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Spiritualité des images

 


Intercession

 

Sculptures souabes

de la fin du Moyen Âge

 


Musée de Cluny

jusqu’au 27 juillet 2015

 

Gilles Castelnau

 

21 avril 2015

Le musée de Cluny nous enchante. Il nous présente une trentaine de panneaux de bois peint originaires d’Allemagne du sud au début du 16e siècle, à la fin donc de l’âge gothique.
Cette belle exposition se vit dans l’atmosphère paisible et souriante de la religion du Moyen-Age, juste avant l’explosion de la Renaissance et le renouveau du protestantisme.

La scène dite d‘Intercession placée en exergue représente Dieu le Père, coiffé d’un solennel bonnet pointu, vert et doré et vêtu d’un grand manteau jaune flottant magnifiquement au vent, attaché par une belle agrafe dorée. Il surgit d’une nuée noire symbolisant sans doute l’au-delà invisible d’où deux petits anges émergent aussi. Sa main droite est levée en un geste bénisseur et sa main gauche est ouverte et accueille. Il a un visage âgé et émacié, une belle barbe bien peignée et les yeux à demi-fermés. Il domine les hommes, le monde d’en-bas. Il n’est pas très grand. Sans doute parce qu’il est lointain. Il est manifestement le garant, le répondant, la sauvegarde de la scène humaine que représente le tableau.

Le Christ, à gauche, a le visage souffrant du crucifié. Il porte encore sa couronne d’épines. Il a les marques des clous aux mains et aux pieds et il désigne de la main sa blessure au côté. C’est le Christ de douleur, le Crucifié. Son magnifique manteau doré montre sa gloire divine. Il est beaucoup plus grand que Dieu. Sans doute pour montrer sa proximité avec le fidèle qui s’arrête et regarde.

La Vierge, à droite, est plus grande encore que Jésus. Elle est même plus proche de nous. Elle est très belle, sa robe est magnifiquement brodée, son visage est apaisé, elle a peut-être même un léger sourire. On sent bien que c’est d’elle que l’on est le plus proche, à qui on peut se confier et tout dire.

Entre eux le petit monde des hommes dont on comprend qu’ils souffrent. Le cartel rédigé par M. Damien Berné, le commissaire de l’exposition, explique qu’il s’agit d’une épidémie de peste. Celle-ci affecte une femme au grand bonnet tenant un enfant sur ses genoux, un malheureux enfant au bras levé, un magistrat et même un homme couché au premier plan déjà mort peut-être.

L’humanité est misérable. Comme le Christ. La Vierge ne s’en émeut pas mais sa main sur le cœur montre sa compassion. Quant à Dieu le Père, manifestement, il n’y peut rien et son attitude montre que les choses suivent un cours normal.
Acceptation de l’inévitable, résilience, paix intérieure. C’est ainsi que se déroule la vie en ce Moyen-Age finissant. Qui parlait de Renaissance ? Un tel message n’est manifestement pas encore parvenu à la connaissance de ce sculpteur souabe !

 

Sainte Famille, Lux Maurus ( ? ) (1510-1520)


Marie et Joseph sont vêtus de doré pour montrer leur importance. Ils ne font rien. Joseph dort ou en tous cas ne répond pas à la demande de jeu de l’enfant Jésus. Marie a laissé son livre ; elle regarde Jésus avec un petit sourire. Elle trouve peut-être qu’il exagère et ne devrait pas tirer la barbe de son père. Mais elle n’a pas un geste en sa direction.
Seul Jésus est actif et vivant. Il ne regarde pas le visiteur, il ne joue à rien d’amusant. Ses parents le laissent à lui-même. Le petit Jean-Baptiste n’est pas là. Il n’a pas non plus d’agneau à caresser.
Le Commissaire suggère, dans son cartel, que l’on s’identifie « à ces personnages saints ou divins ». Ce sera alors dans l’atmosphère apathique et vide d’un dimanche endormi après la messe.

 

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   Douze religieux en prière, vers 1505-1510   Saint Jean du Calvaire vers 1520

Daniel Mauch, Ulm



Ces douze religieux manifestent une piété modèle. Ce sont des hommes d’Église. Deux d’entre eux portent une tiare qui pourrait être pontificale. Un autre a une mitre d’évêque et un autre encore un chapeau de cardinal. Plusieurs sont tonsurés.
Ils chantent et certains suivent la musique dans un livre. Peut-être un recueil de cantique. Ou un livre d’heures.
Ils sont le modèle que l’Église enseigne. Se détacher de la vie du monde pour entrer déjà maintenant dans l’au-delà céleste.

L’excellent saint Jean a le visage attristé. Son titre de Saint Jean du Calvaire le situe devant la croix du Christ lorsque Jésus, selon le 4e Évangile, lui demande de s’occuper de sa mère. Est-ce lui qui, avec Pierre et Jacques a accompagné et soutenu Jésus durant tout son ministère ? Est-ce lui qui a ensuite écrit son Évangile, ses épitres et même l’Apocalypse ? Il paraît bien trop intériorisé, malheureux, et affaibli pour apporter rien de positif à son entourage.

 

La Décollation de Saint Paul

 

Ce relief représente sans doute la légende de la décapitation de l’apôtre Paul. Curieusement, c’est dans cette scène de mort qu’un certain dynamisme se manifeste . Les 6 témoins s’adressent mutuellement la parole de façon vivante pour exprimer leur sentiment. Le principal acteur est bien le bourreau qui rengaine son immense épée. Ses énormes manches semblent des ailes qui lui donnent une place étonnante dans la scène, ainsi que son étrange justaucorps doré.

 

.

 

Mais la Renaissance est là et l'art gothique touche à sa fin. On s’en rend bien compte en visitant cette belle exposition, l’homme du Moyen Age ne se voyait pas reconnaître de personnalité propre. Son existence se réduisait à celle d’un obéissant sujet du roi (ou de l’empereur en Allemagne) et d’un fidèle attentif des enseignements de l’Église. La représentation des scènes gothiques, nous le voyons bien ici, réduit les individus au rôle qui est normalement et traditionnellement le leur. Aucun trait de caractère ne marque jamais une quelconque opinion individuelle.
Le grand mouvement humaniste de la Renaissance et notamment le surgissement du protestantisme, a rendu à l’homme la liberté de penser et de se situer selon sa responsabilité personnelle.
Un exemple de l'entrée du sentiment populaire dans la grande liberté de la Renaissance.
A Ulm où Daniel Mauch et son atelier avaient produit les Douze religieux en prière et Saint Jean du Calvaire, en novembre 1530, à la suite d’un référendum où 87 % de la population se déclara favorable, la ville bascula du côté luthérien.

 

Lucas Cranach, Henri de saxe et sa femme, 1514 

 

Lucas Cranach qui sera l’ami du réformateur Martin Luther et qui aura tant d’influence sur lui peint déjà – 3 ans avant la célèbre proclamation des 95 Thèses réformatrices – des portraits révélant une personnalité forte et un esprit manifestement indépendant.
C’est à se demander comment Daniel Mauch pouvait-il représenter son Saint Jean tellement impersonnel et désincarné après avoir vu le portrait d’Henri de saxe.

 

Raphaël, La donna velata, 1516

 

Raphaël peignait sa belle maîtresse avec enthousiasme et sensualité sans tenir compte des recommandations de l’Église.

 

Léonard de Vinci, Sainte Anne 1501-1519

 

Léonard de Vinci donnait à cette scène de sainte Anne, la Vierge et l’enfant Jésus un réalisme souriant et vrai.

On n’a désormais plus peint de scènes gothiques


 

 

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