
Filippo Brunelleschi : Vierge de Fiesole, 1405-1410
Le Printemps de la Renaissance
la sculpture et les Arts à Florence
(1400-1460)
musée du Louvre
Exposition conçue par M. Marc Bormand, conservateur en chef au département des Sculptures
et Mme Béatrice Paolozzi Strozzi, directrice du Musée du Bargello
jusqu’au 6 janvier 2014
Gilles Castelnau
1er octobre 2013
Le « quattrocento ». Dès le début du XVe siècle, dans les « années 1400 », alors que l’Europe entière vivait encore dans le « Gothique international », une « Première Renaissance » se développe dans la belle ville de Florence. On est alors sous le règne prestigieux de Cosme l’Ancien, l’homme que l’on disait le plus riche d’Europe, banquier des papes et des rois. Son petit fils Laurent sera dit après lui, « le Magnifique ». Un étonnant renouveau intellectuel se manifeste alors dans cette ville fortunée.
Le temps des cathédrales gothiques et du monde féodal touche à sa fin. Celles-ci symbolisaient la vérité unique et sublime garantie par l’alliance du pape, de ses évêques et de ses monastères, de l’empereur, des rois et des seigneurs : L’élan vers le ciel des piliers et des tours, l’indispensable unité des contreforts, des voûtes et de leurs ogives convenaient à l’harmonie surnaturelle des dogmes de la religion catholique unissant la vérité céleste avec les rites ecclésiaux d’où aucun élément ne pouvait être distrait sous peine de voir l’ensemble s’écrouler.
Les représentations humaines de l’art gothique n’étaient pas personnalisées, aucun détail ne suggérait jamais un caractère original ou une pensée nouvelle. Les hommes et les femmes ne tiraient la légitimité de leur existence que de leur intégration au grand ensemble politique, religieux, social d’une Europe unie. C’est ainsi que la « paix » de l’Empire avait été restaurée lorsque le concile de Constance avait fait brûler vif le pré-réformateur protestant Jean Hus en 1415.

Fra Angelico, Florence, 1388-1455
Voyez comment à Florence même le très conservateur dominicain Fra Angelico représentait encore une Vierge Marie parfaitement dépersonnalisée et réduite à son rôle de destinataire de l’Annonciation céleste. Tout au plus peut-on remarquer que les colonnes de cet étrange édifice suivent les règles récemment découvertes de la perspective et apportent ainsi un premier élément du « réalisme » sur le point de « renaître ».
En effet, et les commissaires de l’exposition ont bien fait de nous le faire remarquer dès la première salle, les peintres de la première Renaissance florentine du Quattrocento ont été saisis de découvrir dans l’art antique gréco-romain l’idée, nouvelle pour l’époque, d’un réalisme humaniste représentant les personnages non pas dans le rôle que leur accorde l’Église (elle n'existait pas encore dans l'univers gréco-romain) mais tels qu’en eux-mêmes leur liberté les construit.
a
pseudo-Sénèque, 1er siècle ap. JC Donatello, tête de prophète vers 1440
La Renaissance est née de l’extraordinaire efflorescence humaniste que la lecture des textes philosophiques anciens a nourrie au même titre que l’art antique ainsi que les grandes découverte de la modernité, comme l’imprimerie et les voyages transocéaniques. C’est tout de même un peu plus tard, au début de la grande Renaissance du XVIe siècle, que Copernic découvrira que la Terre n’est pas le centre du cosmos et de la chrétienté mais une simple planète tournant autour du soleil.

Mino da Fiesole : Dietisalvi Neroni, 1464
Ces hommes montrent un esprit manifestement ouvert, indépendant et ironique. Ils sont les témoins du monde nouveau d'une modernité intelligente, curieuse, sceptique. Ce n’est pas encore l’individualisme romantique où chacun suivra sa propre route dans une liberté splendide ou une destinée dramatique. Le quattrocento florentin ne récuse pas le surnaturel ni une certaine fidélité à l’Église.
Cette première Renaissance se détourne seulement d’une grandeur idéale qui serait celle de saints sans personnalité, s’anéantissant eux-mêmes pour n’exister que dans le dessein de Dieu. On ne veut plus croire que Dieu grandisse lorsque l’homme n’est plus lui-même. On cherche l’indépendance de la pensée face à des universités cléricales, structurant leur savoir, les dogmes de l’Église et toute la jeune recherche scientifique autour d’une prétendue vérité étroitement contrôlée par une hiérarchie sclérosée. Rome tentera bien de reprendre le contrôle de ce mouvement qui l’inquiétait mais la ville de Florence était puissante et riche et c’est elle qui, quelques temps après, fournira à Rome des papes florentins, raffinés et cultivés.

Donatello : portrait de Niccolo da Uzzano
Les hommes du Quattrocento – et Marietta Strozzi redécouvrent une nature créée et voulue par Dieu : ils décident de penser de façon autonome, de sourire à l’existence et au monde chacun avec son caractère, sa personnalité, sa conscience et sa vérité psychologique. Donatello ne manque pas de représenter – fidèlement certainement - le regard interrogateur et sceptique que devait avoir Niccolo da Uzzano
Le protestantisme n’est pas loin : c’est en 1517 que le moine Martin Luther, figure typique d’un homme de la Renaissance rejetant la soumission intellectuelle et morale à une Église exagérément totalitaire, affiche dans la ville allemande de Wittenberg ses 95 thèses qui ont donné le signal de départ dans toute l’Europe de la grande « Réforme » théologique qui a entraîné évidemment la Contre-Réforme catholique.

Donatello : Madone Pazzi, vers 1420-1425
Les très nombreuses représentations que nous offre le quattrocento de « la Vierge et l’Enfant » montrent que la piété mariale de cette époque et l’amour pour l’Enfant Jésus avaient perdu le caractère traditionnel, officiel, stéréotypé et impersonnel du style gothique qui ne permettait aucun sentiment personnel. C’est maintenant une Marie, certes très belle, pieuse et sainte, mais expressive, réelle, humaine, vivante et modèle pour nous de véritable mysticisme.
L’Enfant Jésus n’atteint évidemment pas dans ces peintures au même niveau de spiritualité. Il faudra attendre la Réforme protestante pour que les artistes – comme Cranach et Rembrandt – recentrent l’attention des fidèles sur le véritable ministère de Celui qui n’était pas un bébé mais un adulte prophète du mystère de Dieu.

Desiderio da Settignano : Marietta Strozzi, vers 1464
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On peut voir au musée du Louvre (Sully, 2e étage, salles 20-23, jusqu'au 13 janvier 2014) une petite exposition montrant les gravures qui sont apparues en Allemagne dans la deuxième moitié du XVe siècle. Œuvre du gothique international elles sont des images pieuses représentent les sujet religieux les plus traditionnels.
Deux d’entre elles sont curieuses tant leurs sujets sont hardis.
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