Spiritualité
Réponses
d'un évêque épiscopalien
John
S. Spong
.
Langage
liturgique
Quand vous
célébrez l'eucharistie y a-t-il certains mots ou
certaines phrases qui vous obligent à croiser les doigts
lorsque vous les devez les prononcer ou même que vous ne pouvez
pas du tout articuler ?
27 avril 2004
Non, pas du tout. Bien sûr, si
je prenais à la lettre les mots de la liturgie je serais
vraiment malhonnête, mais en fait, je leur donne leur sens
symbolique. Il est vrai que certaines des formules liturgiques prises
à la lettre sont particulièrement
choquantes !
Je pense en particulier au langage digne
de cannibales si souvent
présents dans les textes eucharistiques, comme « manger la chair et boire le sang de
Jésus ». Ces mots
désignaient à l'origine l'agneau que les juifs
mangeaient lors de la fête de la Pâque et dont ils
mettaient le sang sur le chambranle des portes pour écarter le
pouvoir de la mort.
Ce langage qui est celui de la Pâque juive et du Yôm
kipour perdure dans notre liturgie eucharistique lorsque nous parlons
du sacrifice de Jésus sur la croix, en disant qu'il est
« mort pour nos
péchés » ou
qu'il « ôte le
péché du monde ».
Le langage du culte tout
entier est également
parsemé de formulations sado-masochistes. On dit, par exemple,
que Dieu a puni Jésus à la place de ceux d'entre nous
qui méritaient de l'être. Cette image vient du
Chant du Serviteur :
Il était blessé
pour nos péchés,
et c'est par ses meurtrissures que nous sommes guéris.
Esaïe 53.4.
Nos textes liturgiques utilisent aussi
fréquemment un langage
culpabilisant et infantilisant, comme par exemple « donner notre coeur à Jésus
puisqu'il est mort pour nous ».
Lors d'un baptême il arrive encore qu'on entende la vieille histoire
du péché originel, qui provient d'une lecture tout
à fait erronée du récit d'Adam et Ève et
qui suggère que tout enfant est né dans le
péché d'Adam et doit être purifié par le
baptême pour éviter la mort
éternelle !
.
De puissantes influences s'opposent
à la révision de ces
formulations qui, en attendant, nous maintiennent dans une situation
de dépendance à l'égard des autorités
ecclésiastiques.
Nous devons commencer par en prendre conscience et bien distinguer ce
qui relève de la vie chrétienne et ce qui
n'était qu'une manière de l'exprimer et de la
comprendre à certaines époques et dans certains
milieux.
La Bonne Nouvelle de Dieu est sainte et éternelle. La
manière dont elle est exprimée est humaine, faillible
et marquée par son époque.
La liturgie de l'Église est
l'hymne d'amour que nous faisons
monter vers Celui que nous nommons Dieu et qui donne à nos
vies leur transcendance, leur mystère et leur
émerveillement.
Les hymnes sont toujours chantés dans l'extase et leur langage
est naturellement excessif.
J'articule donc sans peine ces
vénérables phrases
sans avoir besoin de croiser les doigts, mais non sans être
conscient de l'effort de compréhension et
d'interprétation qu'elles exigent et auquel j'invite tous les
fidèles.
Traduction Gilles
Castelnau
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Spong"
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