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Curieux de l’homme

3

 

Assemblés par Jacques Gradt

 

 

6 mai 2021

 

Parabole des nombrils

Extrait de la revue Eglise de Luçon
reproduit dans les Annales d’Issoudun de juillet août 2004

Ça me tracasse beaucoup, dit Dieu, cette manie qu'ils ont de se regarder le nombril au lieu regarder les autres.

J'ai fait les nombrils sans trop y penser, dit Dieu, comme un tisserand qui arrive à la dernière maille et qui fait un nœud, comme ça, pour que ça tienne…à un endroit qui ne paraît pas trop. J ’étais trop content d'avoir fini.

L’important pour moi, c'était que ça tienne

Et d'habitude ils tiennent bon, mes nombrils, dit Dieu, mais ce que je n'avais pas prévu, ce qui n'est pas loin d'être un mystère même pour moi, dit Dieu, c'est l'importance qu'ils accordent à ce dernier petit nœud, intime et bien caché.

Oui, de toute ma création, dit Dieu, ce qui m'étonne le plus et que je n'avais as prévu, C’est tout le temps qu'ils mettent, dès que ça va un eu mal, à la moindre contrariété, tout le temps qu'ils mettent à se regarder le nombril, au lieu de regarder les autres, au lieu de voir les problèmes des autres.

Vous comprenez, dit Dieu, j’hésite, je me suis peut-être trompé.
Mais si c'était à recommencer, si je pouvais faire un rappel général, comme les grandes compagnies de voitures, si ce n'était pas trop de tout recommencer, dit Dieu, je leur placerais en plein milieu du front

Comme cela, dit Dieu, au moins ils seraient obligés de regarder le nombril des autres.


 

 

Pour vivre

Auteur inconnu

J'ai besoin d'amitié pour vivre
pour tendre la main à la détresse de l'aube
qui ne sait ni les baisers ni les serments d'amour
qui ne sait rien d'un monde attachant
ni les heures éperdues de joie

J'ai besoin d'amitié pour vivre
et connaître le visage de l'autre
tendu vers le monde secret du silence
étrangement grand et mystérieux
plus fort que l'appel des mots

J'ai besoin d'amitié pour vivre
et sentir la vérité d'une main
qui efface l'ombre du passé
conduit doucement vers la lumière
dans la paix du chemin retrouvé

J'ai besoin d'amitié pour vivre
et prier devant la croix
car dans la présence de l'autre
s'inscrit par-dessus tout nom
le nom du Maître


 

 

Sortir grandi

Bruneau Jousselin
pasteur

Seigneur,
face à l'horreur de l'actualité des hommes,
que te dire que tu ne saches déjà ?
Toi que l'on chante partout présent,
que l'on prétend voyant tout,
que l'on affirme sachant tout,
même la moindre inclinaison d'un cœur
ou le trait ténu d'une pensée,
pourquoi n'as-tu rien fait pour éviter ce drame,
pour arrêter les bras violents ?
N'y aurait-il pas non-assistance à humanité en danger?

Que reste-t-il aujourd'hui sinon cet éternel silence ?
Quand le vide humain et le vide de Dieu
s'accordent en une conjuration détestable,
me voilà prêt à abjurer cette foi qui est mienne
en un homme perfectible et en un Dieu bienveillant.

Pourtant, humain avec les autres,
j'aurais dû savoir l'horreur toujours possible.
C'est ma faute, c'est ma très grande faute !
Une erreur, une horreur !
Cependant, je veux encore garder la foi
à la croix et au tombeau vide.
Nous voici - toi et moi - dans ce face à face tant redouté
dont ni toi ni moi ne sortirons grandis.
Juste - peut-être - toi un peu plus Dieu
et moi un peu plus humain


 


Un regard d’homme

Charles Péguy
le Mystère des Saints innocents 1912

Demandez à ce père si le meilleur moment
N'est pas quand ses fils commencent à l'aimer
Comme des hommes,
Lui-même comme un homme,
Librement,
Gratuitement,
Demandez à ce père dont les enfants grandissent.
Demandez à ce père s'il n'y a pas une heure secrète,
Un moment secret, Et si ce n'est pas
Quand ses fils commencent à devenir des hommes
Libres,
Et lui-même le traitent comme un homme ,
Libre, l'aiment comme un homme, Libre,
Demandez à ce père dont les enfants grandissent.
Demandez à ce père s'il n'y a pas
Une élection entre toutes
Et si ce n'est pas
Quand la soumission précisément cesse
Et quand ses fils devenus hommes
L'aiment, (le traitent), pour ainsi dire en connaisseurs,
D'homme à homme,
Librement, gratuitement.
L'estiment ainsi.
Demandez à ce père s'il ne sait pas que rien ne vaut
Un regard d'homme qui se croise
Avec un regard d'homme.


 

 

 

l’Autre homme

Charles
détenu à Maison d’arrêt de la Santé 1984

Est-ce par hasard si l’Autre homme par excellence s’en est allé vers les humiliés et les démunis ? N’est-ce pas parce que c’est là que se tient l’homme, sinon nouveau du moins authentiquement homme, celui qui n’a rien, qui n’est rien et donc peut être tout.

Jésus les a désignés comme les siens, aussi autres que lui, plus proche de sa qualité d’Autre.

Dans le crucifié est le nouvel homme, que la croix soit réelle comme autre fois ou sociale, comme aujourd’hui. Ce n’est que dans la misère et dans la douleur que l’on parcourt la dimension humaine.

Il y a un lieu où l’on apprend que ce n’est pas l’univers ou la nature qui tue l’homme, mais bien l’homme. Et ce lieu est celui de l’enfermement : camp, asile, prison.

Qui se souvient que Caïn ne fut marqué d’un signe indélébile à la suite de sa faute, que pour échapper à la mort !

 

 

 


Vivre

Martin Gray 1922-2016
Le livre de la vie

Vivre, c'est savoir pourquoi on vit.
Vivre c'est vouloir vivre.
Vivre, c'est avoir foi en la vie...

L'épreuve, c'est le moment de la vie
qui dit la vérité des êtres.
Avant elle on ne sait jamais
tout d'un homme.

Puis vient la tourmente : les arbres tombent, d'autres qu'on croyait fort plient, abdiquent,
et d'autres qu'on croyait lâches se redressent.

L'épreuve est sans pitié :
elle permet de connaître et de se connaître...
Dans chaque vie, vient un moment
où s'ouvre devant soi un gouffre.

Vivre c'est réussir à ne pas y tomber.
Vivre c'est savoir le regarder et l'écarter.

Vivre, c'est avancer : c'est à dire croître,
s'épanouir par le bonheur,
mais aussi apprendre à tirer
du malheur sa leçon.


 

 


Ils ont dit

Celui qui est capable de découvrir l'éternel dans le temporel,
le céleste dans le terrestre, le divin dans l'humain,
c'est à dire le Créateur dans sa créature,
celui-là est pour ainsi dire introduit
dans les parvis de la Jérusalem céleste et il y tressaille de joie.
Aelred, abbé de Rielvaux, 1110-1167

 

... On peut tirer du miel des pierres et de l'huile
des roches les plus dures ..."
Bernard de Clairvaux, 1090-1153

 

Dans le pays où les hommes ont toujours raison
les fleurs ne fleurissent pas au printemps.

Il convient en permanence de tenir réveillé en l'homme
ce qui est grand et de le convertir à sa grandeur.
Saint-Exupéry 1900-1944 Citadelle XII

 

Il n`y a personne qui soit né sous une mauvaise étoile.
il n'y a que des gens qui ne savent pas lire le ciel.
14e Dalaï-Lama né en 1935

 

L'espoir est la dimension de l'Esprit,
il est en nous, pas hors de nous
tu le retrouves en toi
pas dans les objets ou les événements.
V.Havel 1936-2011
président de la République tchèque

 

Aime l'autre qui engendre en toi
une troisième personne : l'esprit.
On n'enseigne, on ne fait bouger
que ceux que l'on contrarie,
que l'on bouscule ou fait traverser.
Je n'ai rien appris que je ne sois parti,
ni envisager autrui sans l'inviter à quitter son nid.
Michel Serres 1930-1919 philosophe

 


La médiocrité n'a jamais attiré personne

Didier Repellin, architecte en chef,
inspecteur général des monuments historiques
Arts & culture religieuse aujourd'hui. Le Monde de la Bible Hors série 3

En 1982, la façade occidentale de la primatiale Saint-Jean, à Lyon, a été entièrement restaurée . Discutant avec un maire, je faisais remarquer qu'un tel échafaudage ne se présentait que tous les 150 ans ou 180 ans ; seule une génération sur cinq pouvait approcher la façade, la regarder de près : " Pourquoi ne pas en faire profiter les jeunes de votre commune, s'ils sont intéressés ? " Pas de réponse. Mais deux jours plus tard, l'un des conseillers municipaux m'appelle : "Vous savez, moi j'ai des jeunes... Je suis éducateur dans une prison."... Ce n'était pas tout à fait le public auquel je m'attendais, mais pourquoi pas ? Le défi me plaisait.

L'éducateur me mit en garde. Il ne me fallait pas perdre de vue trois éléments : parler de choses simples, ni trop techniques ni trop abstraites, vu leur niveau culturel ; ne pas leur demander d'effort d'attention soutenu, quarante minutes semblaient un maximum ; redoubler de prudence aussi, car un grand nombre de ces jeunes étaient suicidaires. Il me déconseillait même formellement de les faire monter sur l'échafaudage. C'était pourtant la seule chose intéressante ! " Trop dangereux ! "

Ces jeunes ne connaissaient du monde que la médiocrité, la banalité, des choses tristes et sales... Pourquoi ne pas essayer, pendant quarante minutes, de leur montrer exactement le contraire : le plus beau, le plus exceptionnel, le plus élitiste ? J'ai demandé au curé que je connaissais bien, de me sortir le plus beau calice, celui qui est en or avec des pierres précieuses et des filigranes, et la plus belle chasuble. Nous nous enfermerions dans la sacristie. Pari tenu.

Ils sont quinze. Je cours de chapelle en chapelle. Sans parler de date, de style d'architecture, je tente de leur montrer qui est derrière chaque pierre : Que quelqu'un, à une époque lointaine, y a mis le meilleur de lui-même : toute sa foi, tout son tout son courage, toute sa compétence. Qu'il l'a fait simplement pour qu'eux aussi, aujourd'hui, puissent admirer ce travail.

Nous arrivons ; le curé tremble un peu quand je commence à montrer les objets précieux. Voici le calice en or pur : un artisan a fait l'or, un autre les filigranes, parce qu'on ne fait rien tout seul, on n'est pas doué

dans tout. Il faut une équipe pour arriver produire une œuvre. Un troisième a travaillé les pierres précieuses, et ainsi de suite. Ils l'ont fait avec un maître, on reçoit tout du maître, on est toujours un apprenti - et on apprend tout.

L'un d'entre eux devient plus attentif, et pose des questions :
« Qui l'a fait ? » Je lui réponds : « Quelqu'un comme toi. Mais prends-le et regarde ! Et il prend le calice, et il le regarde sous tous les angles. Je lui explique les détails de la fabrication et même un raté.

Et depuis, tu es peut-être le premier à admirer de si près ce qu'il a fait. Au bout d'un moment, je reçois une réponse : « P... Il est grave, le mec ! » Il ajoute tout de suite : « Mais... est-ce que j'aurais pu faire ça ? ». « Montre-moi tes mains. Si tu mets au bout de tes doigts la volonté de créer, de te donner pour une œuvre que tu feras non pas pour toi mais pour les autres, alors oui, tu peux y arriver. »

Au bout des quarante minutes, nous avions fait le tour de l'église. Ils avaient été à peu près calmes, et je pousse du coude l'éducateur : On peut monter au premier plateau, ils ne se casseront qu'une jambe...

Je montre un ange musicien très souriant, qui est au portail et qui accueille le visiteur. Je raconte le soin mis à dessiner les doigts et les plumes, à marquer la note qu'il jouait. Désignant la marque de l'outil, j'explique que tous ces chefs-d’œuvre ont été réalisés avec deux outils seulement : un ciseau et un maillet. Et que ce qui est extraordinaire, c'est de comparer l'humilité et la modestie des outils et l'excellence du résultat, parce qu'entre les deux, il y a la célébration du don généreux du savoir-faire, et c'est cela l'important. Puis on a continué.

Je taquine l'éducateur Ils ne se casseront que deux jambes, il y a une très jolie moulure au-dessus ! "J'appelle un tailleur de pierre et lui demande d'expliquer sa moulure. Il venait de travailler douze heures de suite et il était heureux. Comment un jeune de dix-huit ans peut-il être heureux en travaillant douze heures de suite sur le même motif ? Quatre heures après, on était là-haut, au bout de l'échafaudage. Il était 18 heures. Il fallut les forcer à redescendre. Arrivés en bas, ils ont supplié le chef de chantier de les embaucher. La conclusion est simple : la médiocrité n'a jamais attiré personne, mais la qualité, elle, attire, quelles que soient les conditions.


 


Ta nuit sera lumière de midi

Michel Scouarnec prêtre catholique né en 1934

Si tu dénoues les liens de servitude
Si tu libères ton frère enchaîné
La nuit de ton chemin sera lumière de midi
Alors de tes mains
Pourra naître une source
La source qui fait vivre la terre de demain
La source qui fait vivre la terre de Dieu

Si tu partages le pain que Dieu te donne
Avec celui qui est ta propre chair
La nuit de ton amour sera lumière de midi
Alors de ton cœur pourra sourdre une source
L’eau qui abreuve la terre de demain
L’eau qui abreuve la terre de Dieu

Si tu détruis ce qui opprime l’homme
Si tu relèves ton frère humilié
La nuit de ton combat sera lumière de midi
Alors de to pas pourra naître une danse
La danse qui invente la terre de demain
La danse qui invente la terre de Dieu

Si tu dénonces le mal qui brise l’homme
Si tu soutiens ton frère abandonné
La nuit de ton appel sera lumière de midi
Alors de tes yeux pourra luire une étoile
L’étoile qui annonce la terre de demain
L’étoile qui annonce la terre de Dieu

Si tu abats les murs entre les hommes
Si tu pardonnes à ton frère ennemi
La nuit de ta passion sera lumière de midi
Alors de ton pain pourra vivre une Eglise
L’Eglise qui annonce la terre de demain
L’Eglise qui annonce la terre de Dieu

 

 

 

Je connais des bateaux qui restent dans le port

Jacques Brel

Je connais des bateaux qui restent dans le port
de peur que les courants les entraînent trop fort
Je connais des bateaux qui rouillent dans le port
à ne jamais risquer une voile dehors.

Je connais des bateaux qui oublient de partir
Ils ont peur de la mer à force de vieillir,
et les vagues, jamais ne les ont séparés,
leur voyage est fini avant de commencer.

Je connais des bateaux tellement enchaînés
qu'ils ont désappris comment se regarder,
Je connais des bateaux qui restent à clapoter,
pour être vraiment sûrs de ne pas se quitter.

 

 


Lorsque ton bateau

Don Helder Camara
Mille raisons pour vivre
27 octobre 1954

Lorsque ton bateau,
ancré depuis longtemps au port,
te donnera l'illusion d'être une maison,
lorsque ton bateau
commencera à pousser des racines
dans l'immobilité du quai:
prends le large.
Il faut sauver à tout prix
l'âme voyageuse de ton bateau,
et ton âme de pèlerin.



 

L’étincelle

Emile Shoufani (arabe أميل شوفاني, hébreu אמיל שופאני
né le24 mai 1947 à Nazareth
 théologien et éducateur chrétien arabe, de nationalité israélienne,
activiste pour la paix, 
archimandrite de l'Église grecque-catholique melkite de la Terre sainte.

Emile Shoufani, le curé arabe de Nazareth, prix UNESCO pour l’éducation à la paix, a organisé un voyage commémoratif à Auschwitz du 26 au 29 mai 2003.
Cinq cents personnes, juives et arabes, venues d’Israël, de Belgique et de France y participaient.
En guise de confession de foi, voici un extrait de la déclaration qu’ils ont rédigée à cette occasion.

Ensemble nous affirmons que tout homme et toute femme, aussi longtemps qu’ils vivent sur terre, portent en eux une étincelle sacrée digne du plus haut respect
Ensemble nous affirmons que cette étincelle demeure comme un trésor caché en chaque être humain, même si les autres ne la lui reconnaissent pas, même si elle semble occultée par la maladie, les handicaps, la souffrance, même si elle semble altérée par l’ignorance, le manque de culture, la misère, et même si celui qui la porte l’a lui-même oubliée. Tout être humain doit être respecté pour cette étincelle sacrée dont il est l’un des visages, unique et irremplaçable
Ensemble nous affirmons que ce respect sacré doit être le principe fondateur de toute justice, de toute politique, de toute morale religieuse, et que tous ceux qui tentent d’appliquer ce principe quotidiennement participent à l’élévation de l’humanité.
Ensemble nous affirmons que la fraternité ne se divise pas : elle est universelle ou elle n’est pas, elle ne mérite pas le nom de fraternité si elle se limite à un clan, à une nation, à une catégorie d’hommes ou de femmes. Elle ne trouve sa vraie dimension que lorsqu’elle s’étend à l’étranger et à l’être différent, à celui ou à celle dont l’approche nous semble le plus difficile.
Ensemble, nous affirmons que le contraire de la fraternité n’est pas seulement la haine, mais aussi l’indifférence : que le crime contre la fraternité ne consiste pas seulement à tuer l’autre, mais aussi à laisser tuer l’autre en silence

 

 

 

Image de Dieu

Hugues Vertet
Archéologue, ancien aumônier de la Maison centrale de Moulins Yzeure
Réforme n°3750 2 février 2012 p. 16

Si l'homme est créé à l'image de Dieu, chaque humain est pour chacun de nous une image de Dieu. De là, pas besoin d'autre image. On comprend l'interdiction de se fabriquer des images plus conformes à nos désirs et à nos imaginations. Nous avons déjà des milliards d'images à notre disposition ! Nous en rencontrons tous les jours et parlons avec plusieurs !
Ces images sont parfois difficiles à recevoir, à comprendre. Aumônier de prison, cette parole était une indication remarquable. J'étais bien placé pour regarder et recevoir le message de chaque image de Dieu placée devant moi. Puis-je me dire : je déteste cette image de Dieu qui est devant moi ? Pas sérieux ! Plutôt qu'est-ce que cette image blesse en moi ?
Qu'ai-je à recevoir de cette rencontre ? Il se peut qu'elle me révèle la partie intolérante, agressive que je veux ignorer ou cacher dans le fond de mon cœur ? de mon intelligence ? de ma mémoire ?
La parole biblique ouvre bien des questions : que suscitent, en nous les humains, les images de Dieu placées sur notre chemin ? L'homme créé à l'image de Dieu, merveille de la rencontre ? Oui !

 

 

 

Pourquoi les hommes sont-ils si différents ?

C’est qu’ils sont tous à l’image de Dieu

 

 


J’atteste

Abdellatif Laâbi
né à Fès en 1942, poète, écrivain et traducteur marocain. Il a fondé en 1966 la revue Souffles

J’atteste qu’il n’y a d’être humain
que celui dont le cœur tremble d’amour
pour tous ses frères en humanité
Celui qui désire ardemment
plus pour eux que pour lui-même
liberté, paix, dignité
Celui qui considère que la vie
est encore plus sacrée
que ses croyances et ses divinités
J’atteste qu’il n’y a d’être humain
que celui qui combat sans relâche
la haine en lui et autour de lui
Celui qui, dès qu’il ouvre les yeux le matin,
se pose la question :
que vais-je faire aujourd’hui
pour ne pas perdre ma qualité et ma fierté
d’être homme ?

 



Nuage blanc

Jean-Yves Leloup, op, né en1950
Nomadisme et stabilité

“Regarde les nuages, les merveilleux nuages blancs… Ils vont, ils viennent, ils apparaissent, ils disparaissent. D’où sont-ils venus, où sont-ils passés ? On ne sait ni d’où ils viennent, ni où ils vont !
Ainsi en est-il de quiconque est né de l’Esprit (Jean 3,8)

Un nuage blanc n’a pas de racines, il ne sort de nulle part. Pourtant il existe. Il est enraciné dans le vent. Toi, où vas-tu ? D’où viens-tu ?...
Tu as tant de visages ! Tant de formes ! Tant de formes qui se font et se défont, au gré de tes rencontres et des évènements, au gré du vent ! Nimbus – Cumulus – Cumulonimbus.
Tu es un nuage blanc …
Être un nuage c’est être aussi le vent ! Où commence le nuage ? où s’arrête le vent ?
Où serais-tu en ce moment avec ta densité et ton épaisseur charnelle, sans ce soufflé léger qui t’habite ? Sans cette vie qui te traverse ? Et pourtant tu ne peux la saisir.
Qu’est-ce qui est humain dans l’homme ? Qu’est-ce qui est divin ?
Les uns disent c’est Dieu qui fait fleurir la rose, d’autres disent c’est le rosier. Pourquoi n’auraient-ils pas raison tous les deux ? Si tu comprends bien cela, quelle est ta nature mêlée à celle du vent, tu auras beaucoup de mal à t’inquiéter du lendemain. (Luc 12,2) Tu commenceras à devenir un nomade selon l’Evangile.
…Tout ce que fait le nuage est obéissance au vent. L’histoire d’Abraham, c’est l’histoire d’un nuage. Il est parti sans savoir où il allait ; son but était d’obéir à la voix, au Souffle qui le conduisait.

Un nuage ne fait rien contre le vent. Le sens qu’il découvre alors est au-delà des contradictions au-delà des oppositions… Il s’agit de demeurer fidèle à la brise légère ou au tourbillon qui l’emporte.

Nomadisme et stabilité, les termes semblent contradictoires et pourtant ce qui frappe chez Abraham c’est sa stabilité son enracinement dans la parole de Dieu, une obéissance totale au souffle qui l’emmène peut-être “là où il ne voudrait pas aller”.
Un nomade, selon l’Evangile, ce n’est rien d’autre qu’un homme qui a renoncé à sa volonté propre et qui trouve dans les paroles du Maître la stabilité et la sérénité qu’aucune sécurité au monde ne saurait lui donner. Ne faire ainsi qu’un avec le Souffle c’est connaître quelque chose de la paix et de la liberté des enfants de Dieu, c’est avoir le coeur enraciné dans le vent.
Laisse-toi conduire par l’Esprit (Galates 5,16). Tu es un nuage blanc, n’aie pas peur de la tempête et laisse-toi séduire par la brise légère. Va où va le vent. Demeure dans l’amour. N’oublie pas de te perdre, n’oublie pas de te donner. Au coeur du nuage il est une eau vive, une pluie de miséricorde.
N’aie pas peur de disparaître, tu renaîtras dans un ciel plus haut, tu seras un des nuages sur lesquels le Fils de l’homme reviendra ! (Matthieu 24,30)

 

 

 



Fais de nous des tisseurs d’amour

Jacques Juillard
Evangile et liberté N°206

Fais de nous des tisseurs d’amour
Père, nous voulons te remettre les hommes et les femmes de la terre 
aux liens tranchés, blessés par la violence, 
ceux dont la haine ou le remords, la rancune ou l’humiliation 
ont déchiré, déchiqueté la vie.
Renoue pour eux les fils de l’espérance, 
fais de nous des tisseurs d’amour.
Nous voulons te remettre les hommes et les femmes de la terre 
aux liens perdus, distendus, effilochés, 
ceux que la solitude assiège, 
que les autres oublient, méprisent ou abandonnent.
Renoue pour eux les fils de l’espérance, 
fais de nous des tisseurs d’amour.
Nous voulons te remettre les hommes et les femmes de la terre 
dont la vie ne tient qu’à un fil, 
ceux que rongent la maladie, la vieillesse ou le deuil, 
ceux que leur différence a éloignés des autres.
Renoue pour eux les fils de l’espérance, 
fais de nous des tisseurs d’amour.
Nous voulons te remettre les hommes et les femmes de la terre 
qui vivent dans l’amertume des déchirures passées, 
ceux que le malheur ou le refus d’aimer, que l’ennui ou l’indifférence 
ont ligotés, repliés, refermés sur eux-mêmes.
Renoue pour eux les fils de l’espérance, 
fais de nous des tisseurs d’amour. 

 

 

 


Frères cailloux

Juliette Hacquard 1927-2004

Nous les avons trouvés sur une plage, parmi des milliers d’autres, à la fois semblables et différents. Nous ne leur avons pas donné leur forme, nous avons simplement donné un sens à leur forme en les regardant d’un œil nouveau, brisant le préjugé de cailloux et nous avons essayé de les montrer tels que nous les avons vus.

Grève de galets, plage limite, pays frontière disputé sans relâche, tantôt prolongement de la terre solide, tantôt fond recouvert par les vagues inéluctables. Grève de galets image de notre humanité, pays frontière entre ce monde et l’infini, plage au bord de l’éternité. Que sommes-nous sinon ces pierres arrachées à la terre, éclatement de la falaise, pierres aux arêtes tranchantes dont le silex et la craie unis ont subi la même cassure ?

Et voici de la pierre éclatée, la pierre née, assumant sa vie hors du bloc dont elle est détachée. La vague la soulève, la déplace, la cogne contre d’autres pierres aussi dures, aussi tranchantes ; le sel en ronge la craie, les grains de sable en usent les contours ; parfois l’iode, les algues ou la rouille des épaves y laissent leur dépôt de couleur. Et la pierre informe, brute, devient un galet poli aux contours réformés.

Ainsi l’homme sur la plage de son humanité : travaillé sans cesse par les jours succédés comme les vagues, heurté aux autres hommes, ses frères, rongé par le sel des épreuves, usé par le sable des mille soucis.
Et sa forme chante, et sa forme prend un sens. Brassé par la mer, le caillou est devenu porteur d’offrandes ou Vierge attentive à l’annonce …
Et nous portés par notre vie ? Que sommes-nous en train de devenir sur la plage de notre éternité ?

 



Ne cherche pas à primer par les armes !

Lao-Tzeu extrait du Tao-Te-King.

Ne cherche pas à primer par les armes !
La où stationnent des armées pousse la ronce
et les greniers restent vides.

Les armes sont des outils de malheur.
Il ne sied pas à l’homme de bien d’en faire usage.

L’homme de bien se défend résolument.
Il ne conquiert rien par la force.
Il est résolu sans orgueil.
Résolu sans ostentation !
Résolu sans provocation !

Plus règnent tabous et défenses
et plus le monde s’appauvrit.
Plus on compte sur les armes tranchantes
et plus le désordre sévit.

Quand on utilise les armes contre les hommes,
comment prospérer parmi eux ?


 

La plus drôle des créatures

Nazim Hikmet, 1948.
poète turc (1902 - 3 Juin 1963)

La plus drôle des créatures
Comme le scorpion, mon frère,
Tu es comme le scorpion
Dans une nuit d'épouvante.
Comme le moineau, mon frère,
Tu es comme le moineau
Dans ses menues inquiétudes.
Comme la moule, mon frère,
Tu es comme la moule
Enfermée et tranquille.
Tu es terrible, mon frère,
Comme la bouche d'un volcan éteint.
Et tu n'es pas un, hélas,
Tu n'es pas cinq,
Tu es des millions.
Tu es comme le mouton, mon frère,
Quand le bourreau habillé de ta peau
Quand le bourreau lève son bâton
Tu te hâtes de rentrer dans le troupeau
Et tu vas à l'abattoir en courant, presque fier.
Tu es la plus drôle des créatures, en somme,
Plus drôle que le poisson
Qui vit dans la mer sans savoir la mer.
Et s'il y a tant de misère sur terre
C'est grâce à toi, mon frère,
Si nous sommes affamés, épuisés,
Si nous somme écorchés jusqu'au sang,
Pressés comme la grappe pour donner notre vin,
Irai-je jusqu'à dire que c'est de ta faute, non
Mais tu y es pour beaucoup, mon frère.




Chaque enfant qu'on enseigne

Victor Hugo
Ecrit après la visite d'un bagne


Quatre-vingt-dix voleurs sur cent qui sont au bagne 
Ne sont jamais allés à l'école une fois, 
Et ne savent pas lire, et signent d'une croix. 
C'est dans cette ombre-là qu'ils ont trouvé le crime. 
L'ignorance est la nuit qui commence l'abîme. 
Où rampe la raison, l'honnêteté périt.

Dieu, le premier auteur de tout ce qu'on écrit, 
A mis, sur cette terre où les hommes sont ivres, 
Les ailes des esprits dans les pages des livres. 
Tout homme ouvrant un livre y trouve une aile, et peut 
Planer là-haut où l'âme en liberté se meut. 
L'école est sanctuaire autant que la chapelle. 
L'alphabet que l'enfant avec son doigt épelle 
Contient sous chaque lettre une vertu ; le coeur 
S'éclaire doucement à cette humble lueur. 
Donc au petit enfant donnez le petit livre. 
Marchez, la lampe en main, pour qu'il puisse vous suivre.

La nuit produit l'erreur et l'erreur l'attentat. 
Faute d'enseignement, on jette dans l'état 
Des hommes animaux, têtes inachevées, 
Tristes instincts qui vont les prunelles crevées, 
Aveugles effrayants, au regard sépulcral, 
Qui marchent à tâtons dans le monde moral. 
Allumons les esprits, c'est notre loi première, 
Et du suif le plus vil faisons une lumière. 

L'intelligence veut être ouverte ici-bas ; 
Le germe a droit d'éclore ; et qui ne pense pas 
Ne vit pas. Ces voleurs avaient le droit de vivre. 
Songeons-y bien, l'école en or change le cuivre, 
Tandis que l'ignorance en plomb transforme l'or.

Je dis que ces voleurs possédaient un trésor, 
Leur pensée immortelle, auguste et nécessaire ; 
Je dis qu'ils ont le droit, du fond de leur misère, 
De se tourner vers vous, à qui le jour sourit, 
Et de vous demander compte de leur esprit ; 
Je dis qu'ils étaient l'homme et qu'on en fit la brute ; 
Je dis que je nous blâme et que je plains leur chute ; 
Je dis que ce sont eux qui sont les dépouillés ; 
Je dis que les forfaits dont ils se sont souillés 
Ont pour point de départ ce qui n'est pas leur faute ; 
Pouvaient-ils s'éclairer du flambeau qu'on leur ôte ? 
Ils sont les malheureux et non les ennemis. 
Le premier crime fut sur eux-mêmes commis ; 
On a de la pensée éteint en eux la flamme : 
Et la société leur a volé leur âme.

 

 


Entretien

Robert de Montvalon 1920-2001
janvier 2001

Naître à l'échange, urgence première, œuvre commune à poursuivre afin que tous les partenaires trouvent la dignité d'acteurs.

N'est-il pas évident que nous cherchons cet échange, chaque jour, en tâtonnant ? Pourquoi donnons-nous tant d'importance symbolique à la chute du mur de Berlin sinon parce qu'il signifie le remplacement, au centre de notre faillible modernité, de deux monologues juxtaposés par un possible entretien ? Pourquoi nous, gens de l'hémisphère Nord, n’acceptons-nous qu'à contre cœur (en reprenant d'une main ce que lâche l'autre main) la fin du monologue appelé colonisation, sinon parce que nous n'imaginons pas les entretiens qui s'offrent à nous ?

Pourquoi le patient, naguère si passif devant une médecine prétentieuse et limitée, revendique-t-il le statut de partenaire, sinon parce qu'il cherche à faire de la santé un entretien ? La psychologie de l'enfant et le droit de l'enfant et tous les éducateurs ont compris que l'enfant n'est pas le sans-parole, l'objet qu'on a longtemps imaginé : entretien.
Nous attendons du religieux qu'il ne monologue pas et commence par le respect : entretien !

Nous dénonçons l'exclusion parce que nous craignons de couper la parole à d'autres. Le devoir d'ingérence consiste à faire de la violence politique fermée sur elle-même l'objet d'un entretien. S'il reste quelque chose de l'esprit de 68, c'est la prise de parole. Si on se méfie de l'institution du mariage, c'est qu'on la soupçonne de contrarier l'entretien amoureux. On découvre des arts dits drôlement premiers : entretien ! Les religions différentes se rencontrent et commencent à échanger. Les pouvoirs qui se donnent en spectacle font sourire car leur exhibition tue l'entretien.


 

 

Nomade je suis

Alain Houziaux
Paraboles au quotidien Cerf 1988 p.22

Tout s'efface, la liberté est avec le vent.
Je laisserai le monde, pour ceux qui viennent,
tel que je l'ai trouvé.
Je ne désire rien d'autre qu'être ce que je suis :
homme de sables et fils de la lumière.
Je sais qu'une Lumière connaît mon chemin, ma vérité et ma vie.
Je suis la trace de Celui qui, avant moi,
a marché, a trébuché et s'est redressé.
Nomade je suis, nomade je resterai.
Un jour, dans la lumière, je verrai la lumière dont je suis né.
Je saurai pourquoi j'ai marché et souffert sur les pistes de ce monde,
Et je rêverai sur ma trace effacée.
Je chante le souffle de l'esprit qui fait voler le sable du monde.
Car tout s'efface, et la liberté est avec le vent.

 

 

 

Toi qui vivras plus loin que moi

Jean Malrieu 1915-1976
(vu dans le métro)

Toi qui vivras plus loin que moi
sois fidèle au soleil.

Il est sous terre
des printemps à naître
qui s’épient et te supplient.

Responsable un instant
de la totalité de la terre,
garde l’eau pure
et le regard heureux.

 

 

 


…en devenir …

Marie de Hennezel
Psychothérapeute, écrivaine née en 1946

L'être humain
Ne se réduit pas
A ce que nous voyons
Ou croyons voir.
Il est toujours infiniment
Plus grand, plus profond
Que nos jugements étroits
Ne peuvent le dire.
Il n'a, enfin, jamais dit
Son dernier mot,
Toujours en devenir,
En puissance de s'accomplir,
Capable de se transformer
A travers les crises
Et les épreuves de sa vie.


 

 


Jésus et le respect des autres

Albert Decoutray, 1923-1994,
alors qu’il était Évêque de Dijon
éditorial du Bulletin de l'Aumônerie catholique des Prisons N°11

Jamais homme n'a respecté les autres comme cet homme. Pour lui, l'autre est toujours plus et mieux que ce à quoi les idées reçues même des Sages et des Docteurs de la Loi, tendent à le réduire. Il voit toujours en celui ou en celle qu'Il rencontre un lieu d'espérance, une promesse vivante, un extraordinaire possible, un être appelé, par-delà et malgré ses limites, ses péchés et parfois ses crimes, à un avenir tout neuf. Il lui arrive même d'y discerner quelque merveille secrète dont la contemplation le plonge dans l'action de grâces !

Il ne dit pas : Cette femme est volage, légère, sotte elle est marqué par l'atavisme moral et religieux de son milieu, ce n'est qu'une femme.
Il lui demande un verre d'eau et engage la conversation.

Il ne dit pas : Voilà une pécheresse publique, une prostituée à tout jamais enlisée dans son vice.
Il dit : Elle a plus de chances pour le Royaume de Dieu que ceux qui tiennent à leurs richesses ou se drapent dans la vertu de leur savoir.

Il ne dit pas : Celle‑ci n'est qu'une adultère.
Il dit Je ne te condamne pas, va et ne pèche plus.

Il ne dit pas : Celle‑là qui cherche à toucher mon manteau n'est qu'une hystérique.
Il l'écoute, lui parle et la guérit.

Il ne dit pas : Cette vieille qui met son obole dans le tronc pour les œuvres du temple est une superstitieuse.
Il dit qu'elle est extraordinaire et qu'on ferait bien d'imiter son désintéressement.

Il ne dit pas : ces enfants ne sont que des gosses.
Il dit : Laissez‑les venir à moi et tachez de leur ressembler.

Il ne dit pas : Cet homme n'est qu'un fonctionnaire véreux qui s'enrichit en flattant le pouvoir et en saignant les pauvres.
Il s'invite à sa table et assure que sa maison a reçu le salut.

Il ne dit pas, comme son entourage : Cet aveugle paye sûrement pour ses fautes ou celles de ses ancêtres.
Il dit que l'on se trompe complètement à ce sujet et Il stupéfie tout le monde, ses disciples, les scribes et les pharisiens, en montrant avec éclat combien cet homme jouit de la faveur de Dieu : "Il faut que l'action de Dieu se manifeste en lui".

Il ne dit pas : Ce centurion n'est qu'un occupant.
Il dit : Je n'ai jamais vu une telle foi en Israël.

Il ne dit pas : Ce savant n'est qu'un intellectuel !
Il lui ouvre la voie vers une renaissance spirituelle.

Il ne dit pas : Cet individu n'est qu'un hors‑la‑loi !
Il lui dit : Aujourd'hui, avec moi, dans le Paradis

Il ne dit pas : Ce Judas ne sera jamais qu'un traître !
Il l'embrasse et lui dit : mon ami !

Il ne dit pas : Ce fanfaron n'est qu'un renégat.
Il dit : Pierre, m'aimes‑tu ?

Il ne dit pas : Ces grands prêtres ne sont que des juges iniques, ce roi n'est qu'un pantin, ce procurateur romain n'est qu'un pleutre, cette foule qui me conspue n'est qu'une plèbe, ces soldats qui me maltraitent ne sont que des tortionnaires.
Il dit : Père pardonne‑leur car ils ne savent pas ce qu'ils font...

Jésus n'a jamais dit : Il n'y a rien de bon dans celui‑ci, dans celui‑là, dans ce milieu‑ci, dans ce milieu‑là. De nos jours, Il n'aurait jamais dit : Ce n'est qu'un intégriste, qu'un moderniste, qu'un gauchiste, qu'un fasciste, qu'un mécréant, qu'un bigot...Pour lui, les autres, quel qu'ils soient, quels que soient leurs actes, leur statut, leur réputation, sont toujours aimés de Dieu.

Jamais homme n'a respecté les hommes comme cet homme‑là. il est unique.

Il est le fils unique de Celui qui fait briller son soleil
sur les bons et les méchants…

 

 

 

 


Le mystère de la vie

Yehudi Menuhin (1916-1999),
violoniste, altiste et chef d'orchestre.
Revue Prier n°288bis, janvier-février 2007

A toi que je ne connais pas et ne puis connaître
J'adresse cette prière :
conduis-moi vers le meilleur de moi-même,
aide-moi à devenir une personne
à qui la plupart des choses, des créatures
et des plantes vivantes accordent leur confiance,
fais que je respecte toujours le mystère
et le caractère de chaque forme de vie.

Aide-moi à ne jamais renoncer à l'exercice vital,
celui qui consiste à protéger tous ceux qui respirent,
et l'air que nous devons respirer,
tous ceux qui ont soif et l'eau qui désaltère,
tous ceux qui ont faim et la nourriture qui rassasie,
tous ceux qui souffrent et le réconfort,
la compassion et le secours dont ils auraient besoin.
Aide-moi à être la digne sentinelle
du corps que tu m'as confié.
Je ne peux disposer librement d'aucune vie,
ni même de la "mienne", car elle est,
comme un objet d'art, confiée à ma garde provisoire,
pour être rendue au cycle terrestre
dans le meilleur état possible,
afin que d'autres vies puissent se perpétuer.



 


Va !


Fata Morgana 1999,
D'après Sept roses plus tard
Marc Alain Ouaknin, rabbin

Fils d'homme regarde !
Contemple les merveilles de la création
et la source de tout vivant
qui rythme chaque créature.
Apprends à te connaître, à connaître le monde, ton monde.
Découvre la logique de ton cœur et les sentiments de ta raison !
L'amour qui brûle en toi,
fais-le monter vers sa racine puissante, étends-le à tous !
Ne te contente pas du bien ! cherche plutôt à exprimer la bonté.
Sois généreux, offre ta lumière.
Brise les chaînes d 'une histoire qui ne t'appartient pas
et qui ne doit pas t'alourdir ni te retenir.
Souviens-toi que les hommes, bien qu'ils doivent mourir
ne sont pas nés pour mourir mais pour innover,
pour s'ouvrir à la naissance et à la renaissance.
Parce que tu es né, tu es condamné, condamné à être libre !
Ne l'oublie jamais !
Tu possèdes en toi la force de dominer le mal, toujours.
Si tu tombes, relève-toi !
Ne désespère jamais.
Garde la force de l'espérance.
N'oublie pas les frères, tu es pour eux, ils sont pour toi !
Maintenant va ! seul !
Va découvrir le monde.
Si un jour tu es dans la détresse,
invoque mon nom et je te viendrai en aide.
Va !

 

 

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photo Jacques Gradt

 

 

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