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Pour un christianisme d’avenir


Ni les credo anciens ni la Réforme
ne peuvent aujourd’hui susciter
une foi vivante. Pourquoi ?

 

John Shelby Spong

 

Ed. Karthala

272 pages - 20 €

 

Gilles Castelnau

 

 

26 février 2019

C’est son dernier livre. L’évêque Spong qui a tant écrit est désormais fatigué et malade et cet ouvrage est comme son testament.
Il y survole toute sa foi, tout son enthousiasme, tous ses refus des déclarations religieuses rebutantes et qui lui semblent détourner les gens de Dieu.
En 12 thèses et un épilogue, c’est un véritable catéchisme d’adulte qu’il propose à ses nombreux lecteurs : Dieu, Jésus le Christ, le péché originel, la naissance virginale, les miracles, la théologie de la rédemption, Pâques, l’ascension, l’éthique, la prière, la vie après la mort, l’universalisme.
Et il ajoute « mon mantra : voici ce que je crois ».
Nul doute que sa foi communicative et son exigence théologique rapprocheront de Dieu nombre de ceux qui ne trouvaient plus qu’ennui et répulsion dans le langage religieux de leurs pasteurs et de leurs prêtres.

Voici de très larges extraits de cet important ouvrage.

 

Avant-propos de l’éditeur


L’évêque Spong s'est rendu compte que la doctrine et l'enseignement officiels des Eglises sur Dieu, Jésus, Marie, l'Eglise et la personne humaine reposaient sur une lecture littérale des Ecritures, Ancien et Nouveau Testament.
Par ailleurs tout au long de son ministère de prêtre et d'évêque, il a vu les désastres causés dans les consciences de ses paroissiens et de ses diocésains par la lecture de textes écrits dans des langages et des modes d'expression littéraires qui ne sont plus ceux de notre culture.
Il a constaté à quel point les représentations d'un Dieu tout puissant et justicier ont engendré culpabilité et irresponsabilité, et ont maintenu et confirmé un machisme clérical vis-à-vis des femmes et un rejet des homosexuels. Il a vérifié aussi combien les identités glorieuses, apposées à Jésus dès sa mort puis dans les siècles qui ont suivi, sont aux antipodes de l'homme fraternel, remettant debout des hommes et des femmes marginalisés et rejetés par la religion et la société de leur temps.

[...]

Entre 1973 et 2018, l’évêque Spong a écrit plus de vingt-cinq livres dont le contenu est lié au cheminement de ses questionnements et de sa recherche. Mais avant d'être publiés, les thèmes de ses ouvrages ont fait l'objet de nombreuses conférences à ses paroissiens puis à ses diocésains. C'est dire que son travail a toujours été enraciné dans sa pratique pastorale de prêtre et d’évêque, ayant pour but d’aider celles et ceux dont il avait la charge à devenir des chrétiens adultes dans le monde moderne.
Cette constante préoccupation lui a attiré de nombreux ennemis parmi les tenants de la lecture littérale mais, en revanche, elle a contribué à libérer nombre de chrétiens à travers le monde.

 

 

Dieu


La manière primaire dont les Occidentaux des récents millénaires ont conceptualisé Dieu a progressivement perdu son sens ; elle est désormais discréditée. Dans le passé, Dieu - le Dieu chrétien ou autre divinité - était la réponse à presque tout ce que les êtres humains ne pouvaient pas expliquer autrement.
« Théisme » est le mot pour définir, à la fois consciemment et inconsciemment, l'action de Dieu. Cette définition imagine Dieu comme un être habitant en dehors des limites de ce monde, doté d'un pouvoir surnaturel, et qui intervient périodiquement dans l'histoire pour répondre à des prières ou imposer la volonté divine sur la vie de ce monde.

Nous disons de Dieu qu'il est infini et immortel parce que nous nous savons finis et mortels. Nous disons qu'il est tout-puissant et omniprésent parce que nous savons que la vie humaine est impuissante et limitée dans l'espace ; nous le disons omniscient parce que nous nous savons limités en connaissances. Seule une divinité non limitée par les faiblesses qui sont les nôtres peut comprendre l’angoisse de nos limites et nous assurer la sécurité que nous cherchons. Alors nous appelons cette divinité « Père » ou « Père Tout-Puissant », ce qui contribue à rendre l'intuition de Freud imparable. Puis nous déchargeons sur cette figure parentale surnaturelle toutes les angoisses suscitées par la conscience de nous-mêmes.


Dieu n'est pas « un être », pas même « l'être suprême ». Un être existe dans le temps et l'espace, or nous essayons de décrire ce qui est ultime, non limité, ce qui implique qu'une telle terminologie - la catégorie de l'existence – ne peut pas servir. Notre premier pas requiert donc que nous allions au-delà de l'idée de Dieu en tant qu'être et envisagions la possibilité que Dieu soit « l'Être même ».

De nos jours, le théologien Paul Tillich a traduit le nom de Dieu par « le Fondement de l’Être ». D'autres ont cherché à clarifier cette idée, évoquant les significations suivantes « Je serai ce que je serai » ou « Je suis la cause de tout ».
[...]
Isaïe dit : « Les yeux des aveugles s'ouvriront, les oreilles des sourds se déboucheront, les membres des humains ne seront plus boiteux, estropiés, diminués ou limités et les voix des muets se feront de nouveau entendre » (Isaïe 35,5-6). La présence de Dieu, tente d'inculquer Isaïe, se verra non pas dans un être, mais dans la vision des êtres humains qui arrivent à un épanouissement. C'est une vue différente, peut-être une nouvelle percée de la conscience humaine. Ce qu'il laisse entendre, c'est que le règne de l’humain et le règne du divin réalisés pleinement ne sont pas distincts. Isaïe le prophète a recours à des mots pour parler d'une réalité au-delà des mots. Le divin apparaît seulement dans et à travers l'humain.

Celui qui a écrit ceci ne percevait pas Dieu comme extérieur à nous à l'origine ; Dieu se rencontre plutôt dans la vie que nous vivons ; nombre de fois nous tenons Dieu pour un être comme nous, mais nous sommes toujours ramenés à notre expérience : Dieu demeure le pouvoir de la vie en nous. Dieu est la force de vie rendue visible quand nous vivons pleinement.

N'est-ce pas de l'amour, le comportement instinctif de la maman chat qui lèche les poils de ses petits, ou de la vache qui donne la chaleur de son corps à son veau nouveau-né ? N'est-ce pas de l'amour la force qui, dans une ruche, amène les ouvrières et le faux bourdon à protéger le nid ainsi qu'à nourrir la reine ? N'est-ce pas de l'amour dans le lait qui remplit les seins d'une mère pour nourrir l'enfant qui en même temps ressent la sécurité du corps de la mère ? N'est-ce pas de l'amour qui est présent chez les parents de toute espèce, programmés semble-t-il pour éloigner les ennemis et protéger ainsi la vie du petit ? L'amour est le sens de la vie que nous donnons à un autre. Aucun d'entre nous ne peut créer l'amour.

Aucun d'entre nous ne peut donner de l'amour avant d'en avoir reçu. Ainsi l'amour est également une réalité qui nous relie à quelque chose au-delà de nous-mêmes. C'est là le sens de la transcendance. L'amour donne la vie. Dans n'importe quelle espèce, la progéniture privée d'amour a la mort pour destin. L'amour donc nous relie à quelque chose au-delà de nous-mêmes.


Si Dieu est amour, la seule façon dont nous pouvons glorifier Dieu est en aimant les autres. Plus nous donnons de l'amour, plus nous faisons m'expérience d'un Dieu visible. Dieu n'est pas un être, extérieur à nous ; Dieu est expérimenté dans la présence de m'amour. Dieu est la dimension de la transcendance qui coule à travers nous.

 

 

Jésus le Christ


Dieu n'est pas un être qui peut envahir et prendre en main la vie humaine. Jésus n'est pas Dieu sous un déguisement. Jésus est quelqu'un de pleinement humain en qui un monde divisé trouve une unité nouvelle. Le langage actuel de l'incarnation ne rend pas compte de cela. Ce genre de langage est à délaisser, non pas parce que l'expérience qu'il cherche à exprimer est fausse, mais parce que les mots utilisés pour communiquer son sens ne disent pas la profondeur de cette expérience.

Le mythe chrétien primaire d'une création bonne, suivie d'une chute dans le péché nécessitant donc une opération de sauvetage montée par Dieu par l’intermédiaire de Jésus, avec pour apogée la croix du Calvaire - d'où la proclamation pieuse que Jésus « est mort pour mes péchés » -, toute cette histoire est destinée à tomber en vrille.
[...]
Les études sur la vie nous présentent un processus d'évolution non seulement réel mais manifestement inachevé. Il nous faut donc penser nos origines en termes de progrès et d'inachèvement.


Aucune étape de la vie ne reflète un état permanent de perfection, comme le suggère l'histoire de la création dans la Bible. Aucune forme de vie n'est jamais « tombée » d'un état de perfection dans le « péché ». La réalité physique connaît seulement un monde en évolution fait d'essais et d'erreurs.
S'il n'y a pas eu de chute dans le péché, nul besoin d'un « sauveur » pour nous délivrer.

 


La théologie de la rédemption


La théologie de la rédemption, particulièrement sous sa forme de « substitution », nous dépeint un Dieu barbare, un Jésus victime, et elle considère les êtres humains comme pas grand-chose de plus que de petites créatures remplies de culpabilité. L'expression « Jésus est mort pour mes péchés » n'est pas seulement dangereuse, elle est absurde. La théologie de la rédemption est un concept dont nous devons nous dégager.


Pensez à ce que cela signifie. Dieu a voulu que Jésus souffre à cause de mes péchés ! Qui peut imaginer un message de culpabilité plus fort ? Pas étonnant que nos liturgies soient remplies de supplications à la miséricorde de Dieu. Ce Dieu qui « n'a pas épargné son propre fils » serait-il mieux disposé envers nous qu'envers Jésus ? N'est-ce pas la raison pour laquelle on nous a enseigné au cours des siècles que l'attitude à avoir devant Dieu est la position suppliante d’esclaves face à un maître qui a sur nous le pouvoir ultime de vie et de mort ? Oui, c'est ce que l'on nous a enseigné, mais l'imploration à genoux, est-ce bien l'attitude correcte d'un enfant de Dieu face à sa divinité ?


Voilà, nous disait-on, ce qui s'est passé sur la croix. Jésus a subi pour moi ma punition de la main de Dieu. Jésus « est mort pour mes péchés ». Nous en ressentons-nous mieux ? Evidemment non ! C'est une négation de la bonté de Dieu. Dieu est transformé en monstre, Jésus en victime masochiste, vous et moi en êtres accablés et tremblants sous le poids de la culpabilité. À l'origine ce n'était pas, maintenant ce n'est pas, et jamais ce ne sera le sens du christianisme.

 

Pâques

L’épître dite aux Colossiens est de la même catégorie : c'est-à-dire écrite au cours de la décennie suivant la mort de Paul, par des disciples et donc en accord avec son enseignement. En parcourant cette épître, nous découvrons ces mots au sujet de Pâques : « Si vous avez été élevés avec le Christ, recherchez ces choses qui sont au-dessus, là où le Christ siège à la droite de Dieu » (Col 3,1).
Le premier pas à faire par ceux qui souhaitent explorer le sens de la résurrection, c'est donc de reconnaître que le moment fondateur de l'histoire chrétienne ne s'appuie pas sur un tombeau vide ou la réanimation d'un corps décédé. Ce qui est proclamé à l'origine est que, en quelque manière, Dieu a élevé Jésus pour l'amener à faire partie de lui-même. Jésus a été élevé en Dieu par Dieu. N'est-ce pas bien différent de ce qui nous a été enseigné au cours des siècles d'histoire chrétienne ? Bien différent, certes, et cela nous oblige à voir Pâques avec un regard totalement nouveau.

 

La prière


La plupart des prières supposent que Dieu est un être extérieur, doté de pouvoirs surnaturels. La prière est ainsi considérée comme l'activité de dernier recours, quand nos propres ressources nous manquent. « Il n'y avait pas d'athées dans les tranchées » dit-on. A l'approche du danger, nous appelons Dieu au secours. Nous pensons que cette divinité a le pouvoir de manipuler les forces de la nature pour apporter un résultat souhaité.
Nos prières semblent induire que Dieu ne pourrait pas « faire le bien » ou « avoir pitié » si nous ne le lui demandions pas. Nos prières semblent aussi supposer que Dieu peut changer d'avis et de ce fait le cours de l'histoire. Avons-nous vraiment à l'idée que nos prières ont ce pouvoir ? C'est une conclusion profondément inconfortable, même effrayante.


Si Dieu a le pouvoir d'intervenir dans l'histoire, pourquoi ne le fait-il pas plus fréquemment ? Si Dieu a le pouvoir de guérir la maladie, de soulager la douleur, d'aider des gens à échapper au danger et de mettre un terme à une guerre avec toutes ses souffrances, pourquoi ne le fait-il pas ? Si Dieu a ce pouvoir d'intervenir en réponse à nos prières et ne l'utilise pas, Dieu ne serait-il pas malveillant ?


Pour moi, la prière est la pratique de la présence de Dieu, l'acte d'embrasser la transcendance et le souci de partager avec autrui les dons de la vie, de l'amour et de l'être. Cette compréhension de la prière, tellement débarrassée du miracle et de la magie, peut-elle faire une réelle différence dans notre monde ? Je crois qu’elle le peut, qu’elle le fait et le fera.

 

Épilogue. Mon mantra : voici ce que je crois


Je crois que j'ai fait l'expérience de Dieu comme la Source de la Vie. La vie est née comme simple cellule ; elle a continué son voyage dans le temps jusqu'à l'étape présente qui implique la complexité de la conscience humaine, produisant pour la première fois, autant que je le sache, une créature qui peut définir la vie, contempler ses commencements, anticiper sa fin et soulever la question de son sens.
Si Dieu est la Source de la Vie, alors la seule façon appropriée de glorifier Dieu est de vivre pleinement. En embrassant la plénitude de la vie, je suis témoin de la réalité de Dieu qui est la Source de la Vie.

Je crois que j'ai fait l'expérience de Dieu comme la Source de l’Amour. L'amour est la puissance qui rend la vie plus intense. Il circule à travers l'univers, trouve son expression dans l'attention que la nature sous toutes ses formes vivantes porte à ses petits, mais l'amour n'atteint a pleine conscience que dans les êtres humains.
Si Dieu est la Source de l’Amour, alors la seule façon de glorifier Dieu est en aimant « sans compter », une expression que j'aime.

Enfin, je crois que je fais l'expérience de Dieu comme le Fondement de l'Être, pour reprendre les mots de mon plus grand mentor théologique, le théologien allemand réformé Paul Tillich [1886-1965]. C'est un terme difficile à cerner. Il a été emprunté, puis affiné par Tillich, à Plotin, un philosophe grec du début du troisième siècle, qui lui-même n'était pas chrétien.
Si Dieu est le Fondement de l'Être, alors la seule façon de glorifier Dieu est d'avoir le courage d'être tout ce que je peux être, et plus je l'ai, plus je peux rendre et je rends Dieu visible. Donc, à mes yeux, la réalité de Dieu est découverte dans l'expérience qui me pousse à « vivre pleinement, à aimer sans compter et à avoir le courage d'être tout ce que je puis être ».
[...]

A ce mantra j'ajouterai une chose. Je suis chrétien. Je suis un disciple de Jésus. Pourquoi ? Parce que lorsque je regarde la vie de Jésus, telle que cette vie ma été réfractée à travers l'écriture et la tradition, je vois quelqu'un qui a été tellement vivant que je perçois en lui la Source infinie de la Vie.
Je vois quelqu'un qui a aimé si totalement et sans compter que je perçois en lui la Source de l'Amour.
Je vois quelqu'un qui a été si profondément capable d'être tout ce qu'il pouvait être, que ce soit le Jour des Rameaux quand il fut salué comme un roi – il n'y a rien de plus séduisant que le suave narcotique de l'éloge - ou que ce soit le Vendredi Saint quand, emmené à la mort, la menace même du non-être n'altérait pas son humanité. Dans ces deux moments, Jésus était et est ce qu'il était et ce qu'il est. Il n'a pas été changé par la flatterie, et son être n'a pas été diminué par l’imminence de sa mort.

C'est pourquoi je partage avec St Paul l'affirmation de foi « Dieu était en Christ » ; de la diversité il a créé l'unité, ce qui était cassé il l'a guéri, du temps il a fait monter l'éternité.

Voilà le Dieu qui me fascine et m'enthousiasme.
Voilà le Christ qui m'indique la plénitude de Dieu.
Voilà la foi que je cherche à partager avec le monde.
Embrasser la vie, faire croître l'amour, avoir le courage d'être, ce sont là pour moi les portes que je franchis vers le mystère de Dieu.
Ce Dieu est pour moi réel et Jésus demeure ma porte vers cette réalité.
En ce Jésus l'avenir du christianisme devient à nouveau envisageable. J'avance avec passion dans cette expérience de Dieu centrée sur la vie. J'ouvre les bras au christianisme que m'indique cette vision.
Je témoigne de la foi qui me conduit et invite le monde à vivre pleinement, à aimer sans compter et à être tout ce que nous pouvons être.

Shalom ! John Shelby Spong

 

 


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