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L'Ancien Testament

 


Thomas Römer

 

Édition Que sais-je ?

128 pages - 9, 00 

 

Recension : Gilles Castelnau

 

20 janvier 2020

Thomas Römer, l’illustre professeur au Collège de France, introduit à la compréhension de l’Ancien Testament en 128 pages écrites serrées, selon la tradition de l’édition Que Sais-je ?

Ancien Testament et Bible hébraïque
La constitution du canon biblique
Textes et manuscrits
Brève histoire d’Israël et de Juda
La formation du Pentateuque
La formation des Prophètes
La formation des « Écrits »
Les livres supplémentaires des Anciens Testaments catholique et orthodoxe
Bibliographie

Le professeur Römer pratique délibérément la méthode historico-critique qui consiste à replacer les livres dans leur contexte historique, politique, social ou religieux sans laisser aucune conviction religieuse interférer avec cette recherche, mais au contraire à donner toute leur place aux découvertes archéologiques.
Le style scientifique et universitaire adopté exige du lecteur une attention sans défaillance et les citations impliquent une bible ouverte sur la table.
En voici quelques exemples.

.

 


La formation du Pentateuque

Histoire de la recherche

La mise en question de l’attribution du Pentateuque à Moïse

L'un des premiers à mettre en question l'attribution traditionnelle du Pentateuque à Moïse est le philosophe juif Spinoza dans son Traité théologico-politique (1670). Il y observe que le Pentateuque forme avec les livres historiques (]os à Rois) une unité organique et ne peut, par conséquent, avoir été rédigé avant la destruction de Jérusalem et l’exil babylonien (relatés dans les derniers chapitres de 2 Rois). Pour lui, le vrai auteur du Pentateuque est Esdras, qui aurait cherché à donner une identité au peuple juif à l’époque perse. Bien que Spinoza n'exclue nullement qu'Esdras ait incorporé des morceaux plus anciens (même de Moïse), il situe la compilation du Pentateuque à l’époque perse.
La contestation de l'authenticité mosaïque du Pentateuque à l’époque des Lumières était clairement liée à un combat anticlérical ainsi qu'à un jugement de valeur. En effet, seule une origine mosaïque semblait garantir la valeur du Pentateuque, alors que la thèse d’une édition sous Esdras lui enlevait, pensait-on, non seulement toute crédibilité historique mais aussi toute portée théologique.

 

L'acceptation de la diachronie et la question des sources.

En plus des anachronismes dont il a été question, ce fut la découverte des ruptures dans la logique littéraire qui provoqua la question des sources à partir desquelles le Pentateuque aurait été constitué. Le travail sur les textes originaux des humanistes et des réformateurs fit découvrir de nombreuses tensions, voire des contradictions, dans les textes du Pentateuque. Ainsi selon Gn 7,15, Noé fait entrer dans l’arche une paire d’animaux de chaque espèce; en revanche, Gn 7,2 parle de sept paires pour les animaux purs. Selon Gn 4,26, l'humanité invoque le dieu d’Israël sous son nom Yhwh dès les origines, tandis qu'en Ex 3,13-15 et Ex 6,2-3, ce nom n'est révélé à Israël qu'au moment de la vocation de Moïse. Le comportement du Pharaon face aux plaies d’Égypte est expliqué de deux manières contradictoires ; selon Ex 7,3, par exemple, c'est Yhwh lui-même qui rend inflexible le cœur du roi d'Egypte, alors que d'autres textes insistent sur le fait que Pharaon s'obstine dans son refus de laisser partir les Hébreux (Ex 8,11, etc.).
On constate également la présence de nombreux doublets. Le Pentateuque comporte deux récits de la création (Gn 1,1-2,3 ; Gn 2,4-3,24), deux récits de la conclusion de l'alliance entre Dieu et Abraham (Gn 15 et 17), deux récits de l'expulsion de Hagar (Gn 16 et 21,9ss), deux récits de la vocation de Moïse (Ex 3 et 6), deux versions du Décalogue (Ex 20 et Dt 5), etc.

Ce qui frappa également les esprits, ce fut le recours variable dans les textes à « Yhwh » et au terme générique « 'elolhîm » pour désigner le Dieu d’Israël, ainsi que le fait qu'il existe des récits qui utilisent exclusivement 'elohîm et d'autres où l’on ne trouve que « Yhwh ». C'est à partir de ces deux noms différents que Jean Astruc, médecin de Louis XV et enseignant au Collège royal, qui deviendra le Collège de France, élabora pour la première fois, vers le milieu du XVIIIsiècle, une théorie des sources du Pentateuque. En 1753, il publia d‘une manière anonyme les Conjectures sar les mémoires originaux dont il paroit que Moyse s'est servi pour composer le Livre de la Genèse. Son but était apparemment apologétique. Astruc postulait que Moïse, pour composer le livre de la Genèse, aurait eu à sa disposition deux documents principaux, le « mémoire A », utilisant le nom d'« 'elolhîm » et débutant en Gn 1, et le « mémoire B », caractérisé par l’emploi de « Yhwh » et commençant en Gn 2,4. A cela s'ajoutent des fragments « C » et « D », pour les récits commençant avec Ex 3ss, Astruc postule qu'il s'agit grosso modo d'un récit d'une seule main (de Moïse). Ainsi, la première version d'une théorie documentaire était née, théorie qui allait profondément marquer l'exégèse historico-critique moderne. En France, le livre d’Astruc fut utilisé par Voltaire pour prouver que Moise n'était pas l'auteur du Pentateuque (voir Œuvres, complètes, 279). La théorie d'Astruc fut reprise par Johann Gottfried Eichhorn, professeur à Jena, qui n’admit que tardivement et d'une manière hésitante sa dépendance à Astruc.



La formation du Pentateuque selon les perspectives nouvelles

La formation du livre de l’Exode

L’histoire de la sortie d’Égypte
Originellement, l’histoire de l’exode a été transmise dans le royaume d’Israël, peut-être d'abord sans la figure de Moïse. En effet, de nombreux résumés de cette histoire parlent exclusivement de Yhwh comme agent de la sortie d'Egypte (par exemple, Dt 26,5-9). Lors de la reprise de cette tradition en Juda au VIIe siècle avant l’ère chrétienne, Moïse devient le héros principal, par l'intermédiaire duquel Yhwh délivre les Israélites de la main du Pharaon. Cette histoire fut probablement rédigée à la cour du roi Josias, et commençait par la naissance de Moïse en Ex 2,1-10, qui reprend le motif littéraire de l’enfant exposé et miraculeusement sauvé par une intervention surnaturelle. Le parallèle le plus proche de cette histoire se trouve dans trois tablettes assyriennes, dont la plus ancienne date de la fin du VIIIe siècle, et qui servent à légitimer la royauté de Sargon II Les scribes de Josias ont repris l’idée de l’abandon du nouveau-né dans le fleuve pour faire de Moïse un personnage aussi important que le roi assyrien. Cette histoire de l’adoption de Moïse par une princesse égyptienne se poursuit, à la suite de l’assassinat d’un garde-chiourme égyptien, par la fuite de Moïse à Madian, où il devient le gendre d'un prêtre madianite (2,11-23a).
Ce récit se termine-t-il par la version ancienne de Ex 14 ? Ou faut-il y ajouter d'abord l’arrivée du peuple à la montagne de Dieu en Ex 18, où le prêtre madianite Jéthro offre le premier sacrifice pour Yhwh et peut-être encore la conclusion d'une alliance entre Yhwh et les israélites en Ex 24, lesquels deviennent ainsi le peuple de Yhwh ? Ou faut-il même imaginer que l’histoire se poursuivre par un récit de la prise de possession du pays (ainsi par exemple Schmid, 2010) ? Un rédacteur ultérieur a cependant compris le miracle de la mer comme une conclusion, puisqu'il a inséré entre Ex 14 et la suite un poème qui récapitule l’intervention salutaire de Yhwh (Ex 15), marquant ainsi une césure.

La révision de la narration du VIIe siècle par des scribes deutéronomistes.
Après la destruction du Temple et la déportation de l’élite judéenne, d’anciens scribes de la cour de Jérusalem et descendants des auteurs de la première histoire judéenne ont réécrit cette histoire en renforçant le rôle de Moïse, qui remplace définitivement le roi en devenant le médiateur exclusif entre Yhwh et son peuple. Ces rédacteurs ont notamment inséré l’histoire de la vocation de Moïse en Ex 3,1-4,18, pour faire de lui le premier des prophètes, ainsi que l'histoire du veau d'or et du renouvellement de l’alliance (Ex 32-34) qui inscrit la désobéissance du peuple face aux commandements divins dans les origines tout en préconisant l’idée selon laquelle Yhwh ne peut être représenté d’aucune manière. En même tems, ces chapitres insistent sur l’intercession de Moïse qui, seul peut communiquer directement avec Yhwh.
Cette version deutéronomiste a été combinée avec la version sacerdotale par des rédacteurs de l’Hexa-, voire du Pentateuque, qui ont également inséré le Code de l'Alliance, que les auteurs du Deutéronome avaient voulu remplacer (voir infra, p. 80), sans doute par souci d’intégrer dans la Torah la source de la réinterprétation, préparant ainsi la tradition rabbinique d'une réinterprétation constante des lois de la Torah.

 


La formation du livre des Nombres
[...] Bien que le livre des Nombres soit une compilation tardive, il accueille également des traditions anciennes. C'est notamment le cas pour l’histoire du voyant Balaam (Nb 22-24) que le roi de Moab incite à maudire Israël mais qui ne peut faire autrement que de bénir !e peuple de Yhwh. La figure de Balaam est attestée, en dehors de la Bible, dans une inscription murale de Deir Alla (fin du IXe ou début du VIIIe siècle) et le récit biblique met en scène le même personnage. Le récit et, notamment, les oracles ont été révisés dans la suite, mais on peut retrouver le texte originel grosso modo en Nb 22,1-20.36-41 ; 23,1-24 ; 24,10-13.25. Dans ce texte, Balaam est un personnage positif qui se conforme aux ordres de Yhwh ; l'histoire de l’ânesse de Balaam (22,2l-35) est un ajout qui prépare la mauvaise image de ce prophète dans le judaïsme et dans le christianisme.


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