Théologie du process et Bible
Process Theology and the Bible
John B. Cobb
pasteur de l’Église méthodiste
professeur de Theologie émérite à la Claremont School of Theology, Claremont, Californie,
co-director du Center for Process Studies
Un extrait d’un très grand article
Traduction Gilles Castelnau
23 janvier 2019
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La tradition chrétienne a attribué la toute-puissance à Dieu depuis le 2e siècle de notre ère, signifiant qu’en fait, Dieu contrôle tout ce qui survient. Ou que Dieu le peut mais peut aussi choisir de ne pas le faire.
Whitehead pensait par contre que la forme de puissance la plus importante n’était pas de contrôler les événements mais de les influencer. Il promouvait la persuasion plutot que la coercition. C’est d’ailleurs la force que les parents et les enseignants souhaitent exercer sur les jeunes. L’usage de la coercition révèle l’échec de la persuasion.
Attribuer à Dieu une puissance coercitive semble être une erreur fondamentale, car elle est une forme inférieure de puissance qui détruit mais ne suscite ni la vie, ni la sagesse ni l’amour.
De plus elle incite les fidèles à imiter Dieu et à se conduire eux-mêmes de façon autoritaire. Cette doctrine a fait beaucoup de mal dans le passé des hommes : des parents ont eu l’idée de contrôler leurs enfants, les maris leurs femmes et les rois leurs sujets.
D’ailleurs une telle doctrine implique que tout ce qui arrive dans le monde est voulu ou permis par Dieu et nombreux sont les gens qui se révoltent ou se déclarent athées. En tous cas elle rend très difficile de croire que Dieu est amour. Le problème traditionnel de la toute-puissanc eet de l’amour de Dieu demeure insoluble.
C’est pourquoi les théologiens du process proposent une nouvelle lecture de la Bible : enseigne-t-elle vraiment cette conception de la toute-puissance divine ?
Il semble à première vue que oui. Les mots « Dieu tout-puissant » apparaissent dès les premiers livres de la Bible pour traduire l’hébreu « El Shaddai ». Mais cette traduction est extrêmement douteuse.
Il est clair que les biblistes étaient impressionnés par les récits de l’Ancien Testament montrant la puissance coercitive de Dieu. Mais si l’on y regarde de plus près, on remarque que la coercition y est plutôt rare. Les récits montrent plutôt en général un Dieu qui appelle et les humains qui répondent, parfois, peut-être avec résistance. L’appel de Dieu se fait persistant et vainc parfois la résistance sans pour autant la soumettre.
Si l’on s’interroge sur la sorte de puissance qu’exerçait Jésus, le mot « coercition » ne vient pas à l’esprit. Lorsque Jésus s’adressait à Dieu en lui disant « Abba », ce mot n’avait pas la signification du « Père tout-puissant » du Symbole des apôtres. C’est fondamentalement la puissance de l’amour que nous montrent les évangiles. Quant à Paul, il voit la puissance de Dieu à l’œuvre dans la faiblesse.
Il est vrai que nombre de théologiens ont souligné la persuasion plutôt que la coercition. En tant que méthodiste, je me réjouis de la conception clairement persuasive qu’avait Wesley de l’attitude de Dieu à l’égard du monde. Néanmoins la puissance coercitive a dominé l’imagination de l’Église alors même qu’elle ne se présente dans la Bible que de façon marginale.
Nos liturgies répètent les invocation au « Dieu tout-puissant » et lorsqu’on cherche à ne pas répéter le mot « Dieu », on tombe couramment sur « Tout-puissant ».
Récuser cette image de Dieu est l’attitude de la théologie radicale mais elle l’est également des théologiens du process. Ce faisant, nous ne croyons pas que nous projetons une pensée philosophique moderne sur la Bible mais au contraire que nous la délivrons des contgraintes d’idées qui lui sont étrangères.
Nous ne croyons pas tourner le dos à notre héritage historique mais au contraire que nous le purifions d’un concept fondamentalement étranger au christianisme tel que Jésus-Christ nous l’a révélé et tel que Paul nous l’a enseigné.
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