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La variante toxique
du monde évangélique
 

The Toxic Evangelical Variant


Martin Thielen

pasteur de l’Église Unie du Christ
  États-Unis



traduction  Gilles Castelnau

 

 

4 juillet 2022

Il n’est pas exagéré de dire que c’est l’Église évangélique qui m'a sauvé.  On m’y a fait connaître Jésus. Ils m’ont donné la famille que mes parents ne pouvaient pas me donner. Ils m'ont aimé, ils m'ont éduqué, ils ont suscité ma vocation. Et ils m'ont donné d’exceptionnelles occasions de service. Je les ai quittés, il y a plusieurs années, pour une communauté plus progressiste, mais j'ai toujours apprécié tout ce qu'ils m'ont donné.


Mais depuis quelques temps, je ne reconnais plus l’Église évangélique d’Amérique. Un peu comme ce fut le cas pour le Covid Delta, certaines de ses paroisses (pas toutes) ont vécu une mutation hautement toxique. Celle-ci fait un grand mal à la foi chrétienne, à l’Église américaine et à l’humanité en général.


Ce n’est pas vrai de tous les évangéliques, mais certains manifestent des symptômes extrêmement destructeurs qui méritent d’être résolument dénoncés.

 

Caractéristiques de la variante évangélique toxique :

 

• La variante évangélique toxique entretient une colère permanente. Elle s’engage en permanence dans les controverses les plus brûlantes du moment, comme celles concernant l'I.V.G., les droits des homosexuels, les toilettes publiques pour les transgenres, les questions racistes, l’obligation du vaccin et elle déploie sa colère dans les chaînes de télévision, de radio et les réseaux sociaux.

 

• La variante évangélique toxique récuse les vérités scientifiques. Elle récuse systématiquement les faits scientifiquement prouvés comme l’évolution, le rôle de l’humanité dans le réchauffement climatique, ou l’efficacité des vaccins contre le Covid. Elle s’implique dans les théories complotistes anti-scientifiques, participant ainsi à déstabiliser la vie du monde.

 

• La variante évangélique toxique opprime les femmes. Elle promeut pour elle, au nom de Dieu et de la Sainte Bible, une citoyenneté de seconde classe. Elle appelle, par exemple, les femmes à se soumettre à leur mari, elle leur interdit le ministère pastoral alors même qu’elles en aient reçu la vocation et en soient capables.

 

• La variante évangélique toxique malmène la communauté LGBTQ. Elle dit aux homosexuels qu’ils sont une abomination aux yeux de Dieu. Elle organise pour eux des thérapies de conversion qui provoquent de profond dommages émotionnels et spirituels. Elle s’oppose systématiquement à leurs droits. Tout ceci entraine des préjugés détestables à leur égard ainsi que des attitudes cruelles.

 

• La variante évangélique toxique devient hyper partisane. Un sondage récent demandait à quoi fait penser l’appellation d’évangélique. La grande majorité a répondu « politique », « partisane » ou « républicaine » (au sens du parti politique républicain américain). Cette réalité apparaît dans le soutien écrasant et radical apporté à Donald Trump, qui viole pourtant toutes les valeurs que les évangéliques affirment promouvoir comme notamment l’attachement à la vérité, à la décence, à la fidélité conjugale et aux valeurs familiales.

 

• La variante évangélique toxique est très hypocrite. Elle prétend être pro-vie mais soutient la peine de mort, donne sa bénédiction à presque toutes les guerres des États-Unis et s’oppose à la limitation des armes à feu. Elle prétend être disciple d’un Jésus compatissant pratiquant un ministère de guérisons, mais s’oppose à toutes les lois favorisant les soins de santé pour des millions de défavorisés. Elle prêche l'amour mais suscite la colère, les divisions et la rancœur. Et hier comme aujourd’hui elle nourrit fréquemment le racisme.

• La variante évangélique toxique nuit à la réputation du Christ et de l'Église. La réputation extrêmement négative de la variante évangélique toxique fait que beaucoup de gens se disent : « si ceci est le christianisme, je ne veux pas en faire partie. » Des millions de personnes, en particulier de jeunes adultes, ont abandonné la foi et l'Église à cause du visage empoisonné qu’ils avaient perçu de la religion. Le mouvement évangélique toxique se donne comme priorité le fait de « sauver des âmes » mais en réalité il éloigne plus de gens de Jésus qu’il n’en rapproche de lui.

• La variante évangélique toxique abandonne Jésus. De plusieurs manières, elle contredit la vie, l'exemple, l'esprit et les enseignements de Jésus, dont son appel à l'amour, à la bonté, à l'ouverture d’esprit, à la grâce, à la miséricorde, à la compassion et à la justice.
Bien qu'elle aime demander « Que ferait Jésus ? », elle choisit de faire exactement le contraire. Cette séparation d’avec Jésus, est, plus que toute autre chose, la caractéristique la plus tragique de la variante évangélique toxique d'aujourd'hui.

 

Avec tristesse (je n’éprouve aucun plaisir à rédiger ces critiques), je pourrais donner de nombreux autres exemples de la variante évangélique toxique, comme ses jugements d’auto-satisfaction, son esprit anti-intellectualiste, ses vues non bibliques et anti-immigrants. Ses violations constantes de la séparation de l’Église et de l’État, son dangereux nationalisme identifiant l’amour de Dieu avec celui de l’Amérique.
En tant qu’ancien évangélique, j’écris cela avec désolation.

Comment répondre à la variante évangélique toxique

Je propose quatre pistes

1. Courez comme des fous

On connaît l’histoire de la dame qui voulut aider un enfant à tirer la sonnette d’une porte qu’il était trop petit pour atteindre. Après l’avoir fait, l’enfant lui dit : « Maintenant on court comme des fous ! »

Je conseille pareillement à tous ceux qui appartiennent à une variante évangélique toxique de « courir comme des fous ». S’ils y restent, leur esprit en sera empoisonné. J’ai moi-même essayé pendant des années de jouer un rôle modérateur dans une de ces communautés fondamentalistes mais je n’ai réussi à rien. La triste réalité est que les Églises attachées au fondamentalisme d’extrême droite ne changent jamais. Je suis conscient du fait que s’en détacher est parfois difficile pour des raisons familiales, d’amitié, d’attachement fraternel ou pour des causes professionnelles. Mais si, on peut s’en aller, il le faut et... sans attendre !

2. Adopter une foi ouvrant à la vie

Quand on abandonne une religion toxique, on trouve sans peine les éléments d’une foi saine et progressiste dans les grandes dénominations. Mais ce n’est pas tout. De nombreuses Églises conservatrices ou modérées évitent également les pièges de l'évangélisme toxique.
Il existe aussi bien d’autres possibilité de vivre une foi non traditionnelle.

Quant aux agnostiques et ceux qui ne connaissent aucune foi religieuse, ils peuvent toujours développer les valeurs spirituelles enrichissant la vie intérieure, comme l'amour, la miséricorde, l'honnêteté, la raison, la vérité, la générosité, la tolérance, la bonté, l’esprit de service, le développement intellectuel, l'ouverture d’esprit, la justice et la participation au bien commun. De telles attitudes spirituelles, même si elles ne connaissent aucune composante explicitement religieuse, sont bien plus saines (et sont davantage dans l’esprit de Jésus) que la variante évangélique toxique.

3.  Combattre la toxicité

L'évangélisme toxique doit être combattu, malgré les difficultés.

Par exemple, lorsque des millions d’évangélique ont identifié l'amour de Jésus et celui de Donald Trump, avec beaucoup d'autres, j'ai publiquement contesté cette idéologie. J'ai essayé de le faire avec respect et fermeté. Ce n'était pas facile dans mon État extrêmement républicain marqué par la droite religieuse, et mon attitude contestataire m’a coûté cher. Il fallait bien pourtant combattre cette dangereuse identification d’un Parti avec la vérité évangélique. Il faut absolument le faire tant dans les conversations rivées que dans les forums et espaces publics.

4.  Proposer un meilleur choix

Finalement, la meilleure alternative à une mauvaise religion est une bonne religion. Jésus l’avait compris : face à la religion de son temps, prétentieuse, légaliste, menaçante, Jésus offrit une saine alternative de simplicité, de grâce, de miséricorde, de compassion et de justice. Il nous appelle à le suivre. En tant qu’individus, comme en tant que communautés, on peut offrir un meilleur choix au monde que la variante évangélique toxique. Bien que nous ne soyons évidemment jamais parfaits, nous pouvons néanmoins promouvoir une religion de grâce et non de jugement, d’amour et non de haine, d’ouverture et non d’intolérance, de compassion et non de légalisme, de simplicité et non d’arrogance.

Il y a quelques temps, une jeune famille est venue me voir pour des baptêmes et s’inscrire dans notre église méthodiste. Ils me dirent que ce qui les avait attirés dans notre paroisse était l’inscription sur la porte principale : « cœurs ouverts, esprits ouverts, portes ouvertes ». Ils avaient l’idée que toutes les Églises étaient étroites et légalistes mais quand ils ont constaté qu’on vivait effectivement chez nous l’ouverture qui était affichée sur la porte, ils sont venus. 



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