Spiritualité
Parler
transmis par le
pasteur
Jacques Gradt
29 septembre 2014
Parler
Il nous faut parler pour ne pas sombrer
dans le déguisement de la vérité.
Parler pour dire la souffrance des victimes,
des oubliés des cachots, des sans voix.
Parler pour rétablir les liens.
Nous en avons la liberté donc le devoir.
Dire parfois une vérité plus haute que la vérité
Pour sauver une vie.
L'humain est au centre de nos préoccupations.
Ne pas avoir le cœur habitué.
Libérons-nous de ces silences
Qui nient l'espérance !
Il s'agit de dire l'essentiel avec courage
Jean-Pierre Payot
aumônier national des prisons
lors de la rencontre des aumôniers de prison
à Lyon en mai 2000
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C’est une porte
Une porte c’est un peu comme un visage. Ouvert ou fermé. Cette porte-ci n’a plus guère l’air solide. Mais c’est une porte et elle clôt un espace. Elle isole un espace privé d’un espace publique. Il y a un dedans et un dehors. Elle cache le dedans, le privé, et pourtant elle témoigne de son existence. Cette porte est quelque peu sévère, mais ça n’est pas une porte de prison. On sent qu’elle a vécu, qu’elle a souffert, elle est pleine de cicatrices, délavée. Le fard et le rimmel sont partis en eau tout au long des longues pluies, des longs pleurs. On aimerait qu’elle s’ouvre comme un visage sourit.
Toc toc ouvrez-moi la porte, ce sont des fleurs que j’apporte, ouvrez-moi la porte... !
Quelle chevillette tirer pour que choie quelle bobinette, quelle clé glisser dans la serrure rouillée de cette porte pour qu’en grincent les gonds sur un horizon nouveau ?
Le visage c’est un peu comme une porte. Après de longues souffrances, maladie, abandon, solitude, comment rouvrir la porte de l’espérance. Comment faire naître le sourire ? Au temps du sida comment parler d’amour ? Comment établir le dialogue entre la richesse du dedans et les souffles divers du dehors ?
Comment à partir de la porte, à partir d’un visage, comprendre une maison, une personne Quelle parole, quel mot de passe pour rompre l’hermétisme de la langue, de la culture des coutumes, traditions, habitudes, entêtements, surdités sélectives... ?
Jacques Gradt
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Ballade des pendus
Frères humains qui après nous vivez
N'ayez les cœurs contre nous endurciz,
Car, ce pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tost de vous merciz.
Vous nous voyez ci, attachés cinq, six
Quant de la chair, que trop avons nourrie,
Elle est piéça dévorée et pourrie,
Et nous les os, devenons cendre et pouldre.
De nostre mal personne ne s'en rie :
Mais priez Dieu que tous nous veuille absouldre !
Se frères vous clamons, pas n'en devez
Avoir desdain, quoy que fusmes occiz
Par justice. Toutefois, vous savez
Que tous hommes n'ont pas le sens rassiz ;
Excusez nous, puis que sommes transsis,
Envers le filz de la Vierge Marie,
Que sa grâce ne soit pour nous tarie,
Nous préservant de l'infernale fouldre.
Nous sommes mors, ame ne nous harie ;
Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre !
La pluye nous a débuez et lavez,
Et le soleil desséchez et noirciz :
Pies, corbeaulx nous ont les yeulx cavez
Et arraché la barbe et les sourciz.
Jamais nul temps nous ne sommes assis ;
Puis ça, puis là, comme le vent varie,
A son plaisir sans cesser nous charie,
Plus becquetez d'oiseaulx que dez à couldre.
Ne soyez donc de nostre confrarie ;
Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre !
Prince Jhésus, qui sur tous a maistrie,
Garde qu'Enfer n'ait de nous seigneurie :
A luy n'avons que faire ne que souldre.
Hommes, icy n'a point de mocquerie ;
Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre !
François Villon (1431-1489)
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Néant
Eh oui ! Je suis toujours là, et las,
hélas !
Mes vers s'enlacent et me délassent,
mes mots s'entassent et me dépassent,
tout passe...
Mes joies s'élancent et me délaissent,
hélas !
Les lois m'enchaînent et me déchaînent,
tout passe...
Un mot, un songe,
un rien me ronge.
Passe l'éponge des souvenirs qui font souffrir
Un écran rose peuplé de rêves
se lève
puis disparaît dans le néant,
subrepticement.
La réalité revient et me retient, soumis comme un chien.
Tout passe...
Hélas ! hélas !
Tout me condamne et me damne,
tout m'enserre et me serre
sur cette terre de larmes.
Un écran noir peuplé de pleurs,
de peurs, d'horreur,
se dresse,
et m'abaisse.
Persécuté par un remords têtu,
je vois un seul salut :
la mort,
plus terrible par son égalité
que la liberté,
plus humaine que la vie
d’un homme frappé d’ignominie.
Je passe ma captivité
à penser :
que je la dépense pour y penser et y passer
Et tout passe…
Tout lasse…
Hélas, hélas
Axel Lochen in
Maison d’arrêt
Fayard 1968
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Pierrot en prison
Comme-Pierrot qui écrivait à Madame la lune
Le feu ardent de son Amour pour elle
Je suis là comme lui la première fois
Où il découvrit avec merveille le clair de lune
La seule différence entre lui et moi
C'est que si lui admirait avec émerveillement
Madame la lune se lever avec grâce
Moi c'est avec horreur que je l'admire
La raison en est bien simple
Une rangée de barreaux me sépare d'elle
Et mon cœur en est brisé
Mon ami Pierrot prenait sa plume
Pour écrire son Amour pour la Vie
Moi je prends ma plume pour écrire
Mon dégoût et ma haine pour la Vie
Mais dans cette société pourrie et indifférente
Je reste quand même un Homme
Et je me comporte comme un Homme
Face aux problèmes et vices de la Vie
Où rien ne sert d’être fataliste et défaitiste '
Il faut être fort et réaliste
Même dans les moments les plus durs
On .peut mépriser et haïr
Mais l'on ne peut pas rester sans Aimer
Et quand on aime et respecte son prochain
On n'est pas encore au bord du précipice
Et l'espoir est encore grand malgré tout
De rester un Homme avec dignité
Rester un Homme et oublier les tourments de là Vie
Oublier cette société qui nous rejette et nous méprise
Oublier ,que l'on peut crever en plein soleil
Sans que quiconque ne se formalise
Sans que quiconque vous tende la main
Oublier cette société où tout
n'est que de l'intox
Oublier le mépris, la haine, la violence
Seulement Aimer, espérer, comme mon ami Pierrot
Et rester tout simplement
un Homme.
Transmis par garçon détenu
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Enseigner la philosophie par le débat
enfermé derrière 12 portes
Lorsque je suis allé la première fois à la maison d’arrêt pour enseigner la philosophie, je suis arrivé devant la lourde porte en acier massif peint en bleu. J’ai sonné et j’ai attendu. Après quelques instants qui m’ont paru longs, j’ai entendu un « glang » après quelques hésitations j’ai osé pousser la porte et suis entré dans le hall. J’ai entendu derrière moi le « glang » de la grosse porte qui se refermait.
Là, j’ai encore attendu quelques instants qui m’ont paru longs. Et puis, j’ai entendu un autre « glang » derrière une porte vitrée blindée à ma gauche. Je m’y suis dirigé, j’ai poussé la porte, je suis entré, j’ai entendu derrière moi le « glang » de la porte qui se refermait et me suis adressé au fonctionnaire protégé par une cage de verre pour me présenter. J’ai donné ma carte d’identité, je suis passé sous le portique détecteur de métaux, j’ai entendu le « glang » de la porte vitrée blindée devant moi.
Je m’y suis dirigé, j’ai poussé la porte, j’ai entendu derrière moi le « glang » de la porte qui se refermait j’ai traversé la cour et, après quelques marches, je suis arrivé devant une autre porte que j’ai tenté, en vain, d’ouvrir. Après quelques instants qui m’ont paru longs, j’ai entendu un « glang ». J’ai poussé la porte et suis entré dans un hall. J’ai entendu derrière moi le « glang » de la porte qui se refermait et je suis allé vers les surveillants qui étaient dans la cage vitrée sur ma droite pour leur dire ce que je venais faire.
J’ai entendu le « glang » d’une porte en métal massif derrière moi à gauche. Je m’y suis dirigé, j’ai poussé la porte et suis entré dans un sas, j’ai entendu derrière moi le « glang » de la porte qui se refermait. Après quelques instants qui m’ont paru longs, j’ai entendu le « glang » de la porte fabriquée en barreaux en acier, une grille, devant moi.
Je m’y suis dirigé, j’ai poussé la grille et suis entré dans un grand couloir, j’ai entendu derrière moi le « glang » de la grille qui se refermait et me suis dirigé vers la grille à ma droite. Après quelques instants qui m’ont paru longs, un surveillant est venu m’ouvrir avec ses clefs. « clac clac ». Je suis passé, le surveillant referme derrière moi, « clac clac » puis ouvre la grille sur la gauche qui donne sur un escalier, je passe et j’entends la grille qui se referme derrière moi « clac clac ».
Je monte l’escalier et arrive devant une nouvelle grille au 2e étage. Après quelques instants qui m’ont paru longs, un surveillant arrive et m’ouvre la porte « clac clac ». Je passe, le surveillant referme derrière moi, « clac clac ». Je me dirige vers l’école et passe la porte, une grille vitrée, qui est ouverte.
Là je rentre dans la classe par la porte vitrée et sans barreaux qui est ouverte. Le débat philosophique peut commencer…
Jean-François Chazerans
Maison d’arrêt de Poitiers 2005-2006
Article publié dans le Monde le jeudi 8 mars 2007
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Pourquoi faudrait-il punir
Depuis la nuit des temps en effet on a cherché à punir. Il faut un coupable, il n'est pas nécessaire qu'il soit l'auteur d'un forfait, une chèvre fera aussi bien l'affaire. Car il y a chez les hommes une colère de toujours contre la souffrance, contre l'adversité. En 480 avant notre ère, Xerxès fait donner trois cents coups de fouet à la mer et jeter une paire d'entraves dans le détroit des Dardanelles après la tempête qui brise les premiers bateaux dont il avait projeté de faire un pont pour passer d'Asie en Europe. Aux yeux des Grecs, du moins à ceux d'Hérodote, ce n'est pas aberrant, c'est juste « exagéré », mais en d'autres occasions, pour des vents contraires il était courant de faire exécuter les devins, ou n'importe qui d'autre d'ailleurs.
On ne veut jamais le coupable, mais un coupable. Qu'ils se réfugient derrière une philosophie légaliste (« On n'a pas le droit de ne pas punir ! »), sociétaire réaliste (« Toute société vise à se défendre contre les ennemis extérieurs et intérieurs ») ou humanitariste (« Il faut punir pour faire comprendre, mais sans excès »), les partisans du châtiment font tous comme si, par une sorte d'heureuse fatalité, les coupables étaient punis et les justes récompensés. Il ne faut pas attendre autre chose de cette époque qui, peu à peu, remet au goût du jour cette vieille idée que l'indigence est une sanction qui frappe les paresseux et les faibles d'esprit.
Au milieu du XIXe, siècle, Henri Monnier avec une pertinence toujours de mise conseillait : « Si on vous accuse d'avoir volé les tours de Notre-Dame, commencez par prendre la fuite. »
Les erreurs judiciaires sont constantes, particulièrement en « comparution immédiate » où l'on juge en toute hâte. Mais il faut que les dégâts soient spectaculaires (têtes tombées à tort, une vie pour rien derrière les barreaux, etc.) pour qu'elles émeuvent qui que ce soit.
En France, il y a sans doute une bonne centaine de personnes actuellement sous écrou qui sont totalement étrangères au délit qui leur est imputé. Je ne parle évidemment pas de ceux qui attendent leur jugement en prison préventive, mais bien des condamnés par erreur. Ils prennent un mois, ou six ou douze. Qu'est-ce que ça peut faire ? À coup sûr, ils perdent leur emploi, leur réputation, parfois leurs enfants se suicident, ils sont ensuite soignés pendant des décennies pour leurs nerfs ébouillantés. Mais c'est la vie...
Bien entendu on peut être condamné à 20 ou 30 ans par un jury populaire qui se laisse toujours impressionner par la dame au regard si doux, mais qui voit trop facilement l'assassin dans ce chemineau hirsute aux dents gâtées ou au « regard en dessous ». C'est souvent au petit bonheur la chance.
André Gide, dans ses Souvenirs de la Cour d’assises écrivait en 1914, après avoir vécu l'angoissante expérience d'avoir été juré : « Dans le doute, que fera le juré ? Il votera la culpabilité - et du même coup les circonstances atténuantes, pour atténuer la responsabilité du jury. Combien de fois (et dans l'affaire Dreyfus même) ces "circonstances atténuantes" n'indiquent-elles que l'immense perplexité du jury ! Et dès qu'il y a indécision, fût-elle légère, le juré est enclin à les voter, et d'autant plus que le crime est plus grave. Cela veut dire : oui, le crime est très grave, mais nous ne sommes pas bien certains que ce soit celui-ci qui l'ait commis. Pourtant il faut un châtiment : à tout hasard châtions celui-ci, puisque c'est lui que vous nous offrez comme victime ; mais dans le doute, ne le châtions tout de même pas par trop. »
Qui punit-on ? Les malfaiteurs, les enfants, les chiens. On ne punit pas les chats. Cela ne servirait à rien, on élève un chat, on l'aime, mais on ne le dresse pas...
Catherine Baker
Pourquoi faudrait-il punir
pp.38 &39
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Pas le temps
Dire qu'il est des hommes qui n'ont pas le temps ! Temps sans mesure, sans frontières, sans contenu, sans direction. Temps qui ne marque rien que le supplice de notre cœur. Cependant ce temps du désespoir reste le seul espoir du prisonnier parce qu'il chemine quand même.
Le temps du prisonnier est une matière dialectique. Il est à la fois son désespoir et son espérance. Il faudrait peut-être dire que les moments où le désespoir parait l'emporter d'une manière décisive sont ceux où l'on quitte le cours du temps des vivants, où l'on est laissé au fond du fleuve comme un caillou trop lourd pour être roulé encore vers l'embouchure. Oui, les moments les plus affreux sont ceux où l'on se sent couler hors du temps dans une éternité immobile et morte où plus rien ne se passe, où le feu d'une souffrance absolue ne s'éteindra jamais. L'éternité d'en bas, l'éternité sans Dieu, l'enfer où il n'y a plus d'heure, ni de sens, ni d'attente. Le désespoir est simplement l'arrêt du temps, la moindre parcelle d'espérance étant la bouée qui vous permet de rejoindre son cours. Impression aussi d'un homme tombé à la mer et qui voit le navire s'éloigner, le temps l'abandonner.
Il est des moments où l'oppression de la cellule devient telle, quand l'avenir est bouché et que rien ne pointe à l'horizon, il est des moments où l'écrasement est tel que rien n'y fait. Souvenirs, conseils, paroles, projets ne sont rien. Les cordes jetées sont trop courtes. L'Evangile ne m'atteint 'plus. Que la porte s'ouvre ! Que la porte s'ouvre d'abord! Le reste n'est rien. Mais la porte est fermée et vous sépare de toute consolation possible. Rien ne passe plus par cette porte. On est seul à jamais derrière elle avec sa souffrance. On coule dans un gouffre sans fond
pasteur Roland de Pury
Journal de cellule 1943
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Le ciel est, par-dessus le toit
Le ciel est, par-dessus le toit,
Si beau, si calme!
Un arbre, par-dessus le toit,
Berce sa palme.
La cloche, dans le ciel qu'on voit,
Doucement tinte,
Un oiseau sur l'arbre qu'on voit,
Chante sa plainte.
Mon Dieu, mon Dieu, la vie est là,
Simple et tranquille.
Cette paisible rumeur-là
Vient de la ville.
Qu'as-tu fait, ô toi que voilà
Pleurant sans cesse,
Dis, qu'as-tu fait, toi que voilà,
De ta jeunesse?
Paul Verlaine (Sagesse)
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Le prisonnier et l’oiseau
Du fond de sa cellule, il fixe les barreaux
Qui ferment, pour longtemps, tout espoir de sortir.
Lentement son esprit, par petits soubresauts,
A perdu d'heure en heure sa rage de souffrir.
Un mouvement soudain,
Devant ses yeux rougis,
Signale l'arrivée
D'un oiseau affamé
Attiré par les miettes
Qu'en un geste assagi
Au bord de sa fenêtre
Il avait parsemées.
Une fois rassasié et bien réconforté
Le pigeon blanc repart vers son nid plus douillet
En laissant un duvet.
Sur le lit emporté
Ce délicat "merci" le laisse émerveillé.
Pour lui tout est changé, il ne se tuera point.
Il ira jusqu'au bout et il s'en sortira.
Avec ce compagnon, il a reçu l'appoint
Qu'il fallait à son cœur, c'est sûr, il guérira.
Un vieil homme avait écrit ce poème alors qu'il était prisonnier de guerre.
Transmis par Rémy Warnery
Grilles et coursives, Barreaux et serrures
2008
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DETENU : Loup en Cage
ECROU : à vice de procédure
Adresse : Cul de basse fosse
00000 INDIFFERENCE SOCIALE
LETTRE A DIEU
(Extraits )
Seigneur Dieu,
Je t'écris cette lettre pour t'informer un peu de ma situation.
Oui, je sais, tu es Dieu et omniscient, donc tu sais tout de moi et du reste de l'univers puisqu'il t’appartient. Je crois savoir qu'on t’appelle aussi Bon Dieu, ce qui porte à croire que tu es bon. Je n'en doute pas vraiment, mais je pense que tu dois être très occupé sur notre terre en ce moment : la crise financière internationale, la famine, la misère, le sida, toutes les petites guerres artisanales de ci de là, et j’en passe, pour prendre le temps de venir me voir dans ma cellule. C'est sans doute toi qui m'y a envoyé, et tes pensées et tes desseins n'étant pas les mêmes que les miens. Tu l'as sans doute fait pour mon bien, pour m’éviter de souffrir bien davantage. Même si tu es bon et que tu sais tout, je vais venir plaider ma cause et t’expliquer ce qu’est ma vie.
Oh oui ! Je sais, bien d'autres souffrent plus que moi. Je devrais être heureux sans doute, j’ai un toit, un lit, une chaise, une table, un lavabo avec l'eau froide et des toilettes. Je peux donc me laver et boire quand je veux. On me porte même à manger sur place. Je ne me plains pas de tout ça. J'essaie de faire comme Saint-Paul dans sa lettre aux Philippiens : « frères, je sais vivre de peu, je sais aussi avoir tout ce qu'il me faut : être rassasié et avoir faim, avoir tout ce qu'il me faut et manquer de tout, j’ai appris cela de toutes les façons ».
Alors, entre dans ma cellule. Toi, tu as la clé, moi non. D’ailleurs de ce côté de la porte, non seulement il n'y a pas de serrure, mais il n’y a même pas de poignée. Juste un œilleton par lequel on peut me surveiller, nous surveiller. Oui, j'oubliais, dans ces neuf mètres carrés, nous sommes deux. Pardon ? Intimité, dis-tu. Non, ce mot n'existe pas ici, on n'y a pas droit, c'est interdit. C'est un peu gênant à certains moments de la journée, nous avons tous des besoins, si tu vois ce que je veux dire. On nous a bien installé un petit paravent, mais il ne suffit pas pour les odeurs, ni pour le bruit. Non, le mot ici, c'est promiscuité.
Tu peux entrer aussi par la fenêtre, elle est ouverte, et toi, tu peux passer entre les barreaux. Moi, non. Ah oui, il y a aussi en plus une grille avec une maille de 4 cm par 4 cm, c'est pour que les oiseaux ne viennent pas nous embêter en voulant picorer quelques miettes de pain sur le rebord de la fenêtre.
Tels sept témoins tristes et immobiles
D'une semaine longue et inutile
Sept barreaux dans les murs scellés
Me rappellent que je suis prisonnier.
Cliquetis de clés, bruits de serrures
Fenêtres ouverte sur des barreaux
Je ne vis pas, je ne meurs pas, je survis.
[...] Le parloir, c'est un endroit où tu peux voir ta famille trois fois par semaine, une demi-heure. À condition que le juge donne l'autorisation, bien sûr. Le juge, il est un peu comme toi, du moins il le croit. Il a tous les droits ici, c’est lui qui commande. Il fait partie du Ministère de la Justice. Et moi qui croyais que la justice, c’était ce qui est juste...
Tu vois, Seigneur, ici, c'est le cul de basse fosse de note Honorable Société. C'est là qu’elle cache, qu'elle enferme tout ce qu’elle a crée et qui lui fait peur. Ton nouveau rival, l'argent, y est pour quelque chose. Il efface le respect, la morale et même la simple politesse...
Moi, j'ai de la « chance », Seigneur (bien sûr, je dis chance, mais je ne crois ni à la chance ni au hasard).J'ai de la chance parce que tu m'as donné les outils pour pouvoir forger mon caractère, mes convictions, et ma ligne de conduite. C'est vrai, tu t’es un peu servi de mes parents pour ça. Merci à eux, et aussi à toi, Seigneur.
Mais quand je sortirai, je traînerai avec moi le bruit des barreaux que réveillera le moindre son métallique. Et ma mémoire me ramènera là-bas, en enfer, derrière eux, là où même quand le ciel est bleu, il est pâle et à rayures.
Enfin, quand je serai dehors, libre, comme on nous dit, j'essaierai d'oublier et même de pardonner. Je vais avoir beaucoup de mal à pardonner au pouvoir politique et au pouvoir judiciaire. À eux, peut-être, je n’y arriverai pas dans cette vie. Je ne suis pas encore prêt, pas encore évolué à ce point. Et pourtant, Seigneur, c'est sans doute en commençant par le pardon qu'on gagne sa vraie liberté... Protège-nous, Seigneur, et garde nous encore dans ta sainte grâce !
Un Loup en sa Cage
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Invictus
Dans la nuit qui m'environne,
Dans les ténèbres qui m'enserrent,
Je loue les Dieux qui me donnent
Une âme, à la fois noble et fière.
Prisonnier de ma situation,
Je ne veux pas me rebeller.
Meurtri par les tribulations,
Je suis debout bien que blessé.
En ce lieu d'opprobres et de pleurs,
Je ne vois qu'horreur et ombres
Les années s'annoncent sombres
Mais je ne connaîtrai pas la peur
Aussi étroit soit le chemin,
Bien qu'on m'accuse et qu'on me blâme
Je suis le maître de mon destin,
Le capitaine de mon âme.
Invictus est un poème de William Ernest Henley
C’est le poème préféré de Nelson Mandela.
Invictus signifie invaincu ou invincible
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