Je suis en relation avec
des gens dont le nombre
s’accroît régulièrement et qui n’adhèrent plus
à leur religion de façon orthodoxe. Dans le
désir de mieux les comprendre, j’ai interviewé
sept d’entre eux. Ce sont des laïcs et des
membres du clergé (à la retraite ou ayant
quitté le ministère). Certains sont toujours
pratiquants, d’autres non. Je les ai choisis
différents en matière de tradition religieuse,
de localisation géographique et d’âge. Leur
nombre est réduit mais ils représentent un
très grand nombre de gens qui ne suivent plus
les habituelles traditions religieuses.
Ils ne croient
plus aux doctrines traditionnelles
Ils ne
croient plus en un Dieu du ciel tout-puissant,
omniscient et aimant, qui interviendrait de
manière surnaturelle dans le monde, avec
lequel on entrerait en contact direct par la
prière et qui ferait des miracles.
Mon petit groupe de sept personnes non
orthodoxes ne croit plus en ce genre de Dieu
personnel, surnaturel et interventionniste.
Ainsi,
ils ne croient plus en la doctrine de la
providence. Étant donnée la souffrance
accablant tout l’univers, aussi bien la vie de
la Nature que celle des hommes, les cancers,
les démences, les ouragans, les inondations,
les famines, les pandémies, les génocides, les
guerres, ils ne voient pas Dieu protégeant
particulièrement la création et ils rejettent
l'idée d’une intervention directe de Dieu.
Le groupe
rejette aussi la croyance en des doctrines
traditionnellement très orthodoxes comme la
naissance miraculeuse de Jésus, les récits de
miracles de guérison, la compréhension
littérale de la Résurrection ainsi que le
récit de l’Ascension. Leur Jésus est humain,
non divin.
Aucun
d’eux ne croit en une lecture littérale de la
Bible dont ils ne croient pas qu’elle soit
divinement inspirée. Ils pensent qu’elle est
un document humain rédigé avec toutes les
limitations des temps anciens tant dans le
domaine scientifique que social ou
théologique. Ils accordent tout à fait sa
valeur à la Bible mais ne croient pas qu’elle
soit « le livre de Dieu pour le peuple de
Dieu ».
Ils
rejettent encore bien d’autres doctrines
traditionnelles comme celle de l’enfer, du
Retour prochain du Christ, le salut par le
sang de la Croix, le salut des seuls croyants,
l’efficacité de la prière de demandes, la
Trinité.
Ils
disent bien qu’ils ne récusent pas ces idées
par principe mais qu’ils ont tout simplement
progressivement arrêté d‘y croire.
Ils ne croient plus en une
religion institutionnalisée
Les sept que j’ai interviewés ont tous eu des
relations compliquées avec leur Église. Ils en
ont tous été des fidèles conscients et
pratiquants. Plusieurs en ont même été
pasteurs. Aujourd’hui ils ne sont plus que
deux à y rester fidèles, plutôt il est vrai
pour des raisons relationnelles que
religieuses. Les cinq autres ont quitté leur
paroisse bien qu’ils participant volontiers à
l’occasion à sa communauté.
Bien que
les sept aient dit avoir été déçus et
désillusionnés de la religion
institutionnalisée, aucun n’a manifesté
d’attitude hostile à son égard. Ils ont
exprimé au contraire de la reconnaissance pour
tout ce que l’Église leur a donné, même s’ils
ne l’acceptent plus aujourd’hui. Mais tous
disent avoir souffert de l’attitude de
l’Église à leur égard, particulièrement ceux
qui ont été pasteurs. Quant aux deux qui
continuent leur relation avec l’Église, ils le
font pour des raisons de relations
personnelles et familiales et non pas parce
qu’ils croient encore à la théologie de
l’Église ou à son intégrité institutionnelle.
Que
croient-ils donc ?
Aucun des sept ne s’est déclaré agnostique ou
athée.
Bien
qu’ils soient très différents les uns des
autres ils ont néanmoins beaucoup en commun
sur le plan théologique et promeuvent le
christianisme à leur manière. Par exemple,
tous affirment croire en une sorte de
dynamisme créateur agissant dans l’univers.
Ils
croient également aux valeurs chrétiennes
traditionnelles que sont l'amour, l'intégrité,
la compassion, la vérité, l'humilité et la
justice, bien que certains les qualifient
plutôt d’humanistes.
Ils se
considèrent tous comme disciples de Jésus. Pas
le Christ divin, né d'une vierge, qui a marché
sur l'eau, guéri les aveugles, est ressuscité
des morts et est monté au ciel. Ils croient en
un Jésus humain qui aimait les pécheurs,
répandait la grâce, accueillait les exclus,
bénissait les enfants, faisait preuve de
compassion, agissait avec bonté et réclamait
la justice.
Ils
promeuvent ses enseignements, suivent son
exemple et se laissent animer par son esprit.
Ils sont
évidemment post-orthodoxes et post-église,
mais ils ne sont certainement pas post-Jésus
et le nombre de nouveaux croyants qu’ils
représentent est en rapide augmentation
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