Spiritualité
Parlons de la
Croix
Le Dieu de la
montagne
A
Reflection on the Meaning of the Cross
Bill
Loader
Professeur de Nouveau
Testament
à la Murdoch University de Perth
Australie
Père, pardonne-leur, car ils
ne savent pas ce qu'ils font Luc 23.34
Mais nous le savons bien, n'est-ce pas ?
30 juin 2003
La pointe du casse-tête a
percé la tempe. Sous la violence du coup le crâne est
fracassé. L'hémorragie interne noie le cerveau. Nous
sommes au Pérou au temps des Incas. Une fillette de
12 ans vient d'être sacrifiée sur le mont Ampato,
pour apaiser la colère du Dieu de la montagne. Le peuple est
sauvé car Dieu va arrêter la famine.
Un sacrifice semblable au sacrifice du
Christ. Jésus au Golgotha
n'a-t-il pas ainsi apaisé la colère de son Dieu ?
Ne dit-on pas souvent que Dieu a livré son propre fils
à la mort violente pour apaiser sa propre colère et que
le peuple soit sauvé ?
Un Dieu de violence dans un peuple violent. Un Dieu dont l'honneur
exige le paiement complet de la dette des hommes. Un Dieu qui ne
pardonne pas sans avoir d'abord tiré vengeance.
Dieu du Golgotha, Dieu du
Pérou ! Dieu qui referme
son grand livre de comptes lorsque la dette est entièrement
payée. Dieu dont la colère n'est calmée que
lorsque le passé est liquidé ! Un jeune homme de 30
ans, une fillette de 12 ans pareillement fracassés pour que le
peuple soit sauvé.
Père, pardonne-leur, car ils
ne savent pas ce qu'ils font
Mais nous le savons bien, n'est-ce pas ?
Et si Dieu n'était pas
celui-ci ? S'il n'était
pas lié par la loi de l'honneur, de la vengeance de la
punition ? S'il était amour ? S'il pardonnait tout
simplement, sans frapper quelqu'un à notre place ? S'il
était comme le père de la parabole qui courait vers son
fils sans avoir besoin de battre ou de punir avant de pouvoir
l'embrasser ?
Si Dieu n'était pas comme le Dieu
de la montagne qui a besoin
d'être apaisé ? S'il était un Dieu qui aime
vraiment, un Dieu qui crée, qui renouvelle, qui
guérit ?
Si Dieu n'était pas du
côté du meurtrier ? S'il était du côté de la
victime ? Si c'était Dieu qui apparaissait sous la
silhouette du Crucifié ?
Ou bien faut-il penser que Dieu était
vraiment le meurtrier ? Dieu loin de tout amour. Dieu qui
abandonne sans pitié les hommes lorsqu'ils s'écartent
du droit chemin et que les châtiments n'amendent pas. Dieu
d'orgueil hypnotisé par son droit ?
Père, pardonne-leur, car ils
ne savent pas ce qu'ils font
Mais nous le savons bien, n'est-ce pas ?
Pourquoi les hommes aiment-ils
échafauder toutes ces
explications compliquées dans le seul but de présenter
un Dieu meurtrier, punisseur, vengeur ? Pourquoi les hommes
imaginent-ils toujours un Dieu à leur image qui, pour aimer,
doit d'abord crucifier une victime pour pour venger son
honneur ? Pourquoi toujours compter les dettes et calculer les
punitions ?
Pourquoi tenons-nous tant
au Dieu qui fait payer les
dettes ? Pourquoi craignons-nous tant d'être tout
simplement aimés, acceptés, pardonnés ?
Pourquoi vouloir toujours payer sa dette et refuser la
grâce ?
Pourquoi aimer le Dieu incas de la
montagne ?
Bien sûr avec ce
Dieu, le monde paraît juste,
les calculs exacts, les dettes reconnues. Les hommes sont en
règle. Et nous sommes justifiés de poursuivre nous
aussi notre chemin de violence, de calcul, d'exigence et de
férocité.
Père, pardonne-leur, car ils
ne savent pas ce qu'ils font
Mais nous le savons bien, n'est-ce pas ?
Et pourtant Dieu est amour et
grâce, pourrons-nous supporter
son amour ? Accepterons-nous qu'il ferme son livre de comptes et
ne demande pas le paiement des dettes ? Comprendrons-nous qu'il nous
sourit sans regarder nos échecs ? Saurons-nous sourire au Dieu
qui ne propose pas le paradis en récompense ni ne menace de
l'enfer en punition ? Accueillerons-nous Celui qui offre
seulement sa présence d'espérance et
d'amour ?
Traduction Gilles
Casteln
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