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Spiritualité des images

 


Le Chat botté, 1862

Gustave Doré

(1832-1883)

l'imaginaire au pouvoir

 

Musée d'Orsay

jusqu’au 11 mai 2014

 

Gilles Castelnau

 

 

20 février 2014

L’immense succès qu’a connu Gustave Doré avec ses peintures, ses statues et surtout ses gravures vient sans doute du fait que ses images étaient à la fois réalistes, romantiques et fantastiques.

 

Le réalisme

Gustave Doré excelle à représenter des personnages non idéalisés, dans leur vérité humaine réelle, comme le faisaient aussi ses contemporains Courbet, Manet, ou Millais. C’était une représentation populaire qu’il était facile de contempler et dans laquelle on pouvais se reconnaître et s’impliquer.

 

L’Aigle noir de Prusse, 1871

 

Ainsi l’Aigle noir de Prusse représente, dans le paysage chaotique d’une guerre réelle et appuyée sur un soldat mort, une véritable femme (très belle, sexy et peu vêtue) où l’on se plaira à reconnaître, avec son bonnet phrygien et son épée brisée, la France vaincue par la Prusse en 1870. Manet quelques années auparavant avait également peint une Olympia beaucoup plus réaliste que les Vénus traditionnelles, qui avait fait courir les foules :

 

a

                       Manet, Olympia, 1863                                               Cabanel, Vénus, 1863

 

 

Gustave Doré a su montrer l’humanisme des saltimbanques désolés de la maladie d’un pauvre enfant. Les visages angoissés tranchent sur les couleurs festives des vêtements, l’étrange chapeau d’un des chiens et la robe d’un autre qui partage la tristesse de la mère. Ainsi en est-il de la « réalité » du monde.

 

Saltimbanques, 1874

 

Le romantisme

Les images de Gustave Doré pour être naturalistes n’en sont pas dépourvues de la grandeur, du souffle épique et de l’aspiration vers l’infini caractéristiques du romantisme. Les grandes ailes de l’Aigle Noir manifestent l’élan qui l’attire vers le ciel et sa main crispée sur son épée brisée montre sa volonté intacte.

 

Le déluge, 1962-65

C’est le Déluge. Le ciel et noir, la mer monte, un seul minuscule rocher fournit un dernier refuge encore pour un moment. C’est un grand sentiment de désespoir qu’éprouve cette jeune mère impuissante à protéger ses enfants et voisinant avec une puissante lionne promise comme elle à la mort. L’insensibilité du fauve pour la chair fraiche et nue à ses pieds et l’indifférence qu’éprouve la femme à son égard révèlent la terreur du moment. Ah ! le romantisme noir !

 

Le fantastique

Gustave Doré s’est plu à dessiner des milliers de gravures illustrant les thèmes les plus extravagants : l’Enfer de Dante, les contes de Perrault, les fables de La Fontaine etc. Son imagination était sans limite et son succès populaire était immense.

 

L’enfance de Gargantua, vers 1873

Les géants sont obèses, suggérant ainsi leur taille énorme alors que les personnages et animaux de taille « normale » sont représentés minuscules. Le spectateur se trouve ainsi situé au-dessus de l’univers habituel. Ainsi l’enfant Gargantua manipulant des vaches qui semblent bien vivantes mais qui sont pour nous d’étonnants petits jouets.

 

 

La Bible

Samson, 1885

C’est sans doute dans la rubrique du fantastique qu’il faut classer les représentations des scènes bibliques. Gustave Doré en a gravé des milliers. Des Bibles entières ont été ainsi illustrées de sa main dans son style réaliste, romantique et fantastique.

Gustave Doré se plaisait à retrouver dans les scènes bibliques le fantastique auquel il réussissait si bien. Ainsi cette représentation incroyable de Samson ébranlant par ses propres forces les piliers du temple philistin de Dagon.

En cette fin du XIXe siècle la Bible était l’objet d’un intérêt populaire considérable notamment à cause de sa lecture scientifique. Le libéralisme protestant développait la lecture historique et critique et Gustave Doré, bien que de famille catholique, était né dans la protestante Strasbourg. Mais le catholicisme n’était, à l’époque pas en reste. Le Père Ernest Renan, Professeur au collège de France,, publiait en 1863 sa célèbre « Vie de Jésus ». Le Père Alfred Loisy, professeur notamment à l’Institut catholique de Paris participait aux même études. Jusqu’à l’interdiction du Vatican de 1908, modernistes catholiques et libéraux protestants travaillaient ensemble à replacer les textes bibliques dans leur contexte historique originel et à les dégager de l’atmosphère mythique qui les rendaient étrangers à l’esprit moderne.

Gustave Doré semble n’avoir tenu aucun compte de ces études. Peut-être les a-t-il ignorées et pratiquait-il la naïve lecture fondamentaliste. Mais on cite une phrase qu’il a adressée au chanoine Harford :

« Mon ami, je suis catholique romain, un catholique romain convaincu. J'ai été baptisé dans cette église et j'y demeure fidèle. Ceci est très bien. Mais si vous voulez savoir quelle et ma véritable religion, je vais vous le dire : c'est celle du chapitre 13 de l'épitre de St Paul aux Corinthiens »

(Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n'ai pas la charité, je suis un airain qui résonne, ou une cymbale qui retentit. Et quand j'aurais le don de prophétie, la science de tous les mystères et toute la connaissance, quand j'aurais même toute la foi jusqu'à transporter des montagnes, si je n'ai pas la charité, je ne suis rien. Et quand je distribuerais tous mes biens pour la nourriture des pauvres, quand je livrerais même mon corps pour être brûlé, si je n'ai pas la charité, cela ne me sert de rien.)

Ce n’est donc ni sur la vérité littérale de la Bible ni sur les doctrines officielles du catholicisme qu’il fondait sa foi mais, à la manière moderniste-libérale, sur l’élan de foi intérieur qui l’animait. C’est ainsi qu’il faut prendre ses gravures comme des expressions de son « réalisme romantique et fantastique » et de son « aspiration vers l’infini ».

 

Christ sortant du prétoire, 1867-72

 

Ce tableau gigantesque de 6 m sur 9 m du Christ vêtu d’un blanc immaculé marchant seul, souverainement, vers sa croix, représente évidemment une scène imaginaire, fantasmatique mais révèle une foi immense détachée de toute contrainte étroite.

 

 

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