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Appel
pour une nouvelle réforme

A Call for a New Reformation

John S. Spong

 

6 octobre 2002
Le temps est arrivé de repenser complètement
les fondements mêmes du christianisme et leur formulation en une nouvelle Réforme qui touchera au coeur du christianisme.
Des interrogations non exprimées pendant les siècles passés éclatent désormais au grand jour ; tous les efforts des autorités ecclésiastiques pour les refouler n'y pourront rien. Un nouvel esprit est né lorsque Copernic et Galilée ont déplacé notre planète du centre de l'univers où la Bible l'avait placée, libérant ainsi l'humanité du regard d'une divinité culpabilisante ; nouvelle conception radicalement différente des affirmations traditionnelles des théologiens.

Ce premier choc n'était pas encore amorti, que Newton envenimait encore le débat, en affirmant que l'univers est régis par des lois physiques. L'honnêteté intellectuelle interdisait dès lors à l'Église d'utiliser des concepts comme ceux de surnaturel, de miracle et d'intervention divine pour expliquer la réalité sensible. C'était un monde totalement nouveau qui s'ouvrait devant les croyants, dans lequel ils devaient désormais penser leur foi.

Darwin introduisit alors la vie humaine dans la théorie de l'Évolution, concept diamétralement opposés à la vision biblique traditionnelle : le récit de la Genèse ouvrait la Bible sur la vision d'un monde parfait créé par Dieu, dont le péché originel excluait l'homme. Le postulat de Darwin supposait, bien au contraire, une création imparfaite puisque encore inachevée et en évolution. Dans cette hypothèse, aucune Chute n'avait enfoncé l'homme dans le péché comme l'Église l'avait si longtemps enseigné ; bien au contraire l'évolution l'amenait à un niveau de conscience plus élevé. Ainsi perdait tout sens le mythe fondateur du christianisme présentant le Christ comme le sauveur divin délivrant les hommes du péché originel. Ainsi s'écroulait aussi l'interprétation sacrificielle de la croix du Christ, rançon payée pour le péché. L'élaboration traditionnelle du credo était ébranlée ; les responsables de l'Église s'efforcèrent, vainement d'ailleurs, d'ignorer la thèse de Darwin qu'ils ne pouvaient contredire.

Le coup suivant fut porté par Freud qui décela dans le fonctionnement des dogmes chrétiens les traces d'une grave infantilisation névrotique. La conception d'un Dieu père, aux directives duquel il convenait de se soumettre, qui exauçait les prières, et dont on recevait récompenses et punitions était profondément infantilisante. Cette notion de Dieu mettait le fidèle en état de dépendance passive, ou provoquait, au contraire, une attitude de rejet violent de toute religion.

Il n'est pas surprenant que dès lors on ait assisté à une dégénérescence progressive du christianisme en un fondamentalisme qui fournissait des réponses toutes faites, interdisait les vrais questionnements et empêchait toute réflexion individuelle libre. Il est à craindre que le christianisme s'enfonce de plus en plus dans cette erreur et que les esprit modernes s'éloignent d'un message qui ne les concerne plus.

Les Églises historiques, catholique et protestantes oscillent ainsi entre un fondamentalisme primaire et une sécularisation vide. Elles déclinent numériquement, perdent leur vigueur théologique, recherchent davantage l'unité que la vérité et ne comprennent pas pourquoi les gens s'y ennuient !
Aucun renouveau n'est à attendre ni du fondamentalisme, ni d'une pensée sécularisée. Si rien d'autre ne se présente, l'avenir du christianisme me paraît compromis.
Seule pourra sauver la foi chrétienne une Réforme beaucoup plus radicale que toutes celles que l'Église a déjà connues, qui touchera au cœur même de la foi. Il faut prendre notre parti de ce que, plus jamais, les anciens concepts pré-modernes ne pourrons être signifiants dans un siècle post-moderne.

C'est une question de vie ou de mort pour le christianisme, qui sera bien plus profonde que la Réforme du XVIe siècle. Il ne s'agit plus de réformer le fonctionnement de l'autorité dans l'Église, le poids des décisions administratives ou la validité des ordinations et des sacrements, mais de repenser le contenu même de la foi chrétienne ; restructurer notre vénérable système religieux, le moderniser, l'adapter à notre mentalité de moins en moins religieuse.

En 1517, Martin Luther a déclenché la Réforme du XVIe siècle en affichant ses 95 thèses sur la porte de la chapelle de Wittenberg. Je publie aujourd'hui dans le bulletin du diocèse de Newark, « the Bishop's Voice », l'appel que voici adressé à la chrétienté.

 

12 thèses

1 - La conception théiste de Dieu est périmée. Le langage théologique qu'elle induit perd aujourd'hui tout sens. Il faut élaborer une nouvelle façon de parler de Dieu.

2 - La compréhension de la personne de Jésus comme incarnation de la divinité théiste doit être également abandonnée. La christologie traditionnelle n'est plus crédible.

3 - Le récit biblique d'une création parfaite et achevée, d'où l'humanité est déchue dans le péché, est un mythe pré-darwinien et un non-sens post-darwinien.

4 - Interpréter le dogme de la naissance virginale du Christ comme une vérité biologique, rend incompréhensible l'affirmation de sa divinité.

5 - Dans notre mentalité post-newtonienne, on ne peut plus interpréter les miracles du Nouveau Testament comme des événements surnaturels accomplis par une divinité incarnée.

6 - L'interprétation sacrificielle de la croix expiant les péchés du monde est une idée barbare et primitive provenant d'une compréhension de Dieu qui doit être abandonnée.

7 - La Résurrection est un acte de Dieu faisant passer Jésus dans le monde céleste. Il ne s'agit pas d'une réanimation physique prenant place dans le monde humain.

8 - Le récit de l'Ascension, qui suppose un univers à trois niveaux, ne peut pas être transposé dans les concepts spatiaux de l'ère post-copernicienne.

9 - Il n'existe aucun principe éthique objectif, extérieur à nous, révélé par Dieu et formulé dans une écriture ou sur des tablettes de pierre et qui devrait régler à jamais notre conduite morale.

10 - La prière ne peut pas être une série de requêtes adressées à une divinité céleste, pour lui demander d'intervenir de l'extérieur dans notre histoire humaine.

11- La résurrection ne doit pas être une récompense ou entraîner une punition. L'Église ne doit plus chercher à culpabiliser les fidèles.

12 - Tous les humains sont à l'image de Dieu, et chacun doit être respecté pour ce qu'il est. C'est pourquoi aucune discrimination n'est admissible selon des critères de race ou d'orientation sexuelle.

 

Je publie mes thèses sur Internet, je les envoie aux principaux responsables des Églises du monde en les invitant à en débattre. Elles sont moins nombreuses que celles de Luther, mais elles sont beaucoup plus radicales.

 

 

Traduction Gilles Castelnau

 

 

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