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Curieux de l’homme

2

 

Assemblés par Jacques Gradt

 

 

6 mai 2021

La dignité de l’homme

Paolo Ricca
professeur à la Faculté de théologie de l’Eglise vaudoise
Rome, de 1976 à 2002

La Bible ne parle pratiquement pas de la dignité de l'homme et moins encore de la dignité de tout homme. Elle parle plutôt de son contraire…
Que devons-nous conclure ? A la lumière du refrain que nous avons dû entendre : « je ne suis pas digne » et du spectacle de cet être à la dignité bafouée, raillée, persiflée, dont Pilate déclare « voici l'homme », à la lumière de la Bible, nous concluons prudemment ainsi : la dignité de l'homme, ce n'est pas évident

La dignité de l'homme, de tout homme, se dessine-t-elle clairement dans le miroir de son histoire ? Et si nous quittons ces généralités et devenons plus personnels, posons-nous la question à nous-mêmes « suis-je digne ? ». Et ton prochain, est-il digne ? Tous tes prochains sont-ils dignes ? Réponse difficile : ma dignité, ta dignité, sa dignité, ce n'est pas évident…
Il nous faut aiguiser notre regard et le porter, comme la Bible nous conseille de le faire, non pas sur ce qui se voit, mais sur ce qui ne se voit pas « car ce qui se voit est provisoire, mais ce qui ne se voit pas est éternel » (2 Corinthiens 4, 18). Ce qui se voit, souvent, c'est l'apparence, la surface des choses ; ce qui ne se voit pas, souvent, c'est l'essentiel, la vérité profonde des choses.
L’amour, c'est bien connu, on ne le voit pas. On voit les gestes de l'amour, on entend ses paroles, mais lui, l'amour, on ne le voit pas. La liberté c'est pareil. On entend les mots prononcés par un homme libre, on voit les actes que la liberté suscite, mais elle, la liberté, on ne la voit pas. Il en va de même pour la vérité : on peut voir ses fruits, comme on voit les fruits empoisonnés du mensonge, mais elle, la vérité, on ne la voit pas.

Pour voir, il faut porter son regard sur ce qu’on ne voit pas ; pour voir, il faut voir l'invisible. La dignité de l'homme n'est pas évidente, elle est cachée. La dignité de l'homme, c'est son humanité...

Nous avons affirmé la dignité de l'homme, mais il est tout à fait évident que pour qu'elle soit reconnue et établie, il faut qu’elle soit assumée. Mais pour qu'elle soit assumée, elle doit devenir l'objet d'une vocation. En tant qu’homme, tu as une dignité, mais cette dignité unique n'est pas seulement un état, une condition, elle est aussi une vocation, un appel. Tu es digne et par-là tu es appelé à l'être, c'est à dire tu es invité à assumer ta dignité. Parce que tu as une dignité, c'est ta tâche, de l'assumer et de la vivre. Mais précisément, assumer la dignité de l'homme comme tâche, manque dramatiquement à l'humanité contemporaine, bien qu'elle vive dans un temps où les droits humains ont été proclamés au niveau universel. Pas moins, hélas, que dans d'autres périodes de l'histoire, la dignité de l'homme est aujourd'hui niée, soit oubliée, soit refoulée, soit chaque jour piétinée, foulée au pied d'innombrables façons. La dignité de l'homme est souvent affirmée mais rarement assumée. Et elle est rarement assumée parce qu'on ne la conçoit pas assez comme vocation, comme appel, comme tâche…

 

 

Le billet

Un conférencier commence son discours
en tenant bien haut un billet de 50 €.
Bien propre tout frais sorti du distributeur.

- Qui aimerait avoir ce billet ?

Les mains commencent à se lever.

Il chiffonne le billet.

- Est-ce que vous voulez toujours de ce billet ?

Les mains continuent à se lever.

Il jette le billet froissé par terre et le piétine :

- Qui veut encore ce billet ?

Evidemment les mains continuent à se lever !

- Peu vous importe ce qui est arrivé à ce billet.
Vous souhaitez toujours le posséder
parce que sa valeur n'a pas changé.
Il vaut toujours 50 € !

Il en va de l’homme comme de ce billet…

Avec le temps,
il arrive qu’un billet
prenne une valeur
bien supérieure à sa valeur apparente !

 

 

 


Les deux sandales

rapporté par Jean-Claude Carrière
né en 1931

En Inde, les trains sont toujours bondés.
Un jour, un passager assis sur le toit du wagon, perdit une sandale qui tomba à l’extérieur.
Aussitôt, il enleva la deuxième et la jeta le long de la voie.
Les autres passagers s'étonnèrent.

L’homme dit simplement :
" Je n’ai que faire d’une seule sandale. Mais, si quelqu’un trouve la première, elle ne lui sera pas utile.
Autant qu’il trouve aussi la deuxième !"




Donne-moi quelqu'un

Prière des coopérateurs japonais de Mère Teresa


Oh ! Seigneur,
Quand je suis affamé,
donne-moi quelqu'un qui ait besoin de nourriture ;
Quand j'ai soif,
quelqu'un qui ait besoin d'eau ;
Quand j'ai froid,
envoie-moi quelqu'un à réchauffer ;
Quand je suis blessé,
donne-moi quelqu'un à consoler ;
Quand ma croix devient lourde,
donne-moi la croix d'un autre à partager ;
Quand je suis pauvre,
conduis-moi à un nécessiteux ;
Quand je n'ai pas le temps,
donne-moi quelqu'un que je puisse aider un instant ;
Quand je suis humilié,
donne-moi quelqu'un dont faire l'éloge ;
Quand je suis découragé,
envoie-moi quelqu'un à encourager ;
Quand j'ai besoin de la compréhension des autres,
donne-moi quelqu'un qui ait besoin de la mienne
Quand j'ai besoin qu'on prenne soin de moi,
envoie-moi quelqu'un de qui prendre soin ;
Quand je ne pense qu'à moi,
tourne mes pensées vers autrui.

 

 

 

De la charité

Xavier Emmanuelli
médecin, fondateur du SAMU social
interview du journal Réforme – extraits.

Pour moi, la charité est une vertu théologale. Elle est d’essence spirituelle, sacrée. Elle n’a pas peur de prononcer le mot amour, ni le mot tendresse. Elle unit les hommes entre eux, unit les hommes aux anges, les anges entre eux, et…le monde avec le Créateur. Elle est spirituelle car sa motivation première est la certitude que tout être humain est porteur de transcendance. La vraie charité, c’est aimer les autres et Dieu dans le même mouvement de l’être.

Je lutte pour les hommes mes frères, mais je suis aussi un être de chair avec ses zones de lumière et d’ombre. Cependant, il me semble, quand je parle juste, quand je soulage avec mes mains, que Dieu se sert de mon esprit et de mes mains. A ce moment-là, j’incarne ce qui est Dieu dans l’humanité. La motivation ultime de mon engagement est la souffrance perçue de l’autre. La compassion naît de la souffrance reconnue.


 

 

Les longues baguettes

Conte chinois

Un mandarin partit un jour dans l'au-delà.
Il arriva d'abord en enfer.
Il y vit beaucoup de gens attablés
devant des plats de riz.
Mais tous mouraient de faim,
car ils avaient des baguettes
longues de deux mètres,
et ils ne pouvaient s'en servir
pour se nourrir.

Puis, il alla au ciel.
Là aussi, il vit beaucoup de gens
attablés devant des plats de riz ;
et tous étaient heureux
et en bonne santé.
Eux aussi avaient des baguettes
longues de deux mètres,
mais chacun s'en servait pour nourrir
celui qui était assis en face de lui.


 


Je crois en l'homme

Lucien Jacques
Tombeau d'un berger 1953

Je crois en l'homme, cette ordure ;
Je crois en l'homme, ce fumier,
Ce sable mouvant, cette eau morte ;

Je crois en l'homme, ce tordu,
Cette vessie de vanité ;
Je crois en l'homme, cette pommade,
Ce grelot, cette plume au vent,
Ce boutefeu, ce fouille-merde ;
Je crois en l'homme, ce lèche-sang.

Malgré tout ce qu'il a pu faire
De mortel et d'irréparable,
Je crois en lui.
Pour la sûreté de sa main,
Pour son goût de la liberté,
Pour le jeu de sa fantaisie,

Pour son vertige devant l'étoile,
Je crois en lui.
Pour le sel de son amitié,
Pour l'eau de ses yeux, pour son rire,
Pour son élan et ses faiblesses.

Je crois à tout jamais en lui
Pour une main qui s'est tendue.
Pour un regard qui s'est offert.
Et puis surtout et avant tout
Pour le simple accueil d'un berger.



Faites attention aux papillons !

Père Guy GILBERT
né en 1935 - le curé des loubards

Faites attention aux papillons,
Ils sont fragiles.
Ils sont précieux aux yeux de Dieu,
Ils vous accompagnent de leur vie,
Mêlée à la vôtre,
Miracles de couleur et de légèreté,
Fleurs vivantes.
Faites attention aux papillons,
Ils sont fragiles.

Et faites attention
A vos frères et sœurs :
Ils sont fragiles.
Faites attention à vos compagnons de vie,
Si vite meurtris et brisés.
Même ceux qui semblent forts,
Ceux qui sont éclatants de couleurs,
Ceux qui paraissent légers et insouciants,
Joyeux et sans questions,
Un mot, un geste, peuvent les blesser et les abattre.

Faites attention aux papillons,
Ils sont fragiles.

 

 


Charte des droits de l’autre

Ici et partout dans le monde,

Droits de l’homme et solidarité

L’autre,
Celui, celle qui n'est pas de mon bord ou de mon opinion,
celui qui n'est pas de ma manière de vivre ou de mon âge,
celui, celle qui n'est pas de ma région ou de mon pays,
de ma race ou de ma couleur de peau,
l'autre, chaque humain, quel qu'il soit, a droit à la vie et au bonheur,
à l'espace et à la liberté,
chaque humain a droit à une égale dignité.

Car l’autre est unique

Son histoire et son destin sont uniques,
au milieu de tous, sujet de droits et de devoirs comme tous,
il est une personne unique,
il a droit à être reconnu pour lui-même,
il a droit à son visage, à sa parole et au respect de son identité,
il a droit au travail, à l'épanouissement de ses capacités,
il a droit à ses amours et à ses fêtes,
il a droit à ses appartenances, à la culture et à la communauté
de son choix,
il a droit d'aller et venir librement à travers le vaste monde,
il a droit à la paix.

L’autre en vaut la peine

Chaque humain qui n'est pas respecté pour lui-même,
chaque humain qui est utilisé, manipule ou méprisé,
chaque humain qui est bâillonné ou affamé,
chaque humain qui est empêché d’agir pour son propre bien
ou pour le bien d'autrui,
chaque humain qui est pourchassé ou opprimé, enfermé ou rejeté,
a droit de recevoir de moi,
ici et aujourd'hui,
l'aide concrète de ma pensée,
de mon cœur et de mes mains.

 

 

 


Septième jour

Jean Alexandre
pasteur,
poète Les dires du seuil 2017

au commencement l'humain chantait
il ne parlait pas il chantait
ses premiers mots ne furent pas des mots
il n'a pas nommé les animaux
car il les a chantés ou peut-être sifflés
c'est toujours de la musique

et bien sûr il mimait en chantant
il était joueur
il chantait il mimait il jouait
son chant était un cheval et le cheval courait
c'était un caïman le caïman nageait
un cormoran et il volait

et le monde le monde s'animait même les arbres bruissaient
et le ruisseau roucoulait le tonnerre tonnait
et Dieu pour cette unique fois
riant aussi pleurant vit cet humain
de son monde faire une oeuvre belle

Préliminaire
je dis que le mal ce n'est pas étonnant
le dur et le méchant c'est l'habitude
et ce qui me surprend
c'est la bonté en marche celle qui a des mains
et puisqu'il est un dieu là il rit de bonheur

 

 

 

Le blé te sert à quoi ?

Jean Giono 1895-1970
Que ma joie demeure

Le blé te sert à quoi ?
Pour le pain.
Pour Marthe et pour toi ?
Oui...
Alors, le reste ?
Je le vends.

Donc... avec du blé, tu fais du pain pour Marthe toi. C'est juste.
Avec encore de ton blé, tu ressèmes pour du nouveau blé, c'est juste.
Avec ce qui reste tu fais des sous. Tu donnes ton blé à quelqu'un. Il fait le compte. Il tire son portefeuille. Il te donne un billet, deux billets, trois billets... Tu les fais voir à Marthe. Tu ouvres l'armoire. Tu places les billets sous les chemises de Marthe... Tu fermes la porte de l'armoire. Bon.

A ce moment-là, tu t'aperçois que tu es lépreux.

De ton travail tu as fait trois parts :
Une qui te sert à vivre...Bon.
Une autre part qui te donne l'assurance de vivre l'an prochain...Bon
Une troisième part qui est en papier sous les chemises pliées.

Qu'est-ce que tu as fait pour le lépreux dans tout cela ? Rien !
Quand on ne fait rien pour le lépreux, il devient de plus en plus lépreux.
Il y a une partie du travail qui est perdue.
C'est celle qui s'est transformée en papier...
Je dis perdue !

Comment perdue?...C'est de l'argent.

Je dis plus : c'est ça qui te donne la lèpre... C'est de l'amour sans emploi...
Si tu veux guérir de la lèpre, il te faut aimer le monde et perdre le sens pauvrement humain de l'utile...

Le monde se trompe.
Vous croyez que c'est ce que vous gardez qui vous fait riche !
On vous l'a dit.
Moi je vous dis que c'est ce que vous donnez qui vous fait riche...
Vous n'avez pas d'autre grange que cette grange-là...
Tout ce que vous entassez hors de votre cœur est perdu.


 

Accroche ta charrue à une étoile

Anonyme

Accroche ta charrue à une étoile
Regarde la vie en face.
Mets-toi en route
Avec celles et ceux qui viennent de loin
À la recherche d'une étoile dans la nuit
Pour donner sens à leur vie.
La vie est plus forte que le mal.
Rien n'est jamais définitivement fichu.
Rien n'est jamais définitivement raté.
Il y a une issue, et de la lumière et de l'amour
Quelque part au-delà de toute une nuit,
Au-delà de toute mort, au-delà de toute grisaille ...
Nous ne sommes pas emprisonnés.
Une aurore est à chaque instant disponible.
Tu ne trouveras pas la source du vrai bonheur
Dans ta consommation solitaire.
Sois à l'écoute des appels chaleureux,
Déconcertants et inépuisables de la vie.
Laisse éclater les immenses espaces intérieurs qui demeurent en toi.
Tu es capable de regarder le neuf,
De t'en émerveiller et de le construire.
Accroche-toi à cette rage de vivre, d'aimer et d'espérer
Qui ne te laisse jamais en repos,
Endormi, démoralisé, aplati, recroquevillé.
Avance à découvert. Avance au large,
Debout, lucide, en éveil, aux aguets, le regard clair, les mains ouvertes.
Rebelle, dissident, insoumis, libre, rejette, dénonce,
Combat tout ce qui ne respecte pas la vie.
N'aie pas peur. L'avenir n'est pas abandonné à la fatalité.
Crois à ce que l'on fait ensemble
Pour rendre la vie plus humaine, la terre habitable.

 

 

La Vie : un mystère !

Alain Barde. 1913 - 1995
pasteur, aumônier de prison. Genève

Est-ce vraiment la mort qui est le plus grand mystère ? N'est-ce pas la vie ? Pourrions-nous imaginer d'être immortels, comme le fait remarquer Albert Jacquard ?

La vie n'a pas le même sens pour chacun, et même pour certains elle n'en a aucun. C'est en raison de la valeur que nous donnons à la vie que la mort nous interpelle et semble si menaçante. Qu'elle perde toute signification et elle appellera la mort comme une délivrance. Privée de sens, semblable à une plante sans racine, donc sans avenir, la vie se verra subrepticement investie par son ennemie. La mort est déjà là, avant la mort. C'est le présent, l'immédiat de nos existences qui est bouleversé par la déchirure d’une affection. La souffrance arrache aux vivants un pourquoi parfois lancinant mais elle ne supprime pas cette réalité éclairée par la Parole indestructible, échappée au tombeau : les disparus sont dans la lumière. La nuit ne brille-t-elle pas comme le jour ?

Le mystère ce sont les souffrances innombrables, physiques, morales, voire spirituelles. La place laissée vide se mue parfois en inguérissable absence, en brûlure épuisante.

Mystère de la vie souffrante ! Pâques est lumière offerte. Ce sont les vivants qui sont appelés au Travail de deuil.

Le credo proclame : Je crois la communion des saints, De quoi parle-t-il ?
Les saints, selon le Nouveau Testament n'évoquent jamais une classe supérieure. Etre saint signifie être cueilli, recueilli par un amour sans limite_ Rien à voir avec une abstraction éculée. Cet amour a pris visage d'enfant et Jésus en a gardé l'intensité tout au long de son chemin terrestre, rayonnant d'une tendresse que la mort ne limite pas. La Parole ressuscitée, arrachée à l'étouffement de la croix et de la mort, a surgi su- la route des disciples. Ils en sont les témoins. Ils découvrent que la mort ne détruit pas la communion des saints. Vivant ou mort, le saint reste la cible de cette tendresse divine.

Nous sommes sans doute appelés davantage à contempler qu'à parler. Aucun concept n'est apte à évoquer une réalité hors du temps et de l'espace. C'est l'indicible. Du reste, est-ce qu'un amour authentique, sur terre, peut se dire ? Nous bégayons des mots à l'extérieur du feu !

Croire, selon le credo, au Saint-Esprit, qui fait naître la communion des saints, c'est croire que ce que l'amour crée, la mort ne peut le détruire. La mort ne brise pas la prière de ceux qui nous ont aimés.

Mystère encore que la prière - et non problème livré à la sagacité de l’intellect- mystère qui relie les vivants à l'éternité, à l’au-delà de l'espace et du temps, L'éternité, dans la clarté pascale, évoque une qualité infinie: l'amour indestructible et non une quantité indéfinie dans le Temps. Cet au-delà de l'intelligence n'est pas un ailleurs, Il est autant en nous que hors de nous. Retenons l'image d'une source qui irrigue le temps et l'éternité, source d'où notre foi tire sa sève quotidienne d'éternité.

Encore une fois, parler du mystère de l’Esprit saint et de la communion des saints ce n'est pas faire dans l'abstrait : c'est recevoir le souffle qui anime la parole de Jésus à Lévi, à Zachée, à Simon le pharisien. C'est percevoir l'intensité de son regard posé sur les accusateurs comme sur la femme adultère. Qu'y-a-t-il de moins abstrait que ce regard qui sauve cette femme tremblante sur- le seuil de la mort?

J'évoque le mystère d’éternité quotidienne, dans la certitude que ce n'est pas notre spiritualité qui nous prépare à l'éternité, mais que c'est l’éternité qui nous donne de vivre vraiment au quotidien.

 

 



Changer l’homme !

André Gide 1869-1951
Les nourritures terrestres

Ce n’est pas seulement le monde
qu’il s’agit de changer,
mais l’homme.
D’où surgira-t-il cet homme neuf ?
Non du dehors.
Sache le découvrir en toi-même,
exige-le de toi,
cet homme attendu !
Obtiens-le de toi-même,
ose devenir qui tu es
ne te tiens pas quitte à bon compte !
Il y a d’admirables possibilités en chaque être.
Persuade-toi de ta force
sache redire sans cesse :
« Il ne tient qu’à moi ! »

 

 

 



Les tailleurs de pierres

André Steiger, poète
La lumière est dedans 2008

Sur la place des lavandières
Travaillaient trois tailleurs de pierres

Un voyageur passant par là,
S’informa : Que faites-vous là ?

Le premier dit, furieux sans doute :
Vous voyez bien que je gagne ma croûte !

Et le second, frappant sa pierre :
Ben, vous voyez bien : je taille des pierres ;

Quant au troisième, il dit jovial :
Moi je bâtis des cathédrales !

Ils taillaient les mêmes cailloux,
Tous les trois pour les mêmes sous.

Le premier taillait sa misère
Et, de loin, préparait la guerre…

Le deuxième, il taillait des pierres
Puisqu’il était tailleur de pierres.

Le troisième, il taillait sa joie
Et la paix du monde à la fois.

Le voyageur en s’en allant,
Lui qui était tailleur de vent
Se demandait sous le ciel blême :
Lequel des trois suis-je moi-même ?

 

 


Deux frères…

Auteur inconnu

Deux frères cultivaient ensemble un lopin de terre et se partageaient la récolte.

Une nuit, après la moisson, le plus jeune frère se réveilla en pensant à ce partage :

- Mon frère est marié, il a deux enfants. Il a certainement beaucoup plus de soucis et de dépenses que moi. Je devrais lui donner plus de blé, mais il le refusera certainement.
Aussitôt, il se leva et emporta quelques sacs dans le grenier de son frère.

La même nuit, le deuxième frère se réveilla aussi :

- Mon frère vit tout seul, il ne connaît pas le bonheur d’une vie de famille. Il a besoin de se distraire, mais les distractions coûtent cher. Je devrais lui donner plus de blé, mais il le refusera certainement.

Aussitôt, il se leva et emporta quelques sacs dans le grenier de son frère.
Au matin, les deux frères furent très étonnés, car chacun d’eux trouva dans son grenier autant de sacs que la veille.
Chaque année, après la moisson, ils recommencèrent.

Cependant, ils n’ont jamais su par quel sortilège il y avait toujours le même nombre de sacs.

 

 

 

Dignité

Olivier Abel  
professeur de philosophie et d'éthique à la faculté de théologie protestante de Montpellier. 

Qu’est-ce donc qu’humilier ? C’est d’abord traiter quelqu’un comme pas vraiment humain, pas tout à fait, pas normalement, pas complètement. On ne le voit pas,

Saint Augustin disait : Dieu ne choisit pas les dignes mais en choisissant, il rend digne.

L’esclavage n’atteint pas l’esclave : Epictète était esclave et fut pourtant le maître à penser d’empereurs, on venait de loin pour l’écouter.

Naguère on ne pouvait pas savoir ce qu’allait devenir tel ou tel, aujourd’hui on est capable de dire : « Ce n’est pas la peine de soigner cet homme puisqu’on sait que de toute façon d’ici cinq ans il développera une maladie fatale, donc ne perdons pas l’argent des systèmes de santé. » Si cela se développait on irait vers quelque chose de très grave.

Ce serait accepter que la loi soit faite à partir de la « brebis » perdue, de la plus fragile, la plus vulnérable, et donc non plus conçue pour le cas général mais au contraire pour le cas particulier.

Au contraire : traiter soi-même, et tout autre (et soi-même comme n’importe quel autre) comme une fin et non comme un moyen, c’est-à-dire comme étant sans prix, sans équivalent, et sans chercher à entrer dans le calcul des causes ni des conséquences utiles ou nuisibles, tel est le principe radical.

 

 


Recommence

anonyme

Si tu es las et que la route te paraît longue,
Si tu t'aperçois que tu t'es trompé de chemin,
Ne te laisse pas couler au fil des jours et du temps…
… Recommence !

Si la vie te semble trop absurde,
Si tu es déçu par trop de choses et trop de gens,
Ne cherche pas à comprendre pourquoi...
... Recommence !

Si tu as essayé d’être aimé et d'être utile,
Si tu as connu la pauvreté et les limites,
Ne laisse pas une tâche à moitié faite
… Recommence !

Si les autres te regardent avec reproche,
S'ils sont déçus par toi, irrités,
Ne te révolte pas, ne leur demande rien
… Recommence !

Car l'arbre rebourgeonne en oubliant l'hiver,
Car le rameau fleurit sans demander pourquoi,
Car l'oiseau fait son nid sans songer à l'automne,
Car la vie est espoir et recommencement.



 


La caresse

Jacques Gradt
après avoir lu Emmanuel Lévinas

La main s’ouvre, déploie ses doigts vers le dehors.
Lorsqu’elle atteint le monde, objet ou sujet, chose ou être humain, les doigts ne se referment pas en une prise ou une emprise en un maintenant main-tenant
Elle reste tendue, ouverte.
Ainsi la main se fait caresse.

La caresse s’oppose à la violence, à la griffe.
La caresse ne sait pas ce qu’elle cherche …
…elle est dans l’attente du devenir.
La caresse n’est pas un savoir mais une expérience,
une rencontre, un respect.
Ni pouvoir ni violence, mais tendresse.
Non pas fusion, mais relation.

La caresse soutient que l’unique vérité divine peut et doit se décomposer en une pluralité de vérités relatives que les hommes peuvent partager .
La relativité de la caresse exclut toute vérité totalitaire : elle est sagesse de l’incertitude.

L’homme est unique. L’homme c’est chaque fois un autre homme, une autre vie, une autre expérience.
L’homme n’est pas …il devient.

Le visage de l’autre homme, c’est ce qui le marque dans sa singularité, dans son unicité, dans l’impossibilité de l’interchanger avec un autre visage.

Le visage, c’est l’homme lui-même que l’on rencontre mais qu’on ne “connaît” pas. Il n’est pas de l’ordre du savoir, mais de la rencontre, de la relation, du respect.


 


L’amitié

(Paroles : Jean-Max Rivière
Musique : Gérard Bourgeois, 1965. Françoise Hardy

Beaucoup de mes amis sont venus des nuages
Avec soleil et pluie comme simples bagages
Ils ont fait la saison des amitiés sincères
La plus belle saison des quatre de la terre

Ils ont cette douceur des plus beaux paysages
Et la fidélité des oiseaux de passage
Dans leurs cœurs est gravée une infinie tendresse
Mais parfois dans leurs yeux se glisse la tristesse
Alors, ils viennent se chauffer chez moi
Et toi aussi tu viendras

Tu pourras repartir au fin fond des nuages
Et de nouveau sourire à bien d'autres visages
Donner autour de toi un peu de ta tendresse
Lorsqu'un autre voudra te cacher sa tristesse

Comme l'on ne sait pas ce que la vie nous donne
Il se peut qu'à mon tour je ne sois plus personne
S'il me reste un ami qui vraiment me comprenne
J'oublierai à la fois mes larmes et mes peines
Alors, peut-être je viendrai chez toi
Chauffer mon cœur à ton bois

 

 

 

 

Discours final du film Le Dictateur 
de Charlie Chaplin 1940

...Je suis désolé, mais je ne veux pas être empereur, ce n'est pas mon affaire.
Je ne veux ni conquérir, ni diriger personne. Je voudrais aider tout le monde
dans la mesure du possible, juifs, chrétiens, païens, blancs et noirs.
Nous voudrions tous nous aider si nous le pouvions.
Les êtres humains sont ainsi faits.
Nous voulons donner le bonheur à notre prochain, pas lui donner le malheur.
Nous ne voulons pas haïr ni humilier personne.
Chacun de nous a sa place et notre terre est bien assez riche,
elle peut nourrir tous les êtres humains.
Nous pouvons tous avoir une vie belle et libre mais nous l'avons oublié.
L'envie a empoisonné l'esprit des hommes, a barricadé le monde avec la haine,
nous a fait sombrer dans la misère et les effusions de sang.
Nous avons développé la vitesse pour nous enfermer en nous-mêmes.
Les machines qui nous apportent l'abondance nous laissent dans l'insatisfaction.
Notre savoir nous a fait devenir cyniques.
Nous sommes inhumains à force d'intelligence,
nous pensons beaucoup trop et nous ne ressentons pas assez.
Nous sommes trop mécanisés et nous manquons d'humanité.
Nous sommes trop cultivés et nous manquons de tendresse et de gentillesse.
Sans ces qualités humaines, la vie n'est plus que violence et tout est perdu.
Les avions, la radio nous ont rapprochés les uns des autres,
ces inventions ne trouveront leur vrai sens que dans la bonté de l'être humain,
que dans la fraternité, l'amitié et l'unité de tous les hommes.
En ce moment même, ma voix atteint des millions de gens à travers le monde,
des millions d'hommes, de femmes, d'enfants désespérés, victimes d'un système
qui torture les faibles et emprisonne des innocents.
Je dis à tous ceux qui m'entendent: Ne désespérez pas !
Le malheur qui est sur nous n'est que le produit éphémère 
de l'habilité, de l'amertume de ceux qui ont peur des progrès qu'accomplit l'Humanité.
Mais la haine finira par disparaître et les dictateurs mourront,
et le pouvoir qu'ils avaient pris aux peuples va retourner aux peuples.
Et tant que des hommes mourront pour elle, la liberté ne pourra pas périr.
Soldats, ne vous donnez pas à ces brutes, à une minorité qui vous méprise et qui fait
de vous des esclaves, enrégimente toute votre vie et qui vous dit tout ce qu'il faut faire
et ce qu'il faut penser, qui vous dirige, vous manoeuvre, se sert de vous comme
chair à canons et qui vous traite comme du bétail.
Ne donnez pas votre vie à ces êtres inhumains, ces hommes-machines avec
une machine à la place de la tête et une machine dans le coeur.
Vous n'êtes pas des machines !
Vous n'êtes pas des esclaves ! Vous êtes des hommes !

Des hommes avec tout l'amour du monde dans le coeur.
Vous n'avez pas de haine, sinon pour ce qui est inhumain,
ce qui n'est pas fait d'amour.
Soldats ne vous battez pas pour l'esclavage mais pour la liberté.

Il est écrit dans l'Evangile selon Saint Luc
"Le Royaume de Dieu est dans l'être humain", pas dans un seul humain ni dans un groupe humain,
mais dans tous les humains, mais en vous, en vous le peuple qui avez le pouvoir.
Le pouvoir de créer les machines, le pouvoir de créer le bonheur.
Vous, le peuple, vous avez le pouvoir. Le pouvoir de rendre la vie belle et libre,
le pouvoir de faire de cette vie une merveilleuse aventure.
Alors au nom même de la Démocratie, utilisons ce pouvoir.
Il faut tous nous unir, il faut tous nous battre pour un monde nouveau,
un monde humain qui donnera à chacun l'occasion de travailler,
qui apportera un avenir à la jeunesse et à la vieillesse la sécurité.

Ces brutes vous ont promis toutes ces choses
pour que vous leur donniez le pouvoir : ils mentaient.
Ils n'ont pas tenu leurs merveilleuses promesses ; jamais ils ne le feront.
Les dictateurs s'affranchissent en prenant le pouvoir mais ils font un esclave du peuple.
Alors, il faut nous battre pour accomplir toutes leurs promesses.
Il faut nous battre pour libérer le monde, pour renverser les frontières et
les barrières raciales, pour en finir avec l'avidité, avec la haine et l'intolérance.
Il faut nous battre pour construire un monde de raison, un monde où la science
et le progrès mèneront tous les hommes vers le bonheur.
Soldats, au nom de la Démocratie, unissons-nous tous !

Hannah, est-ce que tu m'entends ?
Où que tu sois, lève les yeux ! Lève les yeux, Hannah !
Les nuages se dissipent ! Le soleil perce !
Nous émergeons des ténèbres pour trouver la lumière !
Nous pénétrons dans un monde nouveau, un monde meilleur,
où les hommes domineront leur cupidité, leur haine et leur brutalité.
Lève les yeux, Hannah !
L'âme de l'homme a reçu des ailes et enfin elle commence à voler.
Elle vole vers l'arc-en-ciel, vers la lumière de l'espoir.
Lève les yeux, Hannah !
Lève les yeux !....

 

 


Tu ne sais rien de l'homme

Saint-Exupéry
Citadelle I

Ainsi que de l'arbre tu ne sais rien de l'homme si tu l'étales dans sa durée et le distribue dans ses différences. L'arbre n'est pas semence, puis tige, puis tronc flexible, puis bois mort. Il ne faut point le diviser pour le connaître. L'arbre c'est cette puissance qui lentement épouse le ciel. Ainsi de toi mon petit d’homme. Dieu te fait naître, te fait grandir, te remplit successivement de désirs, de regrets, de joies, et de souffrances, de colères et de pardons, puis te rentre en lui. Cependant tu n’es pas cet écolier, ni cet époux, ni cet enfant, ni ce vieillard. Tu es celui qui s’accomplit. Et si tu sais te découvrir branche balancée, bien accrochée à l’olivier, tu goûteras dans tes mouvements, l’éternité. Et tout, autour de toi, se fera éternel. Eternelle la fontaine qui chante et a su abreuver tes pères, éternelle la lumière des yeux quand te sourira la bien-aimée, éternelle la fraîcheur des nuits.
Le temps n’est plus un sablier qui use son sable, mais un moissonneur qui noue sa gerbe.


 

Misere Prends pitié, 1995
Sculpture de Nakamura Shinya

 


Le mauvais larron

Norge (1898‑1990)
La langue verte

Celui des trois qui a le moins de chance...
Excusez‑moi, je m'y connais si peu,
Et puis son cas, ‑ excusez‑moi, Messieurs,
En général est passé sous silence.

Ce garçon‑là, je crois qu'il a souffert
Autant qu'un autre. et même, plus j'y pense,
Et plus je trouve, excusez‑moi si j'offense...
Endurer ça pour aller en enfer !

Enfin, languir avec ses quatre clous
Aux pieds, aux mains des heures et des heures...
Crever méchant, soit. Vous seriez bon, vous,
Avec ces trous et ce sang qui vous pleure ?

C'est entendu, c'est un dur, un pervers,
Jusqu'à la mort dans son mal il se vautre...
C'est fort quand même : aller seul en enfer
Si près d'un dieu qui sauve tous les autres.

Son camarade avec deux trois prières
Va droit au ciel et lui, sur son poteau
S'enrage seul et se tord les boyaux
Et souffre tout pour aller en enfer.

Son camarade avec le chœur des anges
Va jubiler toute l'éternité
Et c'est sur lui tout seul que Dieu se venge
De ces maux qu'il a lui‑même inventés.

Excusez‑moi si je n'y comprends rien.
Oui, je saisis l'énorme différence,
Mais en tout cas, ce garçon‑là, c'est bien
Celui qui a le moins de chance.

 

 

 

 

La pâte humaine

Saint-Exupéry
Lettre à un otage III

… C’était par une journée d’avant-guerre, sur les bords de la Saône du côté de Tournus. Nous avions choisi, pour déjeuner un restaurant dont le balcon de planches surplombait la rivière. Accoudés à une table toute simple, gravée au couteau par les clients, nous avions commandé deux pernods… Et comme deux mariniers, à quelques pas de nous, déchargeaient un chaland, nous avons invités les mariniers. Nous les avons hélé du haut du balcon. Et ils sont venus. Ils sont venus tout simplement. Nous avions trouvé si naturel d’inviter des copains à cause peut-être de cette invisible fête en nous. Il était tellement évident qu’ils répondraient au signe. Nous avons donc trinqué !

Le soleil était bon. son miel tiède baignait les peupliers de l’autre berge, et la plaine jusqu’à l’horizon…

… L’un des deux mariniers était hollandais. L’autre allemand. Celui-ci avait autrefois fui le nazisme, poursuivi qu’il était là-bas comme communiste, ou comme trotskiste, ou comme catholique, ou comme juif;(Je ne me souviens plus de l’étiquette au nom de laquelle l’homme était proscrit) Mais à cet instant-là le marinier était bien autre chose qu’une étiquette. C’est le contenu qui comptait. La pâte humaine. Il était un ami, tout simplement…

 



Le visage

François Cheng
académicien français né en 1929
Cinq méditations sur la beauté p. 60-63

La position debout a entraîné une triple libération. Elle a libéré les mains, ce qui a permis l'homo faber. Elle a libéré la tête et la corde vocale, ce qui a permis l'homme parlant et à la voix humaine de devenir cet outil magique pour la parole et le chant.

Enfin, elle a libéré le visage ; au lieu d'être une « gueule » tendue en avant au ras du sol comme celle de l'animal qui va d'erre en erre à la recherche de nourriture, le visage désormais fait partie d'une tête qui se pose paisiblement et noblement sur les épaules.

Ce visage peut tourner, avec une aisance souveraine, son regard vers la hauteur et le lointain, échanger un sourire avec ses semblables, laisser affleurer sentiments et émotions qui viennent de la profondeur, qui s'élèvent vers le sommet et qui finissent par le modeler. Ayons la hardiesse d'affirmer que si tout visage de haine est laid, en revanche tout visage en sa bonté est beau.

Le visage est ce trésor unique
que chacun offre au monde.

 

 

 

 

Le Messie ?

Anthony de Mello
1931-1987

Le gourou plongé dans sa méditation au creux d'une grotte de l'Himalaya ouvrit les yeux et découvrit un visiteur inattendu assis là, devant lui l'abbé d'un monastère bien connu.

"Vous cherchez quoi ? "demanda le gourou.

L'abbé raconta une histoire de malheur. Il avait été un temps où son monastère était célèbre à travers tout le monde occidental. Les cellules débordaient de jeunes aspirants et son église résonnait du chant des moines. Mais des temps durs étaient apparus pour son monastère. Les gens ne venaient plus en masse y nourrir leur esprit, le flot des aspirants était tari, l'église était devenue silencieuse. Il n'y restait plus qu'une poignée de moines, qui accomplissaient leurs tâches avec des cœurs alourdis.

Or, voici ce que l'abbé voulait savoir : " Est-ce à cause d'un quelconque péché des nôtres que le monastère a été réduit à semblable état ? "

"Oui, dit le gourou: un péché d'ignorance. "

"Qu`est‑ce à dire ?"

" L'un des vôtres est le Messie déguisé et vous n'en savez rien." Cela dit, le gourou ferma les yeux et reprit sa méditation.

Tout au long du pénible voyage de retour au monastère, le cœur de l'abbé battait la chamade à la pensée que le Messie oui, le Messie lui-même était revenu sur terre et se trouvait justement là, dans le monastère.

Comment se faisait‑il qu'il n'avait pas réussi à le reconnaître ? Et qui pouvait‑il bien être ? Le frère cuisinier ? le frère sacristain ? le frère trésorier ? le frère prieur ? Non, pas lui : il avait trop de défauts, hélas.
Par contre le gourou avait dit qu'il était déguisé. Ces défauts mêmes ne constituaient‑ils pas un de ses déguisements ? Pensez donc : tous les frères du monastère avaient des défauts. Et l'un d'eux devait être le Messie !

Rentré au monastère, l'abbé réunit les moines et leur raconta ce qu'il avait découvert. Ils se regardèrent mutuellement avec incrédulité. Le Messie ? Ici ? Incroyable ! Mais il était censé exister ici sous un déguisement. Alors, peut-être. Et si c'était Untel ou Untel ? Ou cet autre, là-bas ? Ou...

I1 y avait ceci de certain : si le Messie existait au milieu d'eux sous quelque déguisement, il était improbable qu'ils puissent le découvrir. Aussi, entreprirent‑ils de traiter chacun avec respect et considération. "On ne sait jamais...", se disaient‑ils en eux-mêmes dès qu'ils entraient en quelque rapport avec autrui : "peut-être est‑ce celui‑ci". "

Le résultat de tout cela fut que l'atmosphère du monastère rayonna la joie. Très tôt des douzaines d'aspirants demandèrent leur admission dans l'ordre et de nouveau résonna dans l'église le saint et pieux chant des moines qui rayonnaient l'Esprit d'amour.

À quoi sert d'avoir des yeux, si le cœur est aveugle ?

 

 

 

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