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La liberté de la foi



Laurent Gagnebin

professeur émérite de l'Institut protestant de théologie




Ed. van Dieren

60 pages – 9 €

 


4 octobre 2024

 

Ce petit livre d’une lecture facile et agréable est le témoignage éclairé et profond d’une grande voix libérale. Le professeur Laurent Gagnebin participe résolument et de façon exigeante à la réflexion de tous les croyants qui ne se contentent pas d’affirmations superficielles – et souvent infantilisantes – mais veulent des réponses intelligentes aux multiples questions posées par la foi chrétienne. Il se ressent proche des athées découragés de lever les yeux vers un ciel qui leur semble toujours vide et déconcertés par les promesses jamais tenues d’un Dieu tout-puissant dont la bonté se dérobe sans cesse. Et pourtant, « malgré tout » aime-t-il dire, le dynamisme créateur d’un Dieu qui se manifeste comme vivant, créateur et digne de confiance, l’entraîne toujours à nouveau sur le chemin – mêlé de doute – de la foi. Ne doit-on pas, pour cela, avoir le courage de poser toujours à nouveau – au-delà des grandes autorités ecclésiastiques - les questions fondamentales et… leur apporter des réponses, certes provisoires, mais libres, personnelles et, en tous cas, crédibles.

 

Voici quelques passages de ses 4 brefs chapitres.

 

 

1
Foi et croyances


Il s'agit bien de distinguer le croire en... du croire que... Croire en Dieu ou en Jésus exprime une relation vivante et intime avec Dieu et avec le Christ et non d'abord croire que Dieu ou Jésus sont ceci ou cela. Nulle part d'ailleurs, les évangiles ne définissent la foi comme étant le fait d'adhérer à une dogmatique chrétienne ou à un catéchisme.

 

[…]

 

Saint Augustin déjà au IVe siècle, dans un traité qu'il consacra à la trinité, distinguait la fides qua creditur (la foi par laquelle on croit, c'est-à-dire la foi comme relation de confiance en Dieu) de la fides quae creditur (la foi qui est crue, à savoir une croyance intellectuelle, théologique, catéchétique, un contenu dogmatique).

 

Quand Eugène Ménégoz (1838-1921), pasteur luthérien en Alsace puis professeur à la Faculté de théologie protestante de Paris, défendit l'idée pour lui fondamentale du « salut par la foi indépendamment des croyances », ne faisait-il pas en réalité la distinction capitale et primordiale, mais qui n'a rien de scandaleux alors qu'elle choqua tant certains de ses collègues, entre un croire en et un croire que ? La foi, dans sa réalité première et fondamentale, ne saurait être confondue avec les croyances humaines, discutables et fragiles, qui l'accompagnent et constituent souvent et à tort une part considérable des confessions de foi. Et cela au point que de très nombreux fidèles pensent qu'avoir la foi, c'est adhérer à ces croyances.

 

[…]

 

La foi véritable ne peut être imposée à personne dans le cadre de données extérieures décrétées et prescrites par un clergé autoritaire à la hiérarchie implacable. Le libre examen et la liberté de conscience s'harmonisent alors dans la mise en œuvre d'un sacerdoce universel. Luther et les autres Réformateurs entendaient par ce sacerdoce universel que nous sommes tous prêtres, mais non pas tous pasteurs. Il n'y a pas entre le croyant et Dieu le trait d'union obligatoire d'un clergé seul habilité à interpréter la Bible. Théoriquement et pratiquement, chaque fidèle peut prêcher et célébrer les sacrements. Mais, bien entendu, cela doit se faire en cas de nécessité et dans un cadre bien défini et précisé. Il ne s'agit pas là d'une sorte de désordre institutionnel. Il s'agit de reconnaître que tout baptisé a le même pouvoir religieux que n'importe quel prêtre ou pasteur. Liberté de la foi ? Oui, dans la mesure où le sacerdoce universel fut le germe et reste le ferment de la démocratie tant dans les Églises que dans la société.

 

 


2
Foi et grâce

 


Une prise de position très fréquente dans la bouche de celles et ceux qui ne partagent pas notre foi consiste à nous dire que nous avons bien de la chance de croire. Cela a le don de m'irriter au plus haut point. Que veut-on dire exactement en s'exprimant ainsi ? Que nous sommes enviables ? Que croire est une question de chance ? Que croire est une grâce divine offerte assez Injustement à certains, mais non à d'autres ? Rien n'est plus faux.

 

[…]

 

Dans une de ses prédications, Albert Schweitzer (1875-1965) - le fameux « docteur Schweitzer », prix Nobel de la paix en 1952, pasteur, théologien, philosophe, organiste, créateur de l'hôpital de Lambaréné au Gabon et d'une pensée centrée sur le « respect de la vie » - disait à ses auditeurs au sujet de Jésus, s'adressant à chacune et chacun d'eux : « Si tu veux croire en lui, commence par faire quelque chose en son nom. » La foi vivante peut débuter ainsi par une décision de notre part. Elle est bien alors un vouloir croire. Elle dépend largement de notre responsabilité. Elle n'est pas une chance. Elle est plutôt une action exigeante, un combat choisi et voulu. Cela n'a rien à voir avec une passivité.

 

[…]

 

Nos actions nous permettent de rencontrer véritablement Jésus. L'action a un effet d'entraînement. C'est à travers l'amour du prochain que nous sommes mis en présence de Jésus sur un chemin que nous foulons en fait ensemble. On peut citer ici la belle parabole de la fin des temps dite du « jugement dernier », dans laquelle Jésus déclare : « J'ai eu faim et vous m'avez donné à manger ; j'ai eu soif et vous m'avez donné à boire ; j'étais étranger et vous m'avez accueilli chez vous ; j'étais nu et vous m'avez habillé ; j'étais malade et vous avez pris soin de moi ; j'étais en prison et vous êtes venu me voir. » (Matthieu 25,35-36) Les auditeurs de ces paroles s'étonnent et interrogent alors le Christ pour lui demander quand ils l'ont vu dans un tel état et dans de telles conditions. Il leur répond que chaque fois qu'ils ont agi ainsi envers l'un ou l'autre de ses « frères », c'est en réalité à lui qu'ils ont prodigué de tels gestes.

 

[…]


« C'est à l'amour que vous aurez les uns pour les autres que tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples », déclare Jésus d'après l'évangile de Jean (13,35). C'est à l'amour, affirme-t-il, et non à des dogmes et des doctrines, des cultes et des liturgies, des rites, ni même à des credo. C'est à l'amour (agapè), rien de plus.

 

[…]

 

Quand on interroge l'homme de la rue, comme on dit, pour qu'il cite des chrétiens qui selon lui sont des chrétiens authentiques, il prononcera par exemple les noms de Martin Luther King ou Albert Schweitzer, de sœur Emmanuelle ou de l'archevêque anglican Desmond Tutu, non pas parce que ces chrétiens souscrivaient à certains dogmes et doctrines, à des croyances bien orthodoxes, mais parce qu'ils mirent l'Évangile de l'amour du prochain en pratique, et cela sans se prévaloir de quoi que ce soit.

 

[…]

 

Croire en un Dieu Père sans combattre pour que nous devenions véritablement frères et sœurs, ce n'est pas y croire. Monod écrit alors : « Mieux vaudrait avoir servi Jésus-Christ sans le nommer que d'avoir nommé Jésus-Christ sans le servir. » Comme je l'ai souvent dit et écrit : joindre les mains, c'est rejoindre les autres ; joindre les mains, ce n'est pas se croiser les bras.

 


3
Foi et doute


Certains ont tendance à se sentir coupables et à se considérer comme de mauvais croyants quand ils sont habités par des doutes. Ils opposent la foi et le doute, les comprennent comme des réalités antagonistes qui s'excluent l'une l'autre. Or, bien comprise, la foi inclut le doute. Il n'est pas pour elle une réalité extérieure, mais il en fait partie. La foi vivante et vécue sans aveuglement comporte le doute. Une foi sans doute est-elle encore la foi ? Le doute lui appartient de manière intrinsèque.

 

[…]

 

Plus on est proche du Christ, moins on est à l'abri du doute. Comment pourrions-nous en effet être interpellés, transformés, voire déstabilisés par la rencontre d'un étranger qui nous serait indifférent ? Un doute sérieux n'est-il pas le signe de la réalité profonde d'une foi qui n'a rien de superficiel ou facile ? La foi et le doute s'appellent l'un l'autre ; ils sont solidaires comme les deux faces d'une seule et même médaille. Le doute est consubstantiel à la foi.

 

[…]

 

Après vingt ans d'enseignement de la théologie pratique à la Faculté de théologie, j'ai intitulé ma leçon d'adieu « Un éloge du doute ». L'athéisme en effet n'est pas pour moi un adversaire que nous devons sommer de s'expliquer, mais bien plutôt ce partenaire qui, en nous interrogeant, nous invite, voire nous oblige à clarifier nos convictions et, tout compte fait, à les confronter aux vérités évangéliques. Athéisme et christianisme forment une dualité aussi solidaire que celle du doute et de la foi. L'athéisme, dans une large mesure, peut conduire à purifier la foi chrétienne. Il ne nous reproche pas tant d'être chrétiens que de ne l'être pas vraiment. On connaît la béatitude qui appartient à la conclusion de l'évangile de Jean (20,29), où Jésus déclare à Thomas qui doute : « Heureux ceux qui croiront sans avoir vu. »

 

[…]

 

Si la question de Dieu rassemble dans une même interrogation les athées et les croyants, il est encore une autre réalité qui peut les réunir : le combat pour la justice sociale ; les protestations douloureuses face aux injustices sanglantes de ce monde, les cris et les affrontements pour la liberté et donc pour la libération des damnés de la terre, tout cela au cœur de nos révoltes communes est notre lot et l'occasion d'un partage sans frontières. Nos luttes dans le cadre d'un christianisme social ne sont d'ailleurs pas enfermées dans des institutions ecclésiales ou religieuses, mais les dépassent très largement. Le Christ libérateur n'appartient pas aux chrétiens, mais à l'humanité tout entière.

 

[…]

Le pasteur Roland de Pury (1907-1979), dans un ouvrage qu’il consacre à Job ou l’homme révolté a écrit : « On ne peut s'empêcher alors de penser que Dieu est plus souvent du côté de ceux qui l'attaquent que du côté de ceux qui le défendent, et qu'il est certainement des athées plus proches de la vérité chrétienne que bon nombre d'apologètes chrétiens. Qu'il est des révoltés que Dieu préfère aux gens soumis de ses Églises, et des malheureux criant dans leur angoisse et dans leur nudité qui témoignent de lui plus valablement que les avocats trop sûrs de leur affaire. »

 


4
Foi et Dieu



Albert Schweitzer écrit le 11 juillet 1952 une lettre à Maurice Carrez : « C'est Jésus lui-même qui situe le centre de gravité de la foi chrétienne dans l'avenir ! Je ne fais que m'y conformer comme le faisaient le christianisme primitif et saint Paul… et comme nous devons le faire nous-mêmes. Le centre de gravité de la foi chrétienne n'est pas le drame rédempteur de notre dogmatique mais la venue du Royaume de Dieu en notre cœur et dans le monde. » Voilà qui est clair. Schweitzer tourne notre regard de croyants vers l'avenir et non vers le passé. Il le fait en rappelant que la réalité du Règne de Dieu, réalité à construire ici-bas et en nous, constitue le centre de la prédication et de l'enseignement de Jésus. L'essentiel dans cette lettre est de nous conduire à une conversion, au sens littéral de ce mot. Elle consiste à regarder devant nous et non vers le passé quand nous parlons de « foi chrétienne ».

 

[…]

 

Dieu n'est pas l'absolu immobile et fixe de certaines philosophies ou théologies. Le Dieu vivant dont nous parlent les textes bibliques est un Dieu qui a une histoire à travers cette rencontre qui le lie à l'être humain et à la terre entière. Dieu n'est pas le Dieu pétrifié de certaines dogmatiques et de certains systèmes théologiques, il n'est pas le Dieu indépendant de l'être humain, il est le Dieu vivant qui existe pour et avec nous. Ce Dieu est étranger aux notions de fixité et d'immobilisme avec lesquelles on le confond si souvent. « Dieu n'est pas englué dans l'immuable ; il n'est pas pris au piège de son éternité », ai-je écrit un jour. Dieu n'est pas un Dieu qui est, mais il est un Dieu qui est en marche.


 

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