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Textes méditatifs

 

transmis par le pasteur Jacques Gradt

 

 

27 septembre 2014


 

Rondeau parfait


En liberté maintenant me promène,
Mais en prison pourtant je fus cloué :
Voilà comment Fortune me démène.
C’est bien, et mal. Dieu soit de tout loué.

Les Envieux ont dit que de Noé
N’en sortirais : que la Mort les emmène !
Malgré leurs dents le nœud est dénoué.
En liberté maintenant je me promène.

Pourtant, si j’ai fâché la Cour romaine,
Entre méchants ne fus oncq alloué.
Des biens famés j’ai hanté le domaine ;
Mais en prison pourtant je fus cloué.

Car aussitôt que fus désavoué
De celle-là qui me fut tant humaine,
Bientôt après à saint Pris fus voué :
Voilà comment Fortune me démène.

J’eus à Paris prison fort inhumaine,
A Chartres fus doucement encloué ;
Maintenant vais où mon plaisir me mène.
C’est bien, et mal. Dieu soit de tout loué.

Au fort, Amis, c’est à vous bien joué,
Quand votre main hors du parc me ramène.
Ecrit et fait d’un cœur bien enjoué,
Le premier jour de la verte Semaine,
En liberté.


Rondeau parfait de Clément Marot, dans « L’Adolescence clémentine » (dédié à ses amis, après sa délivrance)
Clément Marot fut accusé d’hérésie et mis en prison de 1525 à 1527.

 

 

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Victor Hugo

 

Résolvez les deux problèmes, encouragez le riche et protéger le pauvre, supprimez la misère, mettez un terme à l'exploitation injuste du faible par le fort, mettez un frein à la jalousie inique de celui qui est en route contre celui qui est arrivé, ajustez mathématiquement et fraternellement le salaire et le travail, mêlez l’enseignement gratuit et obligatoire à la croissance de l'enfance et faites de la science la base de la virilité, développez les intelligences tout en occupant les bras. Soyez à la fois un peuple puissant et une famille d'hommes heureux, démocratisez la propriété, non en l'abolissant, mais en l'universalisant, de façon que tout citoyen sans exception soit propriétaire, chose plus facile qu'on ne croit, en deux mots, sachez produire la richesse et sachez la répartir, et vous aurez tout ensemble la grandeur matérielle et la grandeur morale ; et vous serez dignes de vous appeler la France.

 

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Des murs...


On dit : « Triste comme une porte de prison ».
Et l’on a bien raison.
Mais que dire des murs de prison ?
Ils rassurent le passant...
Ou l’inquiètent et seul les franchit l’imaginaire.
Ils sont trop hauts, ces murs.
Trop haut pour être honnêtes.
Ils ne sont pas à taille humaine.
Trop monotones aussi dans leur alignement.
Pierre et béton à l’état brut.
Ca manque de vigne vierge ou de glycine !
Du dedans on entend, au-delà, la vie qui va :
Bruits de voitures...
Un appel... un chant... un cri d’enfant...
Un oiseau passe... on rêve... !


D’après un texte du Père André Clavier qui fut aumônier à la Maison d'Arrêt de la Santé

 

 

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Murs


Dans ce monde il y a tant de murs,
tant de cloisons qui arrêtent le vent,
tant de prisons où l'air ne passe plus, tant de barreaux,
de chaînes et de verrous.
Rares sont les lieux, les temps et les espaces
où les courants peuvent circuler,
courants d'air, courants de paroles,
courants de foi, d'espoir ou d'amitié,
ils se perdent dans le néant,
bloqués, fermés, emprisonnés.
Seigneur, lance-nous sur le chemin du vent.
Que s'enfoncent les murs, que s'ouvrent les prisons.
Que ton souffle de vie emporte
tout ce qui nous fige et nous ferme
sur les vagues de l'espérance.
Tant d'hommes respirent à peine
dans des airs confinés.
Tant d'hommes étouffent et s'asphyxient dans les prisons
où d'autres les enferment,
dans les prisons où ils s'enferment eux-mêmes,
prisons d'égoïsme et de rejet des autres,
prisons d'habitudes, prisons de préjugés.
Tant d'hommes aussi étouffent les autres
et les empêchent de respirer,
leur volent leur liberté,
les privent de leurs désirs,
leur ferment l'amitié.
Seigneur, lance-nous sur les chemins du vent.
Que s'enfoncent les murs, que s'ouvrent les prisons.
Que ton souffle de vie emporte
tout ce qui nous fige et nous ferme
sur les vagues de l'espérance.

Jacques Juillard

 

 

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La Santé 1985


La justice est comme ce camion poubelle :
on y trouve quelquefois des bijoux perdus.
L’ennui vient de ce que les camions vident leur chargement.
Il faudra alors, parfois, une longue période
pour retrouver ces joyaux égarés.
Chiffonnier des prisons est une vocation à encourager!

Communion Noël 1985
A ceux qui ont récolté ce vin, cuit ce gâteau
Allumé ces bougies, qui chantent ici
Un mot, une dispute, c’est cela, la vie
Merci de cette communion par-dessus les murs

Raconte-moi !
Tu vois comme moi, Dis-moi !
Tu entends comme moi. Va pour moi !
Tu marches comme moi. Apporte-moi !
Tu as des bras comme moi.
           Je ne suis, c’est vrai ni aveugle ni sourd
           Ni aveugle ni manchot…
                    Mais je suis en prison !

Fenêtre sur cour
Une feuille de papier comme une bouteille à la mer
Interceptée, lue, photocopiée, mais qui arrive enfin
De la prison à son destinataire :
La réponse sera géométrique, cher correspondant…
Peut-être saurez-vous y dessiner une porte…

Michel N.

 

 

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Survivre

Ici je dois lutter chaque jour
Vivre la réalité de ce quotidien qui, quelque part, me fait tenir.
J’ai oublié un peu de moi-même en venant ici
Chaque jour je m’efforce d’oublier,
Pour mieux survivre, pour moins souffrir.

Parfois un sentiment, une image reviennent à ma mémoire,
Une musique, un parfum réveillent mes sens.
Mon esprit, mon âme se torturent à chasser
Ces douloureux souvenirs de ces moments heureux.

Les reverrai-je un jour, tous mes amis,
Tous mes êtres si chers ?
Je le sais, ils ne m’ont pas abandonnés,
Mais moi, parfois, je dois les oublier,
Le temps de reprendre mes esprits pour savoir où je suis.

Ne pas laisser paraître ses sentiments,
Pour vivre parmi les « durs »
S’amputer de sa sensibilité, de sa tendresse,
Les mettre de côté en attendant les jours meilleurs.
Préserver son intimité, garder son intégrité ;
Enfin conserver sa « personnalité ».

2007 Patrick
Centre de Détention de Varennes le Grand)

 

 

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Il est des terres

 

Il est des terres que seuls quelques uns connaissent. Elles effrayent et font souvent baisser les yeux tant on craint qu’un jour on y mettra les pieds. Pour un crime qu’on aura pas commis ou pour celui qu’on aura vraiment fait

Il est des terres où l’on peut voir
Comme échoués au milieu de nulle part
Des inquiétants vaisseaux de pierre
Aux dures lois des portes en fer

Dans ces bateaux où l’on n’est rien
Coupés du monde et loin de tous
Même les mots ne sont plus rien
Que des sons mous
Bien des marins de ces navires

Ont approché de près le pire
Et n’ont plus rien pour l’avenir
Que l’addition à affranchir

Coupable de confiance
De faute ou de violence
Coupables de silence
Ou bien de négligence
Avec ou sans sentence …

Attendre, attendre
Hosanna au plus haut des cieux

Dans cet endroit où l’on étouffe
Viennent parfois des porteurs d’air
Capables d’espérance remplis de bienveillance
Ils n’ont rien de magique
Mais ils laissent derrière eux de ce parfum
Dont ils s’enivrent
Qui semble les faire vivre

 

Alors je rêve que Tu es là
Que tu partages mon silence
Que tu m’entends
Que tu comprends

Que c’est si dur de rester seul
Dans la terre sèche de mon cœur
Si désolée, si désolée

Et moi qui croyais m’abreuver
A la fontaine des délices
Je verse des torrents salés
Brûlantes larmes du supplice
Du rouge dans les yeux
Des nœuds dans l’estomac

Dans cet endroit où l’on étouffe
Viennent parfois des porteurs d’air
Capables d’espérance remplis de bienveillance
Ils n’ont rien de magique
Mais ils laissent derrière eux de ce parfum
Dont ils s’enivrent
Qui semble les faire vivre
Alors je sens que tu es là
Et qu’à toi j’offre mon silence
Que tu m’entends
Que tu comprends

Alors je sens que tu es là
Toi qui peut m’ouvrir l’espérance
Que tu m’attends
Et que j’attends

Parfois je sens
Si loin de tout
Que tu es là
Tout près de moi

Michel Schaeffer


Au cœur de ces terres de pierre vivent, mêlés, résignés et révoltés enfants, mères , grands-pères tous ceux qu’on a mis de côté, les déchirés, les seuls au monde et tous les autres connus ou ignorés

 

 

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Quelques messages personnels


Une prison, c'est l'Arche de Noé, les représentants de toutes les races et de toutes les classes de l'humanité embarqués ensemble pour une longue traversée.

On ne peut pas sortir : le déluge !

On attend le retour des colombes, porteuses de leur message de pardon et de paix !

 

 

 

Le régime pénitentiaire est la négation de l'être humain.
C'est refuser la vie à l'homme. Le faire revenir à l'état de fœtus dans le ventre de sa mère, pour qu'il se reconvertisse en machine bien-pensante.
La société se sert de l'homme enfermé, comme d'un combustible. Du charbon dans sa chaudière pour que soit maintenue la pression sur les hommes en liberté, afin qu'ils gardent bien conscience qu'il leur faut protéger cette liberté, qu'il leur faut protéger leurs biens et leur confort. Car ils oublient. Ils oublient que tous les jours des hommes meurent dans les chaudières de l'État, dans les prisons du monde entier, meurent pour que quelque part puissent naître l'amour, la fraternité, la création collective. Être en prison, c'est être à la pointe du combat contre les propriétaires du pouvoir, de l'argent, de la culture. Dans leurs cellules, dans leur misère, les prisonniers témoignent. Ils sont dans le sens de la vie.

Pierre Clémenti Quelques messages personnels 1973 Folio 4238 2005 p.19

 

 

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Le mauvais larron

Celui des trois qui a le moins de chance...
Excusez-moi, je m'y connais si peu,
Et puis son cas, excusez-moi, Messieurs,
En général est passé sous silence.

Ce garçon-là, je crois qu'il a souffert
Autant qu'un autre et même, plus j'y pense,
Et plus je trouve, excusez-moi si j'offense...
Endurer ça pour aller en enfer !

Enfin, languir avec ses quatre clous
Aux pieds, aux mains des heures et des heures...
Crever méchant, soit. Vous seriez bon, vous,
Avec ces trous et ce sang qui vous pleure ?

C'est entendu, c'est un dur, un pervers,
Jusqu'à la mort dans son mal il se vautre...
C'est fort quand même: aller seul en enfer
Si près d'un dieu qui sauve tous les autres.

Son camarade avec deux trois prières
Va droit au ciel et lui, sur son poteau
S'enrage seul et se tord les boyaux
Et souffre tout pour aller en enfer.

Son camarade avec le chœur des anges
Va jubiler toute l'éternité
Et c'est sur lui tout seul que Dieu se venge
De ces maux qu'il a lui-même inventés.

Excusez-moi si je n'y comprends rien.
Oui, je saisis l'énorme différence,
Mais en tout cas, ce garçon-là, c'est bien
Celui qui a le moins de chance.

Norge (1898 1990) La langue verte

 

 

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