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Le Nouvel Être


Paul Tillich


 


 

Ed. Labor et fides

192 pages - 18 €


recension Gilles Castelnau

 

Paul Tillich (1886-1965) est l’un des plus importants théologiens du XXe siècle dont la pensée a ramené vers Dieu bien des esprits rebutés par un enseignement doctrinal rigide et des affirmations désormais non crédibles.

Il récuse, en effet, l’idée d’un Dieu demeurant « au ciel », à l’extérieur du monde d’où il interviendrait à sa guise pour imposer souverainement sa volonté. Il propose plutôt de le considérer comme le Fondement intérieur de notre être, la puissance qui anime notre vie.

Il suggère que l’on ne peut en parler qu’en corrélation avec nos existences concrètes de sorte qu’il devient réellement l’objet de notre préoccupation ultime.

Et cela change tout. Les prédications qu’il donnait régulièrement lors des cultes qu’il présidait dans l’université américaine où il était professeur étaient extrêmement suivies et les étudiants en étaient saisis.

Cet ouvrage en publie 23 que le professeur André Gounelle a traduites de l’anglais-américain.

Voici des passages de deux d’entre elles.


 

Le nouvel être est amour


« Celui à qui beaucoup a été pardonné »


Le pardon de Dieu est sans condition. L'homme n'en a aucune à remplir qui l'en rendrait digne. Si le pardon était conditionnel, conditionné par l'homme, personne ne pourrait être accepté et personne ne pourrait s'accepter lui-même. Nous savons que c'est notre situation, mais nous répugnons à la regarder en face. Le don est trop grand et le jugement trop humiliant. Nous souhaitons apporter un concours. S'il ne peut pas être positif, comme on nous l'a appris, nous essayons au moins de contribuer par quelque chose de négatif : la douleur de s'accuser et de se condamner soi-même.


Nous
lisons alors notre récit, ainsi que la parabole du Fils prodigue, comme si on y disait que ces pécheurs ont été pardonnés parce qu'ils se sont humiliés et ont confessé qu'ils étaient inacceptables ; d'avoir souffert de leur condition pécheresse les aurait rendus dignes du pardon. C'est un contresens et il est dangereux. Si notre réconciliation avec Dieu prenait ce chemin, nous aurions à produire en nous le sentiment de notre indignité, la douleur du rejet de soi-même, l'angoisse et le désespoir de la culpabilité. Beaucoup de chrétiens s'y efforcent pour montrer à Dieu et à eux-mêmes qu'ils méritent d'être acceptés. Ils accomplissent une œuvre émotionnelle de punition de soi après avoir compris que leurs autres bonnes œuvres ne les aident pas.


Mais une œuvre émotionnelle n'aide pas non plus. Le pardon de Dieu ne dépend en rien de ce que nous faisons ; il n'exige même pas que nous accusions et nous condamnions nous-mêmes. S'il n'en allait pas ainsi, comment pourrions-nous être certains que notre rejet de nous-mêmes soit assez sérieux pour mériter le pardon ? Le pardon crée la repentance, voilà ce qu'affirme notre récit et voilà I' expérience de ceux qui ont été pardonnés.

La femme dans la maison de Simon vient à Jésus parce qu'elle a été pardonnée.

 

[...]


Celui qui aime Dieu est aussi capable d'accepter la vie et de l'aimer. Ce n'est pas la même chose que d'aimer Dieu. Pour beaucoup de gens pieux à toute époque, l'amour de Dieu a pour autre face la haine de la vie. Nous avons tous beaucoup d'hostilité envers la vie, même ceux qui se donnent totalement à elle. Cette hostilité se manifeste dans le cynisme et le dégoût, dans l'amertume et une continuelle mise en accusation de la vie. Nous nous sentons rejetés par elle, pas tellement à cause de ses obscurités, ses menaces et ses horreurs qui sont bien réelles, mais parce que sa puissance et son sens nous sont devenus étrangers. Celui qui a retrouvé l'union avec Dieu, le fondement créateur de la vie, la puissance de la vie en tout ce qui vit, retrouve l'union avec la vie.


[...]

Celui qui est ultimement accepté peut aussi s'accepter lui-même. Être pardonné et être capable de s'accepter sont une seule et même chose. On ne peut s'accepter soi-même que si on se sent accepté par la puissance d'acceptation qui est plus grande que soi, plus grande que ses amis et que ses conseillers et que ses aides psychologiques. Ils peuvent orienter vers la puissance d'acceptation, et le pasteur a pour tâche de le faire, mais le pasteur et les autres ont aussi besoin de la puissance d'acceptation qui est plus grande qu'eux.


[...]

 

L'Église serait aujourd'hui Église du Christ plus qu'elle ne l'est si elle faisait la même chose, si elle suivait Jésus et non Simon quand elle rencontre ceux qu'à juste titre on juge inacceptables. Celui parmi nous qui recherche la justice serait plus chrétien si plus lui avait été pardonné, s'il aimait plus et s'il pouvait mieux résister à la tentation de se présenter comme quelqu'un que sa propre justice rend acceptable à Dieu.


 

 

 

Le Nouvel Être

 

Si l'on me demandait de résumer en deux mots le message chrétien pour notre temps, je répondrais en accord avec Paul : l'annonce d'une « Nouvelle Création ». Paul nous en parle dans la deuxième épître aux Corinthiens et je lis une de ses phrases dans une traduction exacte : « Si quelqu'un est en union avec Christ, il est un être nouveau. L'ancien régime est révolu, il y a un nouveau régime. »  Le christianisme est le message de la Nouvelle Création, du Nouvel Être, de la Nouvelle Réalité qui a surgi avec la venue de Jésus.

 

[...]

Aucune religion en tant que telle ne produit le Nouvel Être. La circoncision est un rite religieux observé par les juifs ; les sacrifices sont des rites religieux observés par les païens ; le baptême est un rite religieux observé par les chrétiens. Aucun de ces rites n'a d'importance, seule en a une Nouvelle Création. Sous la plume de Paul, ces rites représentent l'ensemble de la religion à laquelle ils appartiennent. Nous pouvons donc affirmer : aucune religion ne compte, seule importe un nouveau régime. Réfléchissons à cette déclaration frappante de Paul. Elle dit d'abord que le christianisme est plus qu'une religion ; il est le message d'une nouvelle création.


En tant que religion, le christianisme n'a pas d'importance, ni plus ni moins que la circoncision et l'incirconcision. Avons-nous la capacité même d'imaginer les conséquences de ce qu'écrit l'apôtre pour notre situation ? Dans le monde actuel, le christianisme rencontre plusieurs formes de circoncision et d'incirconcision. La circoncision correspond aujourd'hui à tout ce que l'on appelle religion, l'incirconcision à tout ce que l'on appelle sécularité (une sécularité qui a des revendications semi-religieuses).


À côté du christianisme, il y a les grandes religions : l'hindouisme, le bouddhisme, l'islam et ce qui demeure du judaïsme classique ; elles ont leurs mythes, leurs rites — autrement dit leur « circoncision » — qui donnent à chacune d'elles ses caractéristiques propres. Il y a les mouvements séculiers : le fascisme et le communisme, l'humanisme séculier et l'idéalisme éthique. Ils essaient d'éviter les mythes et les rites ; ils représentent en quelque sorte l'incirconcision, bien qu'ils revendiquent une vérité ultime et demandent un complet engagement. Comment le christianisme va-t-il leur faire face ?


Leur dira-t-il : « Venez à nous, nous sommes une religion meilleure, notre forme de circoncision ou d'incirconcision est plus élevée que la vôtre ? » Chanterons-nous les louanges du christianisme, de notre mode de vie qu'il soit religieux ou séculier ? Ferons-nous du message chrétien une histoire de réussite pour leur déclarer à la manière des publicités « faites un essai avec nous et vous constaterez l'importance du christianisme pour tout un chacun » ?



[...]


 Quand nous rencontrons des juifs et des païens, nous devrions leur dire : « Ne comparez pas votre religion avec la nôtre, vos rites avec les nôtres, vos prophètes avec les nôtres, les pieux qui sont chez vous avec ceux qui sont chez nous. Tout
cela ne sert à rien. Et surtout, ne pensez pas que nous voulons vous convertir au christianisme anglais ou américain, à la religion du monde occidental. Nous ne voulons pas vous faire devenir comme nous, même pas comme les meilleurs d'entre nous. Tout cela ne servirait à rien. Nous voulons seulement vous montrer quelque chose que nous avons vu et vous dire quelque chose que nous avons entendu : à savoir qu'au sein de la vieille création, il y a une Nouvelle Création et que cette Nouvelle Création est manifeste en Jésus, celui qu'on appelle le Christ. »


Lorsque nous rencontrons des adeptes du fascisme, du communisme, de l'humanisme scientiste ou de l'idéalisme éthique, nous devrions leur dire : « Ne vous vantez pas trop de n'avoir ni mythes ni rites, d'être libres de toute superstition, d'être parfaitement raisonnables, donc d'être incirconcis dans tous les sens du mot. D'abord, vous avez aussi vos rites, vos mythes et votre brin de circoncision. Ils ont même beaucoup d'importance pour vous ; si vous étiez complètement libres à cet égard, vous n'auriez aucune raison pour insister sur votre incirconcision. Elle ne sert à rien. Ne pensez pas que nous voulions vous convertir et vous faire passer du sécularisme au religieux ; nous ne voulons pas faire de vous des religieux, adeptes d'une religion très élevée, le christianisme, et de l'une de ses très grandes dénominations, à savoir la nôtre. Cela ne servirait à rien. Nous voulons seulement vous communiquer une expérience que nous avons faite : ici et là dans le monde et de temps en temps en nous il y a une nouvelle création, le plus souvent cachée, mais parfois manifeste et à coup sûr manifeste en Jésus, celui qu'on appelle le Christ. »

 

[...]

 

Le Nouvel Être, la Nouvelle Création se trouve là où il y a une véritable guérison. Une véritable guérison a lieu non pas quand seulement une partie du corps et de l'âme est réunie avec l'ensemble, mais quand l'ensemble lui-même, notre être tout entier, notre personnalité tout entière, est réuni avec lui-même. La nouvelle création guérit parce qu’elle crée la réunion avec soi et aussi avec les autres.

 

 


 


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