Libéralisme
théologique
Réflexion sur le
credo
Vérité historique ou
mythologique
de la naissance
miraculeuse
et de la
résurrection
de
Jésus ?
.
Pierre-Jean
Ruff
Paris
Le mythe d'une naissance hors du
commun, alliance d'une
divinité avec une femme, fait partie de la culture ancienne
pour arguer de la venue parmi les humains d'une personnalité
exceptionnelle.Ainsi, disait-on, pour la conception et la naissance
de Platon, d'Alexandre le Grand et des pharaons Hatchepsout et
Aménophis III.
L'affirmation de la naissance
miraculeuse de Jésus, chère aux
évangélistes Matthieu et Luc, relève de la
même démarche. Il s'agit alors de souligner le
caractère exceptionnel de cette naissance et surtout de celui
qui vient à ce monde ( pour Jésus, l'affirmation est
celle de sa divinité, assertion à laquelle,
personnellement, je ne souscris pas dans sa conception
habituelle.
Pour moi, intrinsèquement,
Jésus n'est pas Dieu. Mais sa parole est divine, comme je
l'espère de temps à autres la nôtre.
Lors de sa naissance, je ne crois pas qu'il
y ait eu un phénomène de
parthénogénèse. Mais, même si
ç'avait été le cas, cela ne changerait en rien
pour moi le visage et l'identité de Jésus, comme la foi
que j'ai en lui.
Adepte de l'immortalité d'une part
de nous-même, qu'on l'appelle
« âme » ou autrement, je ne crois pas une
seconde à la résurrection corporelle de Jésus,
pas plus qu'à celle d'Élie, de Marie ou de
Mahomet. Ce ne sont là que des métaphores pour dire que
la mort physique n'est pas le cdernier mot de toute vie.
Dans ces deux types de
préoccupations, une naissance ou une mort
« miraculeuse », entendez: hors du commun, croire
à la matérialité de ces symboles suscite en moi
une grande tristesse, comme si la foi avait un besoin absolu de
preuves matérielles.
En résumé, je suis totalement
respectueux de ceux qui, à titre personnel, prennent au
premier degré les assertions relatives à la
divinité corporelle de Jésus. Je regrette fortement
lorsque cette croyance est indispensable à certains, comme si
la foi n'existait pas sans de tels supports. Enfin, je suis
très remonté contre ceux des responsables
d'Églises qui, pendant des siècles et des
millénaires, ont enseigné la nécessité de
ces supports matériels pour fonder la foi.
Werner Burki
Paris
La naissance miraculeuse de
Jésus
Pour la naissance miraculeuse de
Jésus, je n'ai qu'une réponse très simple. Celle
d'une paroissienne qui refusait ma visite pastorale bien que
très âgée sous prétexte qu'elle n'avait
aucune sorte de croyance ni de spiritualité. Toutefois, dans
sa lettre elle poursuit en disant qu'elle croit au beau conte de
Noël, une légende admirable.
J'ai décidé de lui
répondre que j'avais apprécié sa franchise et
que, pour ma part, je considérais le mot
« légende » comme tout à fait
adapté. Comme sur une carte de géographie, la
légende est ce qui doit être lu.
Pour nous, j'ajouterai que Noël
représente la volonté de donner un commencement
chronologique traditionnel et humain. Théologiquement l'enjeu
n'étant pas la naissance mais la nouvelle naissance. Si
Noël n'ajoute rien au grand exemple de la croix, il en fournit
peut-être le premier bois. Vie et mort sont associées.
La vie du ressuscité est voulue et choisie par Dieu. Noël
est une ambiguïté à laquelle il faut faire face
pour aller plus loin.
Le tombeau vide
C'est pour moi un problème de second
plan. Je choisis plutôt une position paulinienne car la
doctrine d'une chair ressuscitée s'oppose à la doctrine
du corps pneumatique de la résurrection. Résurrection
du corps oui, résurrection de la chair non. La
résurrection du corps étant l'affirmation qu'une
continuité subsiste entre l'état individuel
d'être créé d'en deçà de la mort et
l'état individuel d'être créé au
delà de la mort. (Je m'appuie là sur les thèses
de Brunner)
.
Gilles
Castelnau
Paris
L'évangéliste Luc
écrit clairement à son correspondant
Théophile que son
récit a pour but qu'il reconnaisse la certitude du
« catéchisme » qu'il a reçu
(Luc 1.4) et Jean termine son texte de manière analogue
(Jean 20.31). Leur but n'est pas de faire oeuvre d'historien ou
de journaliste rapportant des faits précis mais de transmettre
un enseignement religieux.
A l'époque où ces textes ont
été écrits, on vivait dans un monde
enchanté, on ne faisait pas de différence entre
« vérité » historique et
« vérité » spirituelle. On a
compris aujourd'hui qu'il ne faut pas confondre les genres. Ce serait
faire violence aux textes que de leur faire affirmer des
« vérités » scientifiques non
crédibles et ce serait faire acte d'incompréhension que
de les rejeter comme absurdes.
Les vérités spirituelles sont
normalement exprimées dans un langage de métaphores
qu'il faut décrypter. Ce ne sont pas les images qui sont
« vraies », c'est le sens qu'elles
désignent : quand le doigt désigne la lune ce
n'est pas le doigt qu'il faut regarder !
D'autant que nos connaissances ne nous
permettent plus de prendre à la lettre certaines de ces
images : à la différence de Luc narrant
l'Ascension de Jésus, on sait aujourd'hui que la terre est
ronde et qu'un corps qui s'élève verticalement n'arrive
pas au paradis mais se satellise en orbite !
Les récits de la mort de
Jésus sur la croix
présentent celle-ci comme un événement dont le
sens profond dépend, certes, de la foi de chacun, mais dont
tous les passants de Jérusalem pouvaient être
témoins.
Les récits de la résurrection
de Jésus sont d'un genre différent : les passants
n'auraient pu en être témoins. Un journaliste
présent lors des apparitions du Ressuscité n'aurait
rien pu saisir comme image ou comme son.
La Résurrection du Christ n'est pas
moins « vraie » que sa mort ; elle se situe
à un autre niveau d'existence.
Nous prendrons néanmoins garde de ne
pas commenter ces textes de manière critique et
négative alors qu'ils multiplient au contraire les
représentations enthousiastes pour témoigner du
surgissement créateur de la vie au travers des forces de mort
qui nous harcèlent et nous angoissent.
Quant à la naissance miraculeuse
de Jésus mentionnée
par Matthieu et Luc, elle est ignorée par les auteurs les plus
anciens du Nouveau Testament (Paul, Marc).
On croyait à l'époque, que le
corps féminin était comme un vase destiné
à recevoir la semence masculine qui seule, comme une graine
d'arbre ou de plante, constituerait le corps de l'enfant. On ignorait
les chromosomes et on ne savait pas que c'est l'homme qui fournit les
chromosomes XY.
La conception virginale n'aurait pu
être constatée, chez Marie, par un
gynécologue.
Nous comprenons bien qu'elle désigne
à notre foi l'origine réellement divine de
Jésus, de son esprit et de son ministère.
Nous nous garderons d'en faire un argument
polémique que nous prétendrions opposer par exemple aux
récits bouddhistes qui sont encore bien plus surnaturels, avec
des pluies de fleurs, une musique céleste qui retentit et le
nouveau-né qui marche vers la quatre points cardinaux en
prononçant des paroles fondamentales ! Comme si leurs
récits merveilleux étaient « faux »
et les nôtres « vrais ».
.
Jean Dumas
Dieulefit
Voici une compréhension des deux
thèmes de la naissance virginale et de la résurrection.
Pour être complète, cette compréhension se fait
en deux temps : celui de l'analyse historico-critique des
textes, et celui de la compréhension pour ma foi
d'aujourd'hui.
Naissance
Les deux premiers écrits
chrétiens connus, de Paul, précisent que Jésus
est né de la chair d'une femme : Romains 1,3 et
Galates 4,4. Paul ne sait donc rien d'une naissance
prétendue virginale. La naissance de Jésus est
racontée différemment selon deux évangiles, ils
sont plus tardifs. Là encore, il faut savoir que nombreux sont
les récits antiques décrivant les naissances
miraculeuses.de héros mythiques. Les deux récits
évangéliques, de Matthieu et de Luc, ne peuvent
être acceptés dans la lettre des textes, et la naissance
virginale n'est plus crédible aujourd'hui. Cependant,
contester l'authencité des textes ne peut être que
néfaste si on n'en fait pas ressortir la valeur positive qui
révèle une affirmation riche. Ils sont riches d'une
poésie indéniable qui les rend signifiants pour la foi.
Je soutiens avec Paul Ricoeur que « le symbole donne
à penser ».
Il me faut donc compléter l'analyse
historico-critique des récits de la naissance de Jésus
par une lecture symbolique et mystique pour en recueillir le message
évangélique. Je souligne alors l'extraordinaire
grâce de Dieu dont le Fils naît dans la pauvreté
d'une étable, et non dans le luxe d'un palais, d'une
mère humble servante du Seigneur et d'un père artisan.
Ce Fils de Dieu, dont les évangiles décrivent la
condition d'homme exemplaire, n'a de cesse de rendre présent
aux hommes le royaume de son Père qui est Père de tous
les hommes, par ses gestes guérisseurs, par ses
prédications, par sa fidélité à toute
épreuve jusqu'à la mort. Les bergers et les
anges, les mages et Hérode, Joseph et Marie campent les
personnages symboliques de l'ouverture de l'oratorio
évangélique.
Résurrection
L'analyse des textes me signale qu'ils ont
été écrits en un temps où on croyait aux
fantômes et à la possibilité de la
résurrection d'un mort. On peut de nos jours
légitimement douter de la véracité historique du
tombeau découvert vide, comme des apparitions du
ressuscité, à chaque fois différentes selon les
évangiles. Celles-ci mettent en évidence la
réalité, d'un tout autre ordre que physique, d'un
Jésus mort sur une croix : il est entré dans une
vie d'une autre dimension.
C'est à tort qu'aujourd'hui
ressusciter désigne le passage de la mort corporelle à
la vie après la mort. La résurrection n'aurait donc
rien à voir avec ma vie de chair sur la terre ? Je
n'aurais accès à la vie ressuscitée
qu'après ma mort ? C'est restreindre la bonne nouvelle
à l'après-mort ; c'est applatir la dimension de la
vie éternelle pour la réduire à la surface
des choses.
Dans le second Testament, un des deux mots
grecs pour dire ressusciter est du vocabulaire courant
signifiant se réveiller. Chaque matin je ressuscite. Et
quand je m'éveille à la Vie infinie, j'entre dans la
plénitude du monde transfiguré. Par la
résurrection qu'il m'accorde de mon vivant, Dieu m'ouvre
les yeux sur cette Vie où Jésus est entré
dès son baptême et qui s'est poursuivie par
delà sa mort.
Certes, ma mort subsiste,
précédée du cortège des malheurs et des
chûtes de mon existence terrestre. Mais Dieu me ressuscite
à longueur de vie, parfois en un éclair de temps,
parfois par de longues plages de proximité avec Christ. Par la
foi, j'accède à la Vie infinie et les êtres comme
la création dans son entièreté, comme ma propre
vie, s'emplissent d'une clarté de résurrection. Ma
mort, lente ou brutale, paisible ou tourmentée, ne sera jamais
qu'une étape, la dernière, pour m'ouvrir à
l'ampleur définitive de la Vie ressuscitée.
S'éveiller à la Vie infinie, dès ici-bas et pour
toujours, c'est ressusciter.
Alors, le tombeau vide, les apparitions du
ressuscité, ses ultimes gestes et entretiens avec les siens,
me sont signes pour désigner l'aujourd'hui de la vie de
résurrection.
.
Claude
Peuron
Paris
La naissance de Jésus
- Récit historique ou mythologique ?
On ne connaît pas avec
précision les circonstances de la naissance de Jésus et
les récits qui en ont été faits - bien
longtemps après - ont un caractère
mythologique.
Que voulaient dire ces récits ?
Pour ceux qui l'ont rencontré et qui ont cru en lui,
Jésus a été la présence de Dieu, ou la
révélation de Dieu. En lui Dieu s'est donné
à entendre et à voir d'une manière
décisive. Ainsi, il a été le Fils de Dieu,
c'est-à-dire celui qui se trouve dans une relation unique avec
Dieu, en sorte qu'il peut être l'intermédiaire d'une
connaissance nouvelle de Dieu. Il est inutile d'insister sur les
contradictions entre les « ouvertures » de
Matthieu et de Luc (Mt 1-2, Lc 1-2) pour souligner que
l'intention de ces textes n'est pas d'apporter une connaissance
historique, d'autant qu'il n'y a aucune confirmation dans des textes
extérieurs (même le recensement est bien faiblement
attesté), mais de désigner et de faire
reconnaître Jésus comme digne de foi.
Le tombeau vide - Récit
historique ou mythologique ?
La réponse est plus difficile. Bien
entendu, on ne peut guère parler de récit historique
puisque, là aussi, il n'y a pas de confirmation externe. Ce
qui peut être considéré comme historique, c'est
le fait que, dans un délai assez bref après sa
mort, les disciples de Jésus ont affirmé qu'il
était vivant, qu'il s'était donné à
voir.
Le récit du tombeau vide n'est pas un
récit de résurrection, car le texte est bâti
autour d'un vide. Le tombeau est vide mais il y a aussi une lacune
dans le temps : entre le vendredi soir et le dimanche matin, le
récit est suspendu. Signe d'un vide, d'un manque... qui
contient un appel.
Jésus était mort, et il se
manifeste, il est reconnu comme vivant. Il est absent et pourtant sa
présence est sensible, elle est reconnue. Absence qui
n'empêche pas cette présence mystérieuse ;
présence qui ne supprime pas l'absence avec laquelle il faut
apprendre à vivre.
Le récit du tombeau vide introduit
une question plus qu'une explication : comment retrouver,
comment rencontrer, comment écouter ce Jésus, l'absent
dont la présence peut venir nous surprendre, celui dont la
présence promise, présence parfois entrevue, peut nous
entraîner sur des chemins nouveaux ?
.
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