui justifie évidemment les persécutions antiprotestantes qui se poursuivront presque jusqu’à la Révolution de 1789.




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