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Anniversaire
de l'Institut Protestant de Théologie (I. P. T.)



Laurent Gagnebin

professeur émérite à l'IPT



 

4 décembre 2022


En 1972 les deux facultés de théologie protestante

de Montpellier et de Paris fusionnaient en l’I.P.T.

Mercredi dernier une célébration rappelait cet événement.

Le professeur Laurent Gagnebin en évoque le souvenir.

 

 


Deux nominations

 

A la création de l’IPT en 1972, on sépara le champ proprement universitaire, relevant du 1er cycle d’études à Paris, du 2e cycle relevant à Montpellier de l’horizon ecclésial. La théologie pratique fut alors réservée au cycle ecclésial de Montpellier assurée par Gérard Delteil et Paul Keller.

Avec le rétablissement en 1980 à Paris d’un enseignement de théologie pratique en tant que tel, c’est la dimension universitaire de cette discipline qui fut alors et à juste titre reconnue. Cela dit, les stages dits professionnels du 1er cycle, avec un coordonnateur de stages (en l’occurrence Guy Raffi) appartenaient déjà à une dimension de théologie pratique dans le cadre des études parisiennes.

 

Il fut ainsi, - pour nomination en 1980 - mis au concours un poste de théologie pratique à Paris auquel s’ajoutait la mise au concours également et conjointement d’un cours pour un poste de systématique destiné à soulager Jean-Louis Klein souvent malade et de santé très fragile. Il enseignait la dogmatique.

Georges Casalis, ancien titulaire du poste de théologie pratique à Paris avant la création de l’IPT en 72, y postula très normalement. Il avait alors 63 ans.

Je posai aussi ma candidature. J’étais depuis 1963 pasteur dans le cadre de l’ERF et depuis 15 ans pasteur au Foyer de l’Ame à Paris après avoir été pasteur-suffragant dans la paroisse de l’Oratoire du Louvre. Cette nomination donna lieu à un combat homérique, non pas entre Casalis et moi qui nous entendions bien, partageant plus particulièrement les mêmes options pour un christianisme social, mais entre ses partisans et ses adversaires au point que j’ai eu l’impression que celles et ceux qui votèrent pour moi ne le firent pas tant pour moi que contre lui. On lui reprochait d’être le tenant d’une idéologie politique beaucoup trop marquée à gauche et à moi, mais de manière moins appuyée, d’être le tenant d’un protestantisme libéral.

Dans l’impossibilité de se décider pour l’un ou pour l’autre, les « autorités » luthériennes et réformées responsables de cette nomination décidèrent finalement, et cela à la suggestion très fine et originale de Max Alain Chevallier, de nous nommer chacun à mi-temps, Georges Casalis à un poste de théologie pratique et herméneutique et moi à un poste de théologie pratique et apologétique.  

Pour montrer d’emblée notre entente, je suggérai à Casalis que nous fassions ensemble la leçon d’ouverture lors de la séance de rentrée le 12 octobre 1981. Je lui proposai un passage, pour moi resté emblématique, d’un livre du pasteur Roland de Pury intitulé Job ou l’homme révolté, lui en en donnant un commentaire d’ordre herméneutique et moi d’ordre apologétique. Nos interventions ont été publiées sous le titre « La révolte » dans ETR 1982/2. Cette leçon d’ouverture attira, bien sûr, beaucoup d’auditeurs à la fois étonnés, intéressés et … curieux. Notre entente se confirma plus spécialement dans le cadre de sessions très dynamiques de missiologie initiées et animées par Casalis ; ces sessions furent vécues au DEFAP.  


Cela dit, avant de passer à la 2e partie du présent exposé, j’aimerais vous lire un extrait de ce texte de Roland de Pury :

« Quand on se rappelle l’extraordinaire violence des cris de Job et son réquisitoire brandissant impitoyablement tous les arguments de l’athéisme, face aux paroles si souvent édifiantes, si profondément religieuses, si propres à justifier Dieu, de ses amis, on ne peut s’empêcher alors de penser que Dieu est plus souvent du côté de ceux qui l’attaquent que du côté de ceux qui le défendent, et qu’il est certainement des athées plus proches de la vérité chrétienne que bon nombre d’apologètes chrétiens. Qu’il est des révoltés que Dieu préfère aux gens soumis de ses Eglises, et des malheureux criant dans leur angoisse et dans leur nudité qui témoignent de Lui plus valablement que les avocats trop sûrs de leur affaire. »

 



La théologie pratique rétablie au premier cycle parisien

 

La création d’un enseignement de théologie pratique à la faculté de Paris correspondait, comme me le disait tout récemment Gérard Delteil, à une « inflexion » du projet IPT de 1972. Cela dit, la dimension universitaire de ce 1er cycle, - telle que pensée et voulue pour ce 1er cycle -, donna en fait à la théologie pratique une qualité universitaire à part entière qui lui était fréquemment refusée. On voyait en effet en elle une simple théologie pastorale, souvent « parent pauvre » (dixit G. Delteil), à côté du niveau universitaires reconnu aux seuls autres enseignements théologiques.

D’autre part, la théologie pratique ne fut plus regardée comme la servante soumise et pâle des autres disciplines dont elle ne pouvait que dériver.  Elle reçut et conquit une identité propre, aidée en cela par l’apport en son sein des sciences humaines (principalement la sociologie et la psychologie).

Convaincu alors que la théologie pratique pouvait à son tour enrichir et interpeller les autres disciplines de la théologie, je décidai de faire très régulièrement des cours à deux voix dans une collaboration fructueuse avec mes collègues historiens, exégètes ou systématiciens.

Cette compréhension interdisciplinaire de la théologie pratique était d’ailleurs et déjà fortement incarnée par les stages dits professionnels que faisaient les étudiants de 1er cycle sous la houlette d’un   coordonnateur de ces stages. Cette « pratique » obéissait à la règle, à mon avis pertinente, établie par le projet de l’IPT de 1972, selon laquelle toute théologie véritable s’élabore en fonction de contextes, cultures, situations et réalités humaines.

 

MAIS les étudiants ayant alors, et pour de multiples raisons, beaucoup de peine à trouver des lieux de stage, on admit que des études autres que théologiques déjà réalisées précédemment pouvaient être reconnues comme stages professionnels. Ce fut là un amendement contesté par certains. De fait, les candidats à des études de théologie et venant directement du bac furent de moins en moins nombreux par rapport à celles et ceux qui avaient déjà une expérience professionnelle ou universitaire. Cette dernière donnait de toute façon lieu à une analyse, à des réflexions exigeantes et finalement à un mémoire établissant, via une méthode de corrélation, un lien entre les expériences du terrain et la théologie. Tout cela sous l’égide du coordonnateur de stages.

 

MAIS  cette réalité ne fut que partiellement féconde. Les relations de ces stages avec la théologie s’avérèrent pour beaucoup peu évidentes, et, pour les détracteurs du projet de 1972, un peu « acrobatiques » et insuffisamment concluantes. On peut le regretter quand on pense, avec Tillich par exemple, que non seulement la théologie et la religion ont une dimension forcément culturelle, mais, en sens inverses , que la culture et la société ont une dimension religieuse, et potentiellement interpellante pour la théologie.

En conséquence, le poste de coordonnateur de stages fut sans cesse redéfini et remodelé. Ce qui en souligne la très grande difficulté est le fait qu’aucun de ceux qui l’occupèrent, à savoir Guy Raffi, Jean-François Hérouard, Olivier Maes et Hubert Auque, ne put le vivre jusqu’au bout, jusqu’à sa retraite. On sait que ce poste fut finalement supprimé.

Quand j’arrivai en 1980 à la Faculté pour y donner mon premier cours, en l’occurrence un cours d’homilétique, je ne pus le donner, les étudiants ayant décidé de faire la grève de tous les cours. Début plutôt inattendu ! Les étudiants ou plutôt des étudiants demandaient en effet le rétablissement des 2 cycles d’études pour constituer à Paris une faculté pleine et entière. Je me rappelle que Françoise Smyth fit alors venir de Montpellier à Paris et dans les plus brefs délais Paul Keller, président de l’IPT. Un dialogue authentique et une écoute réciproque débloquèrent la situation.

 


Un corps enseignant divisé
mais un enseignant bien accueilli

 

L’année 1980, furent aussi nommés à la Faculté Jean-Daniel Dubois, succédant à Marc Lods au poste d’histoire du christianisme ancien et patristique, et, succédant à Guy Raffi, Jean-François Hérouard comme coordonnateur des stages de 1er cycle. Des stages ecclésiaux avaient alors lieu pendant le 2e cycle à Montpellier. Nous sommes arrivés tous les trois au cœur d’un corps enseignant encore plus divisé que les étudiants et dans un climat exécrable opposant les enseignants les uns aux autres pendant les Conseil de Faculté ou les réunions d’enseignants. Certains restaient encore résolument opposés à la réforme des études engagée avec la création de l’IPT en 1972 ; Richard Stauffer, par exemple, enseignant l’histoire du protestantisme moderne à la Faculté et simultanément professeur à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes, déclarait que la faculté de Paris réduite à un seul cycle n’était plus qu’une « faculté croupion ».

Ces divisions pénibles, avec d’ailleurs leurs enjeux et retentissements ecclésiaux et théologiques, découragèrent Jean-François Hérouard qui démissionna trop rapidement.

Pour ma part, très bien accueilli par les uns et les autres, je persévérai avec joie et intérêt. Les étudiants furent fort nombreux à suivre mes cours dont tous, et cela pendant plusieurs années, furent purement optionnels. C’était là une manière de ne pas imposer un enseignement de théologie pratique dans le 1er cycle ; cela permettait de rester partiellement et apparemment fidèle au projet IPT de 1972.

Mes relations avec les enseignants de théologie pratique de Montpellier furent immédiatement excellentes. Nous avons vécu une collaboration plus que fructueuse, « heureuse, féconde, concrète » (dixit Gérard Delteil) dans le cadre d’un 3e cycle que je lançai avec la participation de Hubert Auque, Gérard Delteil et Jean-François Collange de l’Université de Strasbourg. G. Delteil voit dans cette collaboration « l’apogée » * de cette collaboration plus que réussie.

Pour ce qui est de l’apologétique comprise comme un syn-logétique, à savoir un dialogue avec des aspects de la culture contemporaine, plus particulièrement l’athéisme en ce qui me concerne, ces cours un peu inattendus connurent un réel succès. Je me rappelle, entre autres, celui consacré au cinéaste Luis Bunuel ou un autre au christianisme social dans une perspective œcuménique avec les figures de Nicolas Berdiaev, orthodoxe, Maurice Zundel, catholique, et Wilfred Monod, protestant. Un autre encore sur « l’aliénation religieuse » partait de L’essence du christianisme de Feuerbach et de La phénoménologie de l’Esprit de Hegel pour aboutir à Camus, Beauvoir et Sartre et cela en passant, oh horreur, par des textes de Marx et… Lénine !

 Un symposium intitulé « Faire de la théologie aujourd’hui » a eu lieu à la Faculté de théologie de Paris du 8 au 11 juin 2022 et cela déjà à l’occasion des 50 ans de l’IPT. Je constate que la présentation qui en est faite correspond exactement à cette syn-logétique que j’ai défendue et cherché à illustrer dès ma 1e année de cours en 1980, c’est-à-dire il y a une quarantaine d’années. Je lis en effet ceci dans cette présentation : « La théologie s’élabore en dialogue. (…) Elle ne se limite pas au seul domaine religieux, mais concerne nos conceptions du monde, de la culture et de la société. » On ne saurait mieux dire. Ai-je contribué par cette syn-logétique qui m’est chère à un tel aboutissement, j’ose l’espérer ?

 


*     
In G. DELTEIL, « Un point d’histoire : Note sur la théologie pratique dans le projet IPT ».


 

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