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Spiritualité

 

A quoi sert-il d'être croyant
s'il n'y a rien après la mort ?



Jacques Pohier

Dieu fractures, Seuil, 1985, p. 130-138


texte transmis et introduit par Michel Leconte

 

30 mars 2022

Introduction par Michel Leconte

La finalité des religions est surtout de fournir une réponse à notre angoisse devant la mort. Les sociologues et plus largement l’homme de la rue considèrent que la religion a pour fonction essentielle d’aider à résoudre le problème de la mort. La mort est le centre autour duquel tourne tout système religieux, l’axe autour duquel il s’organise tout entier. En ce qui me concerne, c’est par le biais de la psychanalyse — et moins encore par la théorie psychanalytique que par l’expérience analytique personnelle — que j’ai pu constater le bien-fondé de ce diagnostic. Certes, il n’est pas péjoratif ou fallacieux d’aider les humains à se poser la question de la mort, et en tous cas à affronter le fait de la mort. Mais les religions le font le plus souvent en détériorant la vie, et parfois même en en massacrant telle ou telle dimension essentielle. Cela dit, je crois que ce que Jésus Christ a rendu possible par ce qu’il nous a révélé sur Dieu et sur l’homme, et ce que l’Esprit de Dieu peut susciter, depuis Jésus Christ, parmi les croyants, ne peut exactement se définir par les fonctions qui sont celles de la religion. La foi chrétienne n’est pas une religion même si elle en emprunte certains aspects.




Jacques Pohier

 

Non, nous ne sommes pas une religion, notre problème essentiel n’est pas celui de la mort et notre tâche essentielle n’est pas de résoudre la question de la mort.

 

« Certes, au fil des siècles, le christianisme n’a eu que trop tendance à se réduire à une religion. Mais je crois qu’en Jésus Christ et en l’Esprit qui l’atteste vivant parmi les croyants, il s’agit de plus, et en tous cas de plus et d’autre chose, que d’une religion. […] Non, nous ne sommes pas une religion, notre problème essentiel n’est pas celui de la mort. Il me semble, en effet, que tel n’est pas l’axe essentiel de ce qui a été manifesté en Jésus Christ et révélé par lui ». Jésus et les premiers chrétiens ont cru à la vie éternelle et à la résurrection des morts. Mais « cette croyance ne leur était pas propre, mais venait du judaïsme dont ils étaient issus. D’autre part leurs attentes eschatologiques et apocalyptiques donnaient à cette croyance une coloration tout à fait différente de ce que peut être la croyance catholique moderne en la vie éternelle, car l’eschatologie concerne ce monde-ci, bien plus qu’elles ne concernent un autre monde et n’attendent le passage de ce monde-ci à un autre monde, comme le font les formes modernes de la foi catholique en la résurrection des morts. Cela dit, il reste que Jésus de Nazareth, qui croyait évidemment à cette résurrection des morts, n’a pas fait de la vie dans un autre monde le centre ni même la conséquence essentielle, de ses enseignements, de ses comportements, de sa propre vie. La bonne nouvelle qu’il a annoncée, n’était pas : le Royaume est proche parce que vous allez bientôt passer dans un autre monde, mais : le Royaume de Dieu (c’est-à-dire Dieu) est là parce que Dieu vient dans ce monde-ci. Les béatitudes, le Sermon sur la montagne ne sont pas la charte de la vie dans un autre monde, mais la charte d’une vie dans ce monde-ci.

 

  Jésus Christ n’est pas d’abord venu résoudre la question de la mort, il est venu inaugurer un nouveau type de rapports, en ce monde-ci, entre Dieu et les humains, et à partir de cela un type nouveau de rapport entre les humains. [...] « Si le problème ou le fait de la mort avait été le centre de ce que Jésus a manifesté et auguré, les trois miracles de résurrection que les évangiles lui attribuent (la fille de Jaïre, le fils de la veuve de Naïm, et son ami Lazare) auraient suffi aux évangélistes à dire ce qu’il y avait à dire. Or, non seulement ils ne s’en sont point contentés, mais ils ne leur ont pas conféré une portée supérieure à celle des autres miracles de Jésus : multiplication des pains et des poissons, guérison des aveugles, des sourds, des lépreux, des paralytiques, etc. Pourtant, l’idée ne vient à personne que Jésus soit venu résoudre le problème de la sous-alimentation ou ceux de la cécité, de la surdité, de la lèpre, de la paralysie (sinon comme l’observait saint Augustin, quel échec !). »

 

« L’importance décisive que le christianisme donne à juste titre à la mort de jésus et à sa résurrection peut ici prêter à équivoque. La mort de Jésus de Nazareth n’est pas d’abord la preuve que sa vie était consacrée à résoudre le problème de la mort, et sa résurrection comme Christ n’est pas d’abord la preuve qu’il a victorieusement résolu ce problème. Sa mort et sa résurrection sont, comme sa vie, essentiellement une manifestation de Dieu et une effectuation de ce que peut être désormais le rapport entre Dieu et les hommes. Sa mort est la preuve que Jésus s’engage tout entier, se voue, s’offre, se consacre à Dieu qu’il est venu manifester et aux hommes à qui il veut le manifester en même temps qu’elle est la preuve que ce Dieu et ce nouveau rapport avec lui et entre les humains sont littéralement intolérables aux mécanismes religieux, sociaux et psychiques qui construisent les dieux : il fallait donc que cet homme meure. De même sa résurrection par Dieu est-elle l’attestation par Dieu qu’il est bel et bien tel que Jésus l’a manifesté, que Jésus était bel et bien celui qui le manifestait selon son gré, et que son Esprit peut l’emporter sur toutes les forces mortifères qui s’opposent à cette manifestation et à cette attestation. […] L’œuvre de l’Esprit n’est pas d’abord de préparer les disciples à passer dans un autre monde grâce à la victoire de Jésus sur la mort, l’œuvre de l’Esprit est d’abord d’animer les disciples pour qu’ils fassent autre ce monde-ci, grâce à la lutte contre tout ce qui s’oppose à cette transformation, lutte dont la victoire possible est attestée par la résurrection de Jésus Christ. […] La résurrection de Jésus Christ ne résout pas la question que pose la mort de Jésus : elle est un événement qui s’ajoute à ce fait qu’est la mort, elle est une révélation de Dieu et sur Dieu qui s’ajoute à cette autre révélation qu’est sa mort, elle est un appel qui s’ajoute à cette autre appel qu’est sa mort. Elle est aussi, il faut oser le dire, une question qui s’ajoute à cette autre question qu’est sa mort, aucune de ces deux questions ne pouvant servir à répondre à l’autre, à la clore, à la sceller. Si la question que pose la résurrection n’est pas annulée par le fait de la mort, la question que pose la mort n’est pas annulée par l’événement de la résurrection. »

 

« Ce centrage trop exclusif sur le problème de la mort et sa solution a pour effet symétrique de dévaloriser plus ou moins les réalités essentielles de la vie de la foi. […] Savoir un peu quelque chose de Dieu, être délivré de l’oppression des dieux que fabriquent les mécanismes sociaux, psychique, religieux, être libéré des pouvoirs qui prospèrent sur l’édification et le culte de ces idoles, pouvoir faire mémoire de Jésus Christ qui, par sa mort et sa résurrection, nous a délivré de ces idoles et de ces pouvoirs, avoir la chance que l’Esprit veuille bien le susciter vivant parmi les croyants et les croyantes, avoir la chance qu’à travers les siècles des hommes et des femmes aient rendu possible l’effectuation — même très partielle — du type de rapport à Dieu et entre humains qu’avait inauguré Jésus Christ, avoir la chance aujourd’hui et demain de pouvoir partager avec des croyants et des croyantes l’effectuation — ne serait-ce que très partielle — de ce type de rapport, tout cela n’a-t-il pas déjà valeur en soi ? Travailler à ce que les publicains et les prostituées, à ce que les pécheurs, les aveugles, les boiteux de toutes sortes, à ce que les Samaritains et les Gentils de toute races, à ce que les pauvres, les exclus, les rejetés, les persécutés, retrouvé la place qui est la leur de par Dieu et de par Jésus Christ dans la communauté des croyants ; travailler à ce que la peur, l’angoisse, la culpabilité, la honte, la haine, la domination, la richesse galvaudée, le plaisir dévalué, le pouvoir détourné ne servent plus aux hommes à s’enchaîner et à s’entre-tuer ; y travailler parce qu’on a eu la chance d’apercevoir en Jésus Christ que Dieu n’avait pas peur, de la faute, de la honte, de la haine et que le plaisir, le pouvoir, le bien-être pouvaient être bonheur et valeur pour les humains, tout cela n’a-t-il pas consistance et soi et par soi pour remplir une vie, et ne serait-il pas déjà entièrement justifié même s’il n’y avait rien après la mort ? […] Vraiment, tout cela n’aurait aucun sens s’il n’y avait pas de vie éternelle ? Vraiment, tout cela n’a pas assez de sens en soi et par soi pour « ne plus avoir la peine » — comme on me l’a dit cent fois — s’il n’y a pas de vie éternelle pour les humains ? La peur de la mort est-elle si forte, le besoin de s’assurer contre elle a n’importe quel prix et immédiatement peut-il donc être si impérieux qu’il soit impossible de percevoir à quelles perversions il nous entraîne, lorsque nous en venons à ne plus pouvoir saisir la valeur de ce qui nous est possible et le goût de ce qui nous est offert, que sous les auspices d’un gage d’éternité ? »

 

 


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