Spiritualité
Eugen Drewermann
Une
théologie de la guérison
Gilles Castelnau
28 septembre 2002
Les livres d'Eugen Drewermann sont
toniques et réjouissants car sa longue expérience de
psychanalyste l'a rendu sensible aux souffrances des hommes, à
leurs angoisses, leurs refoulements douloureux et leurs
contradictions intérieures de sorte que son but profond est de
nous aider à rencontre le Christ qui ressuscite et à
trouver en lui notre guérison intérieure.
Au lieu de sonder les angoisses
concrètes des gens et d'assumer ainsi la valeur salvatrice de
la foi on les déclarait soit « possédés », soit « méchants ». Mythologie et moralisation sont aussi impuis-santes
l'une que l'autre à aider l'homme à affronter et
à résoudre son véritable drame : ses
refoulements, ses contradictions, ses compensations, ses efforts
désordonnés, bref, ces innombrables formes de
névrose dues à l'angoisse éprouvée devant
son existence. En méconnaissant l'inconscient, on ne
surmontait le tragique qu'en parole, mais non vraiment en acte, pour
le plus grand détriment du christianisme. La Peur et la Faute
p.54
Psychiquement parlant, le sacrement de
baptême par lequel on a incorporé les gens à
l'Eglise à six jours ou à six mois est loin de les
avoir changés. Si on veut redonner une valeur vécue
à l'expérience qui s'exprime dans l'image de la
nouvelle naissance ou de recommencement, il faut permettre à
ces gens de refaire lentement et difficilement, mais vraiment, le
chemin les conduisant d'une existence faite de frigidité
sentimentale, d'enfance perdue, d'adaptation
désespérée, à un véritable
renouveau. La Parole qui
guérit p.221
Trop souvent pense Eugen
Drewermann, les prédicateurs
font appel à l'intelligence et à la force de
volonté de leurs paroissiens pour surmonter le mal dont ils
souffrent, en les plaçant, en cas d'échec, dans la
situation intenable de culpabilité et de péché
renouvelé.
(On) transforme en devoir moral
ce qui n'est que triste nécessité. Et cela parce qu'on
croit nécessaire de nier le caractère tragique du
réel... Il n'y a pas de règle morale qui ne
débouche sur des imbroglios tragiques. Et chaque fois on se
croit réduit à l'alternative absurde, soit de
n'admettre en conscience la fatalité de la faute que comme une
apparence fallacieuse, soit de faire peser comme un reproche sur
l'individu le caractère contraignant de la situation dans
laquelle il se trouve. De toute façon on est gravement injuste
envers les gens...
On cherche à compenser le manque d'intelligence et de
compassion par la multiplication des mises en garde et des
objurgations. Mais on ne fait ainsi que meurtrir davantage ceux qui
souffrent . La Peur et la
Faute p.65
Dieu ne cherche rien d'autre qu'à
nous toucher : notre coeur endurci et pétrifié ne
pourrait-il s'attendrir, et le rigorisme de notre jugement moral ne
pourrait-il faire place à un peu plus d'humanité et de
bonté ? ibid. p.73
On comprend qu'à la lecture de ces
livres pourtant si décapants
et joyeux, certains se sentent déstabilisés,
enfermés qu'ils sont dans une carapace protectrice et peu
habitués à prier un Dieu de tendresse et de
guérison.
Ils sont alors aussi indignés de la foi joyeuse de Drewermann
qu'ils jugent et condamnent la morale actuelle trop « laxiste », leurs propres enfants impénitents et le
monde qui les entoure dont pourtant l'évangéliste Jean
disait que Dieu l'a tant aimé.
Drewermann se situe dans le prolongement du théologien
protestant Paul Tillich. Celui-ci développait en philosophe la
recherche, que Drewermann poursuit en psychanalyste, du Dieu sauveur
et guérissant qui nous libère du joug pharisien de la
« religion » et de la « morale ».
Les
« symboles »
Comprendre ce qu'est un
« symbole » est,
pour E. Drewermann, indispensable pour lire et profiter de la
Bible. Ce mot ne signifie pas « non
réel »,
« imaginaire ».
Au contraire, lorsqu'on exprime « en image » une vérité fondamentale, on utilise un
langage beaucoup plus frappant pour notre sensibilité,
beaucoup plus compréhensible aussi à notre esprit que
lorsqu'on s'efforce d'utiliser un langage abstrait, rationnel.
Drewermann remarque qu'au cours des siècles les théologiens
ont utilisé de plus en plus pour parler de Dieu, cette langue
intellectuelle, aujourd'hui si discréditée que l'on
parle même de « querelle de
théologiens » pour
dire que l'on coupe les cheveux en quatre. Jésus-Christ
s'exprimait par « symboles » et c'est bien pourquoi ses images, ses paraboles
sont si parlantes.
« Heureux ceux qui
pleurent » s'enracine
mieux dans les coeurs que bien des discours abstraits !
Pour nombre de nos auditeurs, le
problème vient de ce que quand nous disons « non
historique » ou tout au
moins « non constatable en
tant que fait » ils
comprennent « parfaitement
imaginaire »,
« totalement inventé ».
Ce dont nous aurions besoin... c'est d'une autre vision du
réel que celle qui domine dans notre monde moderne. Notre
éducation de la pensée et du sentiment nous a
habitués à ne considérer comme réelles
que les « choses » objectivement observables dans l'espace et dans le
temps, celles qui relèvent des lois rationnelles... celles
qu'on peut mesurer si possible physiquement et chimiquement. La
vérité est qu'il existe des réalités qui
restent alors incasables, et telles sont précisément
les réalités religieuses. La Parole qui guérit p.60
La foi au
« Fils de Dieu »
Celui-là seul dont le
coeur, dans la proximité du christ, se sera élargi aux
dimensions du ciel entre le lever et le coucher du soleil pourra
désigner le Christ comme « Fils de Dieu »... et c'est seulement à partir du moment
où l'homme découvrira la figure de Jésus comme
une chance de recommencer tout au début et de mettre fin
à une vie qui prend l'allure d'une mort prolongée,
qu'il pourra désigner la personne du Christ comme divine. De la naissance des
Dieux... p.98
Dans la ligne d'interprétation qui
est la nôtre il faut lire la symbolique des mythes comme une
oeuvre d'art expressionniste pour comprendre leur langage
codé, et l'on peut dire d'eux ce que E. Munch disait de
ses tableaux « Je ne peins
pas ce que je vois mais ce que j'ai vu ». ibid. p.160
La lecture fondamentaliste de la
Bible situant tout texte sur le
même niveau de « vérité » historique en négligeant toute son
élaboration symbolique est donc tout à fait
récusée par Drewermann.
Mais il critique également
l'exégèse historique et critique à laquelle pasteurs et prêtres sont
aujourd'hui habitués dans la mesure où replacer un
texte dans son contexte historique et littéraire risque de
l'éloigner de nous. Il est vrai qu'à se focaliser sur
« ce qui s'est
passé », tant sur
le plan historique que littéraire, on néglige la
vitalité des symboles.
La question n'est pas de savoir
d'où l'ange Gabriel est venu vers la vierge Marie, du point de
vue de l'histoire littéraire ; la question est de savoir
comment un ange peut nous dire des mots capables de faire
éclore des miracles dans les champs de notre vie. tout ce qui
confère des ailes à l'âme d'un homme, tout ce qui
l'envahit de lumière céleste, tout cela crée une
sphère dans laquelle les anges nous parlent... En
vérité l'apparition de l'ange est une
possibilité présente à tout homme. ibid. p.60
La vérité d'un symbole est
théologique. Il ne faut
jamais chercher à la situer au niveau de l'histoire
extérieure. Car alors par exemple,
la virginité de Marie
deviendrait un pur problème de biologie ou de
gynécologie.
Inversement celui qui dirait que la
virginité de Marie « n'est qu'un
symbole »,
suggérant ainsi qu'il s'agit de quelque chose d'imaginaire,
d'irréel, devrait
réapprendre que les
symboles transmettent une réalité qu'on ne saurait
traduire dans un autre langage que le leur. La Parole qui
guérit p.320
Il faut donc avoir fait une lecture bien
superficielle de Drewermann pour
écrire « pour lui la
Bible est un conte de fées »
Match 14 mars 1992
Il faut l'avoir bien mal
compris et avoir aussi une
conception bien fragile de la Bible et de la foi pour écrire
: « cette
réduction de l'Ecriture à des symboles, légendes
et mythes entraîne la liquidation de la foi
chrétienne » La
Croix 13 février 1992
Le cardinal J.Ratzinger, pourtant fort conservateur écrit :
« la filiation divine de
Jésus ne repose pas, d'après la foi de l'Église,
sur le fait que Jésus n'a pas eu de père humain ;
la doctrine de la divinité de Jésus ne serait pas mise
en cause si Jésus était issu d'un mariage normal. Car
la filiation divine dont parle la foi n'est pas un fait biologique,
mais ontologique. » La Foi chrétienne hier et
aujourd'hui p.192
Je pense que les jeunes peuvent
entrer immédiatement dans les textes bibliques - telle
est du moins mon expérience - si on les invite à
se mettre dans le coup en leur demandant, non pas ce qui s'est
passé jadis, mais ce qui se passe en eux... Et l'histoire
racontée jadis devient immédiatement la leur. Car il
n'y a aucune difficulté à leur faire reconnaître
les images de leur vie dans celles qui surgissent dans les textes.
La Parole qui guérit
p.181
Symboles bibliques
et de l'Égypte ancienne
C'est par des images, des
symboles, nous explique Drewermann,
que la Bible touche nos coeurs mieux que par de grandes explications
rationnelles. Dans son livre De la
naissance des dieux à la naissance du Christ il développe sa grande idée,
héritée de Jung et de sa propre expérience
psychanalytique, que si ces symboles nous parlent, ils parlent
également à tous les autres hommes et qu'il n'est pas
étonnant que nous les retrouvions dans les autres
religions.
C'est ainsi que l'on découvre dans l'Égypte ancienne
des symboles bibliques ; ceci n'est guère étonnant
puisque l'Égypte est proche historiquement et
géographiquement de l'Israël de l'Ancien Testament, et
puisque son influence spirituelle a été grande sur le
monde gréco-romain au temps du Nouveau Testament.
Les
archétypes
Jung déjà, en
écoutant les imaginations et
les rêves de ses patients avait été frappé
de rencontrer des figures, des situations et des scènes qui se
répétaient d'un rêveur à l'autre mais se
trouvent aussi dans les contes de fées, les mythes, les divers
récits des autres cultures.
Il remarquait que les oiseaux bâtissent leur nid chacun selon
son espèce et qu'ainsi un être humain naissait avec un
comportement spécifique et non celui d'un hippopotame par
exemple.
Il en concluait que nous héritons à notre naissance
d'un cerveau aux structures toutes faites, comportant des « archétypes »c'est-à-dire tout un
système de symboles semblables à ceux des autres hommes
et même à l'ensemble de l'humanité. Ainsi
l'idée de « Père », l'idée de « Grande Mère bienveillante et
nourricière » etc.
Le Christianisme, dit Drewermann, nous transmet la
vérité sur Dieu en utilisant obligatoirement les
symboles qui nous parlent, comme ils parlent à tous les hommes
et comme ils ont déjà parlé à ceux qui
nous ont précédé, singulièrement en
Égypte ancienne.
Comment d'ailleurs pourrait-il en être autrement. Bien
sûr l'agencement de ces images est bien différent d'une
culture à l'autre et il ne faudrait pas conclure
hâtivement que toutes les religions sont les mêmes
puisqu'elles véhiculent toutes les mêmes symboles.
L'intérêt de ces remarques
est de replacer les récits
symboliques des évangiles dans le contexte où ils sont
nés, à une époque où ils n'avaient pas
l'allure extraordinaire qui leur ôte aux yeux de tant de nos
contemporains toute crédibilité.
De plus la comparaison de l'agencement différent des
mêmes archétypes d'une tradition à l'autre fait
ressortir l'originalité réelle de la Bible. Celle-ci
n'est donc pas dans l'utilisation de mots comme « Fils de Dieu »,
« sauveur » etc.
ou dans les récits de naissance miraculeuse mais dans le sens
que les textes inspirés donnent à ces symboles.
Si dans les traditions des
peuples, reviennent sans cesse les récits de naissances virginales et de Fils de
Dieu qui viennent du ciel pour
naître sur notre terre, pour apporter aux hommes le salut et la
paix, nous devrons dire que ces représentations expriment une
vérité sur l'homme et sur Dieu qui ne peut être
communiquée que sous la forme de telles images
paradoxales.
Pour comprendre qui est le Christ et ce que les récits
évangéliques de la Nativité veulent nous
apprendre sur lui, nous devrons nous plonger aussi
concrètement que possible dans les images
(archétypiques) de l'ancienne mythologie relatives à la
naissance virginale de personnages royaux et au mystère de la
filiation divine du Sauveur.
Ce qui, dans la révélation historique de Dieu, est
fondé de façon nouvelle par le Christ ne doit pas
être cherché au niveau des symboles de foi. Ces images
sont présentes en tout homme et elles trouvent plus ou moins
leur expression dans toutes les religions... c'est au niveau de
l'« éclairage », non au niveau de la forme, que se situent les
différences, déterminées par l'histoire, entre
les différentes religions. De
la naissance des dieux p.49ss
Un conte dont les origines remontent
à la nuit des temps, qui revient sans cesse dans les
traditions des peuples, dit qu'il y a quelque part un tout-petit,
méprisé et méconnu, qui attend d'être
découvert, jusqu'à ce qu'un jour ce soit à lui
précisément que s'adresse l'appel, la vocation. Et
c'est alors qu'il se révèle soudain comme le roi secret
d'un royaume inconnu jusque là. Semblables histoires se
racontent partout sur terre, et il faut donc bien admettre que le
monde est rempli d'hommes en qui vit une réalité
cachée, seule digne, en fin de compte, de les appeler au rang
et à la fonction de « roi ». ibid. p.175
En disant « je crois en Jésus-Christ, le Fils
unique de Dieu » je
confesse en vérité que dans ma vie, j'ai fait, avec le
Christ, toutes les expériences que l'Egyptien ancien associait
à la personne du pharaon. ibid.p.97
Amon, protecteur du pauvre, père des
orphelins, époux de la veuve.
Ton nom est doux comme le goût de la vie, comme le goût
du pain,
Comme un vêtement pour celui qui est nu
Comme un fruit à la saison d'été.
Tu es comme une fleur, comme la brise pour le prisonnier.
Mets la joie au coeur des hommes
Mon visage se réjouit à ta vue, comme une fête
quotidienne ! ibid.p.93
Le million d'exemplaires des oeuvres de
Drewermann déjà vendus
à ce jour semble bien indiquer que nos contemporains ont
besoin non seulement du dynamisme libérateur dont nous
parlions dans le premier chapitre, d'être initiés
à la fraîcheur de la lecture symbolique
présentée dans le second chapitre, mais
également de pouvoir situer les symboles de la foi
chrétienne dans le concert des autres religions
anciennes.
L'éthique
Eugen Drewermann nous offre une
série de traités sur
le mensonge, le suicide,
l'amour, le pardon, qui se
veulent sans prétention, faciles et agréables à
lire, destinés au grand public et qui devraient en effet se
trouver sur la table de toutes les familles.
Il traite le sujet en psychanalyste habitué à
rencontrer dans son cabinet tous les cas imaginables, et à les
accueillir tous avec la même ouverture et le même
désir de les aider.
Il traite le sujet en philosophe qui ne coupe certes pas les cheveux
en quatre mais au contraire cherche à en découvrir les
divers aspects dans un langage accessible à tout lecteur
attentif.
Il le traite en théologien pour qui la fidélité
à Dieu n'est pas aveugle soumission à des dogmes tout
faits et à des règles implacables. Bien au contraire il
recherche une parole théologique aussi libératrice que
celle du thérapeute qu'il est.
Par son désir de se trouver ainsi
aux frontières de ces
diverses disciplines, ainsi qu'aux frontières des divers types
de personnes auxquelles il s'adresse, par son désir de faire
comprendre la présence divine à chacun quelle que soit
sa religion, il se rattache à l'école du
théologien protestant Paul Tillich.
Il développe une « éthique de
situation »,
c'est-à-dire que loin de rechercher des lois éthiques
valables toujours et pour tous, il recherche, un peu à la
manière protestante, comment dans chaque situation
différente découvrir la fidélité et
l'espérance auxquelles nous ouvre le Dieu de tendresse et de
compréhension, de fraternité et de renouveau. C'est
chaque fois un cri pour davantage d'humanité, de
réalisme, de vérité ; contre les
règlements inhumains, injustes, aliénants.
Ses prodigieux succès de librairie montrent que cette
recherche répond à un besoin grandissant de nos
contemporains.
Le suicide. A une époque où nous avons de la
peine à comprendre le sens de notre vie, Drewermann recherche
l'importance de l'homme et de sa vie.
Le mensonge. Il entre dans les divers aspects de la vie
quotidienne où se pose la question de la véritable
transmission de la vérité.
L'amour.
Il parle de l'amour humain, notamment dans sa dimension sexuelle avec
une très grande compréhension des situations humaines.
Sans doute notre époque a-t-elle besoin de
réfléchir à nouveau à la nature de
l'amour conjugal, de sa réussite et de son échec.
Mariage à l'essai, risque d'erreur sur la personne, amour de
transfert, divorce, attitude de l'Eglise catholique, place de Dieu
dans la réussite du couple... beaucoup d'exemples tirés
des rencontres de ses patients rendent la lecture de ce livre
saisissante.
.
Livres d'Eugen
Drewermann
traduits en français
La parole qui
guérit. Cerf.
327 pages.
De la naissance des dieux à la
naissance du Christ. Seuil. 301
pages.
L'essentiel est invisible. Lecture
psychanalytique du Petit Prince.
Cerf. 166 pages.
Le mensonge et le suicide. Cerf. 129 pages.
L'amour et la
réconciliation. Cerf. 184
pages.
La peur et la faute. Cerf. 151 pages.
De l'immortalité des
animaux. Cerf. 81 pages.
L'évangile de Marc. Cerf. 119 pages.
Neige Blanche et Rose
Rouge. Lecture psychanalytique d'un
conte de Grimm. Cerf. 102 pages.
La boule de cristal. Interprétation psychanalytique. Cerf.
Le cas Drewermann. Les documents. Cerf.
296 pages.
Fonctionnaires de Dieu. Albin Michel. 757 pages.
Le Testament d'un hérétique
ou la dernière prière
de Giordano Bruno. Albin Michel.
Sermons pour le temps
pascal. Albin Michel.
Dieu immédiat. Entretiens avec Gwendoline Jarczyk. Desclée de Brouwer.
Le Mal.
Structures et permanence. Desclée
de Brouwer.
Dieu en toute
liberté. Albin Michel. 600
pages.
etc.
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