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Spiritualité des images

 

Ah, les arts premiers !

 

 

 

Sculpture Nok
terre cuite, H 38 cm
6e siècle av. J.-C.

Nigeria

Ces quatre statuettes figurent dans les salles des arts d'Afrique, d'Asie, d'Océanie et des Amériques
du Pavillon des Sessions du Louvre

 

21 juin 2006

Les arts premiers sont à la mode
. On va se presser au nouveau musée du quai Branly et les galeries se multiplient, qui proposent à la vente ces objets d' « art premier » à des prix bien souvent prohibitifs.

Mais que se passe-t-il en nous lorsque nous contemplons intensément l'un de ces objets ?

Il est vrai que certains d'entre eux rayonnent d'une paix, d'une harmonie, d'une grâce saisissantes.

Les commissaires du Louvre les exposent (magnifiquement en vérité) sans ajouter d'explications particulières, en considérant que la beauté étant universelle, les visiteurs sauraient les apprécier tout naturellement autant que la Vénus de Milo ou la Joconde. Et le résultat est tout à fait probant.

Pourtant si nous sommes fascinés par le sourire de Mona Lisa, c'est bien dans la mesure où notre société le juge énigmatique et si la Vénus de Milo est, à nos yeux, un modèle de beauté c'est bien parce que son auteur respectait les canons de l'harmonie traditionnelle dans le monde méditerranéen.

 

Cette statue Nok est-elle de l'« art », au sens classique du mot tel que nous pouvons l'appréhender ? Dans le contexte animiste où elle a vu le jour, elle était vraisemblablement  porteuse d'une signification spirituelle qui nous échappe. Elle suggérait sans doute la présence d'un esprit, elle représentait un homme animé d'un esprit, ou représentait-elle un esprit ?

Et si nous nous exclamons : « j'adore ! », comme j'entendais une visiteuse le faire, ou si nous pensons « quelle esthétique, quelle grâce, quel esprit méditatif », sommes-nous bien sûrs que l'esprit qui l'animait était si sympathique ?

 

Sculpture de Chupicuaro, Mexique
terre cuite, H 31 cm
7e - 2e siècle av. J.-C.

 

Si les oeuvres d'art sont précisément considérées comme de l'« art », ce n'est pas seulement parce qu'elles respectent les règles des académies de peinture ou de sculpture, mais c'est dans la mesure où en elles affleure ce qui est le plus fondamental dans notre âme, le plus authentique dans notre existence.

L'art se réfère au secret divin qui est au plus profond de toutes choses et il l'exprime souvent plus facilement et mieux que nos discours philosophiques ou théologiques.

Les arts premiers aussi s'enracinent, à la manière de leur civilisation, dans la profondeur de l'être humain.

 

Sculpture de l'île de Makira (San Cristobal)
17e siècle

 

Je le ressens confusément en observant ces étonnants objets dont je sens bien qu'ils me tiennent un discours que je ne comprends pas, qu'ils me parlent de moi dans un langage codé qui me demeure secret et, contrairement aux autres objets du Louvre, ne parvient pas à me faire prendre conscience de moi-même.

 

Les cartons explicatifs à l'entrée de la salle demeurent trop souvent au niveau descriptif - et les articles des revues à l'aspect financier ! - alors que je sens bien que les sculpteurs décrivaient notre univers, ses esprits et les puissances qui l'animent, et nous posaient la question de notre niveau d'éveil...

 

 
Sculpture de l'île de Malo
début 19e siècle

 

Qui saura mieux dire ?

 

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