« Seigneur, lui
dis-je, car il était sur une
branche voisine un corbeau noir, je comprends bien qu'il soit de Ta
majesté de Te taire. Cependant, j'ai besoin d'un signe. Quand
je termine ma prière, Tu ordonnes à ce corbeau de
s'envoler. Alors, ce sera comme le clin d'œil d'un autre que moi et
je ne serai plus seul au monde, je serai noué à Toi par
une confidence, même obscure. Je ne demande rien sinon qu'il me
soit signifié qu'il est peut-être quelque chose à
comprendre. »
Et j'observai le corbeau. Mais il se tint immobile. Alors je m'inclinai vers
le mur.
« Seigneur, lui
dis-je, Tu as certes raison, il
n'est point de Ta majesté de te soumettre à mes
consignes. Le corbeau s'étant envolé je me fusse
attristé plus fort. Car un tel signe je ne l'eusse reçu
que d'un égal, donc encore de moi-même, reflet encore de
mon désir. Et de nouveau, je n'eusse rencontré que ma
solitude. »
Donc, m'étant
prosterné, je revins sur mes
pas.
Mais il se trouva que mon
désespoir faisait place
à une sérénité inattendue et
singulière... Je n'avais pas touché Dieu, mais un dieu
qui se laisse toucher n'est plus un Dieu. Ni s'il obéit
à la prière. Et pour la première fois, je
devinais que la grandeur de la prière réside d'abord en
ce qu'il n'y est point répondu et que n'entre point dans cet
échange la laideur d'un commerce. Et que l'apprentissage de la
prière est l'apprentissage du silence. Et que commence l'amour
là où il n'est plus de don à attendre.
L'amour, d'abord est exercice de la prière et la prière
exercice du silence.
... Je n'étais plus que
prière qui se fondait dans le
silence de Dieu.