Étant pasteur
moi-même, je suis témoin du
fait que certains de mes
collègues perdent la foi ? j’ai
personnellement fait mon instruction
religieuse à l’âge adolescent dans une église
évangélique mais j’ai, depuis,
perdu une bonne partie de la foi de mon
enfance.
Perte de
foi
J’ai perdu la foi
en la vérité littérale de la Bible :
La création du
monde en six jours il y a moins de 10 000
ans ! Un serpent qui
parle ! Un déluge provoquant un génocide
mondial ! Un Dieu qui
approuve la polygamie, l’esclavage, la
soumission des femmes, les génocides
militaires ! Un fer de hache qui flotte
sur l’eau ! Un Dieu qui fait
sortir un ours du bois pour tuer les petits
garçons qui se sont moqués d’un
prophète chauve ! La peine de mort
infligée aux gays, aux adultères, aux
travailleurs du sabbat, aux adolescents
irrespectueux !
Je prends tout à fait la Bible au sérieux,
mais certainement pas
littéralement.
En fait, j’ai perdu la foi en un Dieu dont les
interventions seraient surnaturelles.
Si Dieu peut intervenir de manière
surnaturelle dans le monde, comment
expliquer que des enfants meurent de
leucémie ? Pourquoi des pandémies se
produisent-elles ? Pourquoi certains
sont-ils atteints de la maladie de
Charcot ou de démence ?
Pourquoi les cyclones, les tornades et les
tsunamis sont-ils
destructeurs ?
Pourquoi Dieu permet-il les guerres, le
terrorisme et toutes les
injustices ?
Quelle image nous ferions-nous d’un Dieu qui
aurait le pouvoir d’intervenir
en toutes ces choses mais choisirait
systématiquement de ne pas le faire ?
Durant toutes mes années de ministère je n’ai
jamais été témoin d’un seul
miracle surnaturel.
La seule conclusion que je pense on puisse
en tirer est que Dieu n’intervient
pas de façon surnaturelle dans le monde.
Cela ne signifie pas que je suis déiste et que
je récuse toute activité de
Dieu dans le monde.Je
crois que Dieu
agit dans le monde en s’y incarnant, qu’il
agit par l’intermédiaire des hommes
et certainement aussi de manières que nos
esprits humains limités ne sont pas
capables de saisir. Notamment par le processus
de l’évolution.
Plutôt que d’un Dieu « surnaturel »,
il serait plus juste de parler
d‘un Dieu « sur-naturel ».
J’ai aussi perdu la foi sur d’autres
points. Ainsi, je ne crois plus au
salut par le sacrifice substitutif de la
Croix. Ce concept avait du sens dans
l‘ancien monde où l’on pratiquait des
sacrifices d’animaux. Mais je trouve
offensant pour la personne de Dieu de le
reprendre aujourd’hui en laissant
penser que Dieu exige le sacrifice sanglant de
son Fils pour lui permettre de
pardonner l’humanité. Cela fait désormais
penser à de la maltraitance d’enfant.
J’ai aussi perdu la foi au châtiment éternel
dans l’enfer du diable, à
l’idée que Dieu rejette toutes les religions à
l’exception du christianisme.
J’ai perdu la foi en l’idée que Dieu est un
Être supérieur demeurant « au
ciel ».
Je ne conçois plus Dieu comme une divinité
surhumaine mais plutôt comme la
mystérieuse force de vie et d’amour.
Garder
la foi
Le fait que j’ai
perdu la foi en beaucoup de
croyances traditionnelles
suffit à certains du clan conservateur pour
déclarer que je ne suis plus
chrétien. Pourtant j’adhère toujours à
beaucoup d’importantes affirmations de
la foi chrétienne.
•
J’ai foi en
l’histoire de Jésus.
Certes, j’ignore la véracité historique
des récits des évangiles : ils
ont été écrits de quatre à sept décennies
après la mort de Jésus, en un temps
préscientifique et où le surnaturel était
courant. Il est clair que ces
histoires ont été amplifiées au cours du
temps. Jésus est-il réellement né
d’une vierge ? A-t-il marché sur
l’eau ? a-t-il rendu la vue à des
aveugles ? que s’est-il vraiment passé le
matin de la Résurrection ?
Est-il physiquement monté au ciel ? Mais
ces questions n’ont guère
d’importance et les récits concernant Jésus
demeurent saisissants. Sa naissance
indique que Dieu s’implique matériellement
dans le monde, son baptême que Dieu
nous considère comme ses enfants, ses
enseignements nous apprennent à aimer
notre prochain comme nous-même, son exemple
que nous sommes appelés à servir
les autres. Sa crucifixion nous montre que
Dieu participe à nos souffrances les
plus profondes et sa Résurrection que
l’espérance nous est toujours donnée.
L’histoire de Jésus est mon histoire avec
toute sa puissance et ses
multiples significations.
•
J’ai foi en
les valeurs chrétiennes comme l’amour,
le pardon, la bonté, la
justice, le service, la reconnaissance,
l’intégrité, la vérité, l’humilité, la
fidélité conjugale. J’ai foi en la communauté
chrétienne (saine), en sa mission
de faire progresser le Royaume de Dieu
« sur la terre comme au ciel ».
J’ai donc perdu, au cours des années,
certaines croyances traditionnelles
mais j’ai aussi conservé des éléments
importants de la foi authentique.
La
foi en évolution
Nous vivons une époque de grande
évolution religieuse dans le monde et en
particulier aux États-Unis. L'adhésion à
l'Église et la fréquentation du culte
diminuent
rapidement en Amérique, surtout depuis le
Covid. Les jeunes quittent l'église
en masse. Le groupe religieux qui connaît la
croissance la plus rapide dans
notre pays est celui des personnes sans
religion.
Des sondages récents montrent qu’un
Américain sur deux ne croit plus au
Dieu traditionnel ou en un Christ divin. Par
exemple, en 1990, trois Américains
sur quatre croyaient en un « Créateur
tout-puissant, omniscient, parfait et
juste gouvernant toujours le monde ». Ils ne
sont plus aujourd’hui qu’un sur
deux.
Un important sondage de 2020 rapporte que 52 %
d’Américains ont
déclaré : « Jésus était un grand
maître mais il n’était pas Dieu ».
Il est surprenant de remarquer que 30 % des
évangéliques ont également été
d’accord, alors que ceci est pourtant
absolument contraire à leur position
traditionnelle.
Cela signifie que nombreux sont les membres du
clergé ou les laïcs qui
vivent dans l’ambiguïté la recherche de leur
foi et qui s’en trouvent parfois
mal à l'aise. Mon opinion est que cette
évolution de la foi n’est pas près de
son point final. Personnellement je m’y suis
confronté pendant des années et
j’ai, finalement, trouvé la paix, en admettant
savoir moins de Dieu aujourd’hui
qu’autrefois, ce qui est finalement une bonne
chose. J’accepte pleinement
désormais de vivre dans cette ambiguïté. Et
cette foi, mêlée d’ambiguïtés, me suffit.
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