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Regarder Noël

par la vitre arrière

 

 

Looking at Christmas Through a Rear-View Window


John S. Spong


 

24 décembre 2011

Noël a toujours son pouvoir magique. En Occident les cœurs sont plus légers, la générosité plus grande, comme une douceur qui envahirait les esprits.
Il est vrai que pour certains Noël est cruel. L’image traditionnelle d’une famille souriant autour d’un arbre de Noël exacerbe la solitude de ceux qui n’ont pas de famille. La chaleur d’un feu brûlant dans une cheminée laisse insensible ceux dont le cœur lui-même est froid.
Mais à part ces réalités qui nous rappellent que la joie de Noël n’est jamais complète ni universelle, il n’en demeure pas moins que la fête de Noël nous réchauffe le cœur plus que tout autre fête. Et la question surgit : comment cela se fait-il ? pourquoi cette fête apporte-t-elle tant de rêves de paix et de bonne volonté ?

La réponse est évidemment en partie que dans l’hémisphère Nord Noël est célébré durant la période des nuits les plus longues alors qu’on aurait tellement besoin d’un peu plus de lumière. Peut-être sommes-nous – au moins de manière subliminale - les héritiers de nos lointains ancêtres qui craignaient que le soleil disparaisse totalement et se trouvaient dans un réel état d’insécurité et d’anxiété.
D’ailleurs nous racontons bien l’histoire de Noël en soulignant qu’une étoile venue d’Orient a brillé dans l’obscurité et que le chœur des anges apparaissait dans la nuit alors que les bergers gardaient leurs troupeaux. Nous exprimons la puissance de Noël avec le symbole de la lumière brillant dans l’obscurité.

Les symboles sont délicats à manier. On est toujours tenté de leur donner un sens littéral… que les hommes et les femmes de notre temps ne sont plus disposés à accepter.
- Seuls les gens vraiment naïfs en ce qui concerne les réalités biologiques et gynécologiques admettent aujourd’hui qu’une femme vierge puisse se trouver enceinte.
-  Seuls les gens très ignorants en matière astronomique croiront qu’une étoile puisse annoncer un événement humain et avancer dans le ciel assez lentement pour que les mages puissent la suivre jusqu’à la maison où se trouve Jésus.
-  Seuls les gens vraiment nuls en connaissance historique accepteront l’affirmation qu’un décret impérial ait pu amener tous les descendants du roi David à revenir dans leur ville originelle de Bethléem pour s’y faire enregistrer.

Mille ans séparent le roi David de Jésus, soit 50 générations. Le roi David avait de nombreuses épouses et un grand nombre d’enfants. On en trouve le récit dans les livres de I et II Samuel. Si ce roi avait 50 héritiers directs dans sa générations, cela en impliquerait un nombre extravagant dans la suite des générations, en ces temps de polygamie patriarcale : après cinq générations le nombre serait de 30 000, plus de 40 millions dix générations plus tard et un milliard après 12 générations. 50 générations auraient produit des centaines de milliards d’héritiers directs. Quel empereur aurait imaginé émettre un décret obligeant à obéir chacun des descendants d’un ancêtre vivant 1000 ans auparavant ? Si d’ailleurs cela s’était réellement passé, l’affirmation selon laquelle il n’y avait plus de place dans l’hôtellerie n’aurait rien de surprenant surtout quand on sait que Bethléem devait être un village de moins de 500 habitants

Les mythes sont toujours beaux et saisissants mais ils n’ont jamais été conçus pour être pris à la lettre. Et pourtant on a dit qu’ils étaient « la Parole de Dieu », on les a tellement cités dans les cantiques, les liturgies, les petits spectacles de Noël, que la plupart des gens qui les ont entendus répéter depuis leur enfance pensent qu’il s’agit de documents historiques.
Personne ayant fait quelques études ne les croit historiquement vrais mais leur pouvoir de suggestion demeure entier. Dans les fêtes de Noël de nos églises on aime contempler la crèche, écouter les chants des anges et admirer les mages en route vers Bethléem. Une force incontestable en émane même si leur vérité est symbolique et non pas historique.
Mais les croyants pieux n’aiment pas être confrontés avec les faits : dans la vie réelle les vierges ne sont pas enceintes, les étoiles ne circulent pas sur la terre, les mages ne quittent pas leur pays en quête d’un roi nouveau-né, les anges ne chantent pas et les bergers ne vont pas chercher un nouveau-né emmailloté et couché dans une crèche.

D’ailleurs il est admis que les deux récits de l’enfance (dans les évangiles de Matthieu et de Luc) n’ont pas été écrits avant les années 80. Paul qui écrivait de 54 à 64 (après JC) n’en avait manifestement jamais entendu parler. Marc, le premier des évangélistes, dit que la mère de Jésus le croyait « hors de sens » (Marc 3.21) ce qui est impensable si l’ange Gabriel lui avait fait l’Annonciation en promettant que son fils serait « fils du Très-Haut ». Marc n’avait évidemment jamais entendu parler des récits miraculeux ayant entouré la naissance de Jésus : ceux-ci n’étaient pas encore rédigés lorsqu’il écrivait son évangile.
C’est dans les années 80 que Matthieu inaugura cette tradition dans la communauté chrétienne. Il le fit peut-être pour contrer des rumeurs concernant la paternité douteuse de Jésus qui auraient circulé dans l’église. Ces rumeurs sont suggérées presque ouvertement aux versets 18-19 de son chapitre d’ouverture :
« Marie, sa mère, ayant été fiancée à Joseph, se trouva enceinte, par la vertu du Saint-Esprit, avant qu'ils aient habité ensemble. Joseph, son époux, qui était un homme de bien et qui ne voulait pas la diffamer, se proposa de rompre secrètement avec elle. »

Matthieu ajoute que Joseph apprit d’un ange que l’enfant était saint et n’était pas illégitime. Il explique que cette naissance miraculeuse avait été annoncée par les prophète et il cite Esaïe 7.14 : « Voici, la vierge sera enceinte », alors qu’Esaïe avait seulement dit « la jeune femme est enceinte » ce qui est fort différent. (note de GC : en fait, Matthieu cite exactement le texte de la LXX qui traduit effectivement mal l’hébreu) Matthieu en était certainement conscient et c’est peut-être pourquoi il écrit en commençant la longue généalogie de Jésus : l’ADN qui a produit Jésus a traversé des eaux sombres et sexuellement douteuses. Un de ses ancêtres est issue d’une liaison incestueuse de Tamar avec son beau-père Juda. D’autres sont nés de la prostituée Rahab, d’un acte de séduction de Ruth et de l’adultère de Bathshéba.

Dix ans environs après Matthieu, Luc a écrit sa propre version de la naissance de Jésus (note de GC. On dit souvent que Matthieu a écrit à peu près à la même époque que Luc, l’an 80). Il en diffère sur plusieurs points.
Matthieu disait que la famille de Jésus demeurant à Bethléem, Luc dit que c‘était à Nazareth. Matthieu seul parle des mages et de l’étoile alors que Luc parle des anges et des bergers. Matthieu dit que la sainte famille s’est enfuie en Égypte puis est revenue dans sa maison de Bethléem avant d’aller s’installer à Nazareth sur ordre de l’ange. Luc dit que la famille est restée à Jérusalem jusqu’à la présentation de l’enfant au Temple après 14 jours puis qu’elle est revenue tranquillement à Nazareth.
L’évangéliste Jean a dû connaître des récits mais il ne les mentionne pas. Il appelle Jésus à deux reprises « le fils de Joseph », suggérant donc que sa naissance était normale. L’important pour Jean est que cette naissance était spirituelle.
Ces faits ne font pas l’objet de discussion dans les milieux universitaires où il est admis que ces récits de l’enfance sont des mythes pédagogiques, ce qui est loin d’en diminuer la valeur et la force. La vérité mythologique est d’un ordre différent de la vérité littérale ou historique. Le but des récits bibliques est d’en donner une introduction.

Ce qui apparaît derrière ces mythes est l’espérance humaine que même dans l’obscurité de l’hiver, nous ne sommes pas livrés à nous-mêmes dans l’univers. Il y a dans toute vie humaine le désir profond de prendre conscience que le monde de l’Esprit pénètre notre monde.
On situe souvent ce monde de l’Esprit là-haut dans le ciel et c’est pourquoi les récits mythiques font état de signes mystérieux venant du ciel et qui annoncent la naissance de l’Enfant Christ en qui Dieu manifeste sa présence dans le monde des hommes.
Ces symbole des récits de Noël, ont pour but de nous faire prendre conscience que la planète Terre n’est pas seulement une minuscule motte de terre, satellite d’une petite étoile, située aux deux-tiers du trajet des bords de la galaxie mais que sur cette terre nous dirigeons nos regards et notre foi vers le Dieu qui suscite la vie dans l’univers entier. Nous disons aussi que c’est dans cette vie venant de Dieu que nous trouvons le sens et la raison d’être de notre existence et que nous comprenons que nous ne sommes pas seuls dans l’univers. C’est la joie et la puissance de l’espérance de Noël à laquelle nous nous attachons avec tant de foi.

La vérité des mythes n’est pas celle d’une réalité historique. Leur rôle est de désigner une vérité que les mots abstraits ne peuvent pas atteindre. C’est ce que font les récits de la Nativité, c’est pourquoi nous les aimons passionnément et nous les respectons si profondément.
Ils disent qu’il y a un endroit en ce monde où Dieu rencontre la vie humaine. Nous l’appelons Bethléem. Ce nom ne désigne pas une certaine ville que l’on pourrait localiser sur la carte. Il s’agit d’un endroit situé dans notre cœur.

Il y a une crèche où Dieu demeure dans la vie de chaque homme mais elle se trouve au plus profond de notre être. Une faim monte en nous que Dieu seul peut apaiser ; ce sont les bergers et les mages qui nous en parlent. C’est pourquoi notre quête de Dieu n’est pas autre chose qu’une quête de nous-mêmes.
Mais pour comprendre cela il faut d’abor abandonner une lecture littérale des textes de Noël. Les pensées intellectuelles et la compréhension littérale doivent d’abord mourir et Dieu alors, apparaît. Plus je vieillis et plus je comprends ces choses.

 

Traduction Gilles Castelnau

 


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