
Eva Prima Pandora
Jean Cousin le Père
1549
Musée du Louvre
Richelieu, département des peintures, 2e étage
Gilles Castelnau
31 décembre 2014
Un belle femme en méditation, presque nue, tenant un vase et un crâne : c’est la représentation courante de Marie-Madeleine.
Marie-Madeleine est considérée dans la mythologie populaire comme une prostituée repentante qui avait versé un vase de parfum sur les pieds du Christ. Ensuite est avait débarqué aux Saintes-Maries-de-la Mer et, à moitié nue, elle avait fait pénitence jusqu’à la fin de sa vie à la Sainte-Baume, en Provence, en conservant son vase désormais vide et en contemplant un crâne symbole de la fin inéluctable des plaisirs interdits. Elle est enterrée, dit-on, à Saint-Maximin.
Ses seins nus faisaient le plaisir des peintres. Elle est un sujet mille fois représenté.
Mais ce tableau de Jean Cousin, qui semble à première vue la représenter, porte le titre de « Eva prima Pandora ».
Pandore est une femme de la mythologie grecque qui ouvrit malencontreusement un vase contenant tous les malheurs du monde qui se déversèrent alors sur le genre humain.
L’histoire ne dit pas si elle devait, elle aussi, être représentée séduisante et à moitié nue et contemplant un crâne sans abandonner son pot.
Mais Jean Cousin la peint ainsi et ajoute le titre qui la compare à Ève.
Ève serait, selon Jean Cousin, une « première Pandore », dans la mesure où elle est, elle aussi, selon une tradition religieuse remontant à saint Augustin, à l’origine du malheur des hommes, pour avoir mangé le fruit défendu, ce qui était le « péché originel ».
Il est vrai que saint Augustin ne dit pas si elle était belle et nue, si elle conservait un crâne et un pot. Mais Jean Cousin en la réunissant à Pandore dans le même titre de ce tableau et en la peignant sous l’apparence traditionnelle de la belle Marie-Madeleine, donne à penser : quel relation voyait-on en France au 16e siècle entre la séduction féminine, le « péché originel » et le malheur du monde ?
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