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Jean Cousin père, la Charité,  1535-1540

 

Jean Cousin père et fils

 

Paris, musée du Louvre

Denon, 1er étage, salles Mollien

jusqu’ au 13 janvier 2014



 

Gilles Castelnau

 

21 octobre 2013

Le Louvre réunit dans les deux salles Mollien toutes les gravures qu’il possède de ces deux artistes de la Renaissance, qui représentent essentiellement les scènes religieuses conventionnelles, il est vrai un peu défraîchies par les siècles et quelques statues de saints.

Et aussi deux tableaux de Jean Cousin père, qui n’ont rien perdu de leurs couleurs, de leur pouvoir de séduction et dont la spiritualité interroge.

L’École de Fontainebleau, à laquelle Jean Cousin appartenait et que soutenait le roi François 1er, prenait évidemment des libertés avec l’orthodoxie religieuse officiellement en vigueur (c’était l’époque où à Paris et dans toute la France flambaient les bûchers des protestants accusés de ne pas être de fidèles catholiques).

« La Charité » reproduite ci-dessus et presque nue, est fort belle et charmante représentée fluide, tout en souplesse, rayonnant de sensualité. Le titre de « Charité » est traditionnel et lui permet de franchir le barrage de la censure ecclésiastique toujours menaçant, mais il ne trompe personne. De plus cette femme si désirable prend véritablement la place qu’occupaient habituellement les « madones »

 

Raphaël, la Madone d’Aldobrandini

 

Voyez la Madone dite d’Aldobrandini de Raphaël (1509-1510) : le glissement d’une femme à l’autre est imperceptible et fait pourtant passer de la piété catholique bien pensante à un libéralisme païen souriant et agnostique.

 

Jean Cousin père, Eva prima Pandora, 1549-1550

 

Pandore était cette femme qui laissa se déverser sur l’humanité tous les maux contenus dans une boite qu’elle n’aurait jamais du ouvrir. Jean Cousin la montre bien séduisante, elle aussi, la main posée sur sa boite. Elle s’appuie sur la tête de mort symbole du mal qu’elle avait involontairement provoqué.

Mais on devait s’amuser de la comparaison avec la première femme Eve, responsable elle aussi de la « chute » de l’humanité dans le mal que le peintre suggérait : Eve était nue, ceci est bien connu, le serpent tentateur s’enroule autour de son bras gauche et elle tient encore dans la main droite un rameau du pommier défendu. Cet étonnant – et magnifique – tableau devait provoquer bien des sourires un peu libertins dans la grande salle du château de Fontainebleau.

 

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