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À la Santé

 

 

transmis par le pasteur Jacques Gradt

 

30 mars 2010

Avant d'entrer dans ma cellule
Il a fallu me mettre nu
Et quelle voix sinistre ulule
Guillaume qu'es-tu devenu

Le Lazare entrant dans la tombe
Au lieu d'en sortir comme il fit
Adieu , adieu chantante ronde
O mes années ô jeunes filles

Que je m'ennuie entre ces murs tout nus
Et peints de couleurs pâles
Une mouche sur le papier à pas menus
Parcourt mes lignes inégales

Que deviendrai-je ô Dieu
qui connais ma douleur
Toi qui me l'as donnée
Prends en pitié mes yeux sans larmes
             ma pâleur
Le bruit de ma chaise enchaînée

Et tous ces pauvres cœurs battant
                         dans la prison
L'Amour qui m'accompagne
Prends en pitié surtout ma débile raison
Et ce désespoir qui la gagne

Que lentement passent les heures
Comme passe un enterrement
Tu pleureras l'heure où tu pleures
Qui passera trop vitement
Comme passent toutes les heures

Dans une fosse comme un ours
Chaque matin je me promène
Tournons, tournons, tournons toujours
Le ciel est bleu comme une chaîne
Dans une fosse comme un ours
Chaque matin je me promène

Dans la cellule d'à côté
On y fait couler la fontaine
Avec les clefs qu'il fait tinter
Que le geôlier aille et revienne
Dans la cellule d'à côté
On y fait couler la fontaine

J'écoute les bruits de la ville
Et prisonnier sans horizon
Je ne vois rien qu'un ciel hostile
Et les murs nus de ma prison

Le jour s'en va voici que brûle
Une lampe dans la prison
Nous sommes seuls dans ma cellule
Belle clarté Chère raison.

Guillaume Apollinaire

septembre 1911

 

 

 

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Guichet

 

[...] C'est ainsi que je suis entrée en prison. J'ai connu l'épreuve initiatique du guichet et sa fonction paradoxale qui veut qu'il relie l'extérieur et l'intérieur et les sépare en même temps. Le dehors du dedans. Le dedans du dehors. Et l'étrangeté qui saisit les premiers jours, lorsque on ne sait plus bien où sont justement le dehors et le dedans, quand le dedans est aussi le dehors du monde, et le dehors, le dedans de la vie. Déroutante ambiguïté ou paradoxe originel, essence même de la prison, dans laquelle on entre lorsqu'on sort du monde. Et de laquelle on sort pour rentrer dans le monde.
   Cinq mètres suffisent pour cette étrange expérience. Ici, le passage est un saut. De l'autre côté du guichet, le monde n'est plus.
   Nous sommes dans l'« invisible », l'invisible social. L'étrangeté, c'est aussi de voir l'invisible. L'effroi tient sans doute à cette irrationalité : voir l'invisible.
   Le passage du guichet balaie d'un coup les routines et la raison avec la cérémonie du portique, sonneries et déshabillage, rituel éprouvant qui écorche et menace.
   Où sommes-nous donc tombés, le guichet passé ? Sur la face cachée de la lune, une évidence le premier jour. Et très vite cette interrogation : « Sommes-nous encore chez les vivants ou déjà chez les morts ? » Passé le guichet, demandez donc aux prisonniers et aux gardiens. Ils vous répondront en chœur : « Mais... chez les morts ! »
   Difficile en effet de ne pas évoquer ici la terre et ses entrailles, les trous et les fosses creusés pour les morts. …
   Passé le guichet, nous ne sommes plus à la surface des hommes mais dans leur intime profondeur, le regard se fait aveugle et la parole est muette. Place à la tragédie, métaphore de l'imaginaire et grâce des poètes.
   Ils sont là, Hugo nous l'assure, il sait où : Entre ceux qui oppriment et ceux qui sont opprimés, il n'y a de différence que l'endroit où ils sont situés. Vos pieds marchent sur des têtes, ce n'est pas votre faute. C'est la faute à la Babel sociale

Christiane de Beaurepaire 
NON-LIEU
p.14

 

 

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C’est bloqué !


Première porte : c'est bloqué. Deuxième porte : c'est bloqué. Troisième porte : c'est bloqué.
Geste des surveillants, bras croisés devant la poitrine : défense de passer. Pourquoi c'est bloqué ? On ne sait pas. Les « palais » qui s'en vont, un détenu dangereux qui circule ou qu'on emmène au mitard, la plupart du temps, on n'en sait rien. C'est bloqué parce que c'est bloqué.
Il n'y a pas que les portes qui soient bloquées.
Bloquée la vie en cellule avec trois ou quatre codétenus que l'on n'a pas choisis et avec lesquels on s'entend plus ou moins bien.
Bloqué l'esprit d'initiative puisque le détenu ne sait même plus ouvrir sa porte.
Bloqué l'avenir des détenus qui attendent souvent pendant des mois, voire des années, un jugement qui leur permettrait d'être fixés sur leur sort.
Bloquée la vie professionnelle qui a souvent été précaire et qui sera définitivement compromise après un séjour en prison et avec un casier judiciaire. Bloquée la vie familiale ou sentimentale qui résiste mal à la prison et aux difficultés de tous ordres qu'elle entraîne.

Et à la sortie réinsertion bloquée par le cercle vicieux : pas de logement sans travail, pas de travail sans logement.
Et l'on comprend que soit trop souvent ouverte la porte de la prison pour les soixante à soixante-dix pour cent de détenus qui reviennent derrière les portes bloquées.

 

Jeanne Bouissou 
Des murs et des hommes
Une visiteuse à la Santé

ed. Viviane Hamy

 

 

 

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Dans Sainte-Pélagie

Dans Sainte-Pélagie,
Sous ce règne, élargie,
Où, rêveur et pensif,
Je vis captif,
Pas une herbe ne pousse
Et pas un brin de mousse
Le long des murs grillés
Et frais taillés!
Oiseau qui fend l'espace...
Et toi, brise, qui passe
Sur l'étroit horizon
De la prison,
Dans votre vol superbe,
Apportez-moi quelque herbe,
Quelque gramen, mouvant
Sa tête au vent !
Qu'à mes pieds tourbillonne
Une feuille d'automne
Peinte de cent couleurs
Comme les fleurs !
Pour que mon âme triste
Sache encor qu'il existe
Une nature, un Dieu
Dehors ce lieu,
Faites-moi cette joie
Qu'un instant je revoie
Quelque chose de vert
Avant l'hiver !

Gérard de Nerval 1808-1855

 

 

 

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Derrière les barreaux

 

Derrière les barreaux, la haine et l’amertume,
Le désespoir, la souffrance et la rage.
La rage, comme un cri étouffé qui ronge la poitrine,
La souffrance indicible de perdre tout, de n’être plus rien.

Derrière les barreaux, dilatation du temps,
    encerclement des murs, corps contrôlé, nié.
Accepter l’inacceptable, devenir un numéro,
    perdre son individualité
Se résigner à devenir un animal,
    condamné à ne plus avoir d’intimité
Sans cesse traqué par l’œilleton inquisiteur des portes clés.

Derrière les barreaux, le mitard,
    terreur de l’homme face à sa raison,
La démence, les cris, la solitude d’un homme
Emmuré dans ses propres pensées,
      égaré dans le labyrinthe de son esprit.
Derrière les barreaux, la mort, comme seule évasion,
Eden rêvé ou ultime résignation.

Derrière les barreaux, l’espoir, exorciste
des peurs et des pensées funestes,
Si ténu, si fragile, si prompt à vaciller.
Un parloir, une lettre, un sourire,
    petites étincelles de bonheur
dans le gouffre abyssal, deviennent alors le soleil,
        qui enfin, donne un sens à la vie.

 

Lisa Deheurles Montmayeur
d octorante en sociologie au sein du
laboratoire de recherche PACTE
(Politiques publiques, Action politique, Territoires)

 

 

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Atelier de lecture


Je peux dire que tout a commencé il y a une quinzaine d'années par un simple coup de téléphone. Quelqu'un au ministère de la Culture me demandait si je voulais bien animer un atelier d'écriture avec des détenus dans une maison d'arrêt... J'ai répondu oui.
Deux semaines plus tard, je sonnais à la porte de la prison Sainte-Anne à Avignon. Le directeur m'attendait... J'ai fait mettre des affichettes dans tous les couloirs de la détention, m'a-t-il dit, pour annoncer votre venue. Une douzaine de détenus se sont inscrits, le problème c'est que je ne sais pas où vous installer, nous n'avons aucune salle ici. Cette prison est si vieille, elle devrait être fermée depuis belle lurette.  
-  Vous n'avez pas une bibliothèque ? 
-  Si on peut appeler ça une bibliothèque... C'est une cellule ordinaire où nous stockons les livres, le bibliothécaire est un détenu, il vit dans cette cellule. Deux fois par semaine il fait le tour de la prison avec son chariot et la liste des livres ; vous savez ici la lecture...

[...] Les détenus nous attendaient avec quelques surveillants devant cette bibliothèque-cellule. J'ai serré la main de tout le monde... Jusqu'au plafond les murs de ce réduit étaient tapissés de livres, tous recouverts d'un même papier bleu fané. Quelqu'un avait écrit sur chaque livre, à la plume, le titre et le nom de l'auteur. J'ai appris plus tard que les bibliothécaires des prisons sont souvent des escrocs ou des crimes passionnels. Ils sont plus cultivés que les autres. 

Nous avons pris place comme nous avons pu, trois ou quatre sur le lit du bibliothécaire, deux sur sa petite table, les autres se sont assis par terre jambes repliées. Ils m'ont laissé l'unique chaise... Je me suis présenté et ils m'ont posé deux questions :
- Est-ce que je gagnais bien ma vie avec mes livres ?
-  Étais-je supporter de l'Olympique de Marseille ?
À la première j'ai répondu non, oui à la seconde. Ça a détendu l'atmosphère, même les deux surveillants souriaient ; j'allais au stade Vélodrome, je ne pouvais pas être un émeutier. Ils étaient presque tous Marseillais. 

Durant près de trois heures nous avons discuté de football, de femmes et un peu des livres qu'ils avaient lus. Ils m'ont raconté l'anecdote de ce détenu qui avait emprunté un jour Les Essais de Montaigne et qui avait balancé le livre à la tête du bibliothécaire la semaine suivante parce que cet écrivain n'avait jamais vu de sa vie un ballon de rugby.

Quand l'un des surveillants m'a dit qu'il était temps de les ramener en cellule, personne n'avait envie de bouger. Ils m'ont demandé si j'allais revenir. 

Je me suis retrouvé dans la rue comme on surgit d'un souterrain. Quatre cents hommes vivaient pendant des années dans ce souterrain. La ville m'a paru étincelante de boutiques, de lumières et de femmes élégantes qui sortaient des bureaux ou souriaient devant une vitrine...  J'avais encore dans la bouche cette odeur de désinfectant, de chou, de moisissure et de souffrance, et j'étais loin de me douter que durant quinze ans, chaque semaine, je retrouverais cette odeur dans la prison Sainte-Anne puis dans toutes les prisons où j'allais retourner des centaines de fois avec des valises de mots et des sacs pleins de rêves. 

Des femmes étaient montées sur un mur et elles appelaient vers ce qui devenait, de minute en minute, un puits de ténèbres. Des hommes que l'on ne voyait pas leur répondaient. Et la phrase la plus banale surgissant du néant devenait une lamentation tragique ou une déchirante malédiction :
-  N'oublie pas le linge !...
-  Demande le double parloir !...
-  Il vient quand ce putain d'avocat ?...
-  Dis à Jacky qu'il se casse !...
-  Préviens la mère de Charly qu'ils l'ont transféré ce matin à Clairvaux !...

Dans ces ateliers que j'allais animer durant toutes ces années dans les prisons de Luynes, d'Avignon ou celle des Baumettes, nous n'avons que rarement écrit ensemble autour d'une table. Nous lisons à haute voix des textes que chaque détenu élabore dans le silence de sa cellule.

Ces hommes sont pour la plupart des longues peines. Après cinq ans passés derrière des murs et des barreaux, tout homme se met à ressembler, à penser, comme un mur ou un barreau. Ceux qui s'arment un jour d'un stylo sont peut-être sauvés. Par les passages secrets que dessine l'encre, ils retrouvent les voies qui mènent vers les rumeurs du monde. 

Combien de détenus m'ont dit : «
- J'avais oublié toutes les odeurs, un jour j'ai écrit par hasard le mot figuier, le mot septembre et brusquement tout est remonté : l'herbe mouillée des matins d'automne, la brune qui accompagne une rivière, le bruit de l'eau, celui des chiens de chasse, la saveur extraordinaire d'une figue encore couverte de rosée...

Toute l'écriture est là. Elle nous permet de retrouver, de découvrir les régions les plus écartées de nous-mêmes. Au fil des saisons, dans ces petits groupes, chacun par l'écriture s'approche de ses monstres, les désigne, les apprivoise. Pour descendre dans ces puits sans fond ils attendent souvent le dimanche et la nuit. Durant ces longues heures pas de parloirs, d'avocats, de courrier, rien que le silence intemporel des miradors. 

Chaque fois que je franchis les portes blindées d'une prison et que les surveillants fouillent mon cartable, il me semble que j'apporte à cette poignée d'hommes peut-être mieux qu'un P38 ou qu'une lime ; chacun de mes vêtements est bourré de mots, de sensations, de cris, d'émotions et de parfums de femmes. 

Dans cette oubliette de la prison Sainte-Anne, un jour d'octobre, nous avions commencé en évoquant les femmes et le football, quoi de plus normal, comment aurais-je pu me douter que j'allais voyager aussi loin dans cette immobilité apparente, à déchiffrer et à entendre des phrases que certains pourraient juger maladroites mais qui arrivent d'un lieu qui ne figure sur aucune carte et où gronde un souffle aussi fort que le temps.                              

René Frégni  

Tu tomberas avec la Nuit, 2008

 

 

 

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La lanterne

 

      L'aumônier a souvent en face de lui de grands enfants, honte de leurs familles, plutôt tristes. Vous aimeriez vous, être à leur place ? Nous cherchons en nous nos motivations aumônières. Diable ! Elles sont diverses et hasardeuses. Pour l'un, c'est une parole de Jésus vécue comme un devoir, pour d'autres une curiosité, les circonstances, le vécu familial, l'envie de donner.

      Ensuite nos difficultés ? S'apercevoir que notre interlocuteur a d'abord plus besoin de donner que de recevoir, de donner ce qu'il vit, ce qu'il redoute, ce qu'il espère. De fausses questions disparaissent.
Qu'est-ce que je viens faire ici ?, se transforme en
- Qui viens-je être ici ?
Si
je viens avec des mains vides, celui que je rencontre verra mes mains et tendra vers elles les siennes. Si je ne suis pas plein de paroles, alors, je puis écouter, laisser entrer en moi les siennes, l'écouter. Il peut me questionner, et je peux répondre.

      C'est celui qui lanterne depuis des jours innombrables qui sera ma lanterne et ma lumière. Mon interlocuteur est témoin de lui-même. I1 me conduit vers moi-même. Il suffit de si peu de différence d'éducation, de circonstances pour que nous soyons du bon côté ou de l'autre de la barrière. Le détenu nous apprend à nous savoir des êtres différents. L'abîme entre nous deux se précise, comme entre tous les humains, l'abîme qui permet la relation. Construire un pont si nous étions identiques serait un jeu stupide. Pour l'aumônier, c'est aussi l'expérience de la solitude.

      La paroisse n'aime pas trop que « son pasteur » aille déverser ailleurs le temps et le savoir « qui lui sont dus ». Elle aime consommer les vérités premières, des cultes, des visites. En fait, c'est le devoir des paroissiens d'aider le pasteur à sortir de son milieu protégé, à aller en prison pratiquer ce qu'il prêche. C'est aussi devoir aller avec lui.
Je suis malade et vous pensiez venir me voir, Monsieur le Pasteur, allez plutôt en prison. Quand j'irai mieux, j'irai aussi

Pour un chrétien, l'épreuve est une expérience d'ouverture, non de fermeture.

 

Hugues Vertet, aumônier du centre pénitentiaire d'Yzeure
Ni juge, ni avocat
d’après un article paru dans Réveil janvier 2001Sensations

 

 

 

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Pourquoi suis-je blessé

Pourquoi suis-je blessé
sans avoir senti la blessure ?
Révolté sans avoir réalisé l’oppression ?
Fracturé sans avoir senti le choc ?
En pleurs, sans avoir senti venir l’émotion ?

Je ne sais pas qui je suis.
Quel chemin il suit,
celui que je rencontre,
quel chemin je suis,
quel chemin il suit ?

Je parle des paroles qui surgissent en moi devant lui.
Il m’apprend combien je m’ignore.
De quelle mémoire d’enfant ?
De quelles distillations sortent-elles ?
de quelle prison je les tenais cachés, ces mots ?

Je me vois en lui, il se voit en moi.
Miroirs ?
Je suis un autre que lui,
je me vois autre en lui, inattendu,
Se voit-il en moi ?
Je ne sais.

Regarder et garder.
Qu’ai-je à garder ?
Qu’ai-je à donner ?
Il prend ce qu’il veut dans la corbeille.
Et pourtant je m’en vais plus lourd.
Qu’a-t-il posé sur mes épaules sans que je le vois ?
Fatigue en sortant de la prison,
quand les grilles se ferment.

Hugues Vertet 
15 XII 2000

 

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Ma cellule n’a pas de murs

Ma cellule n’a pas de murs
Mon bateau n'a pas de mer
Ne cherchez pas les blessures
Dans cet océan austère
Ma cellule est un printemps
Mon bateau est une odeur
Passent, passent les saisons
Quand le temps ne donne plus l'heure

Ma cellule est sans barreaux
Mon bateau est sans étoile
C'est Verlaine et c'est Rimbaud
C'est aussi les fleurs du mal

Ma cellule est Roi Soleil
Mon bateau est orphelin
Aux voyages qui m'émerveillent
Aux boussoles sans lendemain

Ma cellule est liberté
Mon bateau est capitaine
A mon cœur emprisonné
Hissons la voile de misaine

Ma cellule est mon bateau
Qui navigue en poésie
Prisonnier ou matelot
Mon rivage n'est pas d'ici

Mille et mille raisons d'écrire
Mille et mille besoins de fuir

 

J. P.
Les Baumettes

 

 

 

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Souvenez-vous de ceux qui sont en prison
comme si vous étiez prisonniers avec eux. 
Hébreux 13,3

 

Première remarque
« Ceux qui sont en prison ». I1 ne dit pas les chrétiens qui y sont même si un grand nombre de croyants et de témoins ont été en prison, comme nous le savons tous : Joseph, Samson, Jérémie, Jean‑Baptiste, Paul, Silas, et à travers les siècles, d'innombrables martyrs : Marie Durand, Georges Fox, Bonhoeffer, Martin Luther King, et bien d'autres.
Il ne dit pas les innocents parmi les internés. Il dit « Ceux qui sont en prison » : innocents et coupables, ingénus et rusés, bons et méchants. tous sans distinction. Ce n'est pas la qualité de la personne qui compte, c'est la condition de prisonnier. Le prisonnier en tant que tel. C'est lui qui est l'objet du souvenir de l'Eglise. Il faudrait tout faire pour que les Eglises reconnaissent et assument cette tâche : se souvenir non seulement des protestants ou catholiques, ou croyants qui sont en prison, mais de tous. La prison aussi devrait comprendre la tâche des aumôniers comme une tâche globale.

 

Deuxième remarque
« Souvenez‑vous... ».
Le souvenir. Nous savons quel rôle central il joue dans la Bible. Toute l'histoire du salut est récapitulée dans le souvenir de l'Eglise. Israël doit se souvenir de l'Exode et la liturgie de Pâques est là chaque année pour aider le souvenir d'Israël.
Egalement dans l'Eglise chrétienne, la Cène du Seigneur est célébrée comme mémoire, anamnèse, souvenir de la croix et de la résurrection de Jésus.
Chaque fête chrétienne est un souvenir: de la naissance à l'adoration, de la transfiguration, du Vendredi Saint, de Pâques, de l'Ascension, de Pentecôte. Donc la mémoire de l'Eglise est un lieu privilégié. Augustin l'appelle le vrai temple de Dieu. Dans ce lieu saint, dans ce sanctuaire, il y a la place pour ceux qui sont en prison. Qu'est-ce que cela veut dire ?

1) Ne les effacez pas. Celui qui est en prison, en un sens, est socialement effacé. La prison veut dire être comme enseveli. La mémoire de l'Eglise contre l’effacement.

2) Se souvenir dans la prière. Bonhoeffer écrit dans une lettre de prison du 21 août 1944 : « Pour moi, c'était souvent un grand soulagement de penser, le soir, à tous ceux dont je sais qu'ils intercèdent pour moi ‑ qu'ils soient enfants ou adultes. Et je suis convaincu de devoir beaucoup de protection, dans ma vie, à la prière de personnes connues et inconnues. » Se souvenir, dans le sanctuaire de la mémoire, veut dire prier.

 

Troisième remarque
« comme si vous étiez prisonniers avec eux. » Voilà ce qu'est le souvenir chrétien. C'est un souvenir tissé de solidarité. Ce n'est pas un souvenir qui garde les distances, bien au contraire, c'est un souvenir qui solidarise. Georges Fox, le fondateur des Quakers, qui a été maintes fois emprisonné, raconte dans son journal que, quand un « ami » était mis en prison, immédiatement dix, vingt, trente « amis » se rendaient chez le juge et demandaient d'être eux aussi emprisonnés. Se souvenir veut dire se rendre présent. Un souvenir qui devient présence.
«  Comme si vous étiez prisonniers avec eux » : vous ne l'êtes pas, même pas vous qui êtes aumôniers. Mais vous êtes là, vous êtes une présence, pas une absence, que Dieu vous bénisse, vous incarnez, pour ainsi dire, le souvenir de l'Eglise. Vous donnez votre corps et votre âme pour rendre présent ce souvenir.

Voilà alors le message de cette parole évangélique.
Dans le sanctuaire de la mémoire, là où l'Eglise se souvient de Dieu et de ses grandes œuvres, elle se souvient aussi de ceux qui sont en prison et ce souvenir
1. est contre l'effacement social
2. devient prière
3. devient présence.

Pasteur Paolo Ricca
p
rofesseur de théologie pratique
à la Faculté de Théologie protestante de Rome
Bulletin périodigue d'information
de l'Aumônerie des Prisons

‑ FPF n°39 ‑ juillet 1999

 

 

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Harangue à des magistrats qui débutent

Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,
Vous voilà installés et chapitrés. Permettez-moi de vous haranguer à mon tour, afin de corriger quelques unes des choses qui vous ont été dite et de vous en faire entendre d'inédites.

En entrant dans la magistrature, vous êtes devenus des fonctionnaires d'un rang modeste. Gardez-vous de vous griser de l'honneur, feint ou réel, qu'on vous témoigne. Ne vous haussez pas du col. Ne vous gargarisez pas des mots de troisième pouvoir, de peuple français, de gardien des libertés publiques, etc.

On vous a dotés d'un pouvoir médiocre : celui de mettre en prison. On ne vous le donne que parce qu'il est généralement inoffensif. Quand vous infligerez cinq ans de prison au voleur de bicyclette, vous ne dérangerez personne. Evitez d'abuser de ce pouvoir.   

Ne croyez pas que vous serez d'autant plus considérables que vous serez plus terribles. Ne croyez pas que vous alliez, nouveaux Saint Georges, vaincre l'hydre de la délinquance par une répression impitoyable. Si la répression était efficace, il y a longtemps qu'elle aurait réussi. Si elle est inutile, comme je crois, n'entreprenez pas de faire une carrière en vous payant la tête des autres. Ne comptez pas la prison par année ni par mois mais par minutes et par secondes, tout comme si vous deviez la subir vous même.                   

Il est vrai que vous entrez dans une profession où l'on vous demandera d'avoir du caractère mais où l'on entend seulement par là que vous soyez impitoyables aux misérables. Lâches envers leurs supérieurs, intransigeants envers leurs inférieurs, telle est l'ordinaire de la conduite des hommes. Tâchez 'éviter cet écueil. On rend la justice impunément : n'en abusez pas.                   

Dans vos fonctions ne faites pas un cas exagéré de la loi et méprisez généralement les coutumes, les circulaires, les décrets de jurisprudence. Il vous appartient d'être plus sage que la cour de cassation, si l'occasion s'en présente. La justice n'est pas une vérité arrêtée en 1810. C'est une création perpétuelle. Elle est ce que vous la ferez. N'attendez pas le feu vert du ministre ou du législateur ou des réformes, toujours envisagées. Réformez vous- mêmes. Consultez le bon sens, l'équité, l'amour du prochain plutôt que l'autorité ou la tradition.        

La loi s'interprète, elle dira ce que vous voudrez qu'elle dise. Sans y changer un iota, on peut, avec les plus solides attendus du monde, donner raison à l'un ou à l'autre, acquitter ou condamner au maximum de la peine. Par conséquent que la loi ne vous serve pas d'alibi.                

D'ailleurs, vous constaterez qu'au rebours des principes qu'elle affiche, la justice applique extensivement les lois répressives et restrictivement les lois libérales. Agissez tout au contraire. Respectez la règle du jeu lorsqu'elle vous bride. Soyez beaux joueurs, soyez généreux : ce sera une nouveauté.                 

Ne vous contentez pas de faire votre métier. Vous venez vite que pour être un peu utiles, vous devrez sortir des sentiers battus. Tout ce que vous ferez de bien, vous le ferez en plus. Qu'on le veuille ou non vous avez un rôle social à jouer. Vous êtes des assistantes sociales. Vous ne décidez pas que sur le papier. Vous tranchez dans le vif Ne fermez pas vos cœurs à. la souffrance ni vos oreilles aux cris.                      

Ne soyez pas de ces juges soliveaux qui attendent que viennent vers eux les petits procès. Ne soyez pas des arbitres indifférents au-dessus de la mêlée. Que votre porte soit ouverte à tous. Il y a des tâches plus utiles que de chasser le papillon : la vérité ou cette orchidée : la science juridique.                      

Ne soyez pas victimes de vos préjugés de classe, religieux, politiques ou moraux. Ne croyez pas que la société soit intangible, l'inégalité et l'injustice inévitables, la raison et la volonté humaine incapables d'y rien changer.                             

Ne croyez pas qu'un homme soit coupable d'être ce qu'il est ni qu'il dépende que de lui qu'il soit autrement. Autrement dit, ne le jugez pas. Ne condamnez pas l'alcoolique. L'alcoolisme, que la médecine ne sait pas guérir, n'est pas une excuse légale mais c'est une circonstance atténuante. Parce que vous êtes instruits ne méprisez pas l'illettré. Ne jetez pas la pierre à la paresse, vous qui ne travaillez pas de vos mains. Soyez indulgents au reste des hommes. N'ajoutez pas à leur souffrance. Ne soyez pas de ceux qui augmentent la somme des souffrances.               

Soyez partiaux. Pour maintenir la balance entre le fort et le faible, le riche et le pauvre, qui ne pèsent pas d'un même poids, il faut que vous la fassiez un peu pencher d'un côté. C'est la tradition capétienne. Examinez toujours où sont .e fort et le faible, qui ne se confondent pas nécessairement avec le délinquant et sa victime. Ayez un préjugé favorable pour la femme contre le mari, pour l'enfant contre le père, pour le débiteur contre le créancier, pour l'ouvrier contre le patron, pour l'écrasé contre la compagnie d'assurances de l'écraseur, pour le malade contre la Sécurité sociale, pour le voleur contre la police, pour le plaideur contre la justice.          

Ayez un dernier mérite : pardonnez ce sermon sur la montagne à votre collègue dévoué !

Substitut Oswald Baudot
L
e Monde
10 janvier 1979

 

 

 

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Le tube bleu intérim


J' me pointe dans c't’intérim j’dis bonjour pour la rime
J'tombe sur cette secrétaire genre flash publicitaire 
« Ouais, j' peux faire un tas de choses »
« Désolée je n’ai pas grand-chose,
à part ce poste de manutentionnaire !
Un bon petit boulot, et pis voue serez au chaud,
J' connais le directeur c'est un monsieur charmant ».
J'ai dit comme c'est touchant, mais pas tel’ment bandant
 Côté salaire c'est plutôt la misère
A prendre ou à laisser, c’est pas plus compliqué
Pas qualifié, pas certifié, on manque pas d' candidat
J' connais La musique
Ouais, çà va çà va c'est le tube de l'année
J’suis l’premier entubé,
Laissez -tomber j'suis allergique au coup fourré
J' suis pas du genre à être réglo
pour récolter une poignée d'haricots
ça va çà va je connais la musique
c'est le tube de ma vie
ça va ça va je connais la musique
J' suis l' premier au tapis.

AKIM
Foyer Aurore
Etoile du matin  1978
Sur une musique Rock and Roll

 

 

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