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Un monde
qui n'a pas de sens

 

Professeur Barbara Lundblad
Union Theological Seminary
New-York

 

 

30 décembre 1999
Au commencement Dieu ne créa pas un ou deux être humains mais tout un groupe d'entre nous, car Dieu sait que nous aimons jouer ensemble. C'est ce que nous avons fait tout le jour et tard le soir. Nous pataugions dans les rivières, nous dévalions les pentes des collines, nous courions dans le vent.

Et puis le serpent est venu. Du moins c'est ce qu'on nous a enseigné. Peut-être n'était-il pas un serpent. Peut-être était-ce quelqu'un avec un complet trois-pièces et un portable. Ou peut-être un théologien avec un gros livre. Mais on nous a appris que c'était un serpent.
Le serpent s'est approché de nous tous, alors que nous courions sur les pentes, que nous jouions à patauger dans l'eau et à faire des cabrioles.
Il a dit : C'est stupide ! vous perdez votre temps. Cela n'a pas de sens si vous ne comptez pas les points.

Nous ne comprenions pas ce que le serpent voulait dire. Alors il a expliqué quelque chose de vraiment intéressant : Celui qui aura le plus de points gagnera cette pomme !
Et comme on n'avait pas l'idée de ce qu'étaient des points, le serpent a dit : Je vais vous apprendre...

Et il nous a appris comment gagner des points en courant, en sautant, en grimpant. Celui qui grimpait le plus haut avait des points, celui qui courait le plus vite avait des points, celui qui roulait le plus vite en bas de la colline avait des points. Bien sûr certaines choses, comme gambader, étaient difficiles à mesurer. Nous les avons abandonnées.
Très vite nous avons compté des points partout et pour tout ce que nous faisions. Nous les marquions pour savoir qui en avait le plus, car, bien sûr, nous voulions tous gagner la pomme.
Très vite nous passions tant de temps à compter les points que nous n'avions même plus le temps de jouer.

Alors Dieu est venu dans le jardin. Dieu était en colère. Dieu était très en colère. Dieu nous a dit que nous devions partir du jardin. Et ce n'était pas tout : Dieu nous a dit que nous allions mourir.
Moi, cela m'est assez égal. C'est Dieu qui n'y comprenait rien. Mon score s'élève aujourd'hui à 12 263 points. Du temps que je meure, il sera sûrement plus élevé.
Dans le jardin, nous étions comme des esclaves de Dieu ; nous devions faire tout comme Dieu disait.
C'est le serpent qui nous a appris à compter les points, et maintenant j'apprends aussi à mes enfants à compter les points. Je pense qu'ils pourraient arriver à 15 000. Peut-être à 20 000.
Maintenant, nous sommes libres de gagner autant de points que nous pouvons et de continuer à gagner des points jusqu'au jour de notre mort et d'apprendre à tous nos enfants et à nos petits-enfants comment gagner des points.
Je suis vraiment reconnaissant au serpent...

Dieu cherchait toujours à nous retrouver et à nous calmer. Dieu continuait à dire des choses comme : Souvenez-vous, souvenez-vous des pauvres. Souvenez-vous des veuves et des orphelins. Souvenez-vous quand vous faites la moisson dans vos champs d'en laisser le coin pour l'immigré.
Mais cela ne nous avançait en rien.

Nous nous vengions en perfectionnant nos règles du jeu. Dieu disait qu'il n'y avait que deux choses dont nous devions vraiment nous souvenir. Dieu disait : Aimez-moi et aimez votre prochain.
Mais nous répondions qu'on ne peut pas jouer à un jeu qui n'a que deux règles.
Alors nous avons écrit des pages, des pages, des pages et encore des pages de règles !

Dieu disait : Souvenez-vous du jour du repos. Mais nous n'avions pas le temps de nous reposer. Il nous fallait gagner des points. Je voulais que mes enfants dépassent mon score personnel de 12 263 points.
Dieu ne comprenait rien à cette sorte de jeu.

Dieu disait d'étranges petites phrases : Un rameau sortira du tronc d'Isaï. Mais en quoi un rameau pouvait-il nous intéresser ? Un petit enfant conduira. Mais est-ce que ces phrases pouvaient nous aider ?

Alors, de Nazareth, un homme tout simple est venu. Nous nous demandions si aucun gagneur était jamais venu de Nazareth ? Dieu a soufflé sur lui d'une certaine manière, de sorte qu'il s'est levé dans sa synagogue et qu'il a lu des paroles d'Esaïe comme si elles étaient écrites pour lui :
L'Esprit du Seigneur m'a conféré l'onction... et devinez ce qu'il a fait !
Ce qu'il a fait ? Il s'est approché de pêcheurs du lac et il leur a chuchoté à l'oreille :
Vous n'avez pas besoin de points !
Il s'est assis sur le bord d'un puits à côté d'une femme samaritaine, il lui a parlé de son style de vie plutôt raté et il a dit :
Tu n'a pas besoin de points, toi non plus !
Il s'est assis avec Nicodème, un docteur de la Loi et lui a dit :
Tu n'as pas besoin de points, Nicodème.
A Marie et à Marthe, à Jeanne qui était mariée à un fonctionnaire de très haut rang, à Suzanne, à Marie-Madeleine, à toutes il a dit :
Vous n'avez pas besoin de points !

Ceux qui se rassemblaient autour de lui, qui l'écoutaient parler du Royaume de Dieu au milieu d'eux, se regardaient les uns les autres et disaient : Ce Royaume n'a pas de sens !
Et lui ne répondait rien, il souriait seulement.
Ils organisaient des banquets qui n'avaient pas de sens, où ils ne savaient même pas qui ils invitaient.
Ils partageaient sur les collines des pique-niques qui n'avaient pas de sens, où tout le monde avait à manger tant qu'il voulait et où il en restait encore après.
Ils ont même fait, en ville, un défilé qui n'avait pas de sens, avec des enfants qui criaient et des gens qui brandissaient des rameaux au lieu d'épées.
Tout cela n'avait pas de sens !

Mais le serpent, ou l'homme au complet trois pièces, ou le théologien au gros livre -  je ne sais plus lequel, mais quelqu'un avec des relations bien placées - répétait :
Cela ne servira à rien, cela ne servira à rien.
De sorte que, peu après le défilé, ils l'ont arrêté et liquidé. Ils ont même scellé sa tombe avec une énorme pierre, de sorte qu'aucun murmure n'aurait pu en sortir, qui dirait :
Tu n'as pas besoin de points.
Et voilà, c'est tout.

Sauf que ce matin... c'est étrange... ce matin des femmes sont arrivées en courant, hors d'haleine et pourtant assurées ; elles nous ont dit : Vous n'avez pas besoin de points !
Cela a suffi pour que nous pensions que ces mots ne mourraient jamais.

Mais nous leur avons dit : Vous êtes folles ! et nous les avons renvoyées.

Pourtant en repartant, elles gambadaient ! Je ne plaisante pas, elles gambadaient ! Les avez-vous vues ?

 

Traduction Gilles Castelnau

 

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