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Langage liturgique

 

 

Quand vous célébrez l'eucharistie y a-t-il certains mots ou certaines phrases qui vous obligent à croiser les doigts lorsque vous les devez les prononcer ou même que vous ne pouvez pas du tout articuler ?

 

27 avril 2004
Non, pas du tout.
Bien sûr, si je prenais à la lettre les mots de la liturgie je serais vraiment malhonnête, mais en fait, je leur donne leur sens symbolique. Il est vrai que certaines des formules liturgiques prises à la lettre sont particulièrement choquantes !

Je pense en particulier au langage digne de cannibales si souvent présents dans les textes eucharistiques, comme « manger la chair et boire le sang de Jésus ». Ces mots désignaient à l'origine l'agneau que les juifs mangeaient lors de la fête de la Pâque et dont ils mettaient le sang sur le chambranle des portes pour écarter le pouvoir de la mort.
Ce langage qui est celui de la Pâque juive et du Yôm kipour perdure dans notre liturgie eucharistique lorsque nous parlons du sacrifice de Jésus sur la croix, en disant qu'il est « mort pour nos péchés » ou qu'il « ôte le péché du monde ».

Le langage du culte tout entier est également parsemé de formulations sado-masochistes. On dit, par exemple, que Dieu a puni Jésus à la place de ceux d'entre nous qui méritaient de l'être. Cette image vient du Chant du Serviteur :

Il était blessé pour nos péchés,
et c'est par ses meurtrissures que nous sommes guéris. Esaïe 53.4.

Nos textes liturgiques utilisent aussi fréquemment un langage culpabilisant et infantilisant, comme par exemple « donner notre coeur à Jésus puisqu'il est mort pour nous ».

Lors d'un baptême il arrive encore qu'on entende la vieille histoire du péché originel, qui provient d'une lecture tout à fait erronée du récit d'Adam et Ève et qui suggère que tout enfant est né dans le péché d'Adam et doit être purifié par le baptême pour éviter la mort éternelle !

.

 

De puissantes influences s'opposent à la révision de ces formulations qui, en attendant, nous maintiennent dans une situation de dépendance à l'égard des autorités ecclésiastiques.
Nous devons commencer par en prendre conscience et bien distinguer ce qui relève de la vie chrétienne et ce qui n'était qu'une manière de l'exprimer et de la comprendre à certaines époques et dans certains milieux.
La Bonne Nouvelle de Dieu est sainte et éternelle. La manière dont elle est exprimée est humaine, faillible et marquée par son époque.

La liturgie de l'Église est l'hymne d'amour que nous faisons monter vers Celui que nous nommons Dieu et qui donne à nos vies leur transcendance, leur mystère et leur émerveillement.
Les hymnes sont toujours chantés dans l'extase et leur langage est naturellement excessif.

J'articule donc sans peine ces vénérables phrases sans avoir besoin de croiser les doigts, mais non sans être conscient de l'effort de compréhension et d'interprétation qu'elles exigent et auquel j'invite tous les fidèles.

 

Traduction Gilles Castelnau

 


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