Philippe de
Champaigne, le Sommeil d’Élie, 1656
les couleurs
du ciel
peintures
des églises de Paris au XVIIe siècle
musée
Carnavalet
jusqu’au 24
février 2013
Gilles Castelnau
13 novembre
2012
Au XVIIe siècle la paix
religieuse était à peu près revenue après
les terribles guerres de religion. Le bon roi
Henri IV avait – non sans mal –
fait accepter l’Édit de Nantes qui reconnaissait
une certaine existence – réduite il est
vrai – aux protestants français. Mais le roi
Louis XIII et le cardinal de Richelieu ne
supportaient guère cette présence qu'ils
qualifiaient d' « hérétique » et
s'efforçaient par des tracasserie politiques de
rendre à l'Église catholique un monopole qu'elle
n'aurait pas dû perdre. Le terrible siège de la
Rochelle était d'ailleurs plus qu'une simple
tracasserie ! C'est dans cette ambiance que
la piété catholique était valorisée et que, pour
la soutenir et l’encourager, les églises de
Paris commandaient sans compter les tableaux les
plus beaux aux grands peintres de l’époque.
Le Sommeil
d'Élie (ci-dessus en exergue)
La puissante arrivée d’un magnifique ange aux
grandes ailes et au vêtement rose flottant au
vent soulevé par son mouvement enflamme la foi
du paroissien venu prier à l’église et
l’encourage à suivre lui-même l’injonction
divine de cesser de dormir et d’aller où Dieu le
veut. Les plis du beau vêtement bleu d’Élie
semble d’ailleurs déjà presque animés du
dynamisme intérieur qui se doit d’animer le
croyant fervent.

Philippe de
Champaigne, Dieu le Père créant l’univers
matériel, 1634-35
Philippe de
Champaigne montre ici que le chœur des
fidèles à la messe n’est, en fait, que l’écho,
le prolongement du chant des anges louant le
créateur du monde. Leurs vêtements ont des
couleurs tendres, leurs cheveux sont bouclés et
leur attitude zélée dans la lumière céleste. Il
s’y trouve aussi des myriades d’autres angelots.
L’atmosphère est apaisante et agréable. Le
Créateur bat la mesure d’un geste souple ; sa
belle barbe est celle d’un patriarche.
On a raison d’être croyant, il est
juste et bon d’être un catholique fidèle.

Simon Vouet,
l’Adoration du Nom divin par quatre saints,
vers 1648
Les saints de
l’Église – que les catholiques
reprochent aux protestants de négliger –
sont plus que d’autres à demi entraînées dans la
spirale ascendante des créatures célestes dans
la lumière divine.
Saint Pierre, le premier, tenant les clés de
l’au-delà comme le pape son successeur, ce que
les protestants nient bien évidemment, saint
Merri le patron de la paroisse, saint Léonard
tenant les chaines des prisonniers et saint
Frodulphe compagnon de saint Merri.
On se trouve vraiment en trop
bonne compagnie pour prêter l’oreille à quelque
appel divergeant que ce soit.

Philippe de
Champaigne, Anne d’Autriche et ses enfants
présentés à la Trinité
par saint Benoît et sainte Scholastique,
1645
Mais voici que
tout se gâte vraiment. Ces deux
personnages tout de noir vêtus qui se tiennent
debout au centre du tableau symbolisent les
moines et les moniales de l’Église catholique.
Et voici qu’ils jouent un rôle d’intermédiaire
entre la famille royale (Anne d’Autriche, veuve
du roi Louis XIII, était reine de France,
régente du royaume et mère de deux jeunes
garçons, le futur Louis XIV et son frère le
futur duc d’Orléans) et Dieu (représenté par une
« Trinité » assise dans les nuages).
Ce rôle politique prépondérant de
l’Église catholique, la relation directe de la
famille royale avec Dieu, le rôle insignifiant
de cette Trinité céleste, lointaine et immobile,
révèle la situation malsaine dans laquelle
s’enfonce la France de l’époque.

Le Brun, le
Martyre de saint Jean, 1641-42
Et voici un
sourire pour conclure sur ces œuvres
sans humour. Dans la bonne tradition du baroque
selon lequel « pour plaire il faut
surprendre » et il faut remplir chaque coin
d'un tableau, en bas à droite : la bonne tête
d'un chien qui dort paisiblement. « Il
rachète la cruauté ostentatoire du tableau.
Brave bête ! Bon toutou protestant, j’en suis
sûre » écrit une internaute !
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